‹ Lettres (volume 3)Chapitre 141 sur 351 · LETTRE CLXXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXI

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE RRÉGHARD

SUPÉRIEURE A MOULINS

Les Sœurs du voile noir ont voix au chapitre. — Une prétendante à humeur hizarre ne peut être admise. — Il ne faut pas recevoir beaucoup de jeunes filles qui ne sont point encore en âge de prendre l'habit. — La Supérieure ne doit prêcher que la Règle et y être fidèle.

vue -J- jésus!

Bourges, 16 féorier 1619.

Voilà une lettre de vieille date par laquelle je réponds quasi à tout ce que vous me demandez derechef; notre Sœur l'assistante fera le surplus, je l'en ai priée. Oui, la Sœur qui a le voile noir aura voix au chapitre. Si la Sœur Antoinette a les mêmes humeurs d'esprit qu'elle avait à notre passage, je ne trouverais pas grande difficulté à la renvoyer; car comment l'admettre avec cette humeur? 11 faut néanmoins en conférer avec Notre-Seigneur, le Révérend Père recteur et les Sœurs, et vous résoudre de cette fille dont je vous écris, comme cela.

Je ne crois pas que vous dussiez prendre tant de jeunes filles qui ne soient prêtes à prendre l'habit ; car vous avez de vrai peu de logis maintenant; par ce moyen, vous fermeriez la porte aux filles capables de le recevoir ; puis, tant de jeunesse ensemble tout à coup accablerait la maîtresse. Je m'en doutais bien que la pauvre Sœur Jeanne-Marie serait guérie de ce remède; mais quelle enfance! Aussi, certes, toutes ses actions montrent qu'elle l'est encore, et je voudrais qu'elle prit plus de poids et de gravité ; enfin nous ne nous formons pas assez à notre modèle. Oh bien! maintenant qu'elles auront chacune leur petite règle !, elles feront merveille, Dieu aidant ; enfin, ma très-chère fille, il ne leur faut prêcher que cela, et nous-mêmes être en

1 Les saintes Règles et Constitutions de la Visitation venaient d'être imprimées pour la première fois.

de vous servir trois ans au tour, à la charge qu'après on lui donnera [le voile] blanc; voyez si cela vous serait commode. Je suis contrainte de finir. Bonjour, ma très-chère Sœur, et à toutes nos chères filles et à nos amies, et au Révérend Père recteur. Je suis toute vôtre en Jésus ; qu'il soit béni !

[P. S.] Ce marchand repassera; que je sache de vos nouvelles. J'attends l'homme de M. de Palierne pour lui récrire.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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