LETTRE CCXXXV
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A LYOX
Deux motifs qui permettent d'outre-passer, dans la réception des sujets, le nombre marqué par la Règle.
VIVE -J- JÉSUS
[Paris] 17 mars [1620].
0 Dieu! ma fille, ma très-chère fille, il faut vous dire en courant que s'il se présente des filles bien capables, vous en pouvez recevoir quelques-unes de plus que le nombre de trente-
trois, ainsi que la Règle nous le marque; mais, de plus, vous en pouvez et devez recevoir pour la fondation de Valence, laquelle vous devez faire, et il serait dommage de perdre l'occasion que vous en avez; vous pouvez aussi adresser vos prétendantes à Grenoble, où elles en ont besoin. Voilà, ma toute chère fille, ce que je vous dis en courant, n'ayant nul loisir. J'aime et honore le cher père1. Nous avons peu ici pour notre logement, priez pour cela; nous ferons prou, si nous pouvons fournir Orléans et Nevers; mais si l'on nous reçoit à Dijon, on les pourra faire différer jusqu'à l'année prochaine. Ma vraie toute chère fille, je suis vôtre sans réserve.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Charabéry.
LETTRE CCXXXVI
A LA MÈRE PÉRONXE-MARIE DE CHATEL
SUPÉRIEURE B GRENOBLE
Le dégagement et le calme sont des moyens sûrs de progresser dans la vie intérieure. — Toutes les prières de la Communauté doivent être pour la sainte Église.
VIVE j JÉSUS !
Paris, 21 mars 1620.
Bienheureux, ma très-chère fille, sont ceux qui cheminent à la bonne foi au chemin du ciel, sans s'amuser à regarder s'ils avancent ou non. Allez toujours en avant, ma fille, et ne réfléchissez point sur vous-même. Dieu vous tient de sa main, assurez-vous que vous ferez un heureux voyage si vous persévérez; vivez joyeuse, je vous prie. Je suis bien consolée de voir que vous l'êtes, et plus libre que de coutume; vous avez besoin
1 Le président Favre.
de cela, de tenir votre cœur au large; faites-le donc toujours. Toutes vos appréhensions n'étaient que des tentations, aussi bien que l'opinion que vous ne feriez point de filles solides. Allez en tout votre train, car il est bon, et ne craignez rien. Dites-moi bien toujours tout votre cœur ; car je vous assure que ce m'est une douce consolation que de vous ouïr parler ; plus je vais avant, plus je vois que vous êtes ma très-chère fille.
Mais il est vrai que notre Sœur Anne-Catherine [de Beaumont] est une brave fille et capable; on la goûte fort ici. Nous avons de bonnes filles, mais je crois que nous en renverrons trois; ce ne sera pas sans mortifications de toutes sortes. Je voudrais bien que vous nous puissiez donner voire première fille, que nous pensions emmènera Nessy, car j'ai envie d'en avoir ici une de votre maison, mais il la faudrait bien faite, car l'on est ici bien délicat ' . Sa chère Sœur se mettrait en sa place ; je ne serais pas marrie qu'elle aille vers vous. Voyez si vous pouvez faire cela et me le mandez; elle ferait place à une autre.
Au reste, je pense que nous marierons Françoise, si elle veut, à un très-bon et brave gentilhomme, riche, sage, et qui, je m'assure, sera très-bon mari. Priez Dieu qu'il l'assiste.
Je vous prie, ma mie, faites que toutes les prières de vos filles soient pour la sainte Eglise. Renouvelez aussi celles pour Monseigneur; car bientôt il se doit faire une résolution d'importance pour lui. Priez pour cette maison; que Dieu nous loge s'il lui plaît. Mille saluts à toute la chère troupe et à votre cher bien-aimé cœur.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
1 La Mère de Châlel donna la Sœur M. -Constance de Bressand.