A MADAME 'DE JARS
Il faut supporter doucement et humblement les critiques du monde.
vive -J- jésus!
[Paris], 5 mai [1619].
Ce m'est une grande mortification de ne pouvoir vous écrire au long, ma très-chère Mère; voici la troisième fois, ô Dieu! l'on est ici accablé, et avons de plus deux ou trois malades. Je ne manquai, dès le vendredi matin, d'envoyer à Mgr de Bourges nos Règles et une lettre pour le bon Père Feuillant que je connais bien. Hélas! il faut laisser parler ceux de Bourges, ce n'estpas chose qui se puisse ni doive que de faire voir à tout le monde les Règles des Instituts; demandez-le voir au bon Père recteur, lequel les a vues, et plusieurs autres personnes d'honneur, car on ne les refuse point aux amis qui les demandent à voir. Ma très-chère Mère , nous sommes pour souffrir telles et semblables censures; Notre-Seigneur en a bien souffert d'autres. Vraiment, nous ne nous étions jamais trouvées en une ville où l'on fit tant de contrôlement qu'à Bourges; or bien, nous les laisserons dire, et nous irons notre petit train. Mais cela fâche ma très-chère bonne Mère, qui voudrait que chacun aimai la Visitation comme elle; c'est chose impossible. Vous aurez déjà su que cette bonne dame n'a pas été bien avertie. Dieu soit votre conduite, votre force et votre consolation parmi toutes vos peines. Je suis, en Lui, toute vôtre, ma très-chère Alère.
Couforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Poitiers.
1 Anne de Monceaux, veuve de François de Rochechouart , chevalier gentilhomme de la chambre du Roi, seigneur de Jars , en Berry, et autres lieux, fut une des plus grandes bienfaitrices du monastère de Bourges, dont elle avait procuré l'établissement, et auquel elle laissa par testament une somme considérable pour aider au payement des constructions.