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LETTRE CCCXII

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

La nourriture commune doit être saine et suffisante; retrancher toute plainte à ce sujet. — La Règle qui ordonne de rendre compte de la conscience à la Supérieure et à la directrice n'impose pas l'obligation de leur déclarer ses péchés.

VIVE J JÉSUS.'

[Pariï, 1621.]

Ma très-chère Soeur,

Notre bon Dieu vous conduise avec votre chère petite troupe que j'aime singulièrement, et leurs noms me sont gravés dans le cœur, je vous en assure. Recevez humblement toutes les charités que Mgr l'archevêque vous fera ordonner. Vous aurez donné l'habit à notre bonne Sœur Anne '. Il me semblerait à propos, devant que de le donner à l'autre, de la voir un peu persévérer en ses bonnes résolutions; néanmoins, je cède toujours aux conseils des bons Pères, et j'honore singulièrement le Révérend Père principal ; saluez-le, et qu'il se souvienne de mes misères, afin de m'impétrer l'aide de mon Dieu.

J'ai parlé au révérend Père recteur ; il faut bien que la plainte du vivre vienne de cette bonne Sœur N. Je ne sais; il me semble que l'ordinaire allait assez bien pour les filles saines, vu qu'aux infirmes on pourvoit selon leurs nécessités; néanmoins il se faut soumettre aux conseils, faire tout avec discrétion, puis souffrir patiemment les caquetteries. Il faut pourtant témoigner que par toutes les maisons les Sœurs y sont fort bien et contentes, et que jamais l'on n'y a ouï telles plaintes, quoiqu'elles n'aient pas de meilleures portions; que nous trouvons un peu étrange d'ouïr tant parler de cela; et enfin, faisant bien, il faut souffrir les paroles, cela se passera. Il faut dire au Père qu'il le demande aux Sœurs, et je m'assure qu'il les trouvera contentes,

1 Sœur Anne-Marie de Lage de Puylaurens.

ANNEE 1621. 5EÎ

excepté N. ; mais faites cela pour une fois, et puis allez votre train, et dites hardiment que c'est une tentation et qu'il faut suivre notre coutume; que puisque la chose est bien, et que les Sœurs sont contentes, et ont en leurs nécessités tout ce qui se peut souhaiter, il faut demeurer en paix. Mais voyez aussi avec l'assistante et les conseillères que la chose soit ainsi. Je vous prie, ma mie, communiquez de tout avec elles, et faites ce qu'il vous semblera être bien selon la coutume et la nécessité, et encore pour aidera la satisfaction, puis laissez dire.

Ce ne pouvait être de nous que ce bon Religieux parlait, car jamais cela ne nous advint de contraindre les filles à dire leurs péchés ; il y a longtemps que l'on le dit des Carmélites, mais elles le font aussi peu que nous, et en ce point il me semble que nous gouvernons les unes comme les autres. Vous ne devez point douter que notre méthode ne soit bonne, puisque Monseigneur l'a approuvée, mais il est impossible que tous les esprits se rencontrent; l'expérience nous fait voir l'utilité de cette manière, et combien de profit font celles qui se découvrent simplement. Il faut pourtant aller avec grande retenue, avec les prétendantes, jusqu'à ce qu'elles soient bien amorcées par l'amour, qui leur donne après la confiance. La bonne Mère Carmélite n'avait garde de dire leurs méthodes, auxquelles je sais pourtant qu'elles sont exactes. Enfin, ma très-chère Sœur, il faut toujours laisser les Sœurs en pleine liberté de dire ou de ne pas dire leurs péchés; et ce que le Directoire dit qu'elles parleront pour se confesser, ce n'est sinon pour leur apprendre la méthode et les éclairer, aider et instruire en la façon qu'elles doivent s'accuser des choses qu'elles demandent, afin de les rendre claires et courtes tant qu'il se pourra. Ce qu'elles ne voudront pas dire, il ne leur faut pas demander. Or, si vous avez recours à la Constitution vingt-quatrième, vous verrez que les Sœurs ne sont point exhortées de dire leurs péchés secrets. Le Directoire est ou doit être conforme; il ne faut jamais s'en-

quérir de ce point, mais seulement les aider en ce qu'elles déclareront, et j'espère, en la bonté de Notre-Seigneur, qu'elles auront des âmes si pures qu'elles persévéreront en la simplicité et confiance qu'elles ont toujours eues, par laquelle elles ont saintement avancé; mais il les faut laisser, en ce qui regarde le péché, dire ce qu'elles voudront, sans faire semblant que l'on en connaît davantage, Lâchant néanmoins de les aider discrètement.

Si cinq onces de viande ne suffisent, faites-en donner six ; mais il ne faut pas passer cela; il sera bon de donner le lundi et le mercredi, à souper, du bouilli et du potage, comme le matin.

