‹ Lettres (volume 3)Chapitre 167 sur 351 · LETTRE CCXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXVII

AUX SOEURS DE LA VISITATION DE MOULINS

La Suinte conjure ses filles de vivre plus que jamais dans l'exacte observance, l'humilité, la simplicité, l'obéissance et la charité.

vive -f- jésus!

Paris, 14 décembre 1619.

Mes Irès-chères filles, il faut que je vous fasse une prière, qui part du plus profond de mon cœur; et je vous conjure, par l'honneur et la grâce que nous avons d'être filles de Notre- Dame, de me l'accorder. Je vous supplie donc, de toutes les affections de mon àme, qu'en ce renouvellement d'année vous fassiez de puissantes et efficaces résolutions de cheminer par la voie de l'exacte observance en toute humilité, douceur et simplicité d'obéissance. Au nom de Dieu, qu'on ne voie jamais parmi vous des suffisances, ni désir de se procurer des charges et choses relevées; mais un grand amour des choses basses, des humiliations et abjections, de notre propre faiblesse et misère. Que les paroles de désagrément ne paraissent jamais; mais que la sainte douceur, cordialité, union de cœur et affabilité, accompagnent toutes vos paroles et actions. Que les répugnances ne se rencontrent point chez vous : n'allez jamais regardant si l'on vous aime plus ou moins que les autres : tuez ces petits renardeaux, je vous en prie; car ils ôtent la paix des cœurs. Nous ne devons jamais désirer d'être aimées, mais croire que l'on nous aime autant que Dieu veut que nous le soyons. N'examinez point à qui l'on donne les charges, ne les désirez peint : la volonté divine doit être la règle de la nôtre, et nous doit suffire. Donnez, mes chères Sœurs, ce contentement à la sainte Vierge, Notre-Dame, de servir son cher Fils notre doux Maître, par la fidélité à ces petits conseils que je vous donne en leur présence sacrée et de leur part; je vous en conjure derechef, par leur

infinie bonté, que je supplie vous donner surabondance de

grâces, avec leur éternelle bénédiction. Amen.

LETTRE CCXVIII

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRK

SUPÉRIEURE A LYON

Il faut être libérale en ce qui concerne les soulagements à donner aux Sœurs. — Comment former peu à peu les sujets qu'on juge capables de la supériorité. — Conditions nécessaires pour une fondation.

Paris, 26 décembre 1619.

Bref, que les grandes lettres de cette si aimée grande fille nie sont grandement aimables et agréables I je les dévore avec consolation; mais je n'ai pas le loisir de relire maintenant [lu dernière]. Je loue Dieu, ma fille très-chère, en la conduite de votre maison, vous avez un très-bon conseil en ce Père. Avec cela vous pouvez demeurer en paix en vos déterminations.

Je trouve qu'il sera bon de ne pas retarder la petite Raton, sauf le conseil. Il faut modérer la chicheté de notre Sœur N... , lui élargissant le cœur et lui donnant une grande confiance ; vraiment, il faut avoir de la prodigalité pour le secours et les nécessités des Sœurs; il lui faut ôter cela absolument; jamais elle ne serait bonne Supérieure avec cette étrécissure de cœur. 0 Jésus. ! il faut épancher l'argent où il va du soulagement des Sœurs, x^yez soin d'elle en cela, ma fille, et la donnez pour assistante à la directrice ', laquelle il ne faut pas faire portière, non, mais vous ferez très-bien de la faire appeler au parloir quand il y aura des gens de qualité ou d'Eglise, et que vous y traiterez d'affaires; car il faut qu'elle sache cela, voire même, il l'y faut envoyer souvent toute seule, feignant que vous êtes occupée.

a Sœur Marie- Aimée de Blonay.

Je fais ainsi avec celles que je désire dresser pour être Supérieures.

Je ne vois pas qu'il y ait apparence d'envoyer à Montferrand pour trois filles ; car quel moyen de commencer une maison avec cela, et trois mille écus? Il faut que madame des Roches tende ses filets de loin; et pour Clermont, [qu'il y] ait des filles prêtes et propres, avec un fonds honnête pour commencer; cinq professes pour le moins; car autrement l'on gâte les novices mêmes. J'ai fini d'écrire ces fêtes à ma cadette que j'aime bien, et vous, très-chèrement. Bonjour, Jésus soit votre tout en tout! Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

Page 1