LETTRE CCCII
A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET
SUPÉRIEURE A BOURGES
Sagesse et prudence que doit avoir la Supérieure pour le gouvernement de la communauté. — Il faut laisser aux Sœurs une certaine liberté dans l'exercice de leur emploi. — Ne jamais permettre l'entrée du monastère pour de simples visites, mais pour le seul motif d'une retraite sérieuse.
VIVE j JÉSUS !
[Paris, 1620.]
Ma très-chère Sœur, je n'ai loisir que pour ce billet. Si l'on vous parle de la tille dont [vous] m'écrivez, nous la verrons et considérerons. Vous avez raison de traiter doucement la petite Sœur Marie-Françoise [Thibaut]; vous pouvez dire toutes ces petites particularités aux bons Pères Jésuites, qui vous conseilleront et aideront en la conduite de ces filles; ce sont gens sages et experts, j'en ferais ainsi. Allez ainsi que Dieu vous inspirera. Si notre Sœur N. se rend trop sèche, il lui faut faire connaître son défaut, car elle est capable d'être reprise et avertie. Continuez en votre chemin, et le faites voir, comme vous nous l'écrivez, au Père principal, si vous y avez confiance. J'écris au bon Père recteur pour voir si l'on pourra remédier au mal que fait la dame dont vous m'écrivez. Parlez hardiment au Père de sa conduite envers vous et vous en conseillez : pour moi, c'est mon sentiment de la déprendre tout bellement de son gouvernement.
Et quant à ces choses de la maison, il les faut faire entre vous autres, comme notre coutume porte. Si elle en dit quelque
chose, il lui faut répondre bien doucement : «Madame, notre Mère même n'a pas accoutumé de nous lier les mains; elle laisse faire librement aux Sœurs ce qui est de leur charge, aûn qu'en forgeant elles deviennent orfèvres; » mais cela, si vous le trouvez bon. Prenez conseil du Père, et surtout de Notre-Seigneur et des Sœurs, que je salue cordialement.
Non, il ne faut laisser entrer ni Religieuses ni autres pour des simples visites; mais si quelque femme voulait faire une absolue retraite pour quelques jours, et que Mgr l'archevêque lui donnât licence d'entrer pour cela, il serait bien fait de la recevoir; autrement, point. Adieu, ma bien chère fille.
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CCCIII
A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY
ASSISTANTE-COMIIISË A LÏOSI
Concession d'une dot en faveur de la fondation de Valence.
vive f jèsus!
[Paris, 1620.]
Cela va bien, ma très-chère fille, que Mgr de Lyon permette à la bonne Sœur1 de laisser sa dot pour Valence ; je serai bien aise que cette fondation se fasse et que l'on prenne quelques filles à Nessy, où elles sont si extrêmement chargées, que c'est grande pitié. Je n'ai loisir de voir ce que vous m'écrivez. Dieu vous bénisse ! Je suis toute vôtre, comme vous savez.
Saluez toujours le Père spirituel de ma part le plus chèrement que vous pourrez, je vous en supplie.
Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visitation d'Annecy.
1 Sœur Claude-Cécile Meissonnier.