LETTRE CCLXVI
A MONSIEUR DE PALIERNE
TRÉSORIliR DK FRANCK, \ MOULINS '
Recours à l'autorité de M. de Palierne en faveur de la maison de Ne vers. Projets d'accommodement.
vive •}• jésus!
[Paris], 22 juillet 1620.
Monsieur,
J'ai appris par l'aumônier de Monseigneur de Genève ce qui se passe à Moulins" contre le dessein de la fondation de l'une de nos maisons à Nevers. Vrai Dieu! .Monsieur, que ces soulèvements ont louché mou cœur! Mais à qui mon recours, après Dieu et sa sainte Mère, sinon à vous, Monsieur, pour vous conjurer, pour l'amour que vous portez au Fils de Dieu et à sa sainte Mère, d'employer votre zèle, votre piété et toute l'affection que vous avez jamais eue pour Monseigneur de Genève, et pour ce petit Institut que Dieu a voulu former parla main de ce digne prélat, pour pacifier et accoiser cette tourmente.
Hélas! ô Dieu, sa divine majesté sait que de toute mon âme je porte à ses pieds tout notre intérêt particulier; mais celui de sa gloire en la bonne odeur que ces petits monastères ont accoutumé de rendre, oh ! Dieu sait combien cela me touche, quoique paisiblement, grâces à la divine bonté; c'est pourquoi je vou-
M. de Palierne, trésorier général de France, grand protecteur et bienfaiteur de la communauté de Moulins.
2 Les amis de ce monastère s'opposaient absolument au départ de la Mère de Bréchard pour Xevers, où elle était envoyée par saint François de Sales : madame du Tertre revint alors sur la promesse qu'elle avait faiLe en faveur de cette fondation el voulut recouvrer la somme qn'elle avait donnée, afin de la transférer à la maison de Moulins, où elle désirait s'assurer les privilèges de fondatrice; de là grande discussion entre les protecteurs des deux monastères.
drais me fondre pour aider à réparer ce dommage; et c'est pourquoi je redouble mes conjurations à vous, Monsieur, qui nous avez toujours fait l'honneur de nous aimer si chèrement, vous suppliant, au nom de Dieu, et avec toutes les affections de mon cœur, que vous mettiez la bonne main en cette affaire. Quoi! il n'est question que d'argent, et qu'est-ce que cela? Si madame du Tertre en veut plus donner à Moulins qu'à Nevers, au nom de Dieu, soit-il! cela nous est indifférent; nous chérissons nos maisons également, et la chère dame sait bien que c'est son pur mouvement qui l'avait portée à Nevers. Si maintenant elle est persuadée par d'autres raisons et inclinations, qu'elle les suive; mais je vous supplie que ce soit en sorte qu'il ne s'ensuive point de brouillerie ni de procès; et me permettez, Monsieur, que la confiance que j'ai en vous me fasse dire ce qui me semble être d'équité, et que je désirerais que l'on fit : puisque madame du Tertre a si bien et légitimement, et si librement donné dix mille francs à la maison de Nevers, il me semble qu'elle les y doit laisser, à la charge qu'elle y aura sa retraite et son entrée quand elle aurait besoin de changer d'air; et, pour les vingt mille francs, puisqu'elle a désir d'en accommoder la maison de Moulins, elle pourra le faire. Voilà comme je pense que les choses devraient être accommodées pour la gloire de Dieu et notre consolation; et je vous supplie très-humblement, Monsieur, de porter votre main de paix à cette affaire. Vrai Dieu! que de secousses les vrais serviteurs et servantes de Dieu ont à supporter! Quand les intérêts particuliers se fourrent parmi nos affaires, ils nous font bien souffrir! Mais gloire soit à Dieu, et sa souveraine volonté soit en tout et partout accomplie, car en cela est notre paix.
Vous, Monsieur, que j'honore de tout mon cœur, ne me déniez pas ce que j'attends de vous en cette occasion, et que votre bonté s'y emploie sans réserve; car je désire que vous soyez cru en cette affaire, afin qu'elle soit bientôt étouffée. Ah!
je me confie que vous le ferez; car vous aimez Dieu, et aurez mémoire de la douce affection de Monseigneur de Genève. Voyez aussi, je vous supplie, s'il sera expédient de changer de Supérieure. Je crois qu'oui , puisque l'on a été si aigri contre celle qui y est, et puis les obédiences doivent être suivies, qui sont la volonté de Dieu. Celle qu'on vous a envoyée [la Sœur P.-J. de Mont houx] est très-capable et vraie servante de Dieu.
J'écris à madame la maréchale quatre paroles, remettant à votre prudence de lui donner ou non [la lettre] et à madame du Tertre aussi. Je ne répéterai point ce que je vous dis, Monsieur, m'assurant que vous lui communiquerez cette lettre; aussi que je ne puis tant écrire, étant arrêtée de maladie. Or, me voilà soulagée, remettant cette affaire entre les mains de Dieu et les vôtres. Oui, Monsieur, je vous la remets, et de la part de Dieu et de sa très-sainte Mère à qui nous avons l'honneur d'être. Je m'assure tant de votre grande bonté, qu'encore ferez-vous quelque petite considération sur moi qui ne respire sinon que nous servions Dieu, purement, humblement, doucement, et avec un singulier amour de la pauvreté.
Jésus, notre bon Sauveur, vous comble de bénédictions, et vous conduise en cette affaire. Je suis d'une affection entière, Monsieur,
Votre très-humble et obligée servante en Notre-Seigneur.
[P. S.] Obligez-moi, Monsieur, de faire tenir ce paquet à nos Sœurs. Je vous écrivis dernièrement pour vous conjurer d'être toujours le père de cette maison; je le fais encore trèshumblement, saluant madame votre femme de qui je suis trèshumble servante, et de votre bonne mère, madame de Mosdière.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.
Mi LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.