‹ Lettres (volume 3)Chapitre 182 sur 351 · LETTRE CCXLVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXLVIII

A LA MÊME

Envoi de trois bonnes postulantes. — Il faut n'admettre à la profession que les âmes humbles ou qui travaillent sérieusement à le devenir. — Prudence que doit avoir la Supérieure dans ses rapports avec les Sœurs.

vive -j- jésus!

[raris, 16-20.]

Voilà donc enfin , ma très-chère Sœur, les trois filles que nous vous avons destinées, à mon avis très-propres pour l'Institut. Certes, et je ne sais quasi et sans quasi qu'y trouver à redire; ce sont de bonnes âmes, candides, franches, et qui désirent le bien, elles sont assez bien dressées aux choses intérieures.

Celle qui est damoiselle ' est une fille qui entend la mortification et qui est bonne à tout; il y a huit mois qu'elle est céans, on ne lui a pas vu faire une action répréhensible; c'est un fort bon cœur. Je serais bien aise qu'on l'employât à tous les offices pour la bien dresser : un peu d'exercice lui sera bon. Dès maintenant, elle sera fort bonne lingère; mais vous conduirez cela selon votre discrétion. Notre Sœur Marie-Anastase adressé les deux autres qui sont, certes, bonnes et sincères; la grande fait quelquefois je ne sais quelque petite échappée d'enfant, mais cela ne vient pas du cœur, ains de la nourriture qui est un peu grossière, mais cela n'est rien, c'est un agneau qui se repent et remonte fort bien. La petite a bon esprit, bon courage, est toute candide et de bonne volonté; plût à Dieu jamais de moindre. Traitez-les, je vous supplie, cordialement et toutes les Sœurs; je les aime grandement et crois qu'elles se rendront utiles et bonnes servantes de Dieu. Vous leur pour-

1 On sait qu'autrefois ce mot de damoiselle avait la même signification qu'a aujourd'hui celui de madame.

rez donner l'habit quand les habits seront faits, car leur essai a été doublement fait.

Si l'on eût demandé le soleil azuré [ostensoir], on l'eût fait l'aire ; mais je n'en ai point vu ici. Le nôtre est tout pareil à celui-là.

Voyez-vous, ma chère fille, comme notre bonne Sœur N*** ne manque pas de montrer sa fierté; certes, car qu'est-ce que cela, quand l'on dit que l'on s'en ira de bon cœur? Croyez-moi, éprouvez-la bien, et si elle ne reconnaît et ne désire grandement le bonheur de la profession par une vraie humilité, ne la lui donnez pas. Nous en mîmes avant-hier une dehors, et encore une dans huit jours pour manque d'humilité. 0 vrai Dieu ! il faut être humble et se reconnaître et soumettre comme servantes de toutes.

Vous me dites, ma chère fille, que je vous dise toujours ce que je penserai utile à Votre Charité; je le ferai avec confiance, et je vous prie de bien attirer vos filles par une affection cordiale. La petite que nous vous envoyons en aura un peu besoin au commencement; mais ne faites rien d'extraordinaire devant toutes les Sœurs, craignant que les caresses à quelqu'une particulière ne servissent de tentation, d'envie aux autres, et faut être grandement égale sur cela et supporter l'infirmité du sexe en cette occasion. C'est un des bons avis qui soit dans la Règle de la Supérieure, de ne pas reprendre les fautes sur-lechamp, sinon qu'elles fussent de telle importance que la bonne édification des autres le requit; et surtout il faut supporter aux récréations, ne les y mortifiant que par nécessité.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Kossct elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

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