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LETTRE CCCXXVIII

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCIIARn

SUPÉRIEURE A MOULINS

Qualités nécessaires à une bonne Supérieure. — Questions d'intérêt.

vive f jésus!

[Paris, 6 juin 1621.]

Ma très-chère Soeur,

Sitôt que j'ai eu reçu vos lettres, j'ai enuoyé le mémoire à M. Thomassin, et lui ai écrit le mieux qu'il m'a été possible pour la conclusion de votre affaire, afin de savoir ce que nous devons faire de notre part pour les recommandations. Ne doutez point

que nous n'y apportions tout le soin et la diligence que nous devons; ayant fait cela, Dieu en disposera selon son bon plaisir.

Cela n'est point encore bien résolu si l'on enverra notre Sœur [mot illisible] pour Supérieure à Monlferrand ; nous attendons Mgr de Lyon pour savoir ce qui lui plaira.

Croyez-moi, ma très-chère fille, il ne faut point d'autre perfection pour être bonne Supérieure que d'être fort humble et fidèlement ponctuelle à suivre la Règle, les Constitutions, et tant de saints conseils que nous avons en mille lieux, de notre très-cher Père. Si ma Sœur N* * est employée, on lui donnera des filles les plus convenables selon le jugement des Supérieurs de Lyon, auxquels il faut laisser disposer de cela, comme en étant fort capables. Il faut avoir plus de simplicité que de prévoyance pour ces commencements, ne suis-je pas bien sèche?

Il est vrai que notre Sœur Marie-Marguerite pourrait bien être directrice ; elle a assez de capacité, mais il lui faut encore des années ; puis, elle ne désire nullement retournera Moulins, et il est requis qu'elle demeure ici; mais, pour cela, ma trèschère Sœur, vous ne manquerez pas quand nous saurons la résolution de Mgr de Lyon.

Je vous supplie de traiter avec ses parents pour cette rente, si elle est bonne; si l'on pouvait avoir de l'argent, il serait mieux; mais il en faut sortir, et le plus promptement sera le meilleur. Je vous prie derechef de les presser, ou bien de recouvrer, s'il se peut, le contrat de mariage de feu M. de Gondras ; car, si l'on a cette pièce, on pourrait se passer d'eux ; néanmoins, j'aime beaucoup mieux que l'on traite amiablementj mais, au nom de Dieu, que l'on fasse ou défasse, car ces longueurs sont insupportables. Proposez-leur de faire traiter avec nous AI. Robin, banquier d'ici; car, s'ils n'ont pas de l'argent, nous recevrons une constitution de lui ou obligation, et je crois que peut-être il serait plus facile de traiter ici à cause que

Ja fille y est. Je remets cela à votre bon jugement, avec l'avis de M. de Palierne; car après nous aviserons comme l'on vendra cette partie-ci; mais, ma mie, terminez d'une façon ou d'autre. Au reste, M. de Morville veut donner ses seize mille francs, aussi bien que ses quatre mille, lorsque ma Sœur Marie-Aimée fera profession. Ils vous écriront si vous les voudriez mettre sur certaines rentes de celles que l'on vend, vous vous en conseillerez, car je n'entends rien à cela. Mais je pense que si vous aviez quelque bonne occasion de loger cet argent-là proche de la maison, qu'il vous serait bien commode. Avisez-y.

Le Père Supérieur de Saint-Louis est homme fort droit et judicieux; c'est lui qui traite notre affaire avec madame de Gouffier, puis l'on en parlera à Mgr de Lyon. De plus, on ne peut trop acheter la paix. Quelle apparence de vous renvoyer vos cinq cents livres. Hélas! ma très-chère Sœur, nous ferons bien tout ce qui nous sera possible ; mais au bout, je crois qu'il est de charité et de justice encore de la satisfaire, ce qui sera avisé. Je n'ai pas le loisir d'aller chercher ce que vous me demandez, mais nous en parlerons, s'il plaît à Dieu [plusieurs mots illisibles]. Vous ferez très-bien de ne pas aller au logis neuf qu'il ne soit bien sec.

Adieu, ma très-chère Sœur, nous sommes toujours ici accablées d'affaires. Conservez-vous, je vous prie; vous savez bien ce que je vous suis. Mille saluts à toutes nos très-chères Sœurs.

Jour anniversaire de la très-adorable Trinité qui nous assembla, il y a onze ans. Gloire en soit au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Amen.

Notre Sœur l'assistante est malade ; il faut que j'aille voir le médecin. Jour de la Sainte-Trinité.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXXIX (Inédite)

A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS JOLY DE LA ROCHE

SUPÉRIEURE A ORLEANS

Il importe beaucoup pour la paix et le bonheur des monastères de n'admettre que de bons sujets, et de ne pas recevoir trop facilement ceux qui sont médiocres. — Témoignages d'estime pour les révérendes Mères Carmélites. — Saint François de Sales travaille à faire une concordance des quatre Évangiles.

vive y jésus!

Paris, 6 juin 1621.

Voilà mon très-cher neveu, caressez-le modestement, cordialement. Je me porte bien, Dieu merci : il est vrai, j'ai eu une mauvaise toux ; il m'a fallu tirer beaucoup de sang, car je l'avais tout corrompu et brûlé, et cela à force de [mots illisibles]. Priez Dieu que je ne vive plus que pour le servir, car [mots illisibles] trop inutile le temps passé.

