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LETTRE CCCXXXVI

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEUR!: A BOURGES

Avis pour les affaires temporelles. — Il faut attendre avec patience et charité l'amendement des âmes. — Les monastères doivent être bâtis simplement et solidement.

vive f jésus!

[Paris, 1621.]

Ma très-chère fille',

Je suis consolée des bonnes nouvelles que Mgr l'archevêque m'a dites de votre petite maison, de laquelle Dieu aura soin, si l'observance et la sainte paix y sont gardées. Je trouve que M. de Lissay sort tout à fait de l'assiette qu'il doit avoir envers votre maison. II doit donner deux mille écus à chacune de ses filles, et leurs meubles ; j'aurais peine à traiter avec lui autrement, vu qu'il n'a plus qu'un fils, que cela n'est pas ce qui appartient aux filles. II faut tenir un peu ferme et prier le Père recteur de le gagner par raison. N'avez- vous point quelques amis ou amies qui fassent pour vous entièrement en telle occasion? Dieu soit votre conseil en cela! Je crois que le bon Père recteur ne vous manquera jamais; l'avis de Mgr l'archevêque est très-bon en ce sujet; je loue Dieu des charités qu'il vous a faites.

Pour Dieu , ma très-chère fille, attendez l'amendement de ces bonnes Sœurs avec grande patience, et les supportez avec une extrême douceur. Traitez tout cordialement leurs cœurs, leur

faisant voir leurs défauts sans passion, sentiment ni sécheresse, mais en sorte qu'elles en demeurent encouragées pour se surmonter et tout amoureuses de voire douceur maternelle; car ce moyen est unique pour gagner les âmes, et, à nous, trèspropre.

Si la fondation de Dijon réussit, je voudrais bien y mener notre SœurN**"*; mais certes, je voudrais qu'elle devînt plus simple, moins soigneuse d'elle et plus soumise. Je n'ai pas encore vu leurs lettres; je leur écrirai quand je pourrai.

Véritablement, je suis encore étonnée comme vous vous êtes chargée de cette bonne dame; tandis que vous l'avez, on ne doit point lui épargner la charité, la douceur et le support; mais je crois que vous devez tâcher, avec l'avis du Père recteur, de vous en décharger. Dieu soit votre conseil en tout!

A ce que l'on me dit, vous bâtissez à grands frais et pompeusement, je veux dire à force pierres de taille; je crois qu'il serait bon d'aller solidement, mais simplement. Dieu fasse en tout sa sainte volonté! Ma très-chère fille , je suis... , et à toutes nos chères Sœurs.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitai ion d'Annecy.

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