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LETTRE CCLX

A MADAME DU TERTRE

A MOL'LIXS

Une Religieuse fondatrice ne peut, par contrat, exiger aucun privilège. Conseils à ce sujet.

VIVE -f- JÉSUS !

[Pans, juin 1620.]

Il y a longtemps que l'on nous a envoyé la quittance, ma très-bonne et chère fille, sitôt qu'elle sera de deçà l'on fera compter l'argent. Certes, il m'a un peu fâché de voir tant de remises; mais tout vient à point à qui peut attendre.

Quant à ce qui est du contrat d'entre vous et nos Religieuses, hélas ! ma très-chère fille, ne doutez point, je vous supplie, que la balance s'y tienne juste; mais, parce que vous voulez faire les vœux, il ne nous est pas possible d'insérer dans le contrat autre chose que ce qui est contenu dans la lettre de Mgr de IVevers ; non que ce soit ce bon prélat qui nous lie les mains, mais c'est que les utilités de ce privilège de fondatrice, en qualité de Religieuse, sont de menues choses qui regardent votre soulagement, votre traitement et les services particuliers qui vous sont nécessaires, choses qui ne se peuvent particulariser dans le contrat, et qui y seraient inconvenantes; car les privilèges ordinaires des fondatrices ' sont d'entrer et sortir du monastère quand elles veulent , pourvu que l'heure ne soit pas indue, d'y être nourries, couchées, servies, sans rien particulariser par le menu. Elles s'y font enterrer, si elles veulent, portent l'habit quand elles sont dedans, chantent au chœur si elles veulent, et semblables licences. Mais votre intention n'est pas cela, ains d'être Religieuse, sans toutefois une si étroite

1 Des fondatrices séculières, ce qui ne concernait point madame du Tertre, qui voulait y être Religieuse.

obligation aux exercices et [à notre] manière de vie, en considération de votre faible et délicate complexion, chose qui est raisonnable et qui ne vous sera jamais déniée.

Mais, pour votre plus grande satisfaction et contentement, il faut que Monseigneur de Genève vous en fasse une promesse particulière, je le lui écrivis mardi dernier, et que pour cela vous lui écririez et lui manderiez par le menu toutes les exemptions que vous désireriez, afin qu'à jamais rien ne put être révoqué en doute; car cela, joint à la licence abrégée que vous donne Mgr de Nevers, sera invariablement conservé et maintenu par toutes nos Religieuses. Je crois que vous ne doutez point de l'obéissance qu'elles doivent à ce bon Monseigneur, et qu'elles aimeraient mieux mourir que d'y contrevenir. Ainsi donc vous n'aurez rien à craindre, et je vous prie, ma trèschère fille, de ne le pas faire, mais vous assurer que l'on ne voudrait nullement vous manquer. Dieu sera notre caution, et nous fera accomplir sa sainte volonté, ma très-chère fille; je supplie son immense bonté de vous donner l'abondance de ses saintes grâces, afin que fortifiée en son saint amour, vous le serviez avec toute perfection, repos et plein contentement. Je suis en Lui, plus que vous ne sauriez penser,

l otre plus humble et très-affectionnée.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Aevers.

LETTRE CCLXI (Inédite)

LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY

ASSISTANTE-COMHISE, A LYON '

Préparatifs pour les fondations de Nevers et d'Orléans.

VIVE j JÉSUS !

[Paris] , 23 juin [1620].

Ma très-chère fille, je pensais que vous m'écririez par ce messa ger-ci, car je suis toujours un peu en peine de la lettre de change que j'ai envoyée pour recevoir les trois cent vingt livres. Oh ! bien, Notre-Seigneur pourvoira à tout. Assurez-vous du coche à l'avantage; il nous coûtera cinquante écus, mais il n'y a remède, il le faut tout. Dès que vous saurez le jour que nos Sœurs partiront de Lyon, faites-le nous savoir. Au reste, ma fille, si Monseigneur veut qu'on prenne notre Sœur Françoise-Jéronyme [de Villette], équipez-la bien pour son hiver et pour son été, et lui donnez aussi un peu d'argent pour aider aux frais ; car cette maison a prou fait de donner cent écus. Si cette fille vient, j'en serai bien aise pour votre soulagement; si elle ne vient pas, j'en serai bien aise pour le nôtre.

Adieu, ma fille, le glorieux saint Jean nous fasse part de sa force à mépriser le monde et tout ce qui est créé, pour servir purement la très-sainte volonté de notre bon Dieu. Amen. Je salue chèrement toutes vos bonnes filles, et nos Sœurs quand elles seront là. Qu'elles viennent de bon cœur, nous les attendons aussi joyeusement ; mais dites-leur qu'elles ne parlent

1 Les Supérieurs ecclésiastiques du monastère de Lyon n'avaient consenti au départ de la Mère Favre pour Montferrand qu'à la condition de la voir revenir au bout de quelques mois; aussi ne permirent-ils pas à la Communauté de faire une nouvelle élection; c'est ce qui explique comment Sœur Marie-Aimée de Rlonay gouverna en qualité d'assistante-commise.

point de Supérieure pour cette maison, car c'est une corde qu'il faut manier bien doucement; que, si on la touchait maintenant, on se mettrait au hasard de tout rompre. A Dieu encore une fois, ma très-chère fille.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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