LETTRE CCCXLVII
A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX
SUPÉRIEURE A XEVERS.
La Supérieure doit traiter ses Sœurs avec respect, comme des épouses du divin Sauveur, et imiter, pour la correction, les gouverneurs des enfanfs des rois. — Commeut conduire les âmes attirées au recueillement. — Conseil pour l'amendement d'une novice.
Vive f jesus !
[Paris, 1621.]
[Plusieurs lignes indéchiffrables \. Je vous en supplie, ma très-chère fille, et de bien caresser la très-bonne madame N*** qui vous porte cette lettre. C'est une femme de grande qualité, pleine de bons désirs et qui nous aime grandement.
Venons à vous-même: votre compte me plaît assez, surtout en ce que vous tenez votre àme paisible, et que vous remettez à faire la correction que vous n'ayez plus de sentiment. Vous consolez les Sœurs par votre confiance, familiarité, souplesse. Or, voyez-vous, ma très-chère fille, il faut absolument et de toute nécessité traiter nos Sœurs, non comme nos inférieures, mais comme les épouses et filles du souverain Roi; et, pour cela, il nous faut imiter les gouverneurs des enfants des rois: ils gouvernent ces petits avec un singulier respect; et, quand ils les corrigent et fouettent, ils font cette action avec une si grande humilité et tant de douces remontrances si pleines de respect et de raison, que les petits [princes] ne sauraient s'en fâcher, et sont contraints d'avouer qu'ils sont grandement obligés et rede-
vables à leur amitié et à leur soin. Faisons ainsi, ma fille, si nous voulons que nos corrections et mortifications nous profitent. Or, jamais il n'en faut faire qu'on ne voie probablement l'espérance qu'elle sera bien reçue. Je tous prie, rendez-vous aussi affable et suave envers les séculiers, quoique courte, avec discrétion. Loué soit Dieu puisque tout va en s'amendant.
Si c'est par un vrai recueillement qu'on est abstrait, je ne voudrais nullement conseiller de le divertir, ni n'en faut point faire la guerre; mais je trouve bien bon de donner à telles filles (quand elles sont fortifiées en leur recueillement) quelque cbarge, afin de rendre leur retraite intérieure plus solide. Je ne voudrais point souffrir d'affectation ni de mystère et trop de contrainte, mais je voudrais corriger cela doucement.
Voilà un joli nombre, Dieu soit béni. Ce que vous me marquez de la compagne de notre Sœur A.-B. ne sont pas des choses de grande importance ; néanmoins, je trouverais à propos de lui dire que la Congrégation désire qu'elle s'amende de cela, et qu'on l'en avertît maternellement, afin qu'elle se fasse force avant le bout de son noviciat. Mais si elle témoigne une bonne volonté de s'amender, je ne voudrais point la renvoyer pour cela, ayant tant de bonnes qualités en son esprit. Qui est cette Sœur Anne-Bénigne l ?
Payez-vous le principal des trois mille livres? mon Dieu, que j'en serais aise. N'appréhendez point la nécessité, Dieu vous assistera. Avertissez les Sœurs de Moulins j elles vous donneront quelque adresse pour recevoir votre argent. Mandez-moi si vous croyez que notre Sœur H. -AI. puisse profiter avec vous. Oui, nous en ramènerons à Aloulins, mais il n'en faut rien dire. J'ai été assez malade, je me porte bien maintenant, mais
1 Amie-Bénigne Joquet. Cette novice, en faisant profession et en prononçant à haute voix les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'ohéissance, en fit un quatrième dans son cœur, celui de s'humilier en toutes choses. [Année sainte, volume XII).
notre chère Sœur l'assistante est toujours fort mal dès trois semaines et demie.
Priez, et faites fort prier, je vous prie. Je salue toutes nos Sœurs et M. Piochon. Adieu, mon enfant, Vous savez ce que je vous suis. Dieu soit béni.
Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.
LETTRE CCCXLVIIÏ
A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD
Charité et humilité euvers la communauté de Moulins. — 11 n'est pas permis aux Sœurs de demander à changer de monastère.
' VIVE f JÉSUS !
[Paris], 25 septembre 1621.
Ml TRÈS-CHÈRE SOEUR,
Le désir que vous me témoignez que je vous réponde promptement, me fait employer cette occasion par laquelle j'ai peu de loisir, et aussi ai-je peu à vous dire, sinon confesser mou imperfection qui me donne sujet de vous demander pardon. Je suis fort obligée à nos chères Sœurs, et certes, je n'ai jamais douté de leur affection à laquelle j'ai une très-entière confiance; mais je voudrais bien que ce n'eût point été pour mon respect qu'elles consentissent qu'en cette occasion la justice ne leur soit point rendue; car, si la justice était de leur côté, elles eussent fait un bon sacrifice à Dieu de la quitter, ou pour mieux dire, de la convertir en la douceur de la charité pour la charité même. Or bien, je crois que Notre-Seigneur bénira la douceur de leur consentement.
