‹ Lettres (volume 3)Chapitre 199 sur 351 · TRÉSORIER DE FRANCE, A MOULINS · texte numérisé non relu

TRÉSORIER DE FRANCE, A MOULINS

Prière de s'employer près de madame du Tertre pour qu'elle maintienne ses promesses. — La gloire de Dieu et l'honneur des monastères sont au-dessus de tout intérêt temporel.

vive f jésus!

[Paris], 2 i juillet 1620.

J'ai, ce me semble, par mes précédentes lettres, répondu à celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur le sujet de la demeure de madame du Tertre à Moulins. Qu'ajouterai-je donc. Monsieur, sinon des supplications très-humbles que l'affaire s'accommode selon l'inclination de cette bonne dame, conservant tant qu'il se pourra la paix et la justice. Je vous ai dit rondement ce que je pensais, qu'il était très-raisonnable de laisser à la maison de Nevers les dix ou treize mille francs que l'on dit être déjà reçus, et qui en effet le sont, et justement. Ce partage doit peu importer à la bonne madame du Tertre, et c'est pourtant le seul moyen d'éviter tout embarras et débat que ceux de Nevers pourraient faire; car pour nous, je vous assure, Monsieur, que nous ne voudrions pas y avoir pensé.

Or, je m'assure que Monseigneur de Genève ne contredira point ce projet, ains il l'approuvera, comme amateur de toute paix, et très-égal en ses affections à nos maisons. H y a de quoi faire bien à l'une et à l'autre. Ce que je désire sur toute chose, est que cette chère dame persévère à vouloir vivre parmi nous, selon ses premières intentions; autrement il n'y a point de bien au monde, ni de considération qui nous pût faire traiter avec elle. Ce que je dis, Monsieur, simplement et confidemment, ayant tout sujet de traiter avec vous de la sorte ; ensuite de quoi je vous dirai encore que j'eusse grandement souhaité qu'elle n'eût bougé de notre maison, assuré que l'on doit être que c'est un lieu où l'on ne force personne ; mais bien, puisque Dieu a permis cela, patience.

Nous vous supplions toutefois que, puisqu'elle est résolue de continuer sa bonne volonté, elle y retourne au plus tôt, tant pour notre considération que pour celle de messieurs ses parents qui sont venus ici m'apporter leurs lettres , et nous remettre cette affaire.

Il me semble, Monsieur, et je le remarque par quelques-unes des lettres que l'on attribue à notre bonne Sœur la Supérieure de là, le dessein premier de madame du Tertre est qu'elle a de grandes passions pour aller à Xevers, ce qui n'est pas toutefois, je vous en assure, Monsieur. Et cette chère dame devrait en dire franchement la vérité, afin que les esprits de delà ne demeurassent point aigris par cette opinion non véritable ; et cela nous importe, estimant incomparablement davantage la bonne odeur de nos petits monastères, pour la gloire de Dieu, que toutes les choses de la terre.

Or, c'est assez vous dire, Monsieur, et je m'assure que votre prudence et votre piété auront surtout égard à l'intérêt de Dieu et de ses servantes. Je vous en supplie et vous en conjure, et de croire qu'invariablement je conserverai en mon cœur l'af-

fection pleine d'honneur et de piété que j'ai pour votre personne, et pour toute votre famille, priant Dieu qu'il vous comble de toutes bénédictions.

Je vous supplie derechef de servir de père à notre petite Supérieure ; vous lui trouverez un esprit capable, judicieux et zélé. Je lui écris un billet, afin qu'elle prenne confiance entière avec vous ; car c'est mon sentiment que toutes deux suivent leur obédience, se soumettant toutefois, s'il est mieux jugé autrement, ce que j'aurais peine à croire; mais Dieu conduira tout.

Je suis, Monsieur, votre très-humble servante et obligée en \otre-Seigneur.

[P. S.] Faites donner sûrement ces billets à nos Sœurs, s'il vous plaît.

Conrorme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Xcvers.

LETTRE GCLXX

A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX.

A MOULINS

L'esprit d'humilité, de douceur et de prudence est indispensable au bon gouvernement. — Il faut consulter et traiter avec confiance les amis du monastère.

vive j ^jésus!

[Paris, 1620.]

Ma très-chère fille,

Je pense donc toujours que votre bonne Sœur la Supérieure doit accomplir son obédience, et vous, la vôtre. Au nom de Dieu, conservez jalousement en votre gouvernement l'esprit de la très-sainte humilité, douceur, joie et suavité. Ne changez rien, conduisez la maison par son chemin. Si vous y trouvez

quelque chose qui ne vous semble pas selon Nessy, avertissezmoi, ma fille, avant que d'y toucher. Ne soyez nullement impérieuse, mais traitez vos Sœurs comme vos compagnes, avec amour et respect. Ma fille, il me faut croire, et je sais quel est votre cœur ; mais il faut pardonner au mien, qui abonde au désir de la gloire de Dieu dans nos maisons.