Oui-dà, si le Père spirituel le permet, vous pourrez tenir à l'essai cette fille, et si elle est d'Orléans, éprouvez-la bien, et, en tout cas, donnez-lui son congé de là si elle n'est jugée bien propre : le bien de nos maisons ne consiste pas à avoir beaucoup de filles, mais à les avoir bonnes. Oh! mon Dieu, que notre petite Supérieure de Nevers a envie d'en avoir un grand nombre, c'est une maladie. Au commencement des maisons, nous les remplissons de tout ce que nous pouvons attraper, et puis les bonnes ne peuvent avoir accès ; et, le pis de cela est la ruine des familles : quelle cruauté d'étouffer un enfant en sa naissance ! Ecrivez que je vous ai mandé cela, mais non pour elle, car aussi je lui dirai bientôt. Il y a longtemps que je n'ai eu de ses nouvelles.

Je suis contente que vous ayez vu les bonnes Carmélites; vraiment oui, je les verrai aussi, ou l'on me refusera. Or je salue la bonne Mère, que j'aime plus qu'il ne se peut dire, et j'ai

un désir extrême d'aller honorer le tombeau de sa sainte Mère1, à laquelleje désired'être grandement dévote. Mandez-lui qu'elle la prie pour moi. Monseigneur me mande qu'il lui a écrit. Il a commencé à faire quelque chose sur les Évangiles2, mais il me mande qu'on l'accable : chacun ne veut dire qu'un mot, ne demande qu'un billet, et que tout son temps s'en va là ; je voudrais bien que l'on le laissât en repos. Adieu. Jour très-cher à notre Congrégation. Oh ! que nous avons une grande fille pour le voile blanc !

Conforme à une copie de l'original gardé au premier monastère de la Visilatiou de Paris.

1 Selon son désir, sainte de Chantai put aller à Pontoise prier sur le tombeau de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation , Religieuse Carmélite, décédée le 18 avril 1618 en odeur de sainteté, et qui fut proclamée Bienheureuse par Pie VI, le 24 mai 171)1. Cette grande servante de Dieu, le conseil et l'oracle d'une foule d'âmes d'élite, eut le bonheur de jouir quelque temps de la direction de saint François de Sales, qui lui rendit ce beau témoignage : « Je ne la regarde pas comme ma pénitente, mais comme un vais- » seau que le Saint-Esprit a consacré à son usage. »

2 Voici comment le saint Evêque expliquait lui-même à dom Jean de saint François, général des Feuillants, le plan qu'il avait conçu touchant l'explication du saint Evangile et l'Histoire de l'Église :

« Si Dieu me prête vie, je ferai d'abord une traduction simple, claire et » en langue vulgaire, des quatre Evangiles, liés ensemble par une concordance exacte des temps et des faits, de manière à former une lie de » Notrc-Seigncur ; ensuite, j'établirai la vérité de la foi catholique, et je » réfuterai en même temps les erreurs des prétendus réformés, par un » extrait fidèle des paroles de Notre-Seigneur dans le saint Evangile, sur "tous les points qui sont un objet de controverse. Enfin, j'extrairai de 'i l'Evangile une suite de maximes qui feront un cours d'instructions pour la » perfection chrétienne. Ces trois ouvrages de dogme, de controverse et de » morale, seront complétés par un cours d'histoire sur la primitive Église, » extrait en entier des Actes" des Apôtres et des écrits de saint Paul. Je » ferai paraître ces quatre volumes réunis sous le nom d'OEuvre théandrique , » ou Manifestation de l'Homme-Dieu. J'ai encore le dessein de faire un » autre ouvrage : ce serait un Traité des quatre amours, c'est-à-dire de la » manière dont nous devons aimer Dieu , nous-même, nos amis, et enfin «nos ennemis. »

LETTRE CCCXXX (Inédite)

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE fi ROVRGES

.Maladie de quelques Sœurs. — Avantages de la liberté d'esprit.

VIVE 7 JKSUSÎ

[Paris, 1 juiu 1621.]

Ma très -chère Soeur,

Je vous fais encore ce billet par noire bon Père recteur que je crains qui ne soit déjà parti; mais il nous fut impossible d'écrire hier, tant à cause de notre fête que pour les malades ; car nos Sœurs Anne-Catherine et AI. -Marguerite ont la fièvre continue, et la pauvre Sœur Anne-Catherine bien mal. J'espère toutefois que Noire-Seigneur nous la laissera. Je crains que la lettre que je vous écrivis l'autre jour si empressement ne soit trouvée trop courte; c'est pourquoi je vous dis qu'en toutes les choses que je vous dis et écris ainsi par forme d'avis, que vous demeuriez en pleine liberté de faire toujours ce que selon Dieu il vous inspirera bon. Mais , voyez-vous, je vous dis ceci absolument, car je sais que quand l'âme est en crainte, elle ne peut suivre, si librement qu'il est requis, les lumières que Dieu lui donne. Enfin, rejetez beaucoup sur notre Sœur F.-Gabrielle ; soulagez-vous et ayez un esprit de sainte liberté.

J'ai parlé à Mgr l'archevêque. Il agréera l'entrée de celte femme; mais il faut pourtant attendre son retour, afin qu'il conduise cette affaire.

Envoyez-nous promptement la forme et les cérémonies de l'établissement à la profession, et les litanies du Saint-Esprit et du Saint-Sacrement; mais au plus tôt. Adieu, ma très-chère Sœur.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère ltosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

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