LETTRE CLXXXII
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A LYOX
Ron état de la maison d'Annecy, où chaque Religieuse a un livre des Règles et Constitutions. — Zèle de la Sainte pour maintenir la récitation du petit Office. — Devoir de l'assistante des parloirs. — Eu quoi consiste l'autorité du Supérieur. — Une Supérieure peut faire un grand bien par sa fidélité à l'observance.
VIVE \ JÉSUS
[Bourges, 1619. j
Je vous assure, ma très-chère fille, que le temps commence à me fort durer de ne savoir de vos nouvelles; Dieu soit béni de tout ce que vous me mandez. 0 Dieu ! que de consolation de savoir tant de bonnes âmes cheminer par une même voie avec tant de désirs de la perfection! Nos Sœurs d'Annecy font fort bien, à ce que m'écrit M. Michel, et ce petit livret de leurs Règles, qu'elles possèdent chacune, leur donne grande aide et ferveur. Vous avez fait avec grande prudence pour la clausure.
Il faut toujours demander le privilège de l'Office ', parce
1 Le privilège de réciter le petit Office de la Sainte Vierge avait été accordé [pour sept ans] à saint François de Sales, par la Bulle de Paul V, datée du 23 avril 1618; mais le monastère de Lyon ne pouvait jouir de la concession de Home, attendu que Mgr de Marqueuiont insistait toujours pour que IcsReligietises delà Visitation récitassent le grandOffice canonial. Saint François de Sales refusa constamment de souscrire aux instances du prélat, afin de ne pas nuire à un des buts de sa Congrégation, ta réception des infirmes. iv. 20
qu'enfin il n'y a moyen de se soumettre à l'autre, et faire que toutes vos filles aspirent fermement à le demander et à l'obtenir; car cela est plus important pour conserver la fin de notre Institut qu'il ne se peut dire. — Il faut, ma très-chère fille, introduire sans exception, que l'assistante du parloir voie les Sœurs qui parlent à qui que ce soit, même au Supérieur ', quoique, quand il lui plaira, il pourra la faire retirer, en sorte qu'elle n'entende pas ; et, certes, même ne faudrait-il pas attendre qu'on lui dise. Mais, quant à la veuve, la règle ne fait point d'exception : cela étant, il faudra avoir patience ; néanmoins, s'il vous semblait qu'il y eut de l'amusement, vous avez de grands Supérieurs pour y faire mettre ordre. — Il est vrai que les filles sont encore plus obligées au Supérieur qu'à la Mère, mais c'est en gardant et observant la Règle, car il n'est Supérieur que pour cela, et l'on ne lui doit pas l'obéissance pour des choses qui tirent de là ; mais le grand Dieu ne permettra pas qu'il y en ait de mauvais. AI. de Foras n'est point encore venu ; nous n'avons pas encore reçu le commandement de partir pour Paris ; nous irons, s'il plaît à Dieu, avec trois ou quatre filles seulement; nous en prendrons des nôtres de Moulins; puis, à loisir, nous verrons celles qu'Usera expédient de faire venir. Vous avez raison, celte petite Sœurn'est point prête à être tirée. Certes, à Nessy, notre Sœur** ne l'était pas ; croyez, ma fille, qu'il faut des filles bien ferrées pour commencer ces maisons. \ous mettrons encore ici notre Sœur Françoise-Gabrielle [Bally] ; car vous ne sauriez croire combien cette maison sera importante. Nous sommes fort regardées, et avec un peu de tentation d'envie, ce dit notre cher Père. J'espère que nous laisserons ici avant que de partir six ou sept bonnes filles avec les anciennes.
1 Sainte de Chantai n'avait pas alors donné ses Réponses sur la Règle et les Constitutions, où elle dit que la Supérieure peut parler seule au Supérieur, et que les Sœurs peuvent user de la même liberté, pourvu que ce soit rarement.
Je n'en doute point, ma très-chère fille, qu'il ne faille que vous passiez les monts l. Dieu fasse de nous tout ce que bon lui semble. Ma fille, jamais vos lettres ne me sont trop longues, et suis toute consolée de voir vos nouvelles, surtout celles que vous me dites de votre cher cœur. Croyez que Dieu veut de vous une très-exacte observance, car il vous emploiera fort pour le service de cet Institut 5 c'est pourquoi, ma fille, il vous veut toute pour cela, et que votre esprit, vos affections et vos prétentions y soient toutes renfermées. Quel honneur, ma fille, et quelle grâce ! mais vous verrez quelles faveurs il vous fera, lui étant fidèle. Je serais bien aise de savoir l'état de vos affaires temporelles et qu'elles soient bien acheminées. Jamais il ne faut penser à tirer de là la petite Sœur E. -Marie. Pour cette fille, qui est si brave, à ce que vous dites, on la pourra recevoir, sinon, certes, il n'y a pas apparence de le faire, néanmoins toutefois l'on verra si les fondations feront place à ces pauvres braves filles.
Mon neveu de Neuchèze ne vous peut écrire. Je salue chèrement notre petite chère Sœur Marie-Aimée ; je n'en peux plus, c'est pourquoi je me dispense d'elle [de lui écrire]. Je salue M. de Saint-Nizier, car il s'en faut bien entretenir ; il est en presse de son départ pour Bourgogne, et dit néanmoins qu'il ne peut dire autre chose pour iM. B.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.
1 Pour la fondation de Turin, à laquelle on destinait la Mère Marie-Jacqueline Favre.