‹ Lettres (volume 3)Chapitre 209 sur 351 · A ORLÉANS · texte numérisé non relu

A ORLÉANS

Diverses choses à considérer pour le choix de remplacement d'un monastère. — Eprouver soigneusement les postulantes. — Il doit presser son retour à Annecy.

VIVE -J- JÉSUS.'

[Paris], 15 septembre [1620].

Mo\ BON ET CHER PÈRE,

Il ne fallait rien moins espérer de la bonté de \otre-Seigneur, qu'une heureuse issue en une affaire que sa providence avait conduite si avant ; qu'il soit béni à jamais !

Il faut grandement considérer la place avant que de l'acheter; vous y marquez de très-bonnes qualités : grande, bon air, sans vue étrangère et à bon marché. Le voisinage des menues gens est fâcheux, surtout au temps des maladies; l'éloignement des

1 Père spirituel du monastère de Lyon.

2 AI. Michel Favre avait accompagné jusqu'à Orléans les Sœurs destinées à cette fondation, et y séjourna quelques semaines pour aider la Supérieure dans les premières difficultés de rétablissement.

grandes maisons les prive de la consolation des Offices sacrés ; mais l'on ne peut pas tout avoir. Il faut prendre conseil de trois ou quatre amis solides d'esprit, du Père Binet, et se résoudre au nom de Dieu ; mais il faut prendre garde d'acheter sûrement, et aussi que la maison où elles sont maintenant ne leur demeure pas sur les bras.

Les filles avec qui l'on a traité pour Orléans ne doivent pas être refusées, puisque Dieu a voulu qu'elles aient servi de fonds temporel à cette maison. Nous ferons pourtant ce que nous pourrons pour les conduire ailleurs. Que l'on me croie, mon très-cher Père, que l'on éprouve bien les filles d'Orléans avant de les recevoir, et qu'on se laisse importuner pour cela; il faut au moins, avant de se charger davantage, dresser celles qui sont reçues, autrement nos pauvres Sœurs demeureraient sous le faix. Dites-le à notre Supérieure, et qu'elle s'enquière bien des esprits et de leur condition; je n'ose écrire ce que l'on m'en a dit, c'est pourquoi je supplie derechef qu'ils soient bien éprouvés et que l'on y voie de la douceur et persévérance, car le bien des maisons dépend du choix des filles.

Je vais écrire un mot au très-bon Père Binet pour le suppuer de faire la charité à nos Sœurs, de les confesser ou faire confesser par quelqu'un de leurs Pères , deux ou trois mois , attendant que Dieu les pourvoie de quelque homme bon pour cela; à Nevers et à Bourges nos Sœurs y ont reçu la même charité. Et pour la messe, il faudra prendre quelque prêtre ordinaire à qui l'on donnera selon la coutume d'Orléans; nous avons fait ainsi longtemps. Quand vous aurez aidé à cela, mon cher Père, vous pourrez vous retirer, car Monseigneur étant toujours sur l'incertitude de ses voyages, je craindrais que vous le trouvassiez parti; j'en reçus, l'autre jour, des nouvelles; il me dit qu'il attendait sa résolution dans deux ou trois jours. Ecrivez-moi, le plus tôt que vous pourrez, le jour que vous partirez d'Orléans, afin que j'envoie mes lettres à propos. Donnez,

s'il vous plait, ces deux, aux Sœurs à qui elles s'adressent, et leur parlez particulièrement. J'ai reçu des lettres de Mgr de Nevers, qui se contente fort de nos Sœurs; ils sont toujours après les dix mille francs; certes, je trouve que ceux de Moulins grossissent leurs torts; ils demandent conseil et puis ne le suivent pas; ils ont retenu des lettres de Monseigneur pour cela. Cette femme (madame du Tertre), certes, elle demande des privilèges qui sont fort onéreux; Dieu y mette sa main!

