‹ Lettres (volume 3)Chapitre 169 sur 351 · LETTRE CCXX · texte numérisé non relu

LETTRE CCXX

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

Comment Ja Supérieure doit agir avec la Sœur assistante et avec les Sœurs professes.

vive f jésus!

[Paris, 1619.]

[Le commencement de la lettre manque].

J'ai aussi répondu à votre dernière lettre par celle que je

vous écrivis par Mgr l'archevêque. Rendez-vous toute familière avec vos professes, surtout avec l'assistante, communiquant avec grande franchise, cordialité et confiance. Cela est requis à une Supérieure, et encore que bien souvent je me sois oubliée de le faire avec vous, je ne faisais pas bien en cela, et ce n'a jamais été faute de volonté, mais d'attention, comme je le fais encore ici, où ayant plus de divertissements [empêchements] , j'ai moins de mémoire d'apporter à la maison ce que j'apprends au parloir, et ce que je pense.

Je connais bien votre Sœur N..., c'est une bonne fille, Dieu lui donnera un jour la lumière pour se retrancher. Je salue trèshumblement Mgr l'archevêque, etc.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCXXI

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON

La Sainte attend la décision de saint François de Sales pour entreprendre i'œuv; e

dite des Haudriettes.

Dispositions à prendre pour le voyage de plusieurs Sœurs.

vive -|- jésus!

Paris, '29 décembre 1619.

Vraiment, ma très-chère fille, votre cœur m'est bon et bien doux : je lui sais si bon gré de ce soin qu'il a eu de me faire savoir des nouvelles de mon très-cher Père. Hélas! il est vrai que cela est tout mon bien : le grand Dieu me le conserve et continue ! Je reçus le jour sacré de Noël de ses nouvelles; ce sont les fêtes qui l'ont retardé. Or, j'espère de vous écrire dans huit jours, car il faudra avertir Monseigneur de ce qui aura été résolu des Haudriettes ', lesquelles enfin l'on nous remettra; priez et faites prier Dieu pour la conduite de ces affaires. Au reste, il faut que Monseigneur se détermine des filles qu'il faut renvoyer ici; car il faudra les avancer tant qu'il se pourra. Il faut, ma fille, que vous aidiez à dresser l'équipage de Lyon : si l'on pouvait rencontrer quelque honnête femme qui vînt par deçà, avec laquelle on prendrait un coche, cela irait bien; et encore pour la commodité entière, s'il y avait quelque honnête ecclésiastique qui se disposât à venir ici, tout cela irait par

1 Ces Religieuses, fondées par Etienne Haudry, secrétaire de saint Louis, et approuvées par plusieurs Souverains Pontifes, vécurent longtemps avec beaucoup d'édification; mais elles tombèrent ensuite dans un tel relâchement qu'on pensa confier la direction de leur monastère aux Religieuses de la Visitation. Ce projet cependant n'entrait pas dans les plans de la divine Providence : les Haudriettes durent leur réforme au cardinal de la Rochefoucauld, qui obtint de Grégoire XV, élu Pape en 1621, l'autorisation d'agréger celte Communauté à l'Ordre de Saint-Augustin.

excellence. Enquérez-vous voir, ma fille, et faites tout ce que vous pourrez pour bien dresser cet équipage-là; peut-être serezvous le chef de cette compagnie : certes, vous y feriez besoin; mais il nous faut laisser gouverner par la divine Providence. Nous vous ferons tenir de l'argent pour l'ouvrage quand il sera temps.

Notre Sœur de Gouffier veut que je vous prie de faire aller un sergent bien fidèle donner assignation à M. son beaufrère; vous le ferez prou. M. de Foras est hors de prison, il y a déjà huit jours. Faites tenir cette laine, s'il vous plaît, à M. de Boisy, lequel m'a écrit.

Adieu, bonsoir, ma très-chère fille. Dieu par sa grâce et sa bonté nous fasse finir en toute perfection, et renaître à une meilleure et plus parfaite vie. Amen.

[P. S.] Faites tenir promptement ces lettres, et donnez à Monseigneur le moyen d'envoyer au plus tôt la réponse. Je vous recommande celle de M. de Boisy.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Charabéry.

LETTRE CCXXII

A M. MICHEL FAVRE

CONFESSEUR DE S/UXT FRANÇOIS DE SALES ET DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION' d'aNXECY

Retour du saint Evêque auprès de ses filles d'Annecy. — Recommandations pour qu'il ne prolonge pas les veilles de la nuit.

vive -J- JÉSUS !