Pour Dieu, mon enfant, ne vous laissez point aller aux attendrissements; il faut laisser passer tous ces dits et aller notre train; grâce à Dieu, il est bon. Soyez joyeuse , courageuse, cordiale, ouverte et veillante sur votre troupeau; parlez hardiment de tout avec uotre Sœur Franeoise-Gabrielle, et l'employez fort aux affaires et à votre soulagement, bref, en tout, car c'est une bonne et sage fille. Mais, mon cher enfant, soyez fort généreuse, ouverte et joyeuse. Dieu vous tienne de sa main.

J'aime chèrement nos Sœurs , mais un peu à part ma petite brebis l. Dites-le à son cœur et à madame sa mère, et à toutes nos amies mille saluts.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie fuite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

1 Sœur Marie-Francoisc Thibaut.

LETTRE CCCXIII

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARI

SUPÉRIEURE A MOULINS

Difficultés que les gens du monde font aux Religieuses pour Je règlement de leurs affaires temporelles. — Obligation pour la Supérieure d'entretenir les Sœurs tous les mois, et de procurer leur avancement dans la perfection. Elle-même doit faire avec soin. ses exercices spirituels et assister exactement aux récréations.

VIVE -j- JÉSUS !

[Paris], 16 février 1621.

Je suis marrie, ma très-chère Sœur ma mie, de ne vous pouvoir dire le fait ou le failli de votre requête. Oh! enfin les pauvres Religieuses ont peu de crédit ; l'on m'a promis merveilles, mais l'on [ne] sait quand, et l'on dit qu'il faut tenir des voies par lesquelles je prévois que l'on s'égarerait. On ne m'a pas désespérée du tout, mais toutes ces difficultés me font craindre; si le bon AI. de Feu vient, nous verrons à faire tout ce qui se pourra, et aussi vers l'oncle de notre fille. Je vous assure que c'est une misère nonpareille que d'avoir affaire avec le monde , et nous pourrons bien faire ce que nous pourrons de notre part, sans rien attendre de lui. Dieu est notre seule espérance.

Je ne sais que vous dire de vos petits chérubins1', j'aimerais

1 La Mère deBréchard avait un talent remarquable pour les décorations : un jeudi saint, étant encore à Annecy, elle avait organisé un gracieux reposoir, où une multitude d'Anges attiraient l'admiration : u Je vois, dit le » dévot saint François de Sales, on regarde tant les Anges qu'on en oublie "le Seigneur des Anges; nous y mettrons bon ordre » ; et, écrivit-il dans la constitution : « On ne fera point de poupées dans tonte la maison, » et moins en mettra-t-on sur l'autel pour représenter Notre-Seigneur , « Notre-Dame, ni les Anges. » Il parait que plusieurs années après, la Mère de Bréchard avait encore peine à renoncer à ces décorations, fort au goût de l'époque , puisque sainte Jeanne-Françoise de Chantai lui rappelle <i ce sujet les intentions de son Bienheureux Père.

mieux les laisser que de hasarder à faire contre l'intention de

Monseigneur, il faudrait lui demander à lui.

Mon Dieu! ne renvoyez pas cette fille de la Reine mère, si elle est propre; ne lui donnez pas aussi l'habit, mais faites-la écrire à la reine même, si elle l'aime, et à ses parents, mais toujours fort humblement et doucement, en sorte que l'on ne voie point que nous soyons ardentes aux biens du monde.

Certes, mon enfant, il faut parler aux Sœurs tous les mois. Commettez une Sœur pour vous soulager au temporel, et travaillez surtout au spirituel; car nous sommes Supérieures spécialement pour cela, et ne devons traiter les choses temporelles qu'en un esprit de grande paix et indifférence.

De l'oraison du malin , vous pouvez n'en faire que demiheure, mais je la ferais absolument ce peu de temps si l'impossible n'empêchait. 11 suffira que vous lisiez les Constitutions jusqu'à votre Règle comprise ; mais il le faut faire, et n'employez pourtant [pas] à cela le temps que vous devez aux récréations et à parler aux Sœurs aussi, car il est force de se récréer un peu l'esprit. Faites-vous soulager, je vous prie, tant qu'il vous sera possible, ma pauvre très-chère Sœur, car c'est une mort de n'avoir pas le temps de faire les exercices spirituels; certes, il est impossible, quand cela manque, que la pauvre àme ne s'en ressente.

Je n'ai point ouï dire que vous ayez écrit pour faire donner ces cinq cents francs pour notre Sœur de Gouffier; nous ferons ce que nous pourrons pour la faire contenter. Elle demande aussi que cette mais on [deux lignes coupées].

Jamais je n'ai vu, que je sache, ni ouï parler de la fille dont vous m'écrivez. J'ai écrit pour la fille de AI. Bonsidat. Croyez, ma très-chère amie , que surtout nous devons être fidèles à Dieu et à nos Règles en la réception des filles; tout le bien des maisons dépend de là.

Je crois que notre Sœur de Nevers vous aura répondu sur

les trois mille livres. Quand on aura ici fait la visite , je vous écrirai sur ce sujet.

