‹ Lettres (volume 3)Chapitre 243 sur 351 · X\KK IH · texte numérisé non relu

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quelque chose toutefois, vous le verrez quand elles seront imprimées. Ma fille, mon enfant, je vous prie et vous conjure et toutes nos chères Sœurs de vous attacher inviolablement à l'observance; qu'on lise bien, qu'on entende bien, et qu'on soit fidèle et exacte à observer.

Pour cette bonne fille, je n'en puis donner jugement assuré ; si elle a de l'humilité et de la disposition pour persévérer en notre Institut, elle se soumettra doucement et de bon cœur à votre retardement. Puisque toutes les Sœurs lui veulent faire la charité de .lui donner du temps pour son amendement, et qu'elles jugent qu'il doit se faire ainsi, je crois qu'il le faut faire, et puis l'aider avec tout l'amour et douceur qui se pourra; car, ma très-chère fille, il faut corriger avec tant de cordialité que les filles soient contraintes de nous aimer comme mère et non comme maîtresse. Ma fille, plus je vais avant, plus je connais qu'il faut que tout se gouverne avec une extrême douceur et patience : point de sécheresse, point d'impétuosité, point de sentiment, même en corrigeant. Si l'on en a, je voudrais différer de parler et de corriger, enfin il faut convaincre les filles à force de douceur et de support.

Croyez, ma très-chère fille, que, si nous rendons bien notre devoir à Dieu et à notre cher Institut, Dieu nous donnera de grandes bénédictions. Faites que nos Sœurs aient une tendre dévotion à Notre-Dame et qu'elles prient avec soin pour l'Eglise, surtout pour la réduction de Genève, que l'on va assiéger. Je les salue, etc.

[P. S.] Je viens de recevoir votre dernière lettre, que cette bonne femme m'a apportée. Je ne sais qu'ajoutera ce que je vous ai dit de cette bonne fille : il semble, par ce que vous m'en dites, ma très-chère fille, que ce soit elle qui se veuille retirer. Si cela est, et qu'elle n'ait pas de la solidité et disposition pour prendre notre esprit, je la laisserais aller, m'essayant seulement de gagner son cœur par cordialité, afin qu'elle ne quittât pas

l'amitié qu'elle doit avoir contractée avec la maison ; mais si elle a de bons talents , je la voudrais gagner à Noire-Seigneur et la fortifier contre ces petites faiblesses, lui donnant du temps pour cela. Ma tille, vivons tout à Dieu, selon nos Règles. Je suis votre, etc.

Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.

LETTRE CCCXCVI {Inédite)

\ LA MÈRE MARIE- AIMÉE DE BLONA

SUPÉRIEURE A LYON

Désir do rentrer directement à Annecy.

VIVE y JÉSUS !

| Dijon], 3 septembre [162-2],

Ma fille, Dieu soit au milieu de votre cœur. J'attends tous les jours notre Supérieure de Montferrand ', mais je crois que vous en saurez des nouvelles premier que moi, et j'en attends de vous aussi, et lui dites qu'elle écrive dès Lyon à Monseigneur, et faites savoir à la Supérieure de Valence et de Grenoble, et à vous aussi, que je ne vous verrai point, sinon que Monseigneur

1 Messieurs de Montferrand ne voulaient point laisser partir la Mère Favre. « Enfin ((/il la Mère de Chaugy), elle écrivit aux Supérieurs ecclésiastiques de la ville, qu'ayant reçu derechef son obéissance, et leur ayant plusieurs fois demandé permission, sans avoir l'honneur d'un témoignage cpie ses lettres eussent été reçues, elle demandait encore par la présente leur bénédiction; cependant, elle mit ordre que ses lettres ne seraient envoyées qu'après son départ, et lorsque ceux delà ville y pensaient le moins, elle se jeta, de grand matin, avec notre Sœur Marguerite-Elisabeth Sauzion , sa compagne, sur une méchante charrette, accompagnée d'un ecclésiastique qui prit soin du voyage, et elle pressait si fort le charretier de se hâter, crainte qu'on ne la suivît, que toute diligence lui semblait tardive, et sans ressentir les incommodités que lui apportait le secouement de cette charrette, elle disait à sa compagne : Si j'avais é 'té fidèle à Dira en (Vautres occasions, je prendrais quelque consolation et satisfaction en ce

ne me le commande, ce que je crois qu'il fera facilement. Trèshumble révérence à Mgr l'archevêque , à M. de Maussac et à noire Sœur F.-Jéronyme [de Villette], et à tous.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCXCVII

A LA MÈRE PÉRON\TE-MARIE DE CHAT EL

SUPÉRIEURS 1 GRENOBLE

La Supérieure et la directrice doivent avoir un cœur large et dévoué. — C'est l'aire tort aux monastères de les charger de sujets tout à fait incapables.

vive -|- jksus!

Dijon, 19 septembre 1622.

Je vous assure, ma très-chère fille, que vos grandes lettres me sont très-agréables, et le récit que vous me faites par le menu de votre conduite, surtout en ce qui regarde votre Sœur M***, m'a fort consolée, et certes j'y profile. C'est la vérité, si je ne me trompe, qu'il manque quelque chose à celle bonne Sœur pour êlre parfaite directrice et Supérieure , qui est une certaine latitude de cœur et [mots illisibles] ; mais elle est si humble, que je crois aussi qu'employant fidèlement son talent, Dieu la bénira. Ce petit changement aidera à lui ouvrir l'esprit; mais surtout il faut ne point tenir les âmes rétrécies, mais les conduire avec grand amour ; que si elles ne sont pas menées

voyage, mais je n'en peux avoir, parce que je fais tout imparfaitement. Son arrivée à Dijon fut aussi heureuse qu'attendue et désirée. Elle y trouva notre très-digne Mère de Chantai, qui en partit quelques jours après, laissant la conduite de cette nouvelle plante que Sa Charité avait dignement cultivée et mise en trés-bon état par son travail de six mois, au soin de sa fille aînée, qui ne manqua pas de répondre à ses espérances et de répandre l'odeur d'une piélé singulière pour l'honneur de l'Institut. »

par là, elles ne feront rien qui vaille et marcheront en travail

et en peine.

Il est vrai, c'est faire tort aux monastères de les charger de filles tout à fait incapables; n'étant propre pour ce que vous l'avez reçue, je la renverrais doucement, puisque vous voyez que c'est le sentiment de toutes les Sœurs. Conférez-en avec AI. votre bon Supérieur, afin d'en décharger votre cœur. Et je suis de votre sentiment, j'aimerais mieux en prendre une qui n'eût rien que de bons talents et capacité de corps et d'esprit, et de celles-là il s'en trouve quelquefois. Madame de Port-Royal m'a écrit qu'il y en avait une qui avait peu de moyens [temporels], mais grande disposition pour notre esprit ; je lui ai mandé les talents que je lui désirais; que si elle les a, nous aimerions de la loger. Bref, il faut tendre là ; car toujours il se trouve de l'argent [et] rarement de bons esprits.

Votre chemin me plaît toujours davantage, encore que vous le voyiez affreux quelquefois ; Dieu veut être ainsi servi de vous. J'espère que bientôt, Dieu aidant, nous en parlerons à loisir; certes, ma très-chère fille, ce me sera grande consolation. Je crois que vous aurez soin de faire que Monseigneur nous commande de vous voir; car, s'il l'oubliait, cela me tiendrait en peine.

Adieu, ma très-chère fille ; mille saluts aux chères amies.

Priez et faites prier pour notre fille du monde, elle en a besoin ; elle et son mari sont ici ' ; elle a une petite fille; toujours elle-même !

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 Au mois de septembre 1022, AI. de Touionjon profila avec empressement de la paix qui venait d'être conclue par Louis XIII, pour rentrer à Alonne, et visitera Dijon sa sainte belle-mère qu'il vénérait avec un tendre et profond respect.

LETTRE CCCXCVIII

A LA MÈRE MARIE-MADELEINE DE MOUXY

SUPÉRIEURE A BELI.EV '

Quel esprit doit avoir une vraie Mère spirituelle; son abandon et sa confiance au secours divin doivent être sans bornes ni limites.

[Dijon], 19 septembre 1622.

Or sus, Dieu soit éternellement béni, ma très-chère Sœur, vous voilà maintenant Mère 2. Je supplie sa divine bonté de vous en donner l'esprit, mais je dis l'esprit propre aux Mères spirituelles, qui ont un amour si tendre, si cordial, si vigilant à l'avancement des âmes, et nullement empressé, surtout pour les choses temporelles ; car la confiance qu'elles ont en la providence et amour de leur Epoux , leur ôte toutes sortes de soucis, et les fait assurer qu'il les pourvoira de toutes les choses nécessaires, pourvu qu'elles aient soin de lui plaire par une parfaite observance et confiance en sa bonté. Voilà l'état que je vous désire, ma très-chère Sœur; lequel vous attirera toute sorte de bénédictions, je vous en puis assurer, et vous jurerais, s'il était besoin , que si vous faites ce que je viens de dire , tout abondera chez vous. Nous avons tant d'expérience de cette

1 Sœur Marie-Madeleine de Mouxy, d'une ancienne famille de Savoie, demeurée veuve à dix-buit ans, se plaça sous la direction de saint François de Sales, et aussitôt que son fils unique eut embrassé la vie religieuse dans Tordre séraphique, elle entra au premier monastère d'Annecy, et y décéda à l'âge de quatre-vingts ans, après avoir gouverné les monastères de Belley, Rumilly et Bourg-en-Bresse (Année Sainte, Ve volume.)

