LETTRE CCCI
A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY
ASSISTAXTIÎ-COMMISE A LYON
Nécessité de faire élire une Supérieure à Lyon. — Il faut s'oublier soi-même pour ne penser qu'à Dieu. — Affaires. — Sentiments de la Sainte sur la capacité de quelques Sœurs.
vive -{• JÉSUS.'
Paris, 8 décembre 1620.
Ma très-chère fille, J'ai eu l'honneur et la consolation de voir le bon et révérend
Père Jésuite; et depuis j'ai reçu la vôtre dernière, sur laquelle je n'ai rien à dire, puisque Mgr de Lyon ne veut point que nos Sœurs de nos autres maisons se mêlent avec les siennes. Je suis certes marrie que l'on mette des différences et que l'on fasse des tiens et miens, mais il n'y a remède; pourvu que nous autres soyons toujours très-unies en l'esprit, comme j'espère que nous serons, moyennant la grâce de Dieu, il suffira pour le bien de l'Institut, qui nous doit être plus cher que tous les biens du monde.
Quant à [ce qui] est de partir de Lyon sans l'obéissance particulière de Monseigneur, vous ne le devez pas faire, et vous devez lui en écrire à l'avantage et lui faire savoir le tout. Mon Dieu! votre bon Père spirituel de là ne saurait-il obtenir de Mgr de Lyon l'élection d'une Supérieure chez vous? Cela semble être nécessaire, car pour notre Sœur Marie- Jacqueline [Favre] , il ne faut pas s'y attendre, elle est destinée ailleurs, et je ne pense pas que la maison de Lyon se put passer de vous pour encore.
Il est vrai que pour quelques mois cela n'est rien; mais il faudrait donc, auparavant de partir, vous faire élire ou celle que Dieu inspirerait à la communauté. Or sus, soit ainsi que notre bon Dieu voudra, et qu'il sera expédient pour sa plus grande gloire; car, au péril de tout le reste, moyennant sa grâce, nous n'aspirerons jamais qu'à cela. Louée soit sa bonté infinie de vous avoir délivrée de la tyrannie de ces vaines craintes! Ah! ma très-chère fille, quand sera-ce que nous nous serons oubliées parfaitement, et que nous ne verrons plus que Dieu? C'est une grâce qui dépend de sa seule miséricorde.
Je salue, mais très-chèrement, M. votre bon Père supérieur de là. Assurez-le, je vous prie, que je l'honore et chéris, non selon son mérite, mais de toute mon affection. Je salue aussi toutes nos très -chères Sœurs, un peu à part nos très-chères
anciennes M. -C. ' et A. -Louise 2. Mon Dieu! que j'aime ces Sœurslà, et labonneSœur Colin, Raton, et une autre dont je ne me souviens pas le surnom! et toutes, certes, sont écrites au milieu de mon cœur, qui leur souhaite abondance de toutes miséricordes et grâces.
Nous avons acheté une fort bonne et commode maison, mais je crois qu'il ne s'en faudra pas la moitié qu'elle ne revienne à cinquante mille écus. Le premier achat n'est que de seize mille écus. Bonsoir, ma très-chère fille; Dieu vous rende toute sienne! Je ne sais quand nous retournerons encore. Je vous enverrai un plan, car je suis après à en faire faire un pour toutes nos Sœurs qui se veulent bâtir. Veille c|e la très-sainte Conception de Notre-Dame.
[P. S.] Mon Dieu! ma fille, je crois que la cousine de la Sœur Raton ne peut en façon du monde être encore capable de lui commettre une maison; elle ne peut avoir pris en si peu de temps l'esprit de l'Institut, ou il faudrait qu'elle eût travaillé comme un Ange, et je me souviens pourtant que notre Sœur M.-J. m'en écrivitquelques difficultés. Une Supérieure met tout le bien et le mal dans une maison. Pour moi, j'aimerais beaucoup mieux que l'on ne fit point de maison ; mais si notre Sœur M. -Catherine [de Villars] a de la santé, oh! je crois qu'elle a de la vertu, et vous ne devez en façon quelconque les proposer qu'on ne vous le demande, sur quoi vous direz simplement votre sentiment. Je crois que Mgr de Lyon ou votre bon Supérieur doivent considérer cela et faire l'élection avec
1 Sœur Marie-Catherine de Villars, seconde novice de la Visitation de Lyon. Elle fut Supérieure à Avignon et décéda saintement à sa maison de profession, en 1655.
s Sœur Anne-Louise de Villars, cadette de la précédente, gratifiée de la vocation religieuse dès l'âge de sept ans, vécut en grande innocence et ferveur au monastère de Lyon, et y décéda jeune encore, en l'année 1628. iv. 32
vous : vous êtes assez proche de Monseigneur pour prendre son avis, s'il en est besoin. Jour de la Vierge.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.