Adieu, ma très-chère et très-aimée Sœur; Dieu sait ce que je vous suis.

Conforme à l'orijjinal gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXIV

A LA SOEUR FRANÇOISE-MARGUERITE FAVROT

ASSISTANTE A AWKCY

Prudence à garder dans la réception des sujets. — Gomment on doit faire les habits. — Conseils pour des réparations aux bâtiments. — Ne pas dispenser les Sœurs de la récréation sans grande nécessité. — Désir de revenir à Annecy.

V'IVK y JÉSUS !

[Paris. 1621.]

Vive Jésus! que je supplie par son infinie douceur nous faire part des fruits sacrés de sa très-sainte croix!

Vous nous enverrez, je m'en assure, l'entretien que Monseigneur vous a fait, avec une prédication que vousnousaviez promise il y a longtemps. Oui, certes, ma très-chère Sœur, c'est une action la plus importante qui se fasse parmi nous, que la réception des filles. Dieu soit béni , qui a inspiré Monseigneur de nous instruire sur ce sujet.

Je vous ai répondu mon sentiment pour ces deux bonnes Sœurs; notre bon Dieu en fasse connaître son saint vouloir. Oh! quel mal que d'établir en une maison religieuse une âme qui n'y est pas propre ! Je doute fort , selon que vous me marquez, que notre Sœur N*** ne soit pas conduite du bon esprit; que la mélancolie avec l'amour-propre et la superbe inconnue ne dominent là dedans. Il semble qu'elle soit inguérissable si Dieu n'y donne abondamment sa lumière; mais vous avez Monseigneur, par l'avis duquel on ne peut broncher. Croyez-moi, que si durant le noviciat nous ne faisons bonne montre, dif-

ficilement la ferons-nous jamais, et moins encore les bous effets ; c'est pourquoi il est très-bon de purger les maisons aussi bien que les corps, tout s'en porte mieux. C'est une chose que je ressens fort quand il la faut faire; mais nous ne devons [pas] nous arrêter pour cela. Ici nous en renvoyons quantité, et la maison en va mieux, grâce à Dieu : qu'il soit béni!

Nous mettrons la pièce comme Monseigneur veut, et nous avons déjà réformé les fentes de nos robes, qui ne sont qu'un doigt au-dessous de la ceinture. Nous taillons les canevas, en sorte que la robe se met et ôte facilement; et, si, au droit du sein il joint le corps , mais dessous tout est vague , de sorte que celles qui ont besoin de se vêtir ou dévêtir ne se délacent pas, ains seulement décrochent leurs ceintures; nous vous enverrons un patron et comme nous faisons le reste. Que si Alonseigneur continue à vouloir que Ton porte des pièces, mandez-le-nous promptement, afin que nous en mettions. L'on peut proposer simplement à Monseigneur ce que l'on veut, mais en sorte que Ton ne tire pas son esprit à nos inclinations.

M. du Noiret est fort bon , mais je ne voudrais pas prendre à tant de fois les payements, sinon que vous ayez occasion prête de remployer ou employer utilement vos fonds. La demande de M. le président nous est onéreuse; car nous pouvons tirer de la partie qu'il demande sept pour cent, et ainsi [il] serait bon de n'avoir rien à faire avec lui. Si Monseigneur le conseille , il le faut pourtant faire. Mais si vous achetez la métairie de M. de Lespine, de quoi payerez-vous? avez-vous de quoi? car je ne sais rien à cette heure des affaires, sinon qu'après avoir dit et procuré doucement le plus utile pour là, [il] faut conclure avec paix et le contentement de ceux avec qui l'on traite, tant qu'il se peut, surtout quand il y a quelques devoirs, comme nous en avons certes à M. le président, et surtout à sa très-bonne et vertueuse femme. Je vous ai déjà dit ce que je puis sur l'achat de cette métairie. Pour le bien de nos Sœurs de Nouvelles, il Je

faut laisser à AI. Flocard, puisqu'il l'a déjà tant gardé. Il sera enfin bientôt au bout de son terme pour le payer; mais il faut accomplir le traité , et puis l'on ne vous importunera plus. C'est une chose qu'il faut poursuivre que la ratification du contrat des moulins ; mais peut-être que quand nous serons à Turin, il sera plus facile à l'obtenir, il faut s'en conseiller.

Je crains que si l'on hausse le comble du parloir, qu'il ne gâte le jour de notre chœur; il faudrait voir si cela intéresserait beaucoup. Les Sœurs [tourières] seraient là plus commodément pour répondre au parloir; mais, s'il ne se peut, il faudra faire leur chambre dans le vieux parloir , faisant la porte auprès de la grande, et dessus on pourra faire la chambre du prédicateur et le confessionnal que Monseigneur désire, et [qui] certes est nécessaire. On ferait, pour y monter, un petit escalier dans le vieux parloir. Il m'est avis que cela se peut bien faire, et qu'il serait grandement commode. Faites-le considérer par quelqu'un qui l'entende; ou bien, quand nous serons là, nous en parlerons. Mais la muraille au bout du verger, pour parer l'allée, ne la fera-t-on pas? et rehausser les murailles?

