‹ Lettres (volume 3)Chapitre 246 sur 351 · A LA SOEUR CLAIRE-MARIE AMAURY · texte numérisé non relu

A LA SOEUR CLAIRE-MARIE AMAURY

AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS '

Encouragement à supporter une grande épreuve intérieure.

vive -]• jésus!

[Dijon, oclobre 1G2-2. ]

Ma très-chère fille,

Vous me dépeignez si naïvement vos souffrances, qu'outre la compassion qu'elles me donnent, il me semble qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire pour vous aider, et mettre votre àme au point que je veux espérer que la divine Bonté vous fera arriver, par celle voie si rude et difficile. Tout ce que vous pouvez faire, c'est adorer sa sainte volonté, souffrir patiemment vos travaux, vous garder fidèlement de faire le mal auquel vous êtes excilée. Tenez votre cœur ouvert au Révérend Père N***, qui est un vrai serviteur de Dieu : lencz-le aussi ouvert à votre bonne maîtresse, et faites soigneusement ce qu'ils vous diront. Soumettez votre jugement, et, par ce moyen, j'espère que Dieu vous préservera de la malice de voire ennemi. Pour ce qui est de parler baut, je laisse cela au jugement de votre bonne mai-

1 Sreur Claire-Marie Amaury, reçue en 16.0 au premier monastère de Paris, fut, peu après sa profession, soumise à une épreuve, intérieure jugée par saint Vincent de Paul >i la plus rude qu'une âme puisse souffrir en ce monde ». Délivrée par l'imposition des reliques du Bienheureux Evèque de Genève, et purifiée comme l'or dans le creuset, elle rendit plusieurs services à son Institut, d'abord au deuxième monastère de Paris, où elle remplit diverses charges, puis à la fondation de Troyes, dont elle fut nommée Supérieureen 1631 . Elle y partagea avec la Mère M. -Jacqueline Faire, puis porta seule* des tribulations sans nombre : opposition de la part des magistrats, abandon, mépris, pauvreté, etc...., tout contribua à faire éclater la force d'esprit de celle fervenle Religieuse, qui vit ses efforts couronnés des plus heureux succès. Elle mourut en 1651 , laissant une maison florissante et une grande réputation de vertu. (Année Sainte, Xe volume.)

tresse, comme aussi de parler la nuit, et en toute autre heure de silence, qu'elle jugera que la charité requiert de vous être utile. Je vous assure, ma fille, que toutes les choses que vous me dites, je les reçois d'aussi bon cœur et avec la même confiance que vous me les écrivez, me dédiant toute à Dieu pour vous servir en tout ce qu'il lui plaira.

LETTRE CDV (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LVOM

Elle lui annonce son arrivée à Lyon; joie d'y trouver le Révérend Père Suffren,

vive -J- jksus !

[Dijon, 22 octobre 1622.]

Ma très-chère fille,

Nous espérons de vous voir la veille de la Toussaint, ou au moins, Dieu aidant, cinq ou six jours après. Je vous supplie de faire préparer le gîte de l'ecclésiastique qui nous accompagnera et de notre bienfaitrice [madame de Vigny], qui demeure avec nous, car je pense que Mgr l'archevêque ne voudra pas qu'elle enlre dans le monastère. Monseigneur ne m'écrit point de passera Valence, de sorte que nous n'irons pas, s'il ne nous le commande.

Mon neveu de Neuchèze vous donnera pour nous quarantecinq pisloles, six quadruples et cinq pistolcs d'Italie, quatorze écus et demi ou quart d'écu ; c'est de l'argent de Nessy que vous nous garderez. Je suis fort en peine de ce que Monseigneur n'avait encore reçu nos deux derniers paquets que j'écrivis à trois jours l'un de l'autre, environ les 15 et 18 septembre. Cela me lient incertaine s'il enverra quelqu'un nous prendre ou non, et s'il ne nous fera point aller prendre notre chemin pour

aller à Lyon par la maison de ma fille1 et parMontferrand. Cela nous allongerait de huit ou dix jours, mais de tout Dieu soit béni ! Faites tenir nos lettres.

Je salue tous ceux que je dois, surtout le Révérend Père Suffren, que je me réjouis fort de trouver là : Mgr de Bourges et mon neveu iront chez vous dire la sainte messe le jour de la Toussaint j caressez-les bien. A M. de Saint-Nizier, mille saluts.

Conforme à l'original garcjé ans Archiva it !ê Visitation d'Annecy.

LETTRE CDVI (Inédité)

A LA MÈRE ANXE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE HE PARIS

Départ de Dijon. — Il n'appartient pas à une simple Religