‹ Lettres (volume 3)Chapitre 242 sur 351 · A LA SOEUR MARIE-CONSTANCE DE BRESSAND · texte numérisé non relu

A LA SOEUR MARIE-CONSTANCE DE BRESSAND

MAITRESSE DUS NOVICES ftU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS 2

Maladie de la Mère de Beaumont; comment la soigner et observer la Règle. Avis pour la direction de quelques novices.

vive -{• JÉSUS !

[Dijon, 16-22.]

Ma très-chère fille, Je vous vois tout alarmée du mal de notre chère Sœur, votre bonne Mère Supérieure; mettez votre cœur en paix, et vous confiez fermement à Dieu qui ne lui donnera pas plus grande charge qu'elle ne pourra porter. Elle vous est trop nécessaire pour vous l'ôter ; mais il faut souffrir doucement de la voir

1 Saint François de Sales tomba malade à Turin, en revenant de tenir le Chapitre général des Feuillants , à Pignerol.

2 La Mère Marie-Constance de Bressand, native de Grenoble, et l'une des premières professes delà Visitation de cette ville, fut caractérisée par ce mot gracieuxdesaintFrançoisdeSales : « C est uxe rare fille» .Dieu, qui ladestinait à de grandes choses, se montra prodigue de ses dons envers elle, et lui départit foi vive, esprit juste et élevé, courage à toute épreuve. Une généreuse fidélité à se refuser toute espèce de satisfaction naturelle, lui attira des faveurs très-spéciales, entre autres un don d'oraison des plus élevés. Choisie pour coopérer à l'établissement du premier monastère de Paris , la Sœur de Bressand y dirigea si bien le noviciat (disent les anciens Mémoires), qu'elle en fit « un séminaire de Supérieures » . Elue elle-même à Moulins en 1625, sa prudente conduite triompha de difficultés sans nombre. A Nantes, où

traîner encore, et est-ce grande grâce de ce qu'elle ne tient pas le lit. Je crois que du repos lui ferait plus que les médicaments, et qu'on la soulageât pour un temps de parler. Enfin, il faut être prête à recevoir tout ce qui plaira à Dieu ; s'il nous ôle une Mère, Il nous en donnera une autre ; mais sa Bonté ne le fera pas. Il a bien fallu que nos autres couvents aient vu souvent leur Mère plus malade et longuement. Il y a un peu d'amourpropre et d'empressement en cela; dites-le à votre Sœur l'assistante, et que l'on s'en tienne en repos, laissant le soin à Dieu et à celles qui le doivent avoir. Les Entretiens de Monseigneur vous fourniront prompts avis; et puis, ne faut-il pas avoir son secours et confiance à Dieu, en nos besoins? Demeurez en paix, ma fille, et que l'on retranche ce parler en particulier, sinon pour nécessité, cela n'est qu'enfance et vain amusement. C'est une âme qui m'a toujours fort plu, que notre Sœur J. -Elisabeth, et si elle est fidèle à Dieuelàrelranchersesdiscours, Dieu la conduira bien avant. Notre Sœur Claire-Marie recevra de grandes grâces de Dieu , si elle a patience et courage ; Dieu l'épure dans le creuset de la tribulation. J'espère en sa bonté qu'elle en sortira toute nette, et la petite Sœur M. -Louise; mais il faut qu'elles tiennent leurs cœurs en courage et en joie sainte; elles me font grande compassion ! Il les faut grandement soulager, sans toutefois les laisser tremper en aucune opiniâtreté.

elle supporta les sollicitudes et les travaux d'une fondation, chacun put admirer sa merveilleuse aptitude pour le gouvernement et son total abandon à la Providence, en faveur duquel Dieu lit de continuels miracles. Après avoir demeuré dix-sept ans en Bretagne, pour y être, selon le désir de sa Bienheureuse Fondatrice, le conseil et l'appui des monastères de celte province, dont plusieurs lui devaient en partie leur existence, cette grande Religieuse fut rappelée dans sa maison de profession, qu'elle gouverna encore plusieurs années. Elle y parut si consommée en toutes sortes de vertus, que AI. Olier, dépositaire des secrets les plus intimes de sa conscience, ne craignit pas de dire : « C'est l'urne la plus anéantie que j'aie connue. » Le séjour des joies éternelles s'ouvrit à cette vierge prudente, le 18 octobre 1668. (Année Sainte, Xe volume).