Tant qu'il se peut, il ne faut pas dispenser les Sœurs de la récréation; mais [s'il] est nécessaire, il leur faut laisser la liberté de se récréer ensemble, et se garder de coupler, tant qu'il se pourra, celles que l'on jugerait être libres de parler de ce qu'elles ne doivent pas. Oh! mon Dieu! cela se fait-il? et quand sera-ce qu'occupées toutes en Dieu, nous ne verrons plus les défauts des autres? au moins que la charité couvre et supporte tout.

Je me console en l'espérance de voir tant de braves filles, que je n'ai point encore vues, et de me reprendre un peu avec elles; car je vous assure, ma très-chère Sœur ma mie, que je suis bien tracassée. Il me fera grand bien de trouver un peu d'aide pour me ramasser. Nous avons en toutes nos affaires tant de difficultés, qu'il semble qu'elles naissent et renaissent sans

520 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

fin; mais après beaucoup de peine, Dieu, par sa bonté, donne heureuse issue , et j'espère , avec son aide , que tout sera comme il faut avant que nous partions, mais ce ne pourra être précisément à la Pentecôte, car seulement nous espérons aller en la maison en ce temps-là.

Il faut un peu croire la chère Sœur Jacquement, car elle est si bonne et si affectionnée et entendue. Je la salue avec toutes nos très-chères Sœurs et nos chères amies et nos maîtres [maçons].

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXV

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A KOURGES

Avis relatifs à la construction du monastère. — Il faut inspirer aux âmes une grande défiance d'elles-mêmes et une grande confiance en Dieu.

VIVE -j- JÉSUS !

Ma très-chère Soeur,

Je n'ai point vu M. Le Berche, mais déprendre sa rente il est impossible, car, au contraire, il nous faudra emprunter de l'argent pour payer notre maison; il n'y aura point de mal de retarder sa sœur jusqu'à Quasimodo ; il faut faire les affaires sûrement.

Voilà un plan, mais je viens de recevoir des nouvelles de Monseigneur, qui m'en enverra bientôt un, car il y a encore quelque chose à redire en celui-ci. Néanmoins, vous ne sauriez faillir en faisant jeter les fondements selon qu'il est pour les deux logis qui ne tiennent pas à l'église; mais je fais tout entendre cela à Mgr l'archevêque, et leur faut laisser conduire l'œuvre. Je suis pourtant d'avis, comme je dis à ce bon prélat, que vous douniez la bourse des bâtiments à la Sœur du pays, je veux

dire qui soit de Bourges, laquelle paye les ouvriers tous les samedis, et en tienne bon rôle, essayant aussi d'entendre la valeur de mille petites choses qu'il faut acheter pour les bâtiments. M. Dormon vous aidera bien en cela; M. de Lissey ne laisse d'avoir l'intendance, mais tenez votre bourse; nous le faisons ainsi, dont nous nous trouvons bien.

Certes, je suis consolée de voir notre Sœur Françoise-Gabrielle [Bally] en la charge de maîtresse [des novices]. Pour Dieu, exerçons-nous fidèlement en l'humilité, mortification et recueillement, et Dieu nous bénira; mais inculquons l'esprit de confiance en Dieu à nos Sœurs, afin que nous méfiant de nous-mêmes et nous confiant en la divine Bonté, nous cheminions fermement et fidèlement.

Adieu, mon enfant; je salue le révérend Père recteur et les autres Pères.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXVI (Inédite)

SUPÉRIEURE A MOXTFERRAXD

Plusieurs personnes séculières peuvent contribuer ensemble à la fondation d'un monastère; privilèges qui leur sont accordés. — La seule Bulle qu'a reçue Annecy suffit pour l'établissement d'autres maisons de l'Ordre.

vive f jésis!

[ParisJ , 4 avril 1621.

L'amour très-sacré de la croix remplisse votre bien-aimé cœur, ma très-chère fille. Je viens de recevoir votre lettre tout maintenant, et je vous dis, ma fille, que j'ai reçu toutes les précédentes et y ai répondu. Nous vous avons dit nous-même que nous avions acheté une maison bien jolie et grande pour être dans la ville. II y a beaucoup de bénédictions en cela, dont

je loue Dieu; mais elle ne sera prête pour y mener les Religieuses de plus de deux mois; cependant Monseigneur m'écrit de Lyon que Turin attendra encore jusqu'à Pentecôte. Il faudra bien aller par delà; mais quand vous dit-on que vous partiez de là? car vous y êtes destinée, à ce que Monseigneur m'écrit encore, qui me mande aussi que tout va là, à Lyon, exactement et suavement; Dieu en soit béni. Quelle consolation, ma trèschère fille, de savoir ces petites maisons pleines de bénédictions !

