LETTRE CCCXXVI
A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DR BLONAY
ASSISTAXTK-COMUISB fl LYON
Bonheur des unies obéissantes. — ■ Une Religieuse aura d'autant plus de capacité pour le gouvernement qu'elle sera plus animée de l'esprit de Dieu. — Pensées sur quelques Sœurs capables de la supériorité.
vive f JÉSUS !
Taris , 23 mai 1621 .
Dieu soit béni, ma très-chère fille, qui vous fait jouir des fruits de votre confiance et obéissance. 0 Dieu ! que les âmes qui cheminent par cette sainte voie vont sûrement ! vous l'expérimentez , et ce m'est une très-grande consolation de voir votre cœur tout détrempé en la reconnaissance des douces miséricordes que notre bon Dieu répand sur vous et votre chère famille, que j'aime très-parfaitement pour la savoir marcher fidèlement
et suavement dans la sainte observance. Je prie Dieu d'y continuer ses très-saintes bénédictions, et la glorieuse Vierge, sa maternelle protection.
Je les remercie toutes [vos Sœurs] de la charité qu'elles ont faite à mes enfants. Hélas! ma très-chère fille, faites que quelquefois elles aspirent pour leur salut éternel , car je ne leur souhaite que cela. Oh ! que j'aime ces chères âmes qui ont le zèle de la gloire de Dieu , en la conservation de leur esprit ; bénies soient-elles éternellement !
Je n'ai garde sur votre résultat de dire que notre bonne SœurN*** soit propre; car moi je ne la connais quasi point. Or je crois que là où il y a plus de Dieu et de vertu, il y aura plus de bénédiction aussi et de capacité pour le gouvernement, vu que la pièce maîtresse (pour ce qui est du naturel) est grande : c'est le bon jugement, et je le crois. Même j'ai l'idée de celte bonne Sœur en mon esprit, mais il faut grandement prier Dieu et considérer devant lui si elle aura des forces et de l'expérience pour supporter la charge de Supérieure, et pour cela j'en vais écrire à Monseigneur qui l'a vue depuis peu, et qui pourra en donner un avis solide. Il faut bien regarder et considérer tout avec loisir, car on le peut prendre, d'autant que notre Sœur Marie-Jacqueline [Favre] sera à Montferrand jusqu'à la Saint-Michel , et pourvu que la Supérieure que l'on y enverra y puisse être un mois ou six semaines durant, afin que ma Sœur lui donne les connaissances et intelligences de tout, il suffira.
Mgr l'archevêque veut-il bien que, s'il n'y a pas à Lyon de filles propres, on en prenne à Nessy ? Mandez bien tout à Monseigneur.
Or, je pense que notre Sœur Marie-Claire [de laBaImej,si elle marche fermement le train que vous me marquez, fera prou, pourvu qu'elle soit secondée de quelque bonne et sage Sœur qui l'aide à porter sa charge.
Voilà Valence fourni l, Dieu y répande ses bénédictions; voilà ce que je vous puis dire pour ce sujet. J'ai mandé aujourd'hui prier M. Jeantet qu'il allât faire très-humble révérence de notre part à Mgr l'archevêque; je désire fort de le voir. Priez pour les affaires de cette maison, à ce qu'il plaise à Dieu de les disposer selon sa sainte volonté.
Si vous résolvez de mettre notre Sœur Marie-Claire [de la lïalme] à Montferrand, donnez-lui dès maintenant la charge de vos novices pour voir un peu de quel air elle s'y conduira. Notre bon Dieu soit au milieu de nous et répande ses dons précieux avec abondance dans nos cœurs ! Amen. Je salue, mais très-cordialement, votre bon Père spirituel. Eh ! plût à Dieu que toutes nos maisons en eussent de tels ! Adieu, ma trèschère petite ; vous savez bien que je suis vôtre tout entièrement. Dieu soit béni.
[P. S.] Je pensais donner un paquet pour Monseigneur, mais ma lettre n'est pas écrite, je l'enverrai demain par le messager; gardez cependant ce livre et le voyez , c'est d'une grande Sainte.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
1 L'établissement du monastère de Valence se fit le S juin 1021, d'après les sollicitations de la dévote Sœur Marie (Teysonnier) surnommée de Valence, que les plus grands personnages de l'époque n'ont pas craint de comparer à sainte Thérèse pour l'éminence de ses dons. Le Bienheureux Évêque de Genève l'appelait « une âme toute sainte » .
Les pierres fondamentales de ce nouvel édifice furent les Sœurs Claude- Marie de la Martinière, M. -Marguerite de la Balme Montchalain, Clande- Cécile Meissonnier, M. -Constance Orlandin, Anne-Marie Chevalier, M.- Françoise Gelas, Hélène-Marie Guérin et M. -Agathe Michelard; cette dernière n'était encore que novice.
LETTRE CCCXXVIÎ {Inédite)
A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET
SUPÉRIEURE A BOURGES
Affaires.
vive t jésus!
Paris, L621,
Ma très-chère fille,
Je viens de parler à Mgr l'archevêque de trancher à ce qu'il juge le mieux pour votre logement. Vous ne deviez jamais vous engager si fort avec cette bonne femme qui est si tenante. Il n'y a remède. Recommandez bien tout à Dieu, et il le conduira.
Je n'ai pas le loisir de voir ce que cette bonne Sœur m'écrit ; vous ferez bien de la faire retirer ; mais il faut qu'elle sorte sans l'habit, avant que d'en parler, sinon à Mgr [l'archevêque] et aux Pères Jésuites. J'écris sans clarté ni loisir. Vous savez ce que je vous suis en Notre-Seigneur. Qu'il soit béni à jamais.
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.