L'état de notre Sœur F. -Madeleine est très-bon; j'espère qu'elle réussira bien si elle persévère. Son exercice est bon, et il y a apparence que Dieu dispose cette càme-là pour lui et pour son saint service. Je redoute l'esprit de notre Sœur AI. -Agathe ; il y a de l'imagination, et je ne sais quoi de couvert. Faites-la parler à quelque personne capable qui vous aide en cela ; le Père Suffren sera bientôt à Paris, ou au Père Gibbeux. Il faut bien éprouver cette prétendante avec ses lumières ; la soumission est la pierre de touche ; faites-la voir aussi à ces Pères.

Il ne faut point éplucher les soulagements que la Supérieure prend, ni lui dire les pensées que l'on en a ; ce sont des extravagances. Si elle ne se soulageait pas, on en murmurerait ; chose étrange que notre esprit, quand nous lui permettons de discourir ! Je conseille à ces bonnes Sœurs de demeurer en paix.

Pour ce qui vous regarde, ma très-chère fille, votre chemin est très-bon ; continuez à ne chercher simplement que Dieu en toutes choses, et à lui rapporter tout; cette voie est celle du ciel. On dira ce qu'il faut que la maîtresse fasse pour les coulpes ; cependant allez le train ordinaire. Laissez liberté aux novices de parler de vous, pourvu qu'elles ne disent rien de répréhensible. Vivez toute généreuse et gaie en votre occupalion, ma très-chère fille, et ne craignez jamais de m'importuner, car, en vérité, votre cœur m'est précieux et je suis vôtre sans réserve. Dieu soit béni. Mille saluts à toutes nos Sœurs novices, que j'aime très-chèrement. Nourrissez-les fort dans l'esprit d'humilité.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Voiron.

LETTRE CCCXCIII

A MONSIEUR MICHEL FAVRE

OOXFESSEVR DL SAINT FRANÇOIS DE SALES ET Dïïs RELIGIEUSES DE LA VISITATION d'aNNBGV,

Prochain départ de Dijon. — Nouvelles de saint François de Sales.

vive -J- fiisus !

[Dijon, 1622.]

Mox cher Père,

J'en serais bien marrie si nous n'avions le bien que vous soyez noire conducteur pour noire retour; toutefois, il se faut en tout accommoder doucement avec la volonté de Dieu. Xous ne pouvons pas partir d'ici avant le mois d'octobre ; car notre bonne Sœur de Monlferrand ne viendra, à mon avis, que vers le 15 ou 20 de septembre, encore n'en est-on pas trop assuré , car la moindre chose qui peut arriver, avec l'opinion de madame de Montfan1, la peut faire arrêter; mais je crois que de tout elle avertira Monseigneur, qui disposera selon les occasions, ainsi qu'il lui plaira; Dieu, par sa douce bonté, le conserve heureusement ! Je suis bien aise qu'il ne se mette point en chemin que les chaleurs ne soient passées. Certes, il me tarde bien de le revoir, mais il faut attendre le temps que Dieu a ordonné pour cette consolation. Cependant, mon cher Père, priez toujours pour nous, et me tenez pour vôtre en Notre-Seigneur. Qu'il soit béni ! Amen.

Conforme à uue copie yarde'c au* Archives de la Visitation d Annecy.