Je vous l'ai déjà mandé, que vous pouviez associer à la première fondatrice encore une autre de son consentement, pour aider à la fondation de votre maison et subvenir aux frais de vos bâtiments. Au moins les dames Carmélites le font ici, et crois qu'en bonne conscience vous le pouvez faire avec la permission et de l'autorité du Supérieur, et par conséquent cette demoiselle pourra demeurer en son habit séculier, voire sortir, quelquefois, mais prenez garde de n'y introduire point d'esprit qui nuise à l'esprit intérieur de la maison.

Oh! non, il ne faut pas autant de Bulles que de maisons. L'on me l'a dit ici aussi, mais je l'ai demandé à un grand Père Jésuite qui me dit que non; et, en effet, les dames Carmélites n'ont eu que la leur pour le monastère de Paris. Mais vous ferez bien d'en écrire à Mgr de Lyon, et crois que (pour arrêter tout discours) il serait bon d'en avoir une qui donnât pouvoir à toutes les maisons, au moins aux deux premières, de s'établir et de se multiplier. Oh! je saurai encore cela plus particulièrement et vous le manderai, s'il en est besoin.

Je crois que l'on nous attend toujours pour Valence.

Pensez-vous point que la maison de Lyon n'ait guère de fille là plus capable d'être en charge que notre Sœur Françoise- Jéronyme [de VilletteJ? car nous l'amènerions bien.

Xe laisserez-vous pas notre Sœur Anne-Françoise [Chardon] à Montferrand? J'en serais bien aise, sinon qu'on la voulût à Va-

lence, car de la ramener à Nessy, elles sont déjà quarante et je ne sais combien encore.

Ma fille très-chère, voici les jours de la grande miséricorde de Dieu ', priez pour nous.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Romans.

LETTRE CCCXVII {Inédite)

A LA MÈRE ANNE -MARIE ROSS ET

SUPÉRIEURE » BOURGES

Xouvelles recommandations sur la façon d'écrire et de parler. — Madame de Toulonjon n'a pas le droit d'entrer dans la clôture. — Renvoi d'une novice.

VIVE -j- JÉSUS !

[Paris, 1621.]

Ce sont des petites considérations, ma très-chère fille, que celles du monde. Il importe peu que l'on dise que nous ne saurions rien faire sans la Mère des Carmélites. Mais, ma trèschère fille, il ne faut jamais dire que l'on s'offre à nous servir, encore que le monde use de ce mot ; mais de nous assister et aider] -surtout quand ce sont personnes de qualité qui parlent. De même, quand personnes de qualité, et surtout nos Supérieurs nous conseillent quelque chose, il ne faut pas dire que nous y condescendons, mais que nous y obéissons, et nous soumettons. Ce sont des petites remarques de civilité et respect; encore qu'elles soient humaines, elles ne laissent d'être utiles aux servantes de Dieu. Prenez-y donc garde, ma fille, et de ne pas multiplier les paroles, soit en écrivant ou parlant, ne disant jamais, tant qu'il se pourra, plusieurs paroles qui ne disent et signifient qu'une même chose. Vous voulez bien que je

1 La semaine sainte.

524 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

vous dise ces petites choses, ma fille, et que vous devez vous bien loger et au plus tôt.

Ma fille ne doit pas entrer chez vous. J'espère d'être à Bourges au mois de mai, si, plus tôt; alors nous verrons s'il faudra demander cette licence.

Il n'y aurait nulle apparence de tirer les voix pour donner la profession à cette bonue Sœur, [novice] depuis un an ; mais si l'on n'y voit de la solidité et des actions correspondantes à une entière conversion, il ne sera pas mauvais de tirer les voix pour la mettre dehors. Que si l'on se résout à ce dernier, il faut que la chose soit exécutée avant qu'on le sache, et n'en faut parler qu'à Monseigneur et au Père recteur, qui le devront tenir secret jusqu'à ce qu'elle soit dehors.

Il faut supporter ces filles tendres. Je me contente, puisque la petite brebis se rend maniable. Ce vous eût été un grand bien que l'on n'eût point entrée chez vous, cela ne se fait en pas une de nos maisons; mais puisque cela est, il faut que vos filles soient sur leurs gardes pour bien édifier, et que l'on voie reluire l'obéissance et le recueillement. La grande vertu pour bien édifier, c'est la modestie ; surtout que nos professes donnent bon exemple. Elles ne m'ont point écrit depuis ; je voudrais savoir si je les ai offensées, afin que je répare ma faute.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visilatiou d'Annecy.

LETTRE CCCXVIII (Inédite)

A LA MÈRE CLAUDE-AGXÈS JOLY DE LA ROCHE

SUPÉRIEURE A ORLÉ.IXS

Souhaits d'avancement en la perfection. — Eviter toute louange exagérée en parlant de la Supérieure ou des Sœurs.

VIVE j JÉSUS !

[Paris, 1621.]