Je laisse entièrement à votre prudence et jugement l'élection des officières avec l'avis de vos conseillères; car vous connaissez mieux les filles que je ne puis faire. De même, devez-
vous disposer de notre Sœur M. -Marguerite d'Epineul, de l'exemple de laquelle les autres doivent savoir qu'il n'est pas licite aux filles de demander à changer, ni expédient aux monastères de leur concéder, cela tirerait à trop grande conséquence; mais les Supérieurs doivent seuls juger et disposer de tel changement, selon qu'ils voient être à propos. Sur l'occasion de la fondation de Riom, vous pouvez juger si elle fera mieux avec Vous, qu'avec celle qui sera élue.
Je crois qu'il faut plutôt [se] contenter de douze cents écus pour mademoiselle D**#, que d'en espérer deux mille par procès. Dieu nous garde de telle voie 1
Vous avez bien fait de ne [pas] laisser entrer ces dames; elles n'auront pas plus de crédit ailleurs, si les prélats ne commandent qu'après nous avoir ouïes. Bonjour , ma très-chère, nous allons vêtir une fille, notre parente. Dieu soit béni. Je suis entièrement vôtre.
[P. S.] Notre Sœur Louise-Antoinette me dit que le Père Suffren lui a conseillé de m'écrire qu'elle était travaillée d'une pensée qu'elle a besoin de changer d'air pour sa santé ; ne voilà-t-il pas une misère ?
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CCCXLIX
A SAINT FRANÇOIS DE SALES
Désir de remettre le gouvernement de la maison de Paris à la Sœur de Beaumont. — Préparatifs pour la fondation de Dijon où la Mère Favre est proposée comme Supérieure. — Troubles dans Paris. — Pieuse mort du comte de Fiesque.
VIVE -J- JÉSUS
[Paris], 28 septembre 1621.
J'attendais nos pèlerins pour vous écrire ; mais , mon trèscher Père, ils sont trop longs à retourner, et je crains que
vous ne soyez en peine de nous, qui, grâce à Dieu, nous portons toujours mieux , au moins moi, à qui il ne reste qu'un peu de faiblesse de vue et de pâle figure; de sorte, mon très-cher Père, que vous me verrez avec des besicles , quoique je n'en aie besoin que la nuit. Le bon Père Binet m'a donné les siennes. Il est tout joyeux de m'en voir servir ; cela m'avertit qu'il faut que je me hâte d'observer ma chère Règle pour en avoir la perfection, qui est la seule que je désire.
Notre pauvre Sœur l'assistante retomba en fièvre double tierce continue : elle nous fit peur un soir. Je pense que ce fut pour me faire faire la parfaite résignation; ce que je fis, par la grâce de Dieu, fort tranquillement, étant prête d'acquiescer à tout ce bon plaisir divin. Maintenant, elle est tout à fait hors de fièvre et d'accès, et se remet doucement ; mais il lui faudra bien le mois qui vient avant qu'elle soit comme il faut pour prendre la charge que je lui remettrai, s'il plaît à Dieu, afin de la voir cheminer, et me reposer aussi pour être plus forte au voyage, et à ce qu'il vous plaira me commander, mon très- cher Père.
Madame de Boissieux vous aura, dit-on, écrit la disposition pour l'établissement de Dijon, dont ces bonnes âmes qui sont là se tiennent si assurées qu'elles préparent une maison et ce qui est requis pour recevoir les Religieuses. La bonne madame la duchesse de Bellegarde voudrait nous loger avec elle, et, pour cela, souhaite que M. son mari ne soit pas à Dijon quand les Religieuses y arriveront. Enfin, elle témoigne une grande affection et désir que j'y aille pour le commencement ; ce que je vous dis simplement, mon très-cher Père, afin que vous m'ordonniez ce qu'il vous plaira. Je crois que la grande fille sera fort propre là, attendant que Notre-Seigneur l'emploie ailleurs. Il lui faut seulement une bonne seconde. Il lui faut pour le moins cinq filles ; vous y penserez à loisir, mon trèscher Père. Nous aviserons avec vous comment on les fera venir
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pour nous rencontrer toutes ensemble, si vous commandez que j'y aille. Certes, si vous y employez notre Sœur de Montferrand, j'y servirai de peu, si ce n'est un peu à elle.
Tout va de bien en mieux en nos maisons de deçà, grâce à Dieu ; elles se promettent merveille de notre passage. Dieu me rende digne et propre à les servir selon sa sainte volonté ! J'en ai un grand désir.
Notre cbère fille, madame de Port-Royal1, a été vivement combattue par M. Duval et M. le curé de Saint-Merry, mais non pas vaincue. Us devaient aujourd'hui venir ici pour m'en parler. Us sont toujours sur cette assemblée; j'ai bien envie que le Révérend Père Binet la voie. Je crois qu'elle le mettra de son côté, et si cela est, avec ce qu'elle a déjà, la bonne Mère sera vaincue. Il devait aujourd'hui venir ici pour m'en parler, mais il est retenu par cette dangereuse et chaude émotion qui est parmi le menu peuple de cette ville , qui tuait hier à tort et à travers ce qui lui résistait. La mort de M. du Maine 2 les a tellement animés contre les huguenots, que messieurs de la ville ont grand'peine d'en empêcher le massacre. Vous savez qu'en telles occasions le bon pàtit souvent pour le mauvais. Hier, ils brûlèrent le temple de Charenton et plusieurs maisons ; les écoliers s'en mêlent. Enfin, tous les gens de bien sont en grande peine. Dieu, par sa bonté, y mette sa bonne main ! J'espère, avec sa grâce, que le plus fort est fait; il y a longtemps que cela se couve. Si le Roi entre daus Montfaucou, comme on l'espère, dans la fin de ce mois, cela amortira tout ; c'est pitié que telle affaire !