Je ne vous dis pas encore adieu, mon cher Père, je vous prie de bien voir nos Sœurs de Bourges, surtout les trois que nous leur avons envoyées, car je les aime bien, spécialement notre Sœur Anne-Madeleine. Mon cher Père, vous savez que je suis vôtre en Nofre-Seigneur.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCLXXXV (Inédite)

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉGHARD

SUPÉRIEURE fi MOULINS

Désir d'arriver ù un arrangement de famille pour ne plus différer la profession d'une novice. — Exigences de madame de Goulïier.

VIVE -J- JÉSUS.'

[Paris], 20 septembre 1620.

J'oubliai de vous dire que nous sommes résolues de donner la profession à notre Sœur Marie-Marguerite, mais avec une condition qui fâchera ses parents et les intéressera, ce que je ne voudrais pas. Je vous prie, faites voir encore un effort pour toute conclusion, car de différer, c'est une folie que leur remise ; il faut conclure.

Caressez-bien madame de Meurle , c'est une vraie bonne et sage dame. Notre Sœur de Goufïier demande cinq cents écus outre ce que vous lui aviez fourni; il y a un article de cinq

cents livres pour l'intérêt de son argent. Elle nous traite rudement ; mais Dieu sait pourquoi il le permet. Jésus Notre-Seigneur pauvre vous bénisse. Amen. Priez et faites fort prier pour notre Sœur l'assistante ' qui est fort malade; pensez si j'en

suis en peine.

Dieu soit béni en tout!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCLXXXVI {Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A 1IOXTFEI1R 1\D

Conseils pour le choix d'une directrice.

vive -J* jésus!

[Paris], '20 septembre [162!)].

J'attends des nouvelles pour vous en mander ; ce n'est qu'un billet pour vous assurer que, grâce à Dieu, je me porte bien maintenant; mais notre pauvre Sœur l'assistante est bien fort malade, dont vous pouvez croire si je suis en peine. Faites fort prier, afin qu'en tout Dieu fasse sa sainte volonté. Caressez fort madame de N. *** quand vous la verrez; c'est une bonne dame qui vous aime fort.

Dressez le mieux que vous pourrez votre prétendue Supérieure. Il vous faudra une maîtresse, car d'y mettre cette jeune fille, cela serait bien tendre; mais toutefois, c'est à vous à juger; je n'ai le loisir de revoir votre lettre. Vous savez, ma trèschère fille, ce que je vous suis et à toutes vos chères filles. Je ne vois goutte.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Ckainbéry.

1 Sœur Anne-Calherine de Beaumont-Carra.

LETTRE CCLXXXVII (Inédite)

LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY

ASSISTAXTE-COUMISE A LYOX

Projet d'une fondation à Valence. — La Sainte commence à préparer son départ de Paris; ses difficultés pour trouver un local convenable à la communauté.

vive -j- jésus!

[Paris,] 22 septembre [1620].

Ma très-chère fille, j'ai reçu trois de vos lettres ensemble, qui me disent quasi la même chose. Je crois que la première chose qu'il faut faire, c'est de savoir des Supérieurs de Lyon, s'ils trouveront bon que cette bonne Sœur ' et sa nièce portent leurs commodités à Valence, car je vois que cela est le fondement de toute l'affaire. Il leur en faut donc parler franchement, et je crois que notre Sœur la novice en doit elle-même dire son affection au Supérieur; selon leurs réponses, il faudra regarder si l'on a une Supérieure à Lyon ou à Nessy, et, pour cela, en écrire à Monseigneur. Mais le principal est d'être assurée si l'on voudra laisser à Valence la dot de notre Sœur, et quand on aura résolu d'aller, il faudrait que celles qui sont là eussent un peu de patience, et cependant elles pourraient aller à Grenoble ou à Lyon se dresser toujours. Mais, croyez-moi, qu'il faut bien prendre garde aux filles que l'on reçoit.

Je ne sais encore quand je pourrai partir d'ici, ayant des difficultés nonpareilles à trouver une maison; puis on est attaché à moi; il faudra se déprendre doucement, crainte de gâter cette maison. Dieu bénisse votre cœur, ma très-chère fille. Le temps accommode tout. Je vous ai déjà mandé comme nos Sœurs sont à Orléans heureusement établies. Vous aurez, je crois, M. Michel à l'autre ordinaire. Notre petite Sœur M. -Catherine de Saint-Bonnet est toujours là. Le médecin commença hier à nous

1 Sœur Claude-Cécile Meissonnier.

faire espérer sa guérison. Bonjour, ma fille, nous sommes accablées d'affaires. Je salue toutes nos chères Sœurs du fond de

mon cœur.