Ma très-chère fille,

Cette bonne femme qui s'en retourna l'autre jour vous porta réponse de bouche à vos deux demandes. Voilà la petite qui est une bonne enfant et de fort gens de bien. Je n'ai donc rien à vous dire, sinon que ces grands jours je vous ai grandement livrée entre les mains de Dieu, et avec une affeclion et désir tout particuliers que vous devinssiez une grande servante de sa bonté. Mon Dieu , ma fille , que je le désire ! car si vous le faites, j'espère que vous servirez utilement à sa gloire et à notre petite Compagnie. Soumettez-vous bien à Dieu et aux créatures, en tout ce qui ne sera point contre Dieu.

Je suis grandement consolée de ce que vous me mandez, que ma chère petite maîtresse1 donne bien l'esprit à ses novices. Il faut avoir un grand soin à cela, et à bien choisir les filles , car c'est tout le. bien des maisons; vous-même y devez travailler. Mais, mon Dieu, ma fille, je ne veux pas oublier de vous dire que notre Sœur Marie-Michelle [de Nouvelles] me mande que l'on vous lient pour sainte. Elle est assez simple pour le dire et écrire à d'autres. Pour Dieu, que cela ne se fasse point ; on peut bien mander que nous contentons , que nous sommes aimées, que tout va bien; mais parler de sainteté, vous savez l'aversion juste que j'ai à ces grands bruits-là.

1 La Sœur Anne-Marguerite Clément. Il sera parlé longuement de celle sainte Religieuse aux années 1629 et 1630.

Voilà comme nous faisons nos tuniques d'hiver et d'été, quoique de diverses étoffes, et que l'hiver l'on ait par-dessous une cotte.

Bonjour, ma fille. Faites prier pour mon fils, qui me donne des sujets de grande douleur.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Rennes.

LETTRE CCCXIX (Inédite)

A LA MÈRE MARIE- JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A MOXTFEIUUXD

Election d'une nouvelle Supérieure à Montferrand. — Difficultés que rencontre la Vénérable Fondatrice à quitter Paris . — Eloge de la Sœur Anne-Catherine de Reaumont. — Deux personnes peuvent s'unir pour fonder un monastère.

VIVE y JESUS !

[Paris, 1621.]

Ma très-chère fille,

Je viens d'écrire à vos messieurs de Montferrand, comme j'en avais eu la pensée, avant que je reçusse la vôtre; car je pense qu'il leur fallait mettre en considération la volonté de monsieur voire père, comme à la vérité et sans feinte, il serait tout à fait déraisonnable de ne pas faire ce qu'il désire en cela. J'avais aussi pensé à notre Sœur N*** pour être la Supérieure, et quand je vis votre lettre et le dessein de vos Supérieurs, j'en fus toute consolée, quoique en vérité, si l'on m'en donnait le choix, je sais bien laquelle je prendrais; mais, comme vous dites, le monde se prend à l'écorce. Or, j'espère que notre Sœur plusieurs mots effacés]; mais avez-vous quelque fille pour la seconder? Je me souviens bien de nos Sœurs M. -Elisabeth et Anne-Françoise, qui sont, certes, de bonnes filles. Or, voilà qu'il ne faut donc qu'exécuter. Et l'autre jour, ma Sœur la Supérieure de Moulins, sur ce que je lui demandais de notre Sœur F. J. [de Villette], me manda qu'elle voyait bien qu'on ne

ANNÉE KÏ21. 527

l'y lairrait plus guère, et certes, je ne voyais pas dans Lyon de fille plus capable qu'elle pour être Supérieure, et je pensais qu'au moins nous la ramènerions; car aussi faut-il rendre ma Sœur Marie-Hélène de Chastellux à Moulins, et en mener une à Nevers, S'il plaît à Dieu, je crois qu'il serait bon que noire Sœur F. J. fut un peu là avec vous; qu'en dites-vous, ma trèscbère fille?

Et ce m'est avis que , si la fondation de Turin ne presse grandement , que nous ne devrions nous en aller que vers la fin d'août. Que vous en semble, ma fille? mais il faut laisser gouverner nos maîtres. Je m'en vais écrire à Monseigneur sur tout cela, et qu'il nous mande un peu franchement ce que nous ferons; car il ne me dit rien, sinon que la fondation de Turin ne pressera qu'à la Pentecôte; mais je lui mande que nous ne pouvons pas sitôt partir, d'autant que nous n'irons dans notre maison qu'environ la Saint-Jean, et il faut un peu de temps après. Certes , on fait bien du grommellement pour ma retraite ; mais je dis , par le commandement de Monseigneur, que je reviendrai, et que je ne suis pas encore prête à partir; enfin personne du monde ne goûte cela. Je ne dis mot , car je sais bien que celle qui demeurera est très-sage et très-vertueuse; elle est grandement aimée et estimée ; nos Sœurs l'admirent et disent qu'elle n'est pas imitable; mais, nonobstant, c'est chose étrange combien elles craignent mon départ. Pourvu que ma Sœur l'assistante ait soin de se rendre attrayante et ouverte, elle fera des merveilles; car elle est tout à fait sage, vertueuse et judicieuse. Pour les affaires, elle n'y entend guère, mais aussi nous n'en lairrons point de fâcheuses. Tout va bien, grâce à Dieu, avec de très-bons amis, et surtout de braves et trèsbonnes filles, et en grand nombre, grâce à Dieu.