2 La fondation du monastère de Belley avait eu lieu le 20 août 1622. La Mère Marie-Madeleine de Mouxy en fut la première Supérieure. Saint François de Sales lui adjoignit les Sœurs Françoise-Gasparde de la Grave, Marie-Angélique Brunier, Marie-Innocente de Saint-André, la très-vertueuse Sœur Claude-Simplicienne Fardel, et Sœur Jeanne- Ignace du Poisal, novice.

amoureuse Providence sur lésâmes qui s'y abandonnent et qui lui remettent toutes sortes de soins, ne se réservant que celui de lui plaire parla fidèle observance, que jamais nous n'en pourrions douter, et avons grand'peine de voir le contraire. Ob ! je sais bien, ma très-chère Sœur, que vous avez toujours été attirée à celte voie; suivez-la, mon enfant, avec une sainte gaieté.

Je vous prie de m'excuser, si je ne mande pas que l'on vous donne à Nessy ce que vous demanderez; si vous m'eussiez spécifié quoi, je l'eusse pu faire; mais ne me l'ayant pas dit, je juge ne le devoir pas. Nous espérons vous voir bientôt.

Si je croyais que Mgr de Belley ' fût encore là, et le bon AI. Jantet, je leur eusse écrit ; si d'aventure ils y sont, un trèshumble salut. J'apprends que ce bon prélat fait de grandes charités chez vous ; Dieu l'en récompense !

Je salue nos chères Sœurs de tout mon cœur, et vous, ma très-chère Sœur, par-dessus toutes, et suis entièrement vôtre.

Je vous supplie, priez et faites prier nos Sœurs pour ma fille, elle en a besoin.

Conforme à l'original ;jardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 Jean-Pierre Camus, sacré évèque de Belley par saint François de Sales, le 31 août 1609. Vingt ans plus tard, il se démit de son siège, et mourut ;'i Paris en 1652. Entre une multitude d'ouvrages qu'il a composés, Y Esprit de saint François de Sales est un de ceux qu'on lit toujours avec intérêt.

LETTRE GCCXGIX

A LA SOEUR MARIE-AVOYE HUMBERT

A MOULINS

Suivre fidèlement la direction donnée par saint François de Sales. — Avis très-utiles pour la retraite annuelle.

vive -[- Jésus!

[Dijon, 1622.]

Je viens de relire la lellre que je nomme voire chemin ; ô ma très-chère fille! qui oserait vous en prescrire un autre, le grand Dieu vous ayant prescrit celui-là par la main sacrée de notre très-digne Père? Cheminez-y fermement et fidèlement, ma très-chère fille, sans regarder ni à dextre ni à séneslre. Non, ma fille, je vous prie, ne vous amusez jamais à regarder fixement ce qui se passe en vous, ni la grandeur et grosseur de vos difficultés, et encore moins la longueur de celles qui sont si longues ; mais avec un esprit de repos, que vous devez soigneusement conserver en toutes vos actions, faites votre voyage de cette vie, vous rendant attentive à l'exercice des saintes vertus qui vous sont recommandées : l'amour et le doux support de vos contradictions vous doit être en singulière considération, car c'est par où vous profiterez le plus, et rendiez à Notre-Seigneur les vrais témoignages de votre amour. Portez dans le sein de la divine Providence tous vos désirs, toutes vos affections et prétentions, et les y laissez, afin que sa divine Bonté en dispose selon son hon plaisir. N'y pensez que le moins que vous pourrez ; car Dieu y pensera assez pour vous, et demeurez, je vous supplie, ma très-chère fille, entre les bras de la paternelle bonté de ce doux Sauveur de nos âmes : demeurez là comme un petit enfant, pleine de confiance et de résignation, et croyez qu'il vous conduira bien.

