‹ Lettres (volume 3)Chapitre 173 sur 351 · A MADEMOISELLE DE CHANTAL · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE CHANTAL

S.) FILLE

La Sainte lui annonce que M. de Toulonjon la demande en mariage.

vive f jésus!

Paris, mars 1620.

Dieu soit béni, ma très-chère fille, qui a soin des enfants qui se confient en Lui! Je pense que sa divine Providence vous aura adressé ce qui vous sera convenable; pour moi, je trouve n'y avoir rien à désirer de plus raisonnable. Votre frère vous ira trouver pour vous dire qui est le gentilhomme ', lequel vous ne connaissez point, quoiqu'il vous ait vue. II est notre voisin de Monthelon, un fort honnête et brave gentilhomme, riche aussi, bien accommodé chez lui, et qui vient avec tant d'honneur faire cette recherche qui nous oblige extrêmement. Je vous en prie, ma fille, me mandez promplement et franchement si vous n'êtes point préoccupée, car si vous ne l'êtes et que vous teniez votre esprit dans la raison et soumission que vous me promettiez dans

1 M. de Toulonjon.

votre dernière lettre, vous serez plus heureuse que vous ni moi n'eussions su penser. Pour Dieu, ma mie, remettez bien tout votre cœur entre les mains de Dieu, et ne vous laissez préoccuper par aucune sorte de niaiseries, ni vaines appréhensions et considérations; laissez-nous faire, car votre bonheur nous est plus cher qu'à vous-même.

S'il plaît au grand Dieu d'acheminer celle affaire à bonne fin, mon Dieu ! que vous serez contente et heureuse; car ce gentilhomme ici me plaît du tout. Je laisse à votre frère de vous dire le reste. N'en dites rien à personne, mais priez Dieu et m'envoyez réponse au plus tôt, mais n'y faillez pas; écrivez-moi plutôt par deux voies; j'enverrai au coche dans quinze jours; je vous prie, que j'aie réponse. Au reste, je vous ai déjà mandé que vous pressassiez M. Coulon pour vendre Forelz. Je vous prie , tenez main à cela , car il faut que les trois mille écus d'argent soient comptants, je l'ai promis. Faites en sorte que M. Coulon vous fasse payer tout au moins dans six mois; mais tenez main à cela et le pressez, veillez-y et ne faites point de dépense extraordinaire. Je vous écris fort empressement. Dieu vous bénisse, mon enfant; louez Dieu avec moi et le bénissez à jamais.

Je traiterai bien à votre avantage; n'ayez soin de rien , ma très-chère fille.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de Torigiual gards à la Visitation de Reims.

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