A MADAME DE LA FLÉGHÈRE
Nouvelles de la fondation de Bourges, de Françoise de Chantai et de Celse-Bénigne.
vive \ jésus!
Bourges, 2 février 1619.
Ce seul petit mot à ma très-chère Sœur que j'aime de toute mon âme, car il n'y a pas longtemps que je vous ai écrit, et j'attends bien de vos nouvelles ; les nôtres sont bonnes, grâce à Dieu ; notre petite maison va faisant doucement son petit accroissement avec [bonne] odeur. De ce qui est de mes enfants, je pense établir ma fille en Bourgogne, et que le mariage se conclura bientôt avec M. de Foras '. Mon fils m'a fait ressentir les plus sensibles douleurs que peut souffrir une mère ; la cause, je vous la dirai de bouche 2 ; il est en cour, tout brave, tout galant, ce dit-on, fort résolu de se bien conduire et de chercher fortune ; je désirais qu'il la prît avec notre bon prince, je ne sais ce qu'il fera, mon très-cher Père l'aidera. Accablée de lettres qu'il faut écrire encore, je finis ; ô ma très-chère Sœur, le grand Jésus soit notre unique amour. Amen.
Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.
1 Ce mariage n'aboutit point, malgré les désirs de sainte de Chantai; Françoise ne put s'y résoudre.
9 Celse-Bénigne, la joie et le tourment de sa Mère par ses qualités et ses défauts, lui brisait le cœur chaque fois qu'il exposait son âme etsaviedans ces malheureux duels où il était si souvent engagé. La Sainte, pour le soustraire aux séductions de Paris et à la dangereuse influence de ses amis, aurait désiré l'attacher à la cour de Savoie; mais ce projet ne souriait point au jeune baron.