‹ Lettres (volume 3)Chapitre 184 sur 351 · LETTRE CCL · texte numérisé non relu

LETTRE CCL

A MADAME DU TERTRE

\ MOULINS

Conseils à l'occasion du contrat qui lui a donné le titre de bienfaitrice religieuse.

vive -j- JÉSUS !

[Paris] 16 mai [1620].

Dieu soit béni , ma très-chère , et rende votre cœur toujours plus sien ! La vérité est que je remarque dans votre dernière lettre, arec consolation, des effets du changement que Dieu a fait en vous, dont je lui rends grâces de toute mon affection.

Mon Dieu, que vous êtes heureuse, ma très-chère fille, et que vous le serez toujours davantage à mesure que vous avancerez en ce seul très-adorable et très-aimable amour ! Vraiment, nous vous en donnerons des communions générales, et plus que vous n'en avez demandé. Dieu, par sa bonté, exauce vos désirs, vous rendant parfaitement sienne ! J'écris au long votre accord à la chère Mère que vous avez là ; je vous prie, ma fille, de l'approuver. Tout cela s'est fait cordialement et franchement de la part des vôtres, quoique je n'aie parlé à ce coup qu'à madame votre mère, qui s'est en vérité portée en cette occasion avec grand témoignage d'affection et de désir de votre repos et contentement. Elle désire d'aller à votre vêture, et que, pour l'amour de Dieu , il ne se dise pas un mot de tout ce qui s'est passé : mais qu'il ne s'y traite que de bienveillance et cordialité. Je crois qu'elle témoignera, par de continuels effets, l'amitié qu'elle veut dorénavant vous porter. Enfin, cette pauvre femme est si consolée de votre résolution que rien plus, et de vous savoir en repos. 0 ma très-chère fille, il les faudra tous bien contenter ; certes, vous en avez occasion , et je vous conjure de ne vous plus ressouvenir du passé , et au moins de n'en plus rien témoigner; au contraire, de montrer de la gratitude et que

vous ne voulez plus, sinon leur témoigner de l'amitié et conserver la leur.

Pour ce qui est de vos enfants, ils m'assurent qu'ils sont fort bien, et qu'ils en auront soin comme ils doivent. Mademoiselle d'Asy vous écrira plus au long. Ils trouvent à propos de faire dresser ici le contrat ; ce sera par bon conseil; puis on vous l'enverra pour y ajouter ou diminuer ce qui vous plaira. Je leur ai dit qu'ils le dressassent, et puis nous le ferions voir à personnes capables; c'est afin que vous n'ayez, les uns ni les autres, rien à démêler de fâcheux quand vous serez ensemble.

Ma très-chère fille, je prie Dieu qu'il remplisse votre sein de l'amour sacré du sien très-paternel, afin que votre chère âme jouisse dès cette vie des souveraines délices de l'éternité. Amen.

Vous serez donc notre très-chère et bien-aimée Marie-Aimée. Eh ! que je vous souhaite les vertus de celles qui ont porté et portent encore ce nom. Je désire que vous les surpassiez toutes; car je suis de toute mon affection, ma très-chère fille, votre plus humble Sœur et servante en Notre-Seigneur, etc.

Conforme à une copie de i'original garde à la Visitation de Xevers.

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