Quant à la fondatrice, je vous y ai déjà fait réponse, ma trèschère, et tout aussitôt que j'eus reçu votre lettre; et vous disais que vous la pouviez encore recevoir; car ici, les Supé-

528 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

rieurs des Carmélites ne font nulle difficulté d'en recevoir deux, et voici comme ils ont fait pour le courent de la ville : madame de Longueville, monsieur son fils, madame sa belle-fille, sont les premiers fondateurs ensemble; M. de [plusieurs mots illisibles]; ainsi voilà un exemple moderne sur lequel vous ne pouvez faillir. J'en avais écrit à Monseigneur il y a longtemps, savoir si l'on pouvait en prendre deux comme cela; il ne m'a rien répondu; c'est signe qu'oui, car je lui ai demandé que dans ce qu'il ap prouverait il ne m'y fit réponse que par silence. Tout ce que vous avez à regarder, c'est de traiter avec des esprits qui soient bons et sociables, qui ne troublent rien. Pour la somme de dix mille francs, en ces pays-là, c'est plus considérable que vingt mille ici.

Mais à propos de fondatrice, le père de la vôtre première ', au moins je m'imagine, qu'il vint l'autre jour céans pour me prier de vous écrire que vous ne détournassiez plus madame sa fille de se ranger à sa volonté: que madame sa femme lui avait écrit qu'elle ne pouvait plus recevoir aucune assistance ni obéissance d'elle. Or, ceci suffit pour vous donner à entendre le reste; vous pouvez penser ce que je lui répondis. Voyez, ma très-chère fille, si vous pouvez leur faire donner quelque satisfaction par cette bonne dame.

Quoi plus à dire? car en vérité, ma fille, nous avons bien des affaires, mais pourtant, je m'offenserais volontiers de ce que vous m'ordonnez de vous faire écrire par une autre main; il me serait impossible, et Dieu sait le rang que vous tenez dans mon cœur; mais je pense que mes lettres se perdent (car je vous ai tant écrit que nous avions une maison, et vous me mandez que c'est M. de Mongelas qui vous l'a mandé); je ne serais pas contente de cela. Oh! certes, nous avons une maison qui reviendra à près de vingt mille écus; mais elle est com-

1 La comtesse de Dalet.

mode, et plus que tout, c'est que nous en avions une dont on voulait avoir trente et quarante mille écus. Ma très-chère fille, Dieu habite éternellement dans nos cœurs. Je vous recommande \ plusieurs mots illisibles]. Je vous envoie nos lettres ouvertes, voyez si elles ne gâteront rien; si elles ne sont bien, ils ne connaissent pas bien mon écriture, faites-les refaire, comme vous jugerez qu'elles seront mieux , et mettez ou plutôt faiies mettre le dessus comme il faut. Adieu, ma très-chère fille, que j'aime de tout mon cœur, et à laquelle je suis sans réserve aucune-

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

LETTRE CCCXX (Inédite)

A LA SOEUR MARIE -AIMÉE DE BLONAY

ASSISTANT!; -COMMISE A LVOX

Voyage du B. Evoque de Genève à Lyon. — Envoyer une copie de la Bulle1 obtenue par Mgr de Marquemont.

vive -[ jésis!

Paris, 4 mai 1621.

Ma très-chère fille,

Dieu soit loué de la consolation qu'il vous a donnée de la venue de notre unique Père. Plût à la bonté divine que la compagnie de céans eût reçu cette même grâce; j'espère qu'elles en feront profit. Or sus, je vous écrirai à loisir un de ces jours; maintenant je vous demande tout promptement une copie des Bulles que Mgr l'archevêque a obtenues (pour convertir la Congrégation en Religion)^ collationnée par un notaire, mais je vous en prie et tout promptement '. Dieu vous bénisse.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 Dans la persuasion que la Bulle, obtenue par saint François de Sales < en date du 23 avril 1618, ne concernait que la Visitation d'Annecy, Mgr de Marquemont en sollicita une seconde pour le monastère de Lyon, iv. v¥

LETTRE CCC XXI (Inédite)

Désir de connaître les dispositions de saint François de Sales pour son retour et celui de la Mère Favre à Annecy.

vive j jésus!

[Paris, 1621.]

