LETTRE CCCX
A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET
SUPÉRIEURE A BOURGES
Heureuse influence que les Sœurs professes doivent exercer sur les novices par leur bon exemple. — Nécessité de soumettre sa volonté et son jugement à la Règle et aux Supérieurs.
rii'K - jksus !
[Paris], 13 janvier 1621.
Ma très-chère Soeur,
Je suis certes marrie de voir dans votre lettre que l'on va toujours le petit pas. Or sus, il n'y a remède : je pense que toutes, tant que nous sommes, nous reprenons trop les défauts et pressons trop que l'on s'avance; cela fait qu'on s'y accoutume et qu'il ne pénètre pas le cœur. Je voudrais que les défauts se reprissent en particulier, fort cordialement et avec prière, et qu'eu général l'on recommandât fort l'amour à Fhumilité, parlant souvent de la bonté de Dieu, de ses bénéfices, de l'éternité, de l'exemple des vertus des Saints, voire même de celles que l'on sait que nos Sœurs ont pratiquées, et parler peu des autres Ordres; et qu'enfin toutes les professes, par œuvres et paroles, montrassent le chemin, et que l'on lut attentives à traiter les unes envers les autres avec grand respect et douceur; je crois que celte voie profiterait.
Ce que je dis ici à votre dilection, je le dis à toutes nos chères Sœurs professes, et les conjure, au nom de Dieu, de marcher devant Dieu, et les novices, avec un cœur large, sans pressure ni inquiétude , mais avec une sainte et amoureuse confiance, qu'elles s'oublient d'elles-mêmes dorénavant pour penser à servir la gloire de Notre-Seigneur , et qu'elles prient pour cela plus que pour elles-mêmes. Combien pensentelles qu'elles feront un agréable service à Dieu si , par leurs exemples et prières, elles forment ces jeunes filles et les rendent agréables à Dieu. Or sus, vivons donc dorénavant comme enfants, et non plus comme mercenaires. Vous avez, ce me semble , un bon esprit en la Sœur Elisabeth ; je souhaite toutes bénédictions à son cœur, et à toutes, pour étrenne; et courage, je vous prie, toutes.
Il faut parler et faire parler le Père Jérôme à la Sœur M.- Françoise, et enfin en tirer ce que l'on pourra; surtout il lui faut faire entendre qu'il faut se soumettre. Pour moi, je crois qu'il y a de la mélancolie et tentation en ce qu'elle fait si peu; écrivez-en clairement à Monseigneur; peut-être si elle se soumet qu'il l'emportera d'ailleurs , et pourra être des Sœurs associées. Attendez Mgr de Bourges pour les affaires II n'y a point de doute qu'il ne faille que les parents donnent les meubles et les habits à cette bonne Sœur, je l'ai toujours mandé, c'est pourquoi il faut les tirer tout doucement. Il faut dire à part à ma Sœur Claude-M. , bien cordialement mais fermement, qu'elle ne parle plus du grand Office, mais qu'elle aime et estime le petit et tout lereste des Règles; si elle ne le fait, elle n'est pas propre pour nous.
Il faut absolument soumettre le jugement et volonté propre sous la Règle et les Supérieurs. Dieu vous bénisse toutes; priez pour cette maison et pour mes enfants, ils en ont besoin. II y a le maréchal de camp de M. de Vitry, ce me semble, qui nous a parlé de sa fille unique; voyez-la, et si elle est propre
[à la vie religieuse]. Je suis toute vôtre, vous le savez. Je salue, mais chèrement, nos Pères Jésuites, nos amis et nos confesseurs.
Pardonnez-moi, le vœu n'est pas failli, et cette façon de parler comprend les trois vœux.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Poitiers.
LETTRE CC CXI (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A MOXTFERRAXD
Difficultés temporelles pour la réception de la sœur H. -A. Lhuillier. — La Mère Favre est choisie pour être Supérieure à Turin. — Nouvelles de la communauté de Paris.
vive j- Jésus!
[Paris], 7 février 1621.
Ma très-chère fille,
Je m'étais opiniàtrée à ne vous point écrire que je n'eusse la résolution de votre logement, et encore celle de l'établissement céans de notre bonne Sœur de Frouville, le contrat de laquelle fut hier passé, après millions de contradictions, et encore ce matin que nous pensions à lui donner l'habit, et voilà neuf heures qui sonnent et nous en sommes encore en l'incertitude de lapait de notre Supérieur, pour cérémonie humaine. Oh vrai Dieu! ma chère fille, que les choses de cette vie sont pleines de contradictions! Mais notre bon Dieu, qui les permet pour notre exercice, veut que nous en tirions grand profit, et certes nous le devons faire ainsi.
Je crois que vous savez que l'on a pris, au nom de notre Congrégation , la possession du monastère pour Turin , avec douze cents écus d'or de rente : vous y êtes destinée pour Supérieure; mais Monseigneur me mande que les princesses, et ces bonnes âmes qui désirent d'entrer, veulent avoir la Madré ancienne pour quelques mois; je ne sais à quoi il se
résoudra; mais si l'on nous commet cette obéissance, je crois que ce nous sera grande consolation de l'exécuter ensemble; en tout la sainte volonté de Dieu soit faite. La maison où vous êtes se pourra-t-elle bientôt passer de vous, car je crois qu'il faudrait en partir autour de la Saint-Jean; s'il n'y avait que la considération de Lyon, il ne faudrait pas s'avancer pour cela.
0 Jésus! oui, ma très-chère fille, l'on peut prendre deux fondatrices qui en pourraient même chacune joindre une autre à elles ; je vous ai répondu au reste de votre lettre. Nous attendions Monseigneur avec Mgr le prince-cardinal ; mais, comme vous savez, l'incertitude de nos princes nous en fait désespérer; il a reçu les Règles, je les attends. Nous avons toujours force bonnes filles qui prétendent et attendent notre logement pour se retirer avec nous; celles qui sont déjà font bien, et cela chemine avec grande suavité, Dieu merci. Adieu et bonjour, ma toute chère fille, et à toute votre troupe. Le froid me presse de finir, il est rude ici. Il me tarde que je sache de vos nouvelles, nous n'en avons point eu depuis les fêtes; enfin, notre trèssainte Dame et Mère nous favorise toujours de l'issue de quelque bonne affaire en ses octaves; remerciez-en Dieu, il nous fasse la grâce de la bien servir. Amen. Dieu soit béni. Ne vous ai-je pas dit que notre Sœur de Gouffier n'était plus avec nous ?
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.