Dieu soit hé ni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CGLXXXVIII

A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX

SUPÉRIEURE A NEVERS

Il faut habituer les Sœurs à ne rien demander et à ne rien refuser, et congédier les postulantes qui ne veulent pas vivre selon la Règle. — Dieu a soin du temporel et du spirituel d'une maison où règne la parfaite observance. — Il importe pour le bonheur et le repos d'une communauté de n'admettre que des filles capables de prendre l'esprit de l'Institut.

VIVE j JÉSUS !

[Paris, 1620.]

Hier, je vous écrivis, ma toute chère petite, et sans loisir je vous conjure de persévérera votre train; il est très-bon, grâce à Dieu. Et quoi de mieux que de s'attacher à ce divin bon plaisir et de s'humilier? Ferme là, ma très-chère petite. Certes, ces filles ont tort, qui veulent tant de choses. Il faut essayer de leur graver [dans le cœur] le document de notre Bienheureux Père : Me rien demande?* et ne rien refuser.

Mon Dieu, ma fille, purgez votre maison de ces filles qui n'y veulent pas être; recevez leur offre et témoignage d'affection, cordialement, et leur en rendez aussi et toutes les Sœurs, car il faut faire ainsi; mais mettez-les dehors, au nom de Dieu. Mon enfant, laissez dire tout ce que l'on voudra dire contre vous; ne vous en souciez pas, mais humiliez-vous, et toutes les filles, poursuivre l'intention de Notre-Seigneur. Tâchez toutes, je vous en conjure pour l'amour de Notre-Dame, de vivre en la plus grande douceur et union d'esprit qui sera possible et en la parfaite observance des Règles, et vous reposez en Dieu, assu-

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rées qu'il aura soin de tout, du temporel et spirituel. Dressez bien les filles que vous avez ; vous n'en manquerez pas. Je ferai tout ce que je pourrai pour vous en envoyer. Ici, celles qui ont des dots de mille et douze cents écus ne veulent pas partir de la ville; mais, si vous pouvez obtenir de Mgr de Nevers que les filles qui se trouveront avec des bons talents pour l'esprit, puissent être reçues pour six, sept ou huit cents écus, nous pourrons vous en envoyer, avec un peu de loisir. Je désire bien fort, ma très-clière fille, que cette permission vous soit donnée, afin que votre maison se fasse et se remplisse de bons sujets; car surtout il nous importe que les filles soient propres à l'Institut, et je vous conjure, ma très-chère fille, de tenir la main à cela, selon que nos Constitutions nous l'ordonnent. Jamais notre bon Dieu ne nous manquera des choses temporelles, tandis que nous serons fidèles à observer exactement [les Règles de] notre Institut.

Vous aurez bientôt le bon M. Michel; si vous avez moyen, faites-lui quelque petite reconnaissance pour la peine qu'il a eue de vous amener; nous lui avons donné trente écus pour s'en retourner, nos Sœurs d'Orléans et nous. II suffira pour vous que vous lui donniez quatre écus ou cinq. Il me tarde de savoir de vos nouvelles, ma très-chère fille. Bon courage, mon enfant; Dieu a voulu que vous ayez commencé cette maison-là dans les contradictions; c'est une marque assurée que sa divine Providence sera grandement servie, si les filles ont absolue confiance en son soin paternel et fidèle observance en leur Institut.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation du Mans.

LETTRE CCLXXXIX (Inédite)

A LA SOEUR MARIE-AIMËE DE BLONAY

ASSISTANTE-COMMI.SK a lyox

Demande de prières.

VIVE -J- JÉSUS

[Paris, 1620.]

