‹ Lettres (volume 3)Chapitre 233 sur 351 · A MADAME DE LA FLÉCHÈRE · texte numérisé non relu

A MADAME DE LA FLÉCHÈRE

A Rl'MILLY

Avantages des souffrances inconnues aux créatures. — Estime delà haute perfection de saint François de Sales. — Maternelles confidences.

vive -J- jésus!

[Paris, 1621].

Madame ,

Je prie Dieu qu'il soit toujours la force , l'amour et l'espérance de votre âme, que la mienne chétive aime incomparablement. Ma toute bonne et chère Sœur, hé! que a/os lettres me consolent, quoique, certes, je ressente l'exercice que vous avez par ces poignantes et inconnues douleurs ; mais quel bonheur de souffrir quelque chose, que le seul œil de notre bon Dieu voie ! Ah ! que notre mal doit grandement relever notre courage, voyant le moyen d'union secrète aux douleurs de notre doux Maître, car combien en a-t-il souffertes que les hommes ni les Anges n'ont jamais connues! Soulagez-vous de cette pensée au fort de votre peine, laquelle néanmoins vous ne devez celer (je crois que vous ne le faites pas), à notre Bienheureux Père; nous le pouvons, cerne semble, nommer comme cela. Il y a ici un digne ecclésiastique qui le nomme ainsi : le vrai Père. Je crois, ma très-chère Sœur, que tous les jours davantage il vaque à la plus haute perfection. Heureux ceuxqui voient les exemples de ses rares vertus, mais très-heureux ceux qui l'imiteront! Dieu nous fasse la grâce d'être de ce nombre et que ma faiblesse ne m'en empêche point j j'aurais de quoi me contenter, si je le suivais de cent pas.

Je suis bien aise de ce que votre bonne sœur a la consolation d'être retirée chez vous, et que votre fils est bon. Dieu lui fasse la grâce de persévérer et d'arracher la vanité du cœur de vos filles ! La mienne est assez portée à l'excès des dépenses, et il

est bien besoin qu'elle ait trouvé un bon et sage mari comme est le sien. Je m'essayerai, en la voyant, de la réduire moyennant la grâce de Dieu. Je la recommande à vos prières. Mon fils dépense aussi excessivement; mais il est au reste brave, aimé et estimé en cette cour, où le roi lui a donné une charge fort honorable à son âge; tout cela n'est que vent! J'estime plus le souvenir que vous avez d'eux devant Dieu que ces grandeurs. Il est ici; je veux dire toujours avec la cour, ou en ,sa garnison. J'ai confiance aux prières de notre très-cher Père pour leur salut, qui est tout ce que je leur désire.

Adieu, ma très-chère Sœur.

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