‹ Lettres (volume 3)Chapitre 170 sur 351 · LETTRE CCXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXVI

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON'

Dieu ne se plaît pas en nos maux, niais eu notre patience à les souffrir. Nouvelles du monastère de Paris. — Projets de fondations pour Nevers et Orléans.

vive -j- JÉSUS !

Pans, 13 janvier 1620.

Ma très-chère fille, je vous écrivis mardi dernier que Mgr de Lyon avait répondu verbalement à mon neveu de Neuchèze, que vous fissiez vos novices professes '; il dit de petites raisons, mais enfin il conclut cela. Je prie Dieu qu'il ait soin de ces pauvres chères Sœurs malades, et leur donne la force de porter leur mal utilement. Mon Dieu ! ma très-chère amie, que les tribulations nous devraient être précieuses ! mais toute l'importance est à les bien ménager; car Dieu ne se plaît pas en nos maux, mais en la patience avec laquelle nous les souffrons.

L'affaire des Haudriettes s'avance ; nous n'avons [point] encore vu les articles que l'on dit qui sont fort à notre avantage ; certes , il n'y avait pas moyen d'entreprendre cette affaire autrement. Nous sommes toujours en peine d'une place pour nous arrêter; faites prier pour cela, je vous en prie. Au reste, l'on nous demande avec assez bonne enseigne à Nevers et à Orléans; nous n'avons besoin que de bonnes Supérieures; Dieu par sa toute

1 II y eut en effet quatre professions à Lyon le 9 février 1620.

368 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

bonté nous en veuille donner. Vous aurez bientôt le livre des Carmélites, car je le fais transcrire. Bonsoir, ma fille, je suis lasse. Nous avons aujourd'hui donné l'habit à une demoiselle de bon lieu , honnête et bonne fille ' ; c'est la treizième novice. Dieu y donne sa sainte bénédiction. Je suis , vous le savez bien, ma fille, toute très-vôtre, et Jésus soit tout votre bien. Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCXXVII

A LA MÈRE PÉROXXE-MARIE DE GHATEL

SUPÉRIEURE A GRENOBLE

Be! éloge de la Mère de Châtel par saint François de Sales. — Avantages qu'il faut tirer des négligences involontaires. — Xe vouloir que Dieu et ne chercher de consolation qu'en Lui seul.

VIVE j JÉSUS !

[Paris] 13 janvier 1620.

Eh! comment, ma très-chère fille ma mie, pourquoi attendiez-vous de moi une lettre sévère? Certes, il faut que je vous dise franchement, et la gloire en soit à Dieu, votre cœur est trop bon pourêtre gourmande, et quand il serait mauvais, je ne voudrais pas le taire.

Monseigneur m'écrivit ainsi en me parlant de nos maisons qu'il avait vues : « Il faut dire la vérité : à Grenoble, je trouve une, mais une Supérieure toute selon mon cœur.» Or, pensez, ma fille, si cela me fit grand bien! Oui, certes, je vous aime trèschèrement, et je ne saurais vous dire rien de mieux, sinon que vous cheminiez toujours fermement en votre chemin qui est très-bon, et sans regarder ni à droite ni à gauche. Vous êtes admirable à vous plaindre de vous-même. Or sus , s'il plaît à Dieu que vous soyez ainsi si infidèle, je veux dire s'il permet

1 Sœur Catherine-Thérèse de Saint-Germain.

que nous ayons quelques petites négligences, c'est afin que nous ayons toujours de quoi nous humilier l. Quand Dieu vous consolera, recevez ses consolations fort simplement, et enfin le bien et le mal également. Bref, ma fille, il faut que nous nous unissions à Dieu en to*jt et de tout, et conduisez vos filles à cela.

11 n'y a remède; il faut avoir encore un peu de patience. Dieu vous pourvoira d'un Père spirituel; cependant, soyez toute chose à vos filles, il va bien ainsi. J'ai bien de la consolation de ce que vous me mandez qu'elles font bien. Eh ! Seigneur Jésus ! comblez celte bénie troupe de votre sainte bénédiction.

Priez fort pour nous, nous avons une peine nonpareille à trouver bien pour nous loger. Nous nous verrons cet été, je l'espère, cela dépend de Monseigneur. Or enfin, ma fille, il ne faut vouloir que Dieu; nous serons très-heureuses s'il est noire seule consolation, et que nous n'en voulions point d'autre. Pour l'amour de Dieu, tenons-nous à cela, et que tout le reste ne nous soit rien. Adieu, ma mie; priez et faites prier pour mes enfants, je vous en prie. Croyez assurément que vous êtes la très-chère fille de mon cœur.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 Pendant que l'humilité de la Mère de Chàtel lui dérobait le grand bien que Dieu opérait par son entremise, telle était la réputation de ferieur du monastère de Grenoble que de célèbres Religieux, entre autres le P. Colton et le P. Isnard, de la Compagnie de Jésus, ne craignaient pas de l'appeler : une fournaise d'oraison, une école de vertus.

370 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

Page 1