‹ Lettres (volume 3)Chapitre 146 sur 351 · LETTRE CLXXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXVI

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉGHARD

SUPÉRIEURE A MOULINS

Courage et confiance de la Sainte pour la fondation de Paris, où elle prévoit de grandes difficultés. — Elle attend à Bourges les trois fondatrices et Sœur Françoise-Gabrielle Bally.

VIVE -J- JÉSUS

[Bourges , mars 1619.]

Ma très-chère Fille,

Mon Dieu! quelle surprise, ma très-chère fille, avec un peu d'empressement; car à soir, à la nuit, j'ai reçu nouvelles de Monseigneur, qui nous commande de partir le jeudi saint, ou enfin le lundi de Pâques, et, pour ce dessein, d'établir [le nouveau monastère] avant son départ, le jour duquel est incertain, et toutefois pressé. « Celte affaire, dit-il, s'entreprend sous la seule 55 Providence de Dieu ; c'est un coup de hasard, dit-il encore, 55 et plus que cela; mais Dieu requiert qu'on le fasse, et il vaut

» mieux n'être appuyé que sur sa très-sainle Providence que de « se gouverner selon la sagesse et prudence humaines. » Madame de Gouffier me dit que l'on nous attend avec toute la petitesse et pauvreté que nous saurions imaginer, mais avec très-grand contentement; elle ne me détaille rien, ains seulement que j'irai et verrai, et que je trouverai de quoi employer tout mon courage pour Dieu. Sa divine bonté nous en veuille donner, et la grâce de l'employer sans réserve au service de sa très-sainte gloire. Voilà comme nous avons occasion de nous tenir toujours en notre petitesse et de prier fort Notre-Seigneur qu'il soit glorifié en elle. Donc, ma fille toute chère, je vous conjure que vos trois filles soient ici samedi, veille de Pâques, accommodées comme vous savez qu'il faut, cela s'entend d'un bon habit et de linge suffisant, car Ton est pauvre partout1. Obtenez, en toutes les façons qu'il se pourra, par l'aide de votre bon père, M. de Palierne, un honnête homme pour amener nos filles; car de prêtres il n'en faut espérer cette semaine ; mais n'importe, donnez seulement de quoi défrayer tout l'équipage dès Moulins jusqu'ici, et notre homme à son retour ; car, pour tout le reste, nous le payerons.

Dieu sait si je suis occupée et un peu marrie de n'avoir que le jour de Pâques pour voir et entretenir de tout notre chère Sœur Françoise-Gabrielle [Bally], mais ce que je ne ferai maintenant sera pour notre retour. Ecrivez-moi incontinent à Paris de ce que vous aurez besoin de savoir de Monseigneur, afin que si d'aventure il ne passe pas vers vous, vous ayez toutefois vos résolutions. Ma fille, il faut finir; mille saluts à tous et à toutes. Dieu sait combien je suis vôtre.

[P. S.] La Sœur Marie2 vous ira trouver ces fêtes.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 La Mère de Bréchard obéit si promptement que ses filles arrivèrent à Bourges le jeudi saint, 28- mars.

* Prétendante pour le voile blanc.

Page 1