‹ Lettres (volume 3)Chapitre 229 sur 351 · LETTRE CCCXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXXXVII

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE F AVRE

SUPÉRIEURE S MOXTFERR.iXD

Une jeune Supérieure vertueuse est préférable à une plus Agée ayant moins de vertu. — Les OEuvres de saint François de Sales doivent suffire pour la direction des Religieuses de la Visitation.

vive j- jésus!

[Paris], 7 juillet 1621.

11 est vrai, ma très-chère fille, que l'une des plus grandes peines que j'aie au monde , c'est la crainte d'une mauvaise Supérieure dans nos maisons; car je sais bien que le bonheur dépend de là. Néanmoins,. je n'ai pas condamné notre Sœur, parce que je ne sais pas [ce] qu'elle est. Maintenant je crois bien, ma très-chère fille, que c'est la bonne Sœur Compain1; mais je ne savais pas qu'elle fut avec vous. 0 Dieu ! que ce que vous m'en dites me contente! Et [je] crois véritablement que cela sera plus profitable à la maison que dix années de Religion avec moins de vertu. Il sera toutefois fort à propos qu'on le cèle; carie monde, qui ne regarde que l'écorce, pourrait en amoindrir l'estime, voire même les filles. Oh! mandez donc que l'on vous envoie une directrice, et puis dressez et conduisez cette bonne Sœur tout doucement à la charge de Supérieure. Dieu la bénira, sans doute, si elle est humble et qu'elle mette en sa bonté toute sa confiance, s'altachant fidèlement à l'observance de ses Règles; vous la pourrez aider jusqu'en l'automne, et peut-être [que] Notre-Seigneur n'a pas permis que notre Sœur Françoise-Jéronyme ait été employée à Montferrand, pour [qu'on puisse] s'en servir ailleurs; car, ainsi que nous peu-

1 Sœur Marie-Jacqueline Compain, professe de Lyon, gouverna les monastères de Montferrand, de Paray-le-Monial et plusieurs autres; elle décéda en celui de Lyon en 1670. C'était une âme humble, douce, et uniquement désireuse de plaire à Dieu.

sions, la fondation de Dijon, toute ruinée qu'elle paraissait, s'est remise sur pied. Je ne sais encore [ce] qu'il en sera; dans un mois nous le saurons, Dieu aidant; cependant, j'écrirai cette espérance à notre Sœur F.-Jéronyme, sans lui rien nommer; car Mgr de Lyon me l'a laissée pour en faire ce que nous jugerons le mieux, et qui soit à son contentement.

Nos Religieuses n'ont point tant besoin de secours spirituels de dehors [comme] plusieurs autres; car nous sommes tant pleines des instructions de Monseigneur, qu'il ne saurait quasi rien arriver qu'il ne s'en trouve la résolution dans les Entretiens. C'est notre grand bonheur de ne communiquer guère avec ceux [de] dehors, pourvu que, quatre ou cinq fois l'année, on puisse avoir des Pères Jésuites (car c'est le solide), ou quelque autre, c'est assez. Vivons de notre pain, c'est le meilleur pour nous. Nous sommes à Paris où tout abonde; nos filles ne demandent point à parler dehors, hors les confessions extraordinaires ; une seule, je pense, l'a fait une fois ou deux. Tout va bien et tranquillement, grâce à Dieu.

Vous faites fort bien de ne rien témoigner à vos voisins. Mgr de Lyon n'est pas ici; il trouvera tout bon. Dieu bénisse votre maison, que j'aime de tout mon cœur, et salue chèrement toutes vos Sœurs avec vous. Nos Sœurs d'ici vous saluent trèsaffectionnément, surtout la Sœur assistante.

Adieu, ma fille, je suis toute vôtre, vous le savez;

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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