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LETTRE CXCVI

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

SUPÉRIEURE A MOILIXS

Prière de recevoir madame du Tertre.

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Taris. 9 juillet 1019.

Ma très-chère Fille,

Ce mot va vous avertir que Monseigneur et moi désirons que vous ayez agréable de recevoir une bonne damoiselle qui a besoin de retraite et qui la désire passionnément auprès de

1 A son retour de Savoie, le jeune baron de Chantai avait reparu à la cour; là, cédant aux usages du monde, il dissipait sa vie dans les entraînements du plaisir, dans les fêles brillantes, et surtout dans ces malheureux duels si fréquents à cette époque. Sainte de Chantai ne cessait de recommander ce fils si cher aux prières de ses Religieuses.

nous; ce que n'ayant su obtenir ici, nous vous l'envoyons, et je vous supplierai plus à loisir de la recevoir cordialement et l'aimer et traiter charitablement. C'est une damoiselle de qualité et qui portera bonne pension : préparez-lui une petite chambre, un bon lit, bien net, bien propre, et que tout soit de même chez vous; vous l'aurez dans quinze jours '. Adieu; elle vous portera le reste de nos nouvelles. N'attendez pas Monseigneur pour donner l'habit; hélas! ce bon et très-cher Père se trouve tout malade. Priez pour lui. Adieu, je vous écrivis l'autre jour.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 Cette personne si charitablement recommandée a la Mère de Bréchard était mademoiselle de Morville, dame du Tertre. Demeurée veuve à vingtdeux ans, elle était engagée fort avant dans les vanités et les fêtes du monde. Désireux de sauvegarder son honneur et l'avenir de ses deux enfants, les parents de madame du Tertre lui procurèrent la connaissance de saint François de Sales, alors à Paris. A peine le Saint eut-il fait pénétrer la lumière divine dans cette âme, qu'elle renonça aux vaines joies du siècle, et confiant ses enfants à la sollicitude de ses parents , elle demanda à se retirer au monastère de la Visitation, non comme Religieuse, mais en qualité de bienfaitrice séculière. Saint François de Sales jugea qu'il fallait éloigner de Paris cette âme trop faible pour respirer encore, quoique de loin, l'air contagieux d'un monde où elle avait failli se perdre; de concert avec sainte de Chantai et la famille de madame du Tertre, il l'adressa à la Mère de Bréchard. Nous verrons comment cette jeune veuve répondit mal aux intentions des saints Fondateurs et comment elle accabla d'amertume les bienfaitrices de son âme.

(Histoire de la fondation du monastère de Moulins.)

ANXÉE 1619. 329

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