Hélas! mais mon très-cher Père, notre pauvre M. de Saint-
1 La Mère Angélique Arnauld pensait alors à résigner son titre d'abbesse pour entrera la Visitation.
2 Le duc de Mayenne, iils du cbef de la Ligue, qui fut tué au siège de Montauban. Son nom était chéri du peuple; à la nouvelle de sa mort, l'émeute gronda dans Paris.
Jacques mourut mardi; certes, cela nous a bien touchées. Dieu nous veuille bien pourvoir ! M. Le Blanc, l'un des grandsvicaires, est un fort bon homme et qui témoigne de l'affection ; peut-être le demanderons-nous.
Le pauvre M. le comte de Fiesque a été tué ; il est mort comme un saint, et madame de Guise me disait l'autre jour que M. son mari lui avait écrit qu'après qu'il fut passé, chacun s'efforçait de lui baiser les pieds, les mains, lui couper sa chemise et avoir quelque chose qui eût touché son corps. Voilà comme Notre-Seigneur honore les bons. Peu de jours avant sa mort, sa chère veuve m'avait écrit et conjurée de la remettre entre les mains de Dieu et tout ce qui lui appartenait, pour en disposer selon sa sainte volonté, Dieu la disposant ainsi doucement par cette détermination ; on l'attend ici. Cette pauvre veuve a un désir si extrême de se remettre entièrement à votre conduite qu'il ne se peut dire. Je verrai si elle pourra se déclarer par lettres et par mon entremise , car elle m'a grande confiance. Elle croit qu'il n'y a personne pour sa conduite que notre esprit; c'est une âme digne d'être servie.
Je reçus l'autre jour votre chère lettre, mon très-cher Père, que vous m'écrivîtes par la voie de M. de Ballon ; de toutes saisons, elles me sont extrêmement bonnes. Ce petit mot de votre cœur a grandement consolé celui-ci. Oh ! combien je le relus !
Loué soit notre grand Dieu qui nous rendra toujours plus parfaitement siens ! Et béni soit-il aussi pour la continuation du petit Office, comme il est marqué au Directoire. Je crois qu'il ne faudra rien changer, que nous ne soyons auprès de vous , mon très-cher Père ; car, puisque les évêques ont ce pouvoir de dresser les Offices, pourquoi ne conserverions-nous [pas] le nôtre? J'espère, mon vrai Père, que Notre-Seigneur confirmera tellement ce pauvre petit Institut, et rendra les filles si exactes à l'observance, que jamais rien ne s'y ébranlera ni
changera; c'est foule mon ambition et mon désir, et ne saurais recommander que cela.
La chère petite commère n'est pas ici; la plupart sont aux champs. Notre madame de Ville-Savin est toujours meilleure et incomparable en son amour; elle parle de vous avec une suavité toute sucrée, et vous salue très-chèrement.
La petite Sœur de Villeneuve ' se porte mieux. Mon Dieu, que ce sont des esprits bien faits que ces deux Sœurs ! Cela est si parfaitement à nous que rien plus.
Voilà la pauvre Sœur assistante qui vous écrit, je ne sais pas quoi, c'a été à mon insu ; j'eusse fait difficulté de lui permettre encore. C'est une âme toute vertueuse, une règle vivante ; certes, voici de bonnes âmes. '
Mon Père, je salue très-chèrement Mgr de Chalcédoine, messieurs nos très-chers frères deThorens2 et le chevalier 3, nos Sœurs bien-aimées, mesdames de la Fléchère, Channoisy et la présidente [Favre de la Valbonne] et les autres amies, s'il vous plaît, mon très-cher Père. Dieu seul soit l'éternel et unique amour de votre cœur. Amen.
Couforme à uue copie gardée aux Archives delà Visitation d'Annecy.
1 Marie Lhuillier, veuve de Claude Marcel, seigneur de Villencuve-Ie- Iloi, et sœur de la Mère Hélène-Angélique, fut dirigée quelque temps par saint François de Sales. D'après son conseil, elle fonda les Filles de la Croix, pour l'instruction de la jeunesse, et en 16i3, donna sa maison de Vaugirard à M. Olier pour y commencer le séminaire de Saint-Sulpice. Elle décéda saintement en 1650.
2 Louis de Sales portait ce titre depuis la mort de son frère Bernard.
3 Janus, autre frère de saint François de Sales, et chevalier de Malte.
LETTRE CCCL (Inédite) A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY
ASSIST/U'TK-COMMISE A LVON
Les filles de la Visitation doivent aimer le mépris et s'estimer les moindres Religieuses qui soient en l'Eglise. — Ne point chercher de perfection hors de la parfaite observance.
VIVE 7 JÉSUSl
[Paris], 28 septembre 1621.
Dieu soit béni, ma irès-ehère fille, vous voilà donc déchargée de celte pauvre fille. Qu'importe si l'on parle un peu contre vous ! N'est-ce pas le dessein de Notre-Seigneur que nous soyons les plus petites et humbles Religieuses de son Eglise, et qui nous peut mieux servir à cela que les mépris et censures? 0 ma fille, rien ne nous doit être plus cher que cela, n'est-ce pas notre esprit? Pour Dieu, inculquez-le dans le cœur de vos filles avec la parfaite et ponctuelle observance. Ne cherchons point d'autre perfection , n'étendons pas nos désirs ailleurs, mais, je vous prie, ne laissons pas un iota qui ne soit en pratique.
Or sus, demeurez en paix et ne regrettez rien sur le prompt départ de notre M. Vincent ; il faut être souple à toutes les volontés et permissions de Dieu. 11 faut toujours rendre tout honneur à notre Sœur [de Montferrand] et lui mander quelquefois comme tout va à la maison. Je crois que nous l'amènerons à Dijon. Elle m'a écrit que la Supérieure prétendue était fort étonnée aux charges et qu'elle avait besoin d'une bonne seconde. Je le crois; voyez si vous pouvez lui en envoyer une.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CCGIJ {Inédite)
A M. MICHEL FAVRE
COXFESSEL'R DK SAIXT FRANÇOIS DE SALES ET DES RELIGIEUSES DE LA VISITATIOM d'aNXECY,
Félicitations sur son retour de Rome. — Désir d'obtenir des indulgences en faveur des séculiers.
VIVE y JÉSUS !
[Paris, 1621.]
Vous êtes donc le très-bien revenu, mon bon et cher Père, et loué soit Dieu du bon succès de votre voyage. Il faudra donc attendre en patience la grâce que Notre-Seigneur nous voudra faire pour l'Office. Nous acceptons pour cinquante chapelets l'offre que vous nous faites de vos Indulgences, et vous en remercions de tout notre cœur. Plut à Dieu que vous nous eussiez apporté des Indulgences pour notre fête, au profit des séculiers. Notre-Seigneur nous concédera un jour, s'il lui plaît, tout ce qui nous sera nécessaire. Cependant, faites-moi ce bien, de resaluer, s'il vous plaît, ces bons Pères qui ont souvenance de nous. J'aurais une confiance entière de vous voir au retour de ces bons voyageurs, n'était que je m'imagine que M, Crichant s'en va chargé de persuasions vers Monseigneur pour nous faire arrêter ici l'hiver ; c'est pourquoi je tiens mon espérance rangée et soumise au bon vouloir de Dieu, afin de recevoir tout paisiblement ce que Monseigneur me renverra et commandera. En tout cas, il ne faut nullement dire qu'on ne me renverra pas par deçà, car l'espérance et la croyance que l'on y a de mon retour, accoise tout à fait la fantaisie du monde ; que s'il croyait autrement, il y a de l'apparence que cela nuirait; car voici un étrange monde, mais en trois mois on n'y pensera plus.
Mon cher Père, je suis toujours vôtre en Notre-Seigneur. Qu'il soit béni !
Conforme à l'original fardeaux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CCCLII (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A MOXTFERRAXD
Prudence à garder pour son départ de Montferrand. — La Sainte prolonge son
séjour à Paris. — Il ne faut pas confier à une jeune Religieuse la charge de
maîtresse des novices.
vive f .lÉsys!
[Paris, novembre 1621.]
Je serais bien marrie si mes lettres étaient perdues, ma trèschère fille, car pour le moins je vous ai écrit deux fois et fait réponse à tout, et vous ai mandé ce que l'on espérait de la fondation de Dijon; que si elle réussit, je crois qu'il vous faudra quitter Montferrand; mais je crois qu'il se faut bien garder d'en parler, craignant que ces messieurs de Montferrand ne fassent difficulté de vous laisser sortir pour cela, et crois qu'il faudra toujours faire parler M. votre père; mais pour cela nous vous avertirons à point, si les affaires le requièrent.
Pour moi, je pense que je suis encore ici pour trois mois, pour contenter l'opinion du monde et notre chère Sœur H. -Angélique (celle qui a donné ces quinze mille écus pour la fondation), qui a un désir incroyable que je la fasse professe avant mon départ. On en a écrit derechef à Monseigneur; je crois qu'il acquiescera, autrement je crois bien qu'il y aurait du mécontentement de la part de messieurs ses parents, outre le sien. Or, je ne fais pourtant plus rien ici, car je remis lundi le gouvernement à notre Sœur l'assistante , quoique l'on n'ait pas voulu que ce soit avec titre de Supérieure pour encore; mais cependant elle s'introduira aux affaires et connaissances, et je serai bien aise de la voir cheminer. Tout va bien ici, grâce à Dieu, et la maison est en grande estime.
Je crois que difficilement permetlra-t-on à Lyon de sortir la petite Sœur novice, ni M. -Claire; néanmoins j'en parlerai à
M. de Maussac, qui est ici. Mgr de Lyon s'en alla l'aulre jour. Je vous avais écrit, ce me semble, que notre Sœur N#**, de Bourges, était devenue une fort brave fille. Mgr de Bourges me disait encore l'autre jour mille biens d'elle, et entre autres, qu'elle attirait le cœur de tous ceux qui la voyaient ; et je sais que de très-braves filles, qui sont dans votre maison, ont été fort attirées par elle. Voyez si elle pourra servir, car je vous ai mandé que la petite [Sœur Marie-Michel] des Roches était trop jeune pour être directrice, encore qu'elle en fût capable, il ne le faut pas faire pour l'édification.
Adieu et bonjour, ma très-chère grande fille , et à toutes vos chères filles, que je salue très-cordialement. Monseigneur m'a écrit qu'à mon retour je passasse à Montferrand; cela servira-t-il à quelque chose? car il faudra bien se détourner; mais rien n'est difficile, ains tout est facile pour servir Dieu et voir nos Sœurs, que j'aime toutes très-chèrement. Ma fille, je suis vôtre sans réserve.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Reims.
LETTRE CCCLIII (Inédité)
A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS JOLY DE LA ROCHE
SUPÉRIEURE A ORLEANS
Taire, les imperfections du prochain. — Les aspirantes à la vie religieuse doivent avant leur entrée être examinées par la Supérieure et quelcpjes Sœurs. — Ne rien changer dans la façon des habits. — Quand les prétendantes peuvent aller au parloir.
[Paris], 5 novembre 1621.
J'en serais bien marrie, ma très-chère fille, si la lettre que je vous ai écrite avant le départ de M. de Boissieux était perdue. 11 s'en est beaucoup perdu d'autres, à ce que je vois par les vôtres. Bien, patience, il les faut mieux adresser. Je me souviens
de vous dire qu'il ne faut jamais rien dire qui fasse entendre les imperfections de nosSœurs, sinon quand la nécessité ou utilité de la maison le requiert, et alors il le faut faire avec grande charité et considération. Non , il ne faut pas laisser entrer les prétendantes qu'elles ne soient bien reconnues, et que la Supérieure et quelques-unes des principales Sœurs ne les aient jugées propres pour l'Institut. Mon Dieu 1 [plusieurs mots illisibles], nous devons prier et considérer avant que recevoir les filles.
Si l'on n'eût été sur le raccommodage des robes, vous eussiez sans doute mal fait d'en changer la façon ; car, jamais il ne faut toucher cette corde-là, de changer, ajouter ni diminuer rien des coutumes.
Passé les premiers huit jours, il faut empêcher les prétendantes d'aller au parloir, sinon pour les tout proches parents.
J'ai reçu toutes vos lettres pour cette fille. Je vous dis derechef, conférez-en avec le Révérend Père Binet, que je salue trèshumblement, après avoir pris le sentiment des Sœurs, et faites, au nom de Dieu, ce qui semblera le mieux, ayant préalablement prié pour cela et fait une communion. — Ces ris me déplaisent, et même ne semblent nullement l'esprit de Dieu. Il faut travailler encore quelque temps autour de ces filles légères et peu dévotes, parce qu'elles sont jeunes, leur faisant entendre qu'il n'y aura point d'habit pour elles qu'elles ne s'en rendent capables.
Je parlerai comme il faut à M. Osmon. Je ne l'ai su faire encore, tant à cause des fêtes [qu'à cause] que j'ai un peu traînassé et me suis purgée, dont je me porte bien, Dieu merci. Il ne faut pas mécontenter madame la comtesse de Saint-Pol1. Je m'assure qu'elle ne mettra pas cette fille à la charge de la maison. Il le faut bien faire entendre à M. de Boissieux, voire,
1 Celle dame avait beaucoup travaillé pour faire réussir la fondation d'Orléans.
même pour elle et pour sa fille, car il n'est nullement raisonnable qu'elles soient là deux personnes, si elles ne payent pension; il le lui faut dire cordialement.
Monseigneur se porte bien, grâce à Dieu; il est toujours en espérance de venir ici, dont je serai grandement consolée.
Donnez ce billet à M. de Boissieux. Je salue chèrement toutes nos Sœurs, mais surtout nos pauvres professes, que j'aime de tout mon cœur, et notre Sœur E. -Marie. Mais vous ne me dites point si la petite Sœur B. -Françoise.. . [mots illisibles]. Dieu nous bénisse toutes, ma très-chère fille. Vous savez bien que je suis vôtre sans réserve.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Reunes.
LETTRE CCCLIV
A SAINT FRANÇOIS DE SALES
L'abbesse de Port-Royal désire entrer à la Visitation. — Estime do AI,<rr de Nantes pour saint François de Sales. — La communauté doit-elle se servir de cuillers d'argent?
vive y jésus!
[Paris, 1621.]
Mon très-cher Seigneur et unique Père ,
Que faites-vous et que fait-on en notre pauvre petit pays? J'avoue que j'en suis bien en peine, et quelquefois il m'en prend d'étranges émotions. Notre bon Dieu vous conserve et réduise ses ennemis sous l'obéissance de sa divine volonté.
Voilà des lettres de cette chère fille de Port-Royal : véritablement elle est digne de compassion ; car ses désirs croissent parmi les contradictions, si entièrement qu'il ne se peut dire. Enfin, qu'on lui dise ce qu'on voudra, et que l'on fasse tel jugement qu'il plaira, cela ne sera que de l'huile jetée sur le feu de son ardent désir; et s'il la faut faire départir de cette prétention, il n'y a que vous seul qui puissiez le faire; car (comme
elle m'écrit encore), à votre seule parole elle quittera tout avec une entière paix ; mais tout le monde ensemble ne saurait faire cela. Elle me dit encore que, pour je ne sais quoi au delà de tout ce qu'elle peut penser, elle sent que Dieu l'appelle à la Visitation. J'ai ce même sentiment; mais, pour Dieu, mon vrai Père, dites-moi franchement si c'est le vôtre; car, pourvu que vous nous parliez bien clair, comme ayant seul l'autorité de le faire, puisque sans réserve elle s'est remise à vous, j'espère que l'on amènera tous les autres là. Dites-moi seulement si vous pensez que ce soit la volonté de Dieu qu'elle sorte de là; car pour les difficultés je n'en fais point d'état. On l'assure , et Mgr de Nantes me disait encore hier que ses vœux sont nuls; elle peut donc en sortir en conscience. Il ne reste à savoir, sinon s'il sera plus utile à la gloire de Dieu qu'elle demeure là, contre tous ses sentiments et attraits intérieurs, et la croyance ferme qu'elle a de la nécessité du secours de l'obéissauce (qui est ce que je trouve de plus important pour elle, et le plus considérable), ou qu'elle vienne ici où il y a mille apparences de profit particulier pour elle. Je ne me saurais tenir d'ajouter que Dieu lui ayant donné si fort l'esprit de cet Institut, je crois que c'est pour en tirer sa gloire au service de tout l'Institut. Même il a fallu contenter mon cœur à vous dire tout son sentiment encore cette fois; et je vous supplie, mon vrai Père, que le plus tôt qu'il vous sera possible, l'on ait de vos nouvelles là-dessus.
Le très-bon Mgr de Nantes aime cet Institut parfaitement ; mais de vous, je n'oserais écrire ce qu'il en dit; c'est sa douceur et ses délices que de parler de vous et de vous considérer, mais il le fait avec admiration. Il me témoigna un déplaisir de s'en aller sans vous avoir vu, et de n'avoir profité du temps, quand vous étiez ici la dernière fois ; mais en tout cela, il n'y a que de sa faute et manquement de se déterminer; c'est une àme sainte et innocente.
Cette ville est toujours grandement affligée par les conli-
nuelles pertes qui arrivent tous les jours des meilleurs, des plus braves et des plus gens de bien qu'elle eût, et de toutes condition : on ne voit que deuil. De crainte qu'on ne brûle la ville, ils mettent le meilleur ordre qu'ils peuvent, et l'on fait garde générale et continuelle en tous les quartiers; et pour cela, l'on fait force prières partout, et j'espère que Dieu détournera ce malheur.
Je vous écris si empressement que je n'ai pas le loisir de penser à ce que j'avais à vous dire ; il me vient seulement en mémoire de vous demander si vous entendez que l'on se serve de cuillers d'argent à la communauté, ou si c'est seulement pour les malades; car je le comprends ainsi, que ce n'est que pour l'infirmerie. Mon unique Père, Dieu comble votre chère âme et la mienne de son très-saint amour. Hé mon Dieu ! qu'il y a longtemps que vous ne m'en avez rien dit, de cette chère âme ! Je m'en vais, la semaine prochaine, revoir celle que vous avez ici : Notre-Seigneur en ait pitié, et me donne lumière et force pour le servir plus fidèlement et utilement. Je salue trèshumblement Mgr de Chalcédoine , nos bonnes amies, que vous connaissez partout, et nos pauvres Sœurs. Mon très-cher Seigneur, vous savez ce que je vous suis, par la grâce de Dieu. Qu'il soit éternellement béni. Amen.
Conforme à une copie de l'original gardé au premier monastère de la Visilaliou de Madrid.
LETTRE CCCLV [Inédite)
A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY
ASSISTAXTE-COMMISE A LYON'
Il ne faut pas recevoir facilement les Religieuses professes d'un autre Ordre. — Les officières qui s'attacheraient à leur emploi doivent être changées.
vive \ Jésus!
[Paris], 7 décembre 1621.
Je n'ai point encore vu ceux qui ont apporté votre lettre, car ils vinrent pendant le sermon ; et je ne me souviens point, ma très-chère fille, qui est cette madame Desmoulins, mais je la salue très-chèrement ; ayant les conditions que vous me marquez, je l'honore de tout mon cœur.
Il est vrai, j'ai vu la lettre de celle bonne Religieuse; elle ne peut entrer parmi nous, qu'avec dispense du Pape, et parce qu'elle a longtemps vécu dans une autre Religion [Ordre], elle en doit être davantage considérée; car bien souvent on a grand'peine à changer ses habitudes et manières de vie Or, elle ne pourrait être reçue en cette ville parce que notre maison est pleine, et avons une quantité de filles qui prétendent. Certes, si j'avais le loisir, j'écrirais de tout mon cœur à votre cher Père, M. de Saint-Nizier, car je l'honore de toute mon affection et c'est un vrai serviteur de Dieu et auquel nous devons grandement.
