FONDATRICE DU MONASTÈRE DE LA VISITATION DE LYON
Cordiale assurance pour le projet de la fondation de Lyon. — Avantages de la direction de saint François de Sales.
VIVE -J- JÉSUS
[Annecy, 1614.]
Madame ma plus chère et bien-aimée Soeur, Que la paix de Notre-Seigneur soit en voire cœur. Il lui a plu de vous octroyer l'effet de votre demande; c'est Lui seul qui vous en avait inspiré le désir; Lui seul aussi a tiré toutes nos voix et nos affections pour vous les donner avec une générale satisfaction de toute cette petite Compagnie, laquelle avait communié et beaucoup prié à cette intention. Pour moi, je puis dire avec confiance à votre cœur que, lorsque je parlai à Notre-
1 Cette pieuse veuve avait fait un voyage à Annecy en 1613, ainsi que deux autres darnes qui désiraient comme elle se placer sous la direction de saint François de Sales. De retour à Lyon, toutes trois sollicitèrent l'établissement d'un monastère de la Visitation dans cette ville; mais Mgr de Marquemont, qui en était archevêque, avant d'accéder à leurs désirs, voulut connaître le but que s'était proposé le Fondateur de celte nouvelle Congrégation. Lé Saint lui répondit par cet admirable exposé : « C'est » pour donner à Dieu des filles d'oraison et des âmes si intérieures, » qu'elles soient trouvées dignes de servir sa Majesté infinie et de l'adorer » en esprit et en vérité. Laissant les grands Ordres déjà établis dans » l'Eglise honorer Notre-Seigneur par d'excellents exercices et des vertus >i éclatantes, je veux que mes filles n'aient autre prétention que de le » glorifier par leur abaissement ; que ce petit Institut de la Visitation » soit comme un pauvre colombier d'innocentes colombes , dont le soin et » l'emploi sont de méditer la loi du Seigneur sans se faire voir ni entendre >' dans le inonde ; qu'elles demeurent cacbées dans le trou de la pierre et » dans le secret des masures, pour y donner à leur Bien-Aimé vivant et » mourant des preuves de la douleur et de l'amour de leurs cœurs , parleurs » bas et humbles gémissements." {Extrait de V Exhortation IXe de sainte J.-F. de Chantai, loir au 1er volume des OEuvres diverses de la Sainte, page 186.)
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Seigneur de cette affaire, il me sembla que sa divine bonté me montra comment c'était Lui-même qui vous avait conduite ici de sa propre main, dont je demeurai consolée et résolue de vous donner ce qu'il me commandait. Voilà répondre, ma bien très-chère Sœur, à ce que vous me demandez, simplement, mais véritablement. 0 Dieu! que vous êtes heureuse d'avoir ainsi été appelée de Dieu pour un service si excellent! Ayez un grand courage pour correspondre à tant de faveurs, et demeurez très-humble et très-fidèle à sa sainte volonté.
Il faut encore vous dire ce mot pour répondre aux sentiments que vous avez de la grâce que Dieu vous a faite, de vous donner un tel guide, un sien si grand et admirable Serviteur ' ! Sachez, ma très-chère Sœur, que le même sentiment a été et est encore si puissant en mon âme, que journellement j'en ai fait, et fais encore une particulière action de grâces à Dieu; et plus nous vivrons et tant plus nous le connaîtrons. Seigneur Jésus! je me souviens à ce propros, ma très-chère Sœur, qu'un Capucin me dit une fois qu'il m'aimait davantage pour cette grâce, reconnaissant en icelle un particulier soin et amour de Dieu envers moi. On m'a donné mille autres joies sur ce sujet que nous dirons un jour à loisir; et cependant demeurez en paix et en assurance, pleine d'actions de louanges, devoir et être assurée, autant qu'il se peut être en cette vie, que vous ferez, Dieu aidant, sa sainte volonté.
Nous le prierons continuellement pour vous . Toutes nos chères Sœurs, qui se tiennent avec moi pour une seule et même âme, vous saluent très-cordialement. Oui, ma trèschère et bieu-aimée Sœur, tout ainsi que je tiens votre cœur pour le mien propre, ainsi faut-il, puisqu'il est vrai, que vous teniez mon cœur pour le vôtre propre en Celui qui en est l'unique amour.
1 Saint François de Sales.
Adieu, ma très-chère Sœur; à Dieu soyons-nous à jamais sans réserve et sans exception. Je suis, mais d'une incomparable affection, votre, etc.