‹ Lettres (volume 3)Chapitre 145 sur 351 · LETTRE CLXXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXIV

A LA MÊME

Recommandations pour le voyage des Sœurs fondatrices de Paris. — Etat de la maison de Bourges. — Nouvelles de Celse-Bénigne et de Françoise de Chantai. — Bien que fait saint François de Sales.

VIVE y JÉSUS !

, [Bourges], 27 février 1619.

Je vous écrivis vendredi, ma très-chère Sœur ma mie, mais le petit homme qui nous apporta vos dernières lettres ne vint [pas] prendre la réponse; néanmoins, hier au matin, un bon homme de votre ville assura fort qu'il vous les rendrait le soir. Vous aurez donc vu que, selon le commandement de Monseigneur et la nécessité de cette maison, nous sommes contraintes de vous incommoder [priver] de trois de vos filles. Je vous suppliais de les tenir prêtes avec leur habit, s'entend un seul, mais qui fût fort bon et honnête, et les manches larges selon que sont les nôtres; mais vous aurez vu tout cela, car il me semble que je vous ai écrit assez amplement, et vous savez que comme j'ai une parfaite confiance en vous, aussi je m'assure que vous l'avez en moi pour me dire franchement voire besoin. J'attends demain des nouvelles de Monseigneur. Si l'inconstance de toutes les choses créées n'a rien changé en l'établissement de nos affaires, je crois qu'il faudra partir bientôt, et Monseigneur me mandait que ce coup est si important pour la gloire de Dieu et la ferme solidité de notre Institut, qu'il ne se peut davantage, c'est pourquoi nous y contribuerons tant

plus courageusement [par] nos commodités et incommodités. Nous vous avertirons à temps, mais il faut se tenir prêtes, sans toutefois en faire bruit, à cause de ces grandes incertitudes du monde.

Nous reçûmes avant-hier la fille de M. Thibaut et deux ou trois autres qui sont proches d'entrer; Dieu bénisse ces petits commencements! Au premier beau jour, nous irons visiter une place pour nous bâtir quand Dieu aura donné de quoi. Je vous prie, mon enfant, envoyez-nous votre plan, s'il est fait. Ces deux filles attendent fort votre réponse; souvenez-vous de la faire à la première commodité. Vous êtes trop brave de faire nos cachets d'argent, mais combien coùtent-ils? car il faut rembourser; ils sont du tout bien faits et gravés.

Vous ai-je dit que Françoise était à Dijon, et que tous les parents s'accordent à son mariage? mais M. de Foras est retenu par Monseigneur à cause de quelque digne occasion qui regarde son bien. L'on me dit aussi que mon fils prend le frein aux dents, et qu'il y a apparence que Dieu l'assistera; sa divine bonté le veuille.

Oh! ma très-chère fille, que nous sommes obligées à notre divin Sauveur d'avoir mis dans nos cœurs !n *r^s-sainteet unique prétention de lui plaire! Heureuses les âmes qui n'espèrent ni n'aiment que les choses éternelles!

Notre très-cher Père rend de grands services à notre cher Maître et Seigneur, tant en ses prédications qu'aux conférences ; mais il n'est pas exempt de l'envie. 0 misère du cœur humain ! Je n'écris point à cette bonne Sœur Jeanne-Marie parce que je l'espère voir; que, sinon, je ne manquerai pas, puisqu'elle le désire.

Adieu, ma pauvre vieille très-chère fille; en vérité, je suis toute vôtre. Dieu bénisse la chère troupe.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CLXXXV (Inédite)

A MADAME DE CHARMOISY «

Consolations et conseils affectueux. — Détails sur le monastère de Bourges. La Sainte annonce son départ pour Paris.

vive -j- JÉSUS !

Bourges, 15 mars 1619.

Mais, mon Dieu, j'apprends que ma pauvre très-chère Sœur est toujours tout attendrie. Hélas! et je crains que cela ne dure, en sorte qu'elle s'en fasse habitude; c'est pourquoi, ma vraie et très-chère amie, je vous conjure, par l'Amour éternel de notre cœur, que vous ayez un grand soin de vous divertir intérieurement et extérieurement. Je vous dis ce remède, n'en ayant point trouvé en mes afflictions de si propre, après l'humble et amoureuse soumission au très-saint vouloir de Dieu... outre que celui-ci nous est ordinaire [qu'il est facile de se le procurer]. Courage, ma très-chère unique Sœur; je dis ceci avec un sentiment extrême, et, certes, avec la larme à l'œil, tant je suis tendre de votre cher cœur; mais courage pourtant; tenez le dessus à tous vos sentiments, et, avec une sainte générosité et un cordial amour à la Providence, vivez avec une sainte joie et une sainte espérance de la vie éternelle , en laquelle nous reverrons tous nos chers amis, mais surtout le Souverain bien de nos amis et le nôtre, duquel nous jouirons éternellement, sans interruption, moyennant sa divine miséricorde. Or sus, demeurons tout accoisées.

1 Louise Duchàtel, d'origine normande, première dame d'honneur de la princesse douairière de Guise, épousa à Paris Claude de Vidonne de Chaumont, seigneur de Charmoisy (Chablais, Savoie), gentilhomme attaché à la maison du duc de Nemours. Dès que madame de Charmoisy eut connu saint François de Sales, elle se plaça sous sa direction et devint le modèle de la piété la plus sage et la plus éclairée. LeB. Évoque lui adressa de précieuses lettres qui furent comme l'esquisse de l' Introduction à la vie dévote.

Monseigneur notre très-cher et très-bon Père vous retournera bientôt, s'il plaîtàDieu, et j'en suisconsoléepour l'amour de vous tout particulièrement. Pour moi, je ne sais pas encore quand cela sera , car, si l'on va à Paris , ce ne pourra pas être sitôt. Pour ce qui est de cette maison, grâce à Dieu, dans la fin d'avril, je pourrai me retirer, et nous le ferons, si Monseigneur ne commande le contraire. Nous laisserons, Dieu aidant, demi-douzaine de novices et la maison assez accommodée. Je vous assure, ma très-chère Sœur, qu'il m'en tarderait si la très-sainte volonté de Dieu ne nous était plus chère que nos inclinations.

Je salue ma très-chère nièce et nos chères amies, mais surtout votre bien-aimé cœur, auquel je suis toute dédiée par un

amour singulier.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation d'Ornans.

Page 1