Non, ma fille, je n'ai point parlé de vos affaires à Mgr l'archevêque, c'est un prélat qui ne donne pas toujours confiance ; mais Dieu vous aidera, et, si vous m'en croyez, vous vous contenterez de parler de vos affaires avec le très-bon M. de Saint- Nizier, sinon aux occasions qui renvoient à l'évêque. Laissez faire cette bonne madame de Boissieux, puisqu'elle ne vous veut pas croire; car n'ayant pas des sujets capables pour le dessein, ainsi que m'a dit M. de Maussac, à quoi servirait notre entremise? Je crois, Dieu aidant, partir d'ici environ le com-
menceinent du carême, car jusque-là il faut patienter. Je crois que votre Sœur Anne-Louise de Villars fera prou, si on la veut donner pour Montferrand.
Qui en doute, ma très-chère fille, qu'il ne faille changer les officières, surtout quand on les voit attachées à leur charge ; oh! il ne faut nullement nourrir ces faiblesses, tendretés, ni attaches. Jtfloue Dieu avec admiration de la souplesse des filles de cette maison. Croyez que je ne les nourris nullement tendrement, aussi on les tourne à toutes mains comme on veut. Ecrivez hardiment et confidemment à M. Vincent. Adieu, ma fille, Dieu vous bénisse et votre chère troupe. Il soit à jamais béni. Amen.
Conforme à l'orijjiiial gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CCCLVI
A SAINT FRANÇOIS DE SALES
Affaires de la fondation de Dijon. — La Sainte tire copie des lettres de direction qu'écrit son Bienheureux Père. — Difficultés qui empêchent madame de Port- Royal de quitter son abbaye. — On demande l'établissement d'une Congrégation d'hommes à l'instar de la Visitation. — Questions concernant l'entrée des postulantes.
vive f Jésus!
[Paris], 7 décembre 1621.
Mon très-cher Père,
Le saint nom de Dieu soit béni de tout et particulièrement de ce qu'il plaît à sa bonté vous tenir en santé !
J'ai reçu votre chère lettre par M. de la Pesse, lequel je n'ai point revu depuis. Il n'y a encore rien d'achevé à Dijon, quoique les dernières lettres disent que l'on croit que tout sera résolu dans huit jours. Madame de Boissieux leur a écrit que vous vouliez envoyer notre Sœur [Marie -Jacqueline] Favre , parce que je ne pouvais bouger d'ici. Cela a bien fait du bruit,
mais notre cher archevêque apaisera cela. Si nous y allons, je ménagerai bien, Dieu aidant, votre avis, mon très-cher Père.
Pour ce qui regarde M. le premier président, mon Dieu! qu'est-ce que de l'esprit humain? Notre Mgr de Bourges s'attend bien que vous lui écrirez, mon très-cher Père , pour savoir de vous-même votre sentiment sur son changement de lieu. Si vous le pouvez, donnez-lui, je vous supplie, cette consolation et à Mgr de Langres aussi, lequel est si bon et vous honore avec tant de sincérité et d'amour.
Vous ne me faites mention, mon très-cher Père, que de l'entrée des femmes désolées. Mais celles qui voudraient un peu de retraite, pour préparer ou avancer leur âme au salut éternel, ne pourraient-elles pas l'avoir? Il est vrai, il faut que le Directoire des réceptions soit à part. Nous ferons bien faire cela, Dieu aidant. Je ne sais si l'on m'apportera une Règle reliée pour vous l'envoyer, car il m'en tarde, mon très-cher Père,
La petite nièce de M. Duret n'est point goûtée des Sœurs, son retardement a été par mon conseil, et j'ai cordialement pensé, qu'infailliblement, si on l'eût prise plus tôt, elle eût été renvoyée. Je leur ai offert que nous la recevrions dans six mois ; trois sont passés. Us ont tort de craindre de notre part; car, comme je leur ai toujours dit, ils se doivent confier à ce que nous devons à votre recommandation, mon très-cher Père. Elle sera donc reçue infailliblement; mais je ne sais si elle persévérera, car elle est stupide, et a peu de vocation, si Dieu avec l'âge ne la lui accroît; et c'est la cause pourquoi je leur ai conseillé de la retarder.
Je n'ai garde de partir d'ici, mon très-cher Père, que je n'aie, si je peux, des copies de toutes les lettres que vous y avez écrites, qui sont d'instruction. La bonne madame Boudeau ne demeurait plus sur le Pont quand il fut brûlé ; de sorte qu'elle n'a point de part en cette affliction • mais elle a été fort
malade de la fièvre pourpreuse qu'elle prit aux galériens avec noire pauvre Sœur de Gouffier. Je lui ai fait savoir votre soin paternel, mon très-cher Père.
Le Père Binet a très-bien reçu votre lettre, laquelle il m'envoya pour la voir, avec recommandation de la lui renvoyer bien promptement, ce que je fis; car j'en avais déjà pris une copie.
11 avait aussi revu notre chère madame de Port-Royal ; il est tout pour elle, et lui a promis de lui gagner les autres Pères. Je crains que son affaire à Rome ne soit empêchée de céans, mais je ne doute nullement que Dieu ne la lui fasse obtenir ; car tant de serviteurs de Dieu approuvent son dessein. Je crois que la bonne Mère et M. d'Andilly se laisseront aller, car déjà ils penchent, et M. son frère peut bien fort l'aider. Je lui ai conseillé de se servir de cette voie. Il a pensé mourir à l'armée, mais il est tout guéri, et la bonne mademoiselle Le Alaistre, Dieu merci. Celui qui est à Rome leur a obtenu une licence perpétuelle pour entrer céans, tous les quinze jours une fois. Certes, ce sera à condition qu'elles attendront que la chère fille y soit, car si cela ne sert de prélexte, il y aurait de grands mécontentements en plusieurs de nos amies qui désirent le même, et conséquence à grande gêne dans Paris.