Vous voulez que je vous dise ce qu'il faut faire au temps des retraites spirituelles ? Hélas ! ma très-chère fille, Dieu y sera

fi() LETTRES DE SAINTE CHANTAI,,

votre guide ; je ne suis pas capable de cela : je vous dirai pourtant que vous y devez lire, par forme d'entrelien et de lecture spirituelle, la dernière partie de Y Introduction à la vie dévote. L'examen vous aidera à avoir lumière pour faire le votre ; car les premiers jours de la retraite doivent être employés à cela, et aux actes de contrition ; mais le tout se doit faire sans effort d'esprit, et fort doucement. Les autres jours, il faut penser un peu tout simplement et doucement à la bonté éternelle de notre bon Sauveur, à ce qu'il a fait et souffert pour gagner l'amour de votre cœur; car, ma très-chère fille, s'il n'y avait eu que vous à racheter, ce très-bénin Sauveur se fût autant volontiers offert à ses supplices, comme il a fait pour tout le monde, tant il est amoureux de notre amour. Vous lirez quelque livre qui traite de cet amour infini, et de l'excès de la très-sainte Passion de Yolre-Seigneur : cela répandra, je m'assure, de bonnes affections dans votre âme ; alors il faut faire des résolutions de souffrir amoureusement vos croix et contradictions particulières.

Sur la fin de la retraite , il faut essayer de dépouiller votre cœur de tout ce que vous connaîtrez qui le revêt, et mettre aux pieds de Notre-Seigneur tous vos vêlements, l'un après l'autre, le suppliant de les garder et vous revêtir de Lui-même ; et ainsi, toute dénuée et dépouillée devant celte divine bonté, jetez-vous derechef entre les bras de sa Providence, lui laissant le soin et gouvernement de tout votre être, et croyez, ma très-chère fille, que rien ne vous manquera. Ne vous déchargez ni revêtez jamais d'aucun soin, désir, affection ni crainte; car, puisque vous avez tout remis à Notre-Seigneur, laissez-le gouverner, et pensez seulement à lui plaire, soit en souffrant, soit en agissant.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visilation d'Annecy.

ANNEE 1(J22 (il

A LA MERE PÉRONNE-MARIE DE CHATEL

SUPÉRIEURE 1 CltEXOBLE '

Conseils pour la rétraite annuelle.

VIVE y JKSUS!

[Dijon], 22 septembre 1622.

Ma très-chère Fille,

Vous voulez que je vous dise ce que vous devez faire eu votre retraite ; hélas! ma fille, vous savez que je ne suis pas capable de vous dire beaucoup là-dessus ; toutefois, pour contenter votre bon cœur et condescendre à votre humilité, je vous dirai que le premier jour que l'on entre en solitude il ne faut pas promplement se mettre à faire sa confession ; il le faut employer à bien tout ramasser, et calmer son àme devant Dieu, afin que, par après, comme une eau bien rassise opposée à ce beau soleil, l'on en voie clairement le fond. — Le lendemain, il faut faire son examen général tout doucement, sans empressement, effort ni curiosité. Je n'aime pas beaucoup que l'on s'accoutume à écrire tout au long sa confession annuelle, bien que cela soit en liberté à celles qui ne pourraient faire autrement.

Puisque les trois ou quatre premiers jours se doivent employer à la vie purgative, vous pourrez prendre les premières ou dernières méditations de Philothée, ou telles autres conformes à celles-là. — Les jours suivants, il faudra s'entretenir doucement de ce que notre doux Sauveur a fait pour notre

1 On verra dans celle lettre une grande partie des conseils donnés dans la précédente; niais il n'a pas été possible d'éviter celle répétition : l'original de la lettre écrite à Sœur M.-Avoye Humbert est encore conservé aux Archives de la Visitation d'Annecy, tandis que celui de la lettre adressée à la Mère P. -M. de Chàtel n'ayant pu être retrouvé, on a dû reproduire la leltre telle qu'elle se voit à la fin des Méditations pouk la solitude.

amour, et de ce qu'il a fait pour nous racheter. — Les derniers jours, vous prendrez quelque livre qui traite de l'amour infini et des richesses éternelles de ce grand Dieu ; car, sur la fin de la solitude, il faut s'essayer de dépouiller son cœur de tout ce que nous connaissons qui le revêt et mettre aux pieds de Noire-Seigneur tous ses vêtements, l'un après l'autre, le suppliant de les garder, et nous revêtir de Lui-même ; et ainsi, toute dénuée et dépouillée devant cette divine Bonté, il faut derechef nous jeter entre les bras de sa Providence, lui laissant le soin et le gouvernement de tout notre être ; et, croyez-moi, ma fille, rien ne nous manquera. Ne nous chargeons ni revêlons jamais d'aucun soin , désir, affection, ni contrainte; car, puisque nous avons tout remis à Xotre-Seigneur, laissons-le gouverner, et pensons seulement à lui complaire, soit en souffrant, soit en agissant.

Quant à ce qui est de gagner l'indulgence concédée aux âmes religieuses qui font la solitude, vous ne devez avoir aucune crainte de ne la pas gagner pour ne pouvoir pas méditer en détail, ni discourir avec l'entendement au temps de l'oraison, Dieu vous donnant une occupation plus simple et intime avec sa Bonté. Mais, ma tille, voici ce que vous devez faire : vous devez lire très-attentivement les points que vous méditeriez si vous en aviez la liberté, et en les lisant, retirer dévotement votre àme en Dieu; ainsi cette lecture vous tiendra lieu de méditation, et, lisant de celte façon, votre esprit recevra toujours de bonnes impressions de celle lecture, etjaçoiqueleprofitvous soit inconnu, il n'en est pas moindre pourtant ; et, après avoir fait votre devoir par cette lecture, vous trouvant par après en l'oraison, en votre manière simple et amoureuse, je vous dis que vous satisfaites plus que trèsentièrement à la méditation, et en voici la raison : c'est que Dieu, infini en grandeur, comprend tous les mystères, si, que possédant Dieu, vous êtes excellemment dans l'essence du mystère que vous vous étiez proposé pour votre méditation.

ANNEE ItifS. 63

Un Père de religion, fort spirituel, docte et vertueux, m'a encore reconfirmée en cet avis.

Certes, ma très-chère fille, c'est un exercice très-important que celui de nos solitudes annuelles; il faut tâcher de les faire avec le plus de dévotion et fidélité qu'il se pourra ; j'estime qu'il sera très-utile à vos filles que vous fassiez lire à table le livre des Exercices du Père Dom Sens de Sainte-Catherine; car, comme m'a dit Monseigneur (c'est-à-dire noire Bienheureux Père qui vivait alors) x , il est ample et d'un style mouvant; mais c'est le style des saints, fuyant l'immortification et détestant les recherches de l'ainour-propre. Pour la méditation, il faut donner aux filles des points moelleux et doux , solides et affectifs.

Je suis, en l'amour divin, ma très-chère fille, etc.

Dieu soit béni!

LETTRE GDI (Inédite)

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPÉRIEURS AL' PREMIER MON 1STKRK DE PARIS

Estime pour Mgr de Langres. — Prudence à garder au sujet des personnes dont l'état

tient de l'obsession.

VI VK -J- JJÎSUsl

Dijon, S octobre 16"2-J.

Ce n'est que pour saluer votre très-chère àme que j'aime de toute la mienne, ma pauvre très-chère fille, car je n'ai loisir de répondre à vos lettres, ni de les revoir pour cela. Nous voici à

1 Ces mois mis enlre parenthèse ont été sûrement ajoutés par les personnes qui tirent imprimer les Méditations de la solitude; s'il en était autrement, on ne pourrait admettre la date du mois de septembre iG22, indiquée dans toutes les anciennes éditions, puisque saint François de Sales mourut le 28 décembre de celte même année.

bout de toutes nos petites affaires, non que nous soyons prèles à partir, mais nous avons mille petites affaires ces quinze jours suivants, ainsi que notre Sœur Marie-Gasparde [d'Avisé] vous dira une autre fois.

Véritablement, j'honore Mgr de Langres de tout mon cœur ; je n'ai aucun loisir de lui écrire, mais assurez-le de cette vérité en le saluant de notre part. Vous serez consolée de voir les grandes faveurs et lumières que Dieu a données à ce prélat; et vos filles malades [éprouvées] , si vous jugez à propos de les lui faire voir, peut-être en tirerez-vous quelque utilité. Je crains beaucoup qu'il n'y ait imagination et imitation ; c'est pourquoi, non- seulement il faut tenir à couvert telles choses à ceux de dehors, et que les médecins soient fidèles au secret; aussi faul-il [que] dans le monastère, il se connaisse le moins qu'il se pourra, surtout les jeunes filles, qui n'ont pas la tête encore bien ferme, reçoivent facilement des craintes et des impressions, et puis font, ou leur semble qu'elles fassent comme les autres. II les faut faire fort dormir, les récréer, leur laisser faire peu d'oraisou, leur donner de l'occupation extérieure, et ne leur permettre de parler de cela ni à Dieu, ni entre elles, ni à personne, que le moins qu'il se pourra, et leur donner ces divertissements si à propos, qu'elles ne connaissent point que ce soit à dessein, car ils ne leur profiteraient pas; enfin c'est grande misère que nous !

J'ai écrit fortement à Bourges sur le sujet de la quittance ; je vous en dirai davantage une autre fois ; la chose se fera comme il faut, je l'espère. Miile saluts au Révérend Père, à nos pauvres Sœurs, à tous les amis, à madame la marquise de Villeneuve et à toutes les autres.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.

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