[Paris, 1619-1

Vous n'aurez que ces lignes, mon cher Père, car maintenant que vous voyez ce que votre cœur désire, les trop grandes lettres vous seraient sans doute à dégoût. Je participe à votre contentement, et ne saurais dire la consolation que j'ai de sentir Monseigneur et très-unique Père au milieu de son petit peuple,

comme un roi de bénédiction et un père très-tendre qui pourvoira à leurs nécessités, avec une suavité et utilité toute sainte pour le bien de leurs âmes. Que vous êtes heureux devoir continuellement les actions de ce digne Père! Faites-en bien votre profit, et ne vous endormez pas dans les délices spirituelles de notre cher petit Annecy, que j'aime mieux que toutes les grandes villes du monde qui n'ont pas tant de piété.

Au reste, mon cher Père, ces veilles que Monseigneur fait tous les soirs me seraient insupportables, si je n'avais confiance que notre bon Dieu a un soin particulier de le conserver pour le service de sa plus grande gloire. Il faut, tant que vous pourrez, mon cher Père, détourner les occasions, qui occupent son temps le jour, car ce qui vient à lui, il n'y a remède; son incomparable douceur ne peut éconduire personne, et ne faut pas, je pense, le presser importunément d'éconduire les petites gens, parce que ce lui serait double charge par l'inclination qu'il a de donner du contentement et de la satisfaction à tout le monde. C'est un prodige de vertu et de bonté que ce très-digne Père. Priez Dieu que je le puisse imiter en quelque chose, et me croyez votre, etc.

Conforme à l'original gardé aux Archives (le la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCXXIII (Inédite)

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

Intérêt qi;e Mgr de Bourges porte aux Religieuses de !a Visitation. — Sollicitude de

la Sainte pour former les novices. — Bon exemple que doivent donner les

anciennes.

vive \ JÉSUS !

[Paris, 1620.]

Ma très-chère Sœur ma raie, je vous fais ce seul billet, sans nul loisir, parmi tant d'affaires et de malades dont il plaît à Dieu nous visiter. Je vous envoie les papiers que vous désirez tant. Ne soyez en peine ; notre bon Mgr l'archevêque de [Bourges], m'a fort témoigné d'affection envers vous autres, et m'a obligée de m'accorder la réception des filles de sept à huit cents écus, que je trouverai propres. Je crois que bientôt il vous en ira une d'Orléans, qui s'appelle mademoiselle N. .. Elle a un bon esprit intérieur. Nous vous en éprouverons ici encore des autres ; car nous les garderons pour leur donner les commencements et connaître si elles seront propres.

Je conjure nos bonnes Sœurs de s'affermir en l'observance, douceur et obéissance, afin qu'elles servent de bon exemple à ces filles que l'on s'essayera de leur envoyer. Je vous assure que nous tenons de si près celles qui sont ici , qu'elles me donnent bien de la consolation. Dieu, par sa douce bonté, les fasse croître de mieux en mieux. Amen.

Je n'écris pas à Mgr l'archevêque. Je pensé qu'il sera à Nevers. Saluez-le quand il sera de retour, et l'assurez que je

ménagerai le mieux que je pourrai pour notre petite maison de Bourges. — Je ne peux écrire davantage; un jour que j'aurai le loisir, j'écrirai à toutes ; cependant, je les salue très-chèrement et particulièrement celles qui m'ont écrit. A'ous ne pourrons si promptement penser à loger la fille dont m'écrit notre Sœur Françoise-Gabrielle [Bally].

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCXXIV

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON

La tranquillité et la simplicité d'esprit d'une Supérieure, jointes à une maternelle vigilance, aident efficacement au progrès spirituel d'une communauté. — Eloge d'un livre composé par une Mère Carmélite espagnole. — Importance du monastère de Paris qui doit être une pépinière pour la France. — L'indépendance de i'esprit nuit à la pratique des vertus religieuses.

vive 7 jésus!

[Paris, 16-20,]

Oh ! qu'à jamais soyons-nous toutes sans réserve à ce divin Sauveur, ma toute chère fille.