Vous ne médites rien, ma très-chère fille, de nos Règles, de ce que Monseigneur vous a dit, s'il n'a point parlé pour votre visite, qui sera Supérieure à Valence, ou qui demeurera à Lyon pour mener les Religieuses; si l'on fera retourner bientôt notre Sœur M.-Jaqueline [Favre], ou si l'on s'attend que nous retournerons ensemble, comme elle et moi en avons l'espérance et le désir, si l'on nous laisse faire? Mais ce ne pourra pas être devant notre fête. Enfin, dites-moi voir un peu quels sont les pensées et les desseins de tout cela en vos quartiers, car Monseigneur ne m'en dit rien du tout, sinon qu'il faut que nous retournions toutes deux pour aller à Turin. Ma Sœur m'écrit aussi qu'on ne lui mande rien de toutes ces dispositions -là, croyant, dit-elle, qu'on se sera adressé à moi, et moi je crois que c'est Mgr l'archevêque qui ne nous en résoud rien.

Pour cette fille, oui, retardez-lâ jusqu'au retour de ma Sœur et de moi, sinon qu'elle arrive devant moi. Je crois que si Mgr l'archevêque ne veut [pas] que notre Sœur Françoise- Jéronyme [de Villette] aille ailleurs qu'à Moulins, que nous vous la ramènerons à Lyon, parce qu'il faut que nous ramenions notre Sœur de Moulins1 qui est à Nevers.

Je n'ai que cela à vous dire, sinon que vous recommandiez fort à nos chères Sœurs de prier bien fort Notre-Seigneur pour mon fils et pour ma fille qui est bien enceinte. Dieu vous bé-

1 Sœur Marie-Hélène de Chastellux.

nisse, ma très-chère fille. Vous savez bien que nous sommes ioule vôtre. Dieu soit béni.

[P. S.] Ce sont des livres pour Monseigneur, envoyez-les très-sûrement.

Conforme à l'original gardé aus Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXXII

A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

Réserve à garder dans la communication des Règles.

vive f JÉSUS !

Paris, 5 mai 1621.

. . . .Pour Dieu, tenez votFe esprit au large et libre, faisant ce qui vous semblera le mieux avec votre conseil, auquel vous devez vous reposer, surtout pour les affaires. Je ne saurais relire votre lettre, je ne pense pas qu'il y ait rien d'importance à y répondre, car pour tout ce que le monde dit qu'y saurait-on faire ? Quelle apparence, je vous prie, d'aller montrer les Règles kmessire chacun? Ne suffit-il pas de les communiquer aux amis qui les désirent voir, et à ceux qui les demanderont pour l'accroissement du service de Dieu. Je ne puis passer outre.

Adieu, ma fille, Dieu soit votre conduite et de toutes nos Sœurs. Celles d'ici se portent mieux, mais madame de Gouffier est tombée malade.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-mémi'. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXXIII {Inédite)

A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY

ASSISTANTli-COMMISE A LYOX

Incertitude de son départ de Paris. — Conseil pour le choix des Supérieures de Valence et de Montferrand.

vive -\ JÉSUS !

[Paris], Il mai 16'21.

Je pensais bien, ma très-chère fille, recevoir de vos nouvelles par ce dernier ordinaire ; mais me voilà, comme je crois, frustrée de mon attente. Or sus, Dieu soit béni. Je n'ai eu nulle nouvelle de Monseigneur, dès le 20 mars que vous m'envoyâtes une de ses lettres ; mais j'espère qu'il se porte bien, s'il plaît au bon Dieu. De vous dire quand nous partirons d'ici, je ne le sais pas, car Monseigneur n'a encore rien commandé d'exprès, et, si rien ne presse de delà, ce serait le mieux pour ici que je pusse être un mois ou deux en la maison de là1, en laquelle nous ne passerons que pour la Saint-Jean, et je crois aussi que ce serait le grand profit de la maison de Montferrand, que ma Sœur n'en partît qu'environ ce temps-là, afin que sa retraite se fit plus suavement et utilement; car, autrement, la petite nouvelle maison pourrait être intéressée. Il faudra enfin y faire aller notre Sœur Françoise -Jéronyme [de Villette], laquelle, comme je crois, y sera plus goûtée, et notre Sœur Claude-Marie [de la Martinière] pour Valence. Ma Sœur m'a écrit qu'on avait ainsi résolu à Lyon, mais qu'elle n'avait encore reçu nul commandement exprès. Or, je crois qu'il est nécessaire qu'elle introduise celte nouvelle Supérieure, la dresse un peu, et qu'elle fasse quelques professes avant que partir.

Voilà ce que je vous puis dire, et de plus qu'avec l'aide et la

s La maison qu'on préparait pour loger la communauté de Paris.

grâce de Notre-Seigneur, nous serons toujours prêtes d'obéir très-simplement et promptement. Certes, ma très-chère fille, je serais bien aise de voir votre chère famille ; je l'aime grandement. Je me recommande à leurs prières. Celle de céans est aussi très-aimable, grâce à Dieu. Bonjour, ma très-chère fille, vous savez bien que je suis toute vôtre. Certes, je salue de tout mon cœur M. de Maussac.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXXIV

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