Soyez gracieuse, affable, patiente envers les séculiers. Ayez grand soin de conserver les amis, surtout le bon M. dePalierne, auquel vous devez beaucoup croire en la conduite des affaires ; c'est l'ami intime; montrez-lui grande confiance. Au reste, ma fille, attirez et tirez le cœur de madame du Tertre par toutes les faveurs et charités qui vous seront possibles ; servez fidèlement son âme; ayez grand soin de son corps, que rien ne lui manque, la maison est obligée à cela.

Tirez le cœur très-aimable de la chère Sœur Marie-Hélène [de Chastellux], c'est une brave fille, je la salue chèrement; dites-lui qu'elle m'écrive, car je la veux bien servir, et toutes les autres, que je vous recommande comme mon propre cœur. Croyez et obéissez à notre Sœur l'assistante ou à Sœur F.-J. en ce qui concerne votre santé, et croyez que vous êtes ma toute chère fille ' .

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation du Mans.

1 Sainte de Chantai, en écrivant cette lettre et les quatre précédentes, ignorait encore la décision prise au sujet de la fondation de Nevers : saint François de Sales, averti de ce qui se passait à Moulins, et désirant concilier les esprits, avait envoyé à la Mère de Bréchard une nouvelle obédience par laquelle il lui enjoignait de demeurer dans ce monastère, et à la Sœur de Monthoux d'aller à Nevers. L'humble Religieuse parfit immédiatement avec ses coopératrices , les Sœurs Marie-Hélène de Chastellux, Marie-Péronne de Gerbais , Marie-Marthe Bachelier, Jeanne-Elisabeth de Brugerat, toutes quatre professes de Moulins, et Sœur Françoise-Jacqueline de Musy, professe d'Annecy. L'établissement du monastère de Nevers se fit (dit Y Histoire de la fondation) le 23 juillet 1620.

iv. 29

LETTRE CCLXXI

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

Devoir d'une Supérieure. — On ne doit désigner que les Sœurs conseillères dans les contrats du monastère.

vue f JÉSUS !

[Paris, 1620.]

Oui, ma très-chère Sœur, je vous prie, rendez-vous communicative tant que vous pourrez, attrayante et gracieuse envers vos filles, leur parlant tant que vous pourrez, ou les faisant parler à celles d'entre les professes qui seront les plus propres pour cela; enfin il faut qu'elles retrouvent en nous ce qu'elles ont laissé, que nous leur soyons mère, amie, sœur; bref, toutes choses ; car si elles n'ont de l'amitié et cordialité de nous, et les unes avec les autres, elles seront sans soutien extérieur; or, cela est le meilleur, mais peu sont capables de cela.

Eh ! le monde est admirable avec ses philosophies ; cette pauvre chère Sœur a été délaissée si jeune orpheline et amenée en ces quartiers, qu'à la vérité elle est bien excusable ; car je crois qu'elle ne s'est jamais enquise de cela; elle tenait pour son père et pour sa mère ceux qui l'ont nourrie, après qu'il plut à Dieu qu'elle fût abandonnée et délaissée orpheline, car elle n'avait que deux ans. Or sus, il n'y a point de mal pour cela; elle ne laisse d'être très-bonne et vertueuse fille.

Madame de Meignelay donnera le présent de l'église ; aussi ne faut-il, ma fille, il ne faut nommer dans les contrats que les coadjutrices. Vous ne sauriez faillir avec de si bons conseils, ayant recommandé l'affaire à Dieu, et étant bien unies et de même sentiment pour cette profession.

Je salue nos chères Sœurs, tout à part les Sœurs Anne que

j'aime tendrement, et la petite. Elles m'ont écrit, mais ne voyant point de besoin, je n'écris pas, étant accablée d'ailleurs.

Vous savez ce que je vous suis.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCLXXII (Inédite)

A LA SOEUR AIARIE-AIMÉE DE BLOXAY

ASSISTâNTB-COMVISE .1 LYOX

Affaires d'intérêt.

i/IVE -j- JÉSUS.'

[Paris, 1620.]

Ce n'est pas M. de la Ramilière qui nous a donné le paquet, car on nous en a fait payer dix sous de port, écrit de même main sur le paquet. Dites à votre faiseuse de paquet que c'eût été assez d'en écrire quatre sous. Or sus, la pauvreté nous fait parler.

Je suis bien aise, ma très-cbère fille, que Monseigneur et moi nous nous soyons rencontrés en l'avis que vous désiriez. Xe craignez point, le prélat est bon.

Je crois que nos Sœurs [d'Annecy] vous feront toucher environ douze cents écus pour M. de Toulonjon, qui les enverra prendre. Oh ! ma fille, je vous supplie si cela est, obligez-moi de faire changer l'or en monnaie blanche tant qu'il se pourra, au moins celui qui aura son prix, aussi à Lyon, parce qu'en Bourgogne il ne vaut pas tant. C'est une peine qu'il me fâche de vous donner, parce qu'elle est temporelle.

\os Sœurs sont encore ici, mais j'espère que bientôt elles iront à Orléans, ou du moins notre bon M. Michel [Favre] s'en retournera.

Adieu, ma fille, vous savez ce que je vous suis. Faites prier pour nous, je vous prie ; mille saluts à nos chères Sœurs.

Conforme à l'original gardé aus Archives de la Visitation d'Annecy.

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