Vos dernières lettres me furent données par l'agréable main du très-cher frère de votre cœur ; pensez, ma fille, si je fus aise et consolée de le voir et de l'assurer que je l'honorais d'une singulière et particulière affection, comme le bien-aimé frère du cœur que j'aime chèrement. Les nouvelles que vous m'en avez dites me consolent fort. Celte simplicité et tranquillité de soumission vous est uniquement propre; vous n'avez à faire pour vous qu'à demeurer là, et veiller prudemment et charitablement sur votre chère petite troupe, pour l'avancer, avec un extrême amour et douceur maternelle, à la dilectiou sainte de notre doux Maître, par une totale et ponctuelle observance de la Règle.

Monseigneur m'envoya un livre que je trouve excellent; je le ferai transcrire pour vous l'envoyer, si plus tôt vous ne l'obtenez des Carmélites ; car c'est une de leurs Mères espagnoles qui l'a fait et l'adresse à une Supérieure; il y a d'excellents documents pour les Supérieures, et je désire fort que les nôtres l'aient et en fassent profit.

Je vous assure, ma fille, que nous ne savons encore qui l'on mettra ici. Si la maison de Piémont ne nous bridait point et que facilement l'on vous pût dégager de Lyon, sans doute, je pense que vous passeriez ici; mais entre ci et Pâques, l'on verra peut-être plus clair. Il n'y a point de doute que, si je suis crue, on choisira et préférera-t-orc cette maison [de Paris] à toutes, à cause de sa grande importance, et que ce sera la pépinière pour la France. 0 Dieu ! que je lui souhaite une bonne Mère (car, en fin finale, le bonheur des maisons dépend d'elles [des Supérieures] après Dieu): une Mère douce, prudente, zélée et de parfaite observance et de mortification. Vous ne sauriez croire comme notre Sœur Anne-Catherine [de Beaumont] est sage et de grand exemple '. Nous avons ici de bonnes professes, mais nous en avons besoin encore de deux ou trois pour le moins; maintenant que notre bon Seigneur est à Nessy, il verra, mais il faudra attendre le mois de mars.

J'ai vu N. .., qui m'a dit que la bonne Sœur *** était fort mal, et que ce serait charité de la faire traiter par les médecins; il me dit encore ce qu'elle lui avait dit, qu'elle trouvait que les esprits étaient grandement sujets [trop assujettis] et qu'elle avait grande difficulté à s'accommoder à cela; n'est-ce pas là une grande misère? Notre bon Dieu a voulu être attaché à la croix, et nous ne voulons pas nous assujettir pour son amour à une manière de vie toute douce et toute sainte! Or, parce qu'il me semble que cette fille a bon esprit, je voudrais bien

1 Voir la noie de la leltre CCCLXXII.

qu'elle persévérât. Il ne faut pas faire semblant de savoir sa difficulté, mais il faut gagner son cœur, s'il y a moyen, et essayer de l'affranchir de cette difficulté. Dieu accomplisse en tout sa très-sainte volonté et nous comble de grâces, ma trèschère fille. Je suis toute vôtre.

Dieu soit béni!

[P. S.] J'ai reçu vos lettres et les deux de Monseigneur. Je me servirai toujours de cette voie et jamais de la poste. Je vous prie, faites-le même, ma très-chère fille.

Conforme à l'original gardé aux. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCXXV

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

Il faut obéir simplemeut et gracieusement en tout ce qui regarde le soulagement

corporel, et se montrer toujours communicative, ouverte, franche, cordiale et

joyeuse.

vive -j- jésus!

[Paris, 1620]

Je ne sais, ma très-chère fille, si vous aurez reçu ma dernière lettre; Dieu me la donna ainsi , et maintenant je vous dis encore de sa part que vous obéissiez tout simplement, tout doucement, tout cordialement et gracieusement à notre Sœur [Françoise-Gabrielle], en tout ce qui regarde le soulagement de votre corps, sans y manquer, disant naïvement comment vous vous sentez, avec une douceur qui ne lui ôte pas la confiance de vous dire ce qui lui semblera bon.

Je vous envoie ce livre; si vous voulez, faites-le copier; il y a de très-bons points de grande utilité, voire, nécessaires pour celles qui sont en charge. Enfin , il se faut faire tout à tous pour les gagner tous.

J'espère de vous envoyer deux ou trois bons cœurs de filles

ce Carême. Soyez grandement communicative, ouverte, franche, cordiale et joyeuse. Souvenez-vous encore de ce que je vous ai dit tant de fois : tâchez d'animer vos paroles tant qu'il vous sera possible, afin qu'elles pénètrent mieux les cœurs de vos filles. Dieu soit votre tout. Amen. Priez pour nous.

Conforme à une copie laite 6ur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

Page 1