Si M. Michel [Favre] est passé, faites tenir sûrement ces lettres, ma chère fille, et faites, s'il est là, qu'il les ouvre, car il y en a une pour lui. Je vous demande un secours nouveau de vos prières, quelques communions générales pour mon renouvellement. Dites à notre bon M. Michel que j'ai oublié de lui demander son secours et à nos Sœurs de Grenoble; mais n'y faillez pas, ma chère petite. Adieu, voilà tout. Les saints Anges soient notre conduite ! Amen.

Payez les ports, car nous envoyons un petit paquet et un chapeau au bon M. Michel.

Conforme à une copie gardée aux Archives de la VisilatioD d'Annecy.

LETTRE CCXC (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A MOXTFliRRAXD

Témoignages d'affection. — La Mère Favre après avoir fini ses six ans de supériorité à Lyon doit aller servir Dieu ailleurs.

vive -f- jésus!

[Paris, 1620.]

Je vous avoue, ma très-chère fille ma mie, que le temps me durait déjà bien de ne point ouïr de vos nouvelles. Je vois bien que vous me tenez fort au cœur, et, certes, il n'y a rien en moi qui ne veuille très-bien vous conserver votre droit d'aînesse ; mais n'en ai-je pas les occasions et obligations? Or sus, Dieu

soit béni, vos lettres me consolent beaucoup; nous ferons une communion générale pour votre maison; faites le même pour celle-ci, surtout pour prier Dieu qu'il lui plaise nous loger. Xous avons maintenant rencontré une certaine place , qu'il semble que Dieu nous l'ait réservée pour le dessein que nous avons, lequel je vous écrirai quand elle sera assurée; je prie Dieu qu'il nous y assiste, puisque tout est pour sa gloire.

Je crois que Mgr de Lyon prétend toujours que vous retourniez là; si le cas échet, je crois que cela se pourra faire en passant, car aussi, en toute façon, il vous en faut retirer; n'avezvous pas fait tantôt vos six ans [de supériorité à Lyon] ' ? Il faut servir Dieu ailleurs. Je suis grandement aise de ce que vous me dites, que vous pourrez être libre pour le printemps; n'en dites rien que vous n'ayez votre obéissance pour partir, mais disposez bien tout. Loué soit Dieu du bon Père qu'il a donné à cette petite maison et de tant d'amis. Ne pensez jamais, ma trèschère fille, je vous prie, d'être dehors de charge; il faut porter la croix de Notre-Seigneur ; un jour, s'il lui plaît, on nous donnera un peu de repos ensemble. 0 Dieu! quelle douceur ce nous serait! Dieu fasse en tout sa très-sainte volonté. Amen, amen. [Plusieurs lignes inintelligibles, j

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Cbambéry.

1 Mgr l'archevêque considérant toujours la Mère Favre comme Supérieure du monastère de Lyon, ne voulut jamais permettre qu'on fit une autre élection avant 1022, malgré les sollicitations de la sainte Fondatrice, unies à celles de la communauté.

LETTRE CCXCI

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

supérifxhiî A MOULIXS

Admirables pensées de foi pour se soutenir au milieu des épreuves. — L'unique but de la vie religieuse est de mourir à soi pour établir le règne de la grâce.

VIVE -j- JÉSUS !

[Paris], 1620.

Vraiment, ma très-chère Sœur, je ressens en moi-même vos peines et difficultés parmi le tracas de vos affaires ; mais quand je vois que c'est parmi telles occasions que les vertus se perfectionnent et se fortifient, je dis que vous y demeuriez toujours, tant qu'il plaira à notre bon Dieu, avec une plus douce et tranquille patience. Enfin, pourvu que cette divine volonté soit servie et suivie, ce nous est assez.