1 Mère de lu comtesse de Dalet.

AWEE 1022. 51

LETTRE CCCXCIV

A LA SOEUR ANNE-CATHERINE DE SAUTEREAU

A GHIi.NOliLIi '

La fidélité aux exercices de sa vocation est préférable aux extase» et aux ravissements.

VIVE -f- JÉSUS.'

[Dijon, 16-22.]

Je révère et adore de tout mon cœur les voies de Dieu en vous. 0 ma très-chère fille, qu'un bon et sage Maître vous conduit; marchez avec une très-humble assurance en sa voie, et quoiqu'elle soit pleine de difficultés, ne craignez point, tout se fait ainsi pour voire profit et pour vous épurer comme l'or dans le creuset. J'admire la douceur de ce divin Maître, et comme II attira et fortifia voire cœur au commencement, afin qu'il ne manquât point, et qu'il supportât le fort de ces différents orages, par lesquels il le voulait éprouver et affranchir de lui-même et de son propre amour.

Estimez, ma très-chère lille, et surestimez la grâce qui vous a été conservée, d'opérer toujours et sans négligence les exercices de religion et le contentement de votre vocation; cela vaut mieux que d'être ravie bien souvent; c'est là la voie royale que

1 Sœur Anne-Catherine de Saulereau appartenait à une famille distinguée de Grenoble, honorée de l'estime et de l'affection de saint François de Sales. Dès qu'elle fut au monastère, sous la direction de la vénérée Mère de Chàtel, sa conduite parut un commentaire vivant de cette maxime qui est le secret de la sainteté : « Tout à la grâce et rien à la nature! » Les faveurs du ciel les plus précieuses devinrent la récompense de son étonnante mortilication. Entre autres dons, Sœur Anne-Catherine possédait celui de loucher les cœurs et do les porter à Dieu, ce qui fit apprécier sa conduite comme directrice à Grenoble, et comme Supérieure chez les Filles de la Magdelaine de cette ville, où elle décéda en 1052, laissant sa mémoire en bénédiction. (Année Sainte, \ 1° volume.)

de cheminer ainsi sur la fine poinle de l'esprit par une déterminée résolution.

J'espère que Dieu vous donnera bientôt la paix parmi la guerre; abandonnez-vous sans réserve à la merci de sa Providence et demeurez là coite et immobile, souffrant patiemment la diversité des coups, opérant toujours à votre accoutumée, mais faites le moins de réflexions qu'il vous sera possible sur ce qui se passe en vous. Dieu bénira votre cœur, ma fille, et sa simple simplicité à se découvrir. Plût à Dieu que je fusse digne de vous servir, je le ferais d'une affection entière ; rien ne vous saurait manquer auprès de votre bonne Mère et maîtresse. Priez pour moi, ma fille, qui suis si entièrement votre très-humble sœur et servante en Notre-Seigueur.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitât ion du Vuiron

LETTRE CCCXCV

A LA MÈRE PAULE-JÉROxMYME DE MONTHOUX

SUPÉRIEURE .1 XEVKIIS

L'autorité du Père spirituel est limitée par la Rèjjlc et les Constitutions. — Faire la correction avec humilité et douceur. — Conduite à tenir envers une prétendante dont la vocation est incertaine. — Que les Sœurs aient une tendre dévotion à Notre-Dame, et prient pour la sainte Eglise et pour Genève.

VIVE -J- JÉSUS.'

[Dijon, 162-2.]

Mon Dieu! ma très-chère fille, ce que vous me dites est si absolument dans la Règle qu'il ne se peut davantage. Vraiment, le Père spirituel n'a aucun pouvoir de faire recevoir ni rejeter une fille, ni de faire aucun changement en la" manière de vie; son autorité est renfermée dans les Règles et Constitutions ; aussi, certes, n'en avons-nous jamais trouvé qui veuillent franchir cela. Regardez bien vos Règles, ma fille, vous trouverez ce que je vous dis. Monseigneur y a fort peu ajouté,

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