LETTRE CLXXIX
A LA MÈRE PÉRONXE-MARIE DE CHATEL
SUPÉRIEURE A GRENOBLE
La Sainte la rassure sur son état intérieur. — Prix des actes d'humilité. — On ne doit pas regarder à la dot des filles, mais à la bonne vocation.
vive 7 jésus!
[Bourges], 25 janvier 1619.
Mon Dieu ! ma très-chère fille, que j'ai de consolation à voir votre cœur que votre lettre me représente si naïvement ! Que Dieu le bénisse, ce cher cœur, et le fortifie contre tous les petits assauts qui ne sont en vérité nullement dignes d'être regardés, oui bien d'être soufferts. Bref, tout ce qui nous peut rendre un peu plus humble nous doit être précieux ; ne visez qu'à cela, ma très-chère fille, et à la bonne observance. Je sais votre chemin, qui est très-bon; vous n'avez besoin que de vous tenir en courage et en joie, aimant et caressant toutes sortes de contradictions et d'abjections ; mais faites ceci, ma vraie trèschère fille, que j'aime d'un amour incroyable. Je ne vous dis rien autre, car je xous connais mieux que moi-même, et me fie plus en vous qu'en moi, et avec juste raison. J'ai un désirgrand que nous servions parfaitement notre bon Sauveur.
Tout va bien ici, mais tout bellement, n'y ayant encore rien
d'assuré pour Paris. J'ai bien eu des croix, ma fille, et de bien sensibles; je me suis trouvée avoir le cœur fort maternel, Dieu convertira tout à sa gloire. Vous voyez que je cours, c'est parce que j'ai peu de loisir, et grande quantité de lettres et d'affaires, car nous étions sans nouvelles de Nessy dès la Toussaint. Je ne sais si je pourrai écrire à tous ; où je manquerai, suppléez, ma fille, je vous en prie.
Je sais bon gré à vos filles de leur Noël, je les salue cordialement. Mais pourquoi cette bonne demoiselle dit-elle que nous n'avons pas la clausure [clôture] à Grenoble? Elle y est et y sera comme aux autres maisons. Cela ne la doit arrêter ; ni aussi vous ne devez [pas] tant regarder aux riches dots des filles, pourvu qu'elles soient telles qu'elles méritent d'être gratifiées ; car, ma fille, il n'est pas croyable le bien qu'apportent à nos maisons les bonnes filles. Il y a une dame de Grenoble qui se signe : de la Porte, je ne sais qui elle est; mandez-le-moi, afin que je lui réponde ; car sa lettre et son cœur le méritent.
Oh ! adieu, ma très-chère fille, à Dieu soyons-nous sans réserve. Je salue cordialement nos chères Sœurs; elles savent que je suis toute à elles sans réserve. Je n'entends rien de la chère Sœur Barbe-Marie, mais je l'aime bien de tout mon cœur. Je vous prie, ma fille, de nous, envoyer notre cachet, ou un tout semblable, car je le trouve fort bien fait; mais envoyez-le-moi bientôt, et m'aimez bien toujours.
Conforme à l'original gardé aux Archires de la Visitation d'Annecy.
tout très-exactes, je dis même pour ce qui est hors de nous. Dieu vous bénisse, mon enfant, de vous être souvenue de votre pauvre Mère ! Hélas ! que je désirerais de commencer à mieux vivre toute en Dieu ; priez bien pour moi, je vous prie. Mille salutatioDsà tous et à toutes; adieu, ma pauvre très-chère et
très-aimée Sœur.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.