Nous n'avançons pas nos affaires comme je le désirerais ; mais il faut aller doucement et patiemment, puisqu'il plaît ainsi à Dieu; nous sommes toutefois sur le point de nous loger. Nous avons des bonnes filles, et je crois que Dieu bénira grandement cet Institut. Il y a grande apparence de l'établir en plusieurs des principales villes et provinces; Dieu nous fasse la grâce de nous bien établir en vertu! J'espère d'être libre pour m'en retourner après Pâques, si c'est la volonté de Dieu; car, au péril de toutes choses, je désire servir et suivre fidèlement cette volonté de mon Dieu. Ma très-chère Sœur, il est vrai, cette vie est une continuelle mort, je veux dire que continuellement nous sommes aux occasions de mourir à nous-mêmes; mais quand je vois que c'est pour faire vivre et régner la grâce, je trouve que nous sommes grandement heureuses, et avons bien raison d'aimer, louer et bénir le très-doux Sauveur qui nous met en des pratiques de vertus si saintes.

Vous voyez que je cours et vous parle en passant ; il est vrai,

ma très-chère Sœur, mais vous savez que c'est toujours de tout mon cœur, vous prolestant que mon âme vous chérit uniquement, et souhaite souverainement que votre esprit et le mien soient sans réserve à son Dieu , qu'ils ne tiennent qu'à celte immense bonté, et qu'ils surnagent sur tout ce qui n'est point Dieu. Votre, etc.

LETTRE CCXCII (Inédite)

A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY

ASSISTAXTE-COMMISE A LVOX

Une sainte joie soutient le courage.

vivk -{• JÉSUS !

[Paris], 12 octobre 1620.

Ma très-chère fille, je mande à M. de Toulonjon qu'il envoie prendre son argent vers vous; vous retirerez l'obligation et sa quittance.

Notre Sœur Claude-Agnès [Joly de la Roche] ne m'a point parlé de l'autre fille dont vous m'écrivez; je ne doute nullement que Dieu ne bénisse votre conduite et ne l'approuve. Vivez joyeuse et courageuse.

Faites tenir très-sùrement ce paquet à Monseigneur, car toutes mes affaires y sont. Quand vous le trouverez à propos, saluez en tout respect Mgr l'archevêque, car je l'honore trèssingulièrement et votre Supérieur aussi. Et toutes nos Sœurs, je les salue chèrement. Je n'ai de loisir que pour cela.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visilalion d'Annecy.

LETTRE CCXCIII (Inédité)

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

L'opinion du monde ne nous rend ni plus saint ni moins vertueux. — Conduite à tenir avec deux dames amies du monastère. — Les Sœurs ne doivent pas se reprendre mutuellement de leurs imperfections.

Il faut laisser dire le monde et bien faire, ma très-chère fille; cela s'évanouira ; vous n'êtes pas meilleure pour le bien que ces bonnes gens disent de vous. Notre Sœur N*** n'est pas plus mauvaise pour le mal qu'ils en disent aussi. Dieu soit béni de ce que mademoiselle de Puylaurens fait bien; elle sera bien heureuse si elle persévère en la maison de Dieu.

Vous avez raison d'être bienaise de ce que l'on n'entre plus chez vous. J'écris à Mgr l'archevêque qu'il sera mieux de prendre une place. Il se faut accommoder fort à l'humeur de madame N***, car c'est une amie utile, quoique délicate. Il faut porter doucement la bonne madame de N*** en ses attaques, et bien faire rendre raison, tout humblement et patienter.

'Allez votre train, ma très-chère fille; il y a si longtemps que Dieu vous y conduit, qu'il n'y a rien à craindre pourvu que vous vous teniez extrêmement humble, douce, cordiale et respectueuse vers tout le monde et vers les Sœurs, et très-charitable, vous attachant à votre Règle. Voyez à mettre quelqu'une des Sœurs pour aider à satisfaire aux novices, de celles qu'elles agréeront le plus, car il leur faut beaucoup parler, et vous ne pouvez satisfaire à cela, ni aux jeunes professes, à qui il faut parler aussi,

Notre Sœur N*** est bien tancée de cela, il la faut traiter cordialement et ne point souffrir aux Sœurs de se dire l'une à l'autre aucune chose qui marque les imperfections, comme : iv. 31

« Vous êtes attachée à vos parents, vous êtes tendre» , et semblables, car il faut que les récréations se fassent suavement comme la Règle dit.

Je suis lasse d'écrire, ma très-chère fille.

Conforme à une copie faile sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

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