LETTRE CCLXVII
A MADAME DU TERTRE
A MOULINS
Pressantes instances pour lui faire agréer les moyens de conciliation, proposés par S. François de Sales.
[Paris,] 22 juillet 1620.
Eh bien ! ma très-chère Sœur ma fille, vous avez ouï et reçu des raisons cl persuasions qui vous ont été faites pour demeurer à Moulins. J'en serais consolée si le tout se fût passé paisiblement ; car quel intérêt en tout cela, pourvu que l'on aime ce qui regarde la gloire de Dieu en la bonne odeur de ses servantes, qui doit être si précieuse aux âmes bien faites. Or donc, ma fille toute chère, puisque vous trouvez bon d'arrêter à Moulins, faites-le au nom de Dieu pour y vivre selon vos saintes prétentions, j'en serai bien contente; et vous assurez que Monseigneur de Genève ne dira pas que non , car cela nous est indifférent, l'une des maisons nous est chère comme l'autre, et nous ne demandons, sur toutes choses, que la paix pour vivre tranquillement en nos petites observances. C'est pourquoi, ma très-chère fille, je vous conjure que, pour éviter les maux et embarrassemenfs que je prévois, vous laissiez à la maison de Xevers ce que vous lui avez donné irrévocablement, et ce que vous ne pouvez lui ôter sans foire soulever de grandes mutineries en ce lieu-là, chose qui nous serait insupportable et nous ferait tout quitter. Je vous le dis franchement, ma trèschère fille, afin que vous le considériez mûrement.
J'écris mon sentiment au bon M. de Palierne. S'il vous pla me consoler en le suivant, vous m'obligerez, et je vous en conjure, ma fille, pour la gloire de Dieu. 11 restera assez à Moulins, et la Supérieure que Monseigneur de Genève a eh-
voyée vous donnera pleine satisfaction, n'en douiez point; carje craindrais que les choses passées ne donnassent sujet de quelque petite altération. Néanmoins, j'écrirai un mot au Révérend Père recteur, afin que ceci se fasse par son conseil. Si j'avais de la force, je vous écrirais davantage, mais que ceci suffise à votre cœur, je vous en prie et conjure, et de me tenir toujours pour toute vôtre en Notre-Seigneur.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Xevers.