Il faudra donc, mon très-cher Père, donner le voile noir à celte chère Angélique [Lhuillier] qui le désire tant; mais, au partir de là, je vous supplie très-humblement ne plus rien remellre à mon jugement, sinon toutefois qu'il vous plaise, car enfin c'est toujours obéir, et celte façon est meilleure, puisque j'y ai une très-grande aversion , et une suavité incomparable quand vous me commandez franchement. Mon Dieu! s'il se peut, donnez-moi celte consolation, mon très-cher Père, pour le temps du départ d'ici. Noire fille fera la sainle profession le
12 février comme nous espérons; après cela, il me semble qu'il n'y aura plus rien de légitime pour m'arrêter. Oh I je prie Dieu me faire celte grâce et cet honneur, que sa très-
sainte volonté me soit toujours signifiée par vous, mon trèscher Père, et qu'elle soit toujours suivie et servie. Je le veux et
le désire de tout mon cœur, sans réserve, ni sans si
Or, voici le principal que j'ai à vous dire, mon très-cher Père : vous avez souvenance que feu notre pauvre Sœur de Gouffier vous écrivit de la part de M. Jocelin, lequel me vint derechef prier dernièrement de savoir de vous s'il n'y aurait moyen que vous voulussiez établir une Congrégation d'hommes, tout ainsi qu'est la nôtre; que pour cela, il y a quantité de bons sujets ici et des commodités temporelles très-suffisantes. Ils voudraient observer nos mêmes Règles et Constitutions, et être Religieux. Je lui dis que je croyais que volontiers vous vous emploieriez à cela, mon très-cher Père ; mais que la grande difficulté était de votre éloignement, parce que le plus grand profit et utilité était de prendre votre esprit. Je n'osai pas, si j'ai mémoire, lui dire qu'il faudrait que vous vinssiez ici, ne sachant si vous le trouveriez bon ; mais je proposai que l'on vous envoyât des hommes les mieux disposés pour être dressés. Il me dit que plutôt il faudrait quelqu'un de votre part, qui eût été élevé avec vous, qui fut capable de gouverner les autres. Il me pria instamment de vous faire cette proposition, et je crois qu'il est un de ceux qui voudraient s'embarquer, car il est veuf depuis environ six mois. Or, si vous trouvez cette proposition recevable, vous me manderez, s'il vous plaît, mon très-cher Père, quoi et comment il faudrait s'acheminer, et tout ce qu'il vous plaira que je réponde. Je pense qu'avant de s'assembler il faudrait avoir des licences. Si cette pensée est de Dieu, il conduira tout.
Vous savez que le Père Arnoux n'est plus auprès du Roi ' ; Ai. de Luynes y a fait aller en grande diligence le Père Séguiran, Jésuite.
1 Le l'ère Arnoux, confesseur de Louis XIII, avait été éloigné par le duc! de Luynes, auquel ce saint Religieux était devenu suspect.
iv. 38
Mon très-cher Père, dites-moi, je vous supplie, si cette entrée des filles, dont vous parlez au premier chapitre de leur réception, doit être seulement pour les considérer avant que de leur donner assurance de leur réceplion, puis les remettre dehors jusqu'à ce que la Supérieure ait résolu, avec l'avis du Supérieur et des Sœurs, de son entrée finale. Je trouverais cela bon ainsi ; mais je désire savoir si vous l'entendez de celte sorte, d'autant qu'on les peut prendre pour ne les plus renvoyer, et cependant on les connaîtrait mieux en deux ou trois jours de séjour en la maison, qu'en trois mois au parloir. Dites-moi aussi, s'il vous plaît, s'il faut licence pour les faire entrer la première fois, voire, quand c'est pour les garder; car bien souvent, ici, l'on ne peut parler de la réceplion des filles avec les Supérieurs; et s'il faut licence pour faire entrer les Sœurs tourières, puisque la Règle l'ordonne.
Pardonnez-moi, mon très-cher Père, mais ne me répondez que par la main de M. Michel, quoiqu'il me larde fort que je sache un peu des nouvelles de votre cher cœur. La très-sainte Vierge y fasse sa sainte conception et l'Enfant Jésus sa naissance. Amen. Très-cher Père, il me semble que tout cela est fait par la grâce infinie de ce doux Sauveur, que je supplie d'accroître en votre chère âme et la mienne, l'abondance de toutes bénédictions. Bonjour, mon très-cher Père. Veille de voire sacre. Dieu soit béni! Amen.
[P. S.] Permettez-moi de saluer très -humblement Mgr de Chalcédoine, madame la présidente et ma très-chère sœur de Charmoisy, toutes nos dames, s'il vous plaît, mon très-cher Père.
Mon très-cher Père, je n'ai pu avoir la Règle; elle n'est pas achevée de relier. Je crains qu'en l'attendant , le messager ne parte.
Conforme a une copie de l'original gardé à la Visitation de Dijon .
LETTRE CCCLVII