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LETTRE CCCXXXIX

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE .} BOURGES

Recevoir les filles pauvres, pourvu qu'elles aient les vraies richesses du cœur et de l'esprit. — Ne rien permettre de beau dans les bâtiments du monastère, et ne pas faire des mortifications indiscrètes qui ruinent la santé. — L'humble soumission est la pierre de touche et le fin or de la perfection,

vive -|- jésus!

[Paris, 1621.]

Le Seigneur tout miséricordieux soit notre tout! Je vous écris comme il n'est nullement en notre pouvoir de retirer cette bonne dame céans. Vous savez que c'est aux Supérieurs à donner celte licence. Or, Mgr le cardinal de Retz n'est pas ici, et, s'il y eût été, il n'eût nullement agréé celte retraite; les conséquences sont trop grandes ici. Nous aurons souvenance de votre bonne mère [bienfaitrice], quand nous serons à Annecy, et tout ce qui se pourra pour sa consolation, nous le ferons, vous n'en devez douter.

Dieu soit béni de l'accroissement de voire nombre; croyezmoi, que, s'il se présente quelque digne fille pour noire vocation, il ne la faut pas refuser pour manque d'argent. Ce serait une très-pernicieuse maxime de quitter les pauvres qui seraient propres, pour prendre les riches qui le seraient moins; Dieu ne bénirait point votre maison. Si ces braves prétendantes ont le courage d'attendre mon passage vers vous, nous essayerons de gagner les Supérieurs. Ma fille, il faut être plus ferme pour le spirituel que pour le temporel, quoi que le monde sache dire. Jamais Notre-Seigneur [ne laissera] en défaut ceux qui cherchent premièrement le royaume de Dieu , qui sont les richesses spirituelles.

Non, ma chère iille, ne permettez rien de superbe ni d'inutile à votre bâtiment; ains soit solide, de bons matériaux, mais simple, sans faste, comme ceux des Pères Capucins.

Il faut prier votre mère ' de vous servir à votre gré, selon vos commodités, et non selon la vanité, que vous n'avez pas de quoi satisfaire, comme il est vrai. Nous avons rendu à Mgr de Bourges les treize cent soixante dix-sept francs. Envoyez-nous une quittance de tout l'argent que nous avons reçu, que nous vous avons fait tenir, et nous vous porterons tous les papiers que nous avons de vous.

L'on m'a dit que vous êtes toujours fort faible, que vous prenez trop sur vous et mangez trop peu. Pour Dieu, ne suivez point vos inclinations en cela; sous le prétexte de la vertu, nous faisons souvent notre propre volonté. L'humble soumission est la pierre de louche et le fin or de la perfection. Soumettez-vous donc sans regarder à qui, ni que c'est que l'on vous présente ou ordonne pour votre soulagement, et ne vous le faites plus dire, ma très-chère fille.

Dieu vous bénisse et votre chère troupe. Amen.

Conforme à une copie Faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitatiou d'Annecy.

LETTRE CCCXL (Inédité)

A LA SOEUR MARIE-AIMÊË DE BLONAY

ASSISTâNTB-COMUSB A LYO\'

Il faut marcher avec la pointe de l'esprit et ne s'attacher qu'à Dieu seul. — C'est dans la solitude et la prière que l'anie trouve sa force. — La mortification est la vraie préparation à l'oraison. — La Sainte pense quitter Paris au mois d'octobre.

VIVE f JÉSUS !

[Paris], 13 juillet [1621J.

Ma très-chère pille,

Ne vous étonnez point, je vous supplie, de ces refroidissements de votre cœur. Je vous l'ai toujours dit : marchez avec la

1 Madame de Jars, bienfaitrice temporelle.

pointe de l'esprit, et faites plus d'état de ne vouloir aucune perfeclion que celle que Dieu voudra, que de toutes les excellentes perfections que l'on peut avoir en cette vie. Ne vous attachez à rien qu'à Dieu seul, et conduisez vos filles en ce chemin. Quand donc elles auront trouvé Notre -Seigneur au premier point de l'exercice de la messe ou en un autre, qu'elles ne passent point outre ; une seule chose est nécessaire, qui est d'avoir Dieu ; quand nous l'avons donc, n'est-ce pas le quitter que d'aller chercher un chemin pour le trouver? Oh ! véritablement, je désire grandement que nos Sœurs aiment la solitude et l'oraison ; c'est où l'âme prend sa force. Que serait-ce de notre vie, si nous ne trouvions cette manne, qui est cachée en la sainte oraison ? 0 ma fille, donnez-leur un grand courage pour cela, mais que la mortification surnage en tout, car c'est la vraie préparation de la sainte oraison. Il me semble que partout nos Sœurs aiment la retraite, au moins ici elles en sont amies.

Nousavonsreçu la lettre pour recevoir l'argent. Nous allons, si Dieu plaît, cette semaine en notre maison ; nous espérons toujours, Dieu aidant, de partir d'ici au commencement d'octobre. Or sus, je salue toutes nos très-chères Sœurs et le bon Père spirituel. Mais, mon Dieu, faites-vous bien toujours mes recommandations à votre ancien Père, M. de Saint-Nizier? Voyezvous, ma fille, je ne saurais jamais m'oublier de ce personnage, ni des obligations que nous lui avons. Pour Dieu, soyez-en toujours grandement reconnaissante, l'honorant cordialement et avec grande confiance. Au reste, toutes les fois que vous le verrez, saluez-le toujours de ma part, encore que peut-être quelquefois je ne le nommerai pas ; assurez-le que mon âme chérit et vénère la sienne saintement et cordialement, et que je ne cesserai jamais de prier pour son bonheur, lui souhaitant le comble de toute bénédiction ; mais ressouvenez-le aussi qu'il m'a promis de prier pour moi, je m'y confie.

Adieu et bonjour, ma fille. Je vous en prie, virons toutes à Dieu. Oh! qu'heureuse estl'àme qui ne vit que de la seule volonté de son Dieu ! Tenez le cœur de vos filles fort haut, tout abandonné à cette divine volonté ; priez pour nous, afin que nous glorifiions Dieu bien réellement. Amen. Il soit béni.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Dôle.

LETTRE CCCXLI (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A MONTFERR.WD

Les Sœurs de Paris fout des instances pour garder leur B. Fondatrice pendant I'hivei*. — Le monastère est transféré proche la rue Saint-Antoine. — Espéranced'obtenir les permissions requises pour la récitation du petit Office. — Mgr de Bourges quitte son archevêché.

vive -j- jésus!

[Paris], 1 août [1621], Ma TRÈS-CHÈRE FILLE,

Il y a déjà longtemps que je n'ai reçu de vos nouvelles; que faites-vous ? et votre nouvelle directrice se rendra-t-elle capable de la charge à laquelle on la destine? Nous voici dans notre nouvelle maison avec un applaudissement général de tout notre voisinage ; toutes nos affaires seront faites , et assez bien, grâce à Dieu. Je ne me tiens pas encore assurée si nous nous en irons au mois d'octobre, parce que lundi il ira deux hommes à Nessy chargés de lettres et de persuasions pour m'arreter l'hiver ici ; je n'en vois point de nécessité, ni grande ni utile, mais c'est l'opinion du monde. Je laisse tout entre les mains de Dieu, désireuse, par sa grâce, que sa seule très-sainte volonté soit faite. En quelque saison que ce soit, j'espère, Dieu aidant , que nous retournerons ensemble pour la fondation de Turin ou Chambéry ; nous emporterons la licence de Mgr de Grenoble pour cela, Hélas! qu'on dise même que je n'ai point de lettre de Monseigneur ; il est toujours tout accablé, ce dit-on; il se

porte très-bien, grâce à Dieu, et Mgr de Chalcédoine, lequel toutefois a été malade.

Nous sommes logées au Petit-Bourbon, en la rue des Célestins, proche la rue Saint-Antoine. M. Michel est de retour'de Rome, mais l'expédition du petit Office est demeurée, mais avec bonne espérance de l'obtenir.

Je crois que Mgr de Bourges quitte son archevêché ; pensez quelle épreuve pour nos pauvres Sœurs ! Ma fille avait eu un fils qui est mort après être baptisé. Le fils, le beau-fils et le neveu sont à cette guerre, priez pour eux. Adieu, ma toute très-chère fille; je salue chèrement toutes vos filles. Dieu soit béni. Tout va bien ici.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Cliambéry.

LETTRE CCCXLII

A SAINT FRANÇOIS DE SALES

Prière de consoler Mgr de Bourges, obligé de se démettre de son archevêché.

VIVE 7 JÉSUS

[Paris, août 1621.]

Mon très-unique Père,

Priez bien Dieu pour Mgr de Bourges, et faites prier nos Sœurs. Je crois que cet orage se convertira à la gloire de Dieu ; cela n'est rien en comparaison de la Passion de Notre-Seigneur1. Je supplie la divine Majesté de lui donner tout ce qui

! L'archevêque de Bourges ayant surpris, de concert avec d'autres seigneurs, d'ambitieux complots tramés par Condé, gouverneur du Berry, celuici fut arrêté en septembre 1616. Rentré en grâce après plusieurs années de détention, le prince fit peser son ressentiment sur ses dénonciateurs, et obligea Mgr Frémyot à résigner son archevêché, en compensation duquel on lui assigna les abbayes de Ferrières et deBreteuil, ainsi que le prieuré de Nogenl-le-Rotrou.

sera à sa gloire, à laquelle j'ai consacré lout moi-même. Son médecin demeura mort quand on lui vint dire ce changement qu'on avait fait de l'archevêché de Mgr de Bourges avec M. N... Il ne se peut dire l'affection que tous ceux de Bourges portent à notre bon archevêque qui a ressenti ce coup, mais dans sa bonté ordinaire. Vous le connaissez; croyez que cela fera bien du tort aux pauvres, et à beaucoup de maisons religieuses où il faisait de grandes charités. Nos Sœurs en avaient leur bonne part, car il les aime fort et leur faisait beaucoup de bien. Si vous pouvez lui écrire un mot sur ce sujet, cela le consolera tout à fait. Le doux Jésus remplisse notre cœur de l'amour très-pur du sien, et nous fasse éternellement reposer en lui. Amen.

LETTRE CCCXLIII

A LA MÈRE ANi\'E-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

La Providence ne veut pas que nous ayons ici-bas autre appui que sa seule bonté. — II faut se réjouir d'être sans secours humain et jeter toute sa confiance en l'amour paternel de notre bon Dieu.

vive -{• JÉSUS !

[Paris], août 1621.

Hélas ! ma très-chère fille, que je ressens la douleur que vous et vos chères Sœurs reçoivent du départ de notre trèscher archevêque. Mais quoi ! la très-sainte Providence en dispose ainsi, et ne veut pas que nous ayons en terre autre appui que sa seule bonté; bénie soit-elle ! 0 mon Dieu! ma très-chère fille, que je désire grandement que toute votre petite famille se réjouisse saintement d'être sans secours humain , et qu'elle jette toute sa confiance en l'amoureuse Providence de ce Père éternel qui est notre attente, et qui ne nous manquera point, si nous nous reposons et contentons de son soin paternel. Oh! de-

meurez donc toutes en paix, et contentes de tout ce qui plaît et

plaira à jamais à ce divin Sauveur de nos âmes.

Je vous salue toutes très-chèrement , étant vôtre en la façon queDieu veut et fait; sa bonté soit à jamais bénie ! Le messager vous porte des lettres. Bonjour, ma très-chère Sœur, portezvous bien.

Vous aurez un très-homme de bien pour archevêque l et qui est de nos amis. Je lui ferai parler.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXLIV

A SAINT FRANÇOIS DE SALES

Nouvelles du monastère. — Elle lui expose les raisons qui la pressent de quitter Paris avant l'hiver, et abandonne à la Providence le désir de conférer de son intérieur.

VIVE f JÉSUS !

[Paris, août 1621.]

Seigneur Dieu ! mon unique Père, qu'il y a longtemps que je n'ai reçu de vos nouvelles! Est-ce pour me mortifier? Oh ! mais je me contente de tout ce qui vous plaît, car vous êtes mouvrai et très-cher Père.

Enfin, nous voici dans notre nouveau ménage avec un applaudissement et contentement de tout le quartier, grâce à Dieu; mais croyez que ce changement de lieu n'a pas été sans d'extrêmes difficultés de la part que nous n'en attendions nullement. Trois ou quatre heures avant de partir nous ne savions où nous étions, quoique Notre-Seigneur me donnât toujours confiance que tout s'apaiserait, comme il arriva par sa grâce;

1 Roland Hébert, du diocèse de Beauvais,fut successivement docteur de Sorbonne, curé de Saint-Côme, à Paris, pénitencier, chanoine de Noire- Dame; puis, le 16 mai 1622, sacré archevêque de Bourges; il décéda en cette ville le 21 juin 1638, en odeur de sainteté.

par toutes ces passions n'avaient point de fondement. Messieurs les grands vicaires ne nous connaissaient pas, et il fallut montrer notre établissement et le pouvoir de M. le curé de Saint- Jacques, que, par bonne fortune, nous avions par écrit et en bonne forme; car ici, il faut faire ses affaires d'une autre façon qu'ailleurs. Véritablement, je n'avais jamais trouvé un tel monde. Grâce à Notre-Seigneur et à sa très-sainte Mère, nous voici en paix avec tous; notre maison payée et accommodée, et toutes nos affaires heureusement faites.

Dans quinze jours j'espère remettre le gouvernement à l'assistante ', afin de la voir un peu cheminer. Certes, la gloire en soit à Dieu, cette maison va bien pour le spirituel et le temporel; elle est aimée grandement et estimée. On parle un peu de notre départ, mais l'espérance d'un prompt retour accoise ce murmure. Toutefois, madame la marquise de N*** dit que si je pouvais demeurer l'hiver qu'il serait encore mieux. Quand je lui eus dit mes petites raisons, que je pensais qu'il pouvait être nécessaire pour le bien de l'Institut que je fusse quelque temps anprès de vous ; que toutes nos maisons désiraient ardemment notre retour, croyant en recevoir quelque utilité; qu'il y avait quelque apparence d'un plus grand profit qu'ici, où demeurait une Supérieure plus capable et vertueuse que moi; qu'il y avait quelque fondation à faire, elle me dit : « Voilà des raisons qui sont meilleures que les miennes, qui ne sont fondées que sur la prudence, et la chose mérite bien que Monseigneur de Genève la considère; mandez-le lui 2. »

1 Sœur Anne-Catherine de Beaumont.

2 La Sainte ne quitta point Paris sans difficultés ; grand nombre de personnes, de marque voulaient la retenir, et ses filles ne la voyaient partir qu'avec un extrême regret. Sœur Anne-Catherine de Beaumont se fit leur interprète auprès de saint François de Sales, le suppliant de permettre une prolongation de séjour que l'on désirait si vivement. LeB. Fondateur lui fit cette gracieuse réponse : « Ah! si Dieu avait disposé que nous fussions

Je le lui promis et le fais simplement, mon unique Père, quoique j'y aie une grande répugnance, qui n'était toutefois qu'en la partie inférieure; car, par la grâce de Dieu, je veux, ce me semble, et d'une volonté très-absolue, que ce qui est la plus grande gloire de Notre-Seigneur se fasse, et ne me sens aucune répugnance en la raison pour cela. Que si je sentais que Dieu me voulût davantage ici, je le dirais tout franchement; mais, véritablement, quand les raisons me sont présentées en l'entendement, d'une part et d'autre, je ne me sens inclinée à rien qu'à ce que Dieu désirera et à ce que vous me commanderez; de sorte que, par sa grâce, me voici prête à tout ce qu'il vous plaira. J'ai seulement à vous proposer simplement que je ne pense pas qu'il faille faire grande difficulté de voyager en hiver, parce que nous nous arrêterons souvent, et qu'il sera utile que nous séjournions deux ou trois semaines à Bourges, à Nevers et à Moulins, surtout dans ces derniers lieux. Peut-être est-ce présomption de penser pouvoir les servir? Vous êtes mon Père et mon juge, et, par la grâce de Dieu, vous pouvez faire tout ce qu'il vous plaira; vous me commanderez, s'il vous plaît.

Que bienheureux sont ces deux bons Israélites de voir mon seul, unique, vrai et cher Père ! Certes, si je suis ici retardée, j'y demeurerai avec d'autant meilleure affection que je ferai un grand sacrifice à Dieu, et plus que vous ne sauriez penser; car il me semble que, si nous mourions l'un ou l'autre sans que je me confesse encore une fois à vous, je serais au hasard de beaucoup de scrupules et d'inquiétudes. Mais j'ai déjà dit à

» toujours ensemble, que ce serait une chose suave! mais quel moyen? nos » montagnes gâteraient Paris et empêcheraient le cours de la Seine si elles » y étaient, et Paris affamerait nos l'allées, s'il était parmi nos montagnes. » Un jour, ou plutôt en la sainte éternité où nous aspirons, nous serons » toujours présents les uns aux autres, si nous vivons en ce lieu de passage u suivant la volonté de Dieu. » (Histoire inédite de la fondation du premier monastère de la Visitation de Paris.)

Notre-Seigneur tout tranquillement, que, pour obéir à sa sainte volonté, je ne voulais avoir égard à chose quelconque qui me regarde, et me confie en sa miséricorde qu'il me fera la grâce de faire encore une bonne revue devant vous. Ce n'est pas que j'aie rien d'importance depuis que vous êtes absent .d'ici, et ne sais si ce n'est point une tentation; vous pouvez le juger, car je n'ai rien de nouveau, sinon pour ce qui regarde ma charge, en laquelle je crois que je fais beaucoup de fautes par imprudence et faute de charité, de zèle, de soin et de bon exemple; et, cependant, je ne me confesse et je ne pense à m'amender que des fautes particulières que je connais. Cela, toutefois, ne me met point en peine; mais j'espère un jour de bien regarder tout cela avec vous, et de me tenir cependant en paix.

Vous n'avez point de nouvelles à m'écrire, dites-vous? Eh! n'avez-vous point quelques mots à tirer de votre cœur? car il y a si longtemps que vous ne m'en avez rien dit. Bon Jésus ! quelle consolation d'en parler un jour cœur à cœur ! Ce divin Sauveur m'en fasse la grâce, et cependant, mon unique Père, qu'il vous rende plus purement et simplement tout sien!

Votre très-humble, etc.

LETTRE CCCXLV

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉGHARD

SUPÉRIEURE A MOl'LIXS

Affaires temporelles.

vive -{- jésus!

[Paris], 18 août 1621.

Ma très-chère Soeur ,

On a envoyé votre arrêt à la cour pour le faire sceller, car 11 le garde des sceaux n'est pas ici; quand nous l'aurons, nous le ferons vérifier à la Chambre des comptes, Dieu aidant.

Nous sommes engagées de parole, ici, quand votre affaire sera toute faite, à une orpheline de père qui a été ruiné; [ce sont] des gens honnêtes, et la fdle est digne de cette charité; c'est pourquoi je ne vois point de moyen de contenter notre bonne Sœur J. -Marie; j'en suis marrie, mais quel moyen de se dédire? Au reste, je vous confesse simplement ma faute; je ne sais ce que j'ai fait de votre quittance; renvoyez-m'en une autre et des amples mémoires de tout ce que vous désirez de cette bonne dame, de laquelle pourtant je ne promets rien, sinon qu'elle n'aura pas de votre argent davantage, qu'elle ne donne quittance. Dernièrement, je lui envoyai ce que nous lui donnons et vos cinq cents livres; elle les prit et puis n'envoya pas les quittances, mais manda qu'elle les enverrait quand elle les aurait fait dresser par son conseil ; il y a tantôt un mois, il ne s'en parle plus. J'attends le Révérend Père Binet pour savoir comme nous nous y gouvernerons. Que nous serons heureuses quand nous aurons achevé avec elle! Elle nous a dit adieu pour jamais; faites prier pour elle et n'en parlez qu'avec honneur et témoignages d'obligations.

Mgr de Lyon est du côté de la cour ; mais je ne sais où; quand il sera de retour, je lui parlerai de vos affaires. Il ne tiendra qu'à vous et à notre Sœur M. -Aimée [de Morville] qu'elle ne fasse la sainte profession; je crois qu'elle ne doit pas différer, ni attendre ses parents, sinon après la paix.

Je retiendrai les cinq cents [écus] jusqu'à ce que je sache que vous ayez touché les quatre mille. Tenez main , je vous prie , ma chère Sœur, afin d'achever pour finir l'affaire de notre Sœur M. -Marguerite ; cette longueur ennuie. Ce serait une pernicieuse disposition à notre Sœur M. -Aimée si elle était de cette volonté de vouloir remuer quelque chose pour troubler les maisons, si elle en avait le pouvoir; mon Dieu! serait-il bien possible qu'elle tînt encore de cet esprit-là? Or bien, remarquez ce que vous êtes obligée de faire dans ce contrat qui est

de la dédommager de treize mille francs vers notre maison de Nevers; pour moi, je cède au conseil, comme il est très-raison^ nable de le faire ; mais je pense que si toutes choses se fussent dites naïvement comme elles se sont passées , il eût été mieux. Or bien, j'espère que la divine Providence aura soin du repos de l'une et l'autre maison; il faut suivre le conseil que vous avez et demeurer en paix. Je n'ai loisir d'écrire à notre Sœur J. -M., ni à notre Sœur F.-Jéronyme, qu'elle demeure en paix ; nous la consolerons, Dieu aidant, à notre passage,

Bonjour, il faut finir. Hélas ! que de tracas en cette misérable vie, ma très-chère fille ! Aspirons de tout notre cœur à l'éteiv nelle, y conduisant suavement les chères âmes que Dieu nous a commises pour cela.

Il est vrai, je fus touchée du changement de Mgr de Bourges, et pour nos pauvres Sœurs surtout ; mais quoiqu'en tout, sans réserve, fuit voluntas tua! Amen. Ma très-chère bonne Sœur, vous savez bien que je suis toute vôtre et à votre chère troupe, et au bon M. de Palierne.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXLVI

A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET

SUPÉRIEURE A BOURGES

Dans les affaires importantes, prendre l'avis de la communauté. — Comment diriger une âme qui se croit dans les voies extraordinaires.

VIVE -J- JÉSUS.'

[Paris, 1621].

Ma très-chère Soeur , Je vous écrivis par M. de Saint-Satur ', un mot de conso-

1 Claude de Toulonjon, beau-frère de Françoise de Chantai, était à la fois abbé cornmendataire de Saint-Satur, au diocèse de Bourges, et prieur de Mesvre, au diocèse d'Autun.

lation sur le départ de Mgr l'archevêque [de Bourges). Il faut s'accommoder à tout ce que Nofre-Seigneur veut, et mettre toujours davantage notre confiance en Lui seul.

Si vous n'aviez retiré cette bonne dame avec bon conseil, véritablement, je vous dirais que vous ne le deviez pas faire; mais marchant avec le conseil du Père recteur, de M. Perrote, et tant d'autres personnes d'honneur, Ton ne peut faillir, et notre Sœur N*** aurait tort de s'en mettre en peine, sachant cela, et encore plus de dire devant les Sœurs que vous faites tout de votre tête; car, quand cela serait, ce n'est pas à la communauté à qui il le faudrait dire. En ces occasions si importantes, il faut consulter les Sœurs, et ne faire rien contre leur consentement; que si elles résistaient mal à propos, il les faudrait faire rendre capables par ceux mêmes qui vous conseillent, et cela tout doucement sans montrer aucune division d'opinion; et enfin elles doivent céder.

Pour cette fille de Vendôme, il faut que le temps et les épreuves vous donnent une véritable connaissance de son esprit; car souvent il y a beaucoup de tromperies parmi tant d'excellences. Au reste, si ces attraits sont de Dieu, l'exercice corporel ni la pratique et commerce nécessaire parmi les personnes ne lui nuiront pas; au contraire, ce sera un bon moyen pour connaître si son esprit est bon. Conseillez-vous au Révérend Père recteur; mais, selon mon sentiment, je la mettrais tourière, et si elle ne s'y veut accommoder, à cause de son grand recueillement, je craindrais aussi qu'à la fin elle ne pût, pour cette même raison, travailler à la cuisine ni ailleurs. Enfin, l'esprit de Dieu ne dépend point des retraites; au contraire, il fortifie et perfectionne tout. Qui a jamais été plus au monde et parmi des affaires continuelles et de mille sortes que feue madame Acarie? et pour cela perdait-elle son recueillement? folie que toutes ces délicatesses d'esprit !

Je salue très-humblement madame la comtesse de Fiesque;

assurez-la que je suis sa très-humble servante : c'est une vraie vertu. Je salue toutes nos Sœurs. Adieu, ma très-chère Sœur.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Hosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

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