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LETTRE CCLXXV

A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MOMTHOL'X

SUPÉRIEURE A NEVERS

Confiance et soumission qu'une Supérieure doit à son évêque ; comment soutenir la Rèffde auprès de lui. — Délicatesse de procédés envers un ami du monastère. — Décisions sur quelques points d'observance.

VIVE f JÉSUS!

[Paris], 9 août 1620.

Ma très- chère fille,

Ecrivez-moi par le messager de Lyon qui passe par Nevers le mardi, le mercredi ou jeudi. Enfin, il faut savoir pour une fois son logis et le jour qu'il passe, car il est fort sûr et de connaissance, et dorénavant je vous écrirai par là ; pour deux sous ou

trois, il y portera un assez gros paquet, chacun payera son port.

Vous avez très-bien fait de ne pas signer la procuration, et ne faut rien faire d'imporlance sans le conseil de Mgr l'évêque; et, en tout, croire et voir ce que dit la Règle, car c'est notre loi. Vous êtes bien heureuse d'avoir un tel prélat. Celez-lui toutefois tous les petits empressements de notre Sœur Jeanne-Charlotte, si elle en témoigne, et faites tout ce que vous pourrez pour ne pas donner sujet de continuer l'impression qu'ils ont contre elle, sans sujet, à mon avis. En tout le reste, ma très-chère Sœur, vous ne saurez mieux faire que de conférer de tout ce qui sera un peu de conséquence avec ce bon prélat, vous conduisant envers lui avec un singulier respect et soumission , déférant et suivant ses volontés en tout ce qui ne sera pas contre nos Règles, lesquelles, je m'assure, il ne vous requerra jamais de contrevenir: et que, s'il le faisait, il se faudrait fondre en humilité et prières pour l'en détourner. Es autres choses, s'il est requis de lui représenter vos considérations et raisons, vous lui en demanderez la licence en toute humilité, et les lui direz simplement et doucement; après quoi soumettez-vous, ma fille, car enfin, ce sont nos Pères, Maîtres et Supérieurs que Dieu nous a donnés; il faut donc le regarder, l'honorer et obéir en eux.

Laissez gouverner cette affaire de madame du Tertre à Mgr l'évêque ; même je voudrais que l'on n'agît, s'il en est besoin, que contre elle, et non contre la maison de Moulins. J'écris aussi à notre Sœur la Supérieure que rien ne se fasse au nom de la maison, car il ne faut pas que nos maisons aient aucune affaire l'une contre l'autre. 0 Jésus ! il s'en faut bien garder. Observons bien nos Règles, ma très-chère fille, et Dieu nous bénira.

Nous sommes tant obligées au bon M. Bonsidat, qu'il faut avoir un grand soin de le contenter et de conserver sa bonne

volonté. Soyez bien dextre à cela, ma très-chère fille, et, quand vous ne pourrez faire ce qu'il désirera, faites-lui dire plutôt par votre bon Père spirituel, mais bien doucement, car il faut conserver cet ami-là, et lui laisser un peu gouverner le ménage des ouvriers, sans lui témoigner aucune méfiance, comme en vérité il n'en faut point avoir en façon quelconque. 0 Jésus! non , c'est un homme de bien et entendu , il n'y a rien à craindre. L'on peut prendre quelques filles à quatorze ans complets. Or enfin il faut être grandement respectueuse, humble et soumise aux prélats. Je vous enverrai une copie du contrat, afin qu'elle vous serve pour faire les vôtres sur la forme. Traitez toutes vos affaires temporelles et spirituelles avec extrême douceur, et gagnez les cœurs. Tenez-vous humblement ferme dans l'observance en tout ; vous n'aurez guère de difficultés, qu'elle ne vous montre ce que vous devez [faire]. Il se faut défendre de ce bâton tout doucement. Supportez la fille scrupuleuse, petit à petit elle s'affranchira.

Ne changez guère de confesseur facilement, si vous ne les connaissez bien ; demandez au Père recteur des Jésuites un Père pour confesseur extraordinaire, selon la Règle, et à lui ou au Père Lallemand ayez votre principal recours. Ne dites rien de ceux qui ne vous aimeront pas ; priez pour eux.

Il faut lire la Règle tous les vendredis, à dîner ; cela se peut. — Oui, tenez-vous à ce que Mgr l'évêque a écrit pour les médecins. — Il faut suivre les coutumes de Nessy en attendant que tout soit écrit, et pour l'Office aussi. — Il ne se faut point lever quand la Supérieure entre au chœur, si l'on est à genoux ; oui bien, si l'on est assise.

Soulagez-vous, je vous prie, et croyez votre bonne Sœur M. -Hélène [de Chastellux]; c'est une brave fille qui vous secondera bien. Traitez avec elle cordialement et chèrement ; il faut supporter ses petites tendretés et la faire purger deux fois l'année, sinon que le mal pressât.

Si cette fille n'est pas de garde, il la faudra renvoyer, mais il la faut servir avec charité. Voilà votre lettre répondue bien en hâte. Certes , ma très-chère fille , faites bien ce que je vous dis, car, à mon avis, c'est selon Dieu; il faut que l'humilité et la cordialité surnagent.

Je vous prie, ma fille, et me tenez pour toute vôtre en Jésus notre Sauveur et en sa sainte Mère. Amen.

[P. S.) Si la Prieure vient ici, je la détournerai.

9 août. — Je viens de recevoir votre lettre du 5 de ce mois. Ce que je vous ai dit suffit quasi pour y répondre, avec ce que je vous ai déjà écrit.

Mon Dieu ! ma très-chère fille, pourquoi vous étonnez-vous de toutes les petites contradictions? n'en ayez pas la moindre émotion du monde. Nous sommes à Dieu , rien ne nous arrivera que selon son bon plaisir. Eh bien ! quand l'on nous renverrait d'où [nous] sommes venues, s'en faudrait-il troubler? Nullement, ma fille ; faites donc en paix vos petites affaires, et ne vous troublez de rien, quand tout renverserait. Seigneur Jésus! ma fille, l'on nous a déjà tant prêché cette paix; au nom de Dieu, gardons-la, quoi qu'il puisse arriver.

Dieu accommodera l'affaire de madame du Tertre ; Monseigneur de Genève en a écrit, patience, et gardez l'union, quoi qu'il arrive, avec nos Sœurs.

Je vous dis derechef, gardez la coutume de Nessy. Vous aurez bientôt tous les Directoires. Cependant, allez le train de Nessy. Pour les Litanies, elles se chanteront les fêtes après Complies, en toutes les maisons. — C'est mal entendre la Règle de ne pas honorer l'assistante dans le chœur, où elle le doit le plus être. 11 [faut] très-simplement suivre ce que dit la Règle en tout, ponctuellement.

Il faut faire patienter les jeunes filles. Mon Dieu ! Jésus, notre Règle! Et surtout prenez garde que les filles soient de

bonne condition en l'esprit. Confiez-vous en Dieu, suivez vos Règles et vous verrez que tout vous abondera. N'êtes-vous pas heureuse d'avoir un si bon Père spirituel ?

Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.

LETTRE CCLXXVI

A MADAME DU TERTRE

A MOULIXS

Vives remontrances sur les difficultés qu'elle a suscitées entre les maisons de Moulins et de Mevers.

[Paris], 11 août 1620.

Ma très-chère fille,

Puisque j'ai le temps défaire ce billet, c'est pour vous prier, au nom de Dieu, qu'on accommode cette affaire selon que Monseigneur de Genève, auquel vous vous en êtes rapportée, Pa mandé, ou du moins que ce qui est donné si solidement à la maison de Nevers y demeure. Cela vous doit être indifférent, ma très-chère fille, pourvu que vous ayez ce que vous désirez parmi nous ; que vous doit-il soucier ce que nous ferons de ce que vous donnez, puisqu'il demeure un fonds suffisant pour votre entretien ?

Au moins, ma très-chère fille, si vous désirez continuer en vos sacrés desseins de vivre toute à Dieu parmi nous , il faut, s'il vous plaît, contenter Monseigneur de Genève et le croire; car pour nous, nous ne voulons avoir ni débat, ni procès; nous quitterions plutôt cent fois autant que ce que vous donnez, estimant incomparablement davantage la paix , avec la sainte pauvreté, que tous les biens du monde avec le moindre trouble. Monseigneur de Genève ne me désavouera point de ce queje vous dis, et je suis un peu étonnée que, depuis que ses réponses sont venues, nous n'ayons aucune nouvelle, sinon que l'on presse

fort nos Sœurs de Nevers de rendre ce qui a été reçu, ainsi que me le mande Mgr de Nevers.

Or sus donc, ma très-chère fille, si vous persévérez, comme je le crois, qu'il ne se parle plus de tout cela, s'il vous plaît, puisque vous avez le sentiment de Monseigneur de Genève et son avis ; car nos pauvres Sœurs des deux maisons sont affligées d'entendre parler de choses qu'elles n'ont pas accoutumé d'ouïr; elles estiment la paix au-dessus de tout. Donnez-la leur donc, je vous en prie, et de me tenir toujours pour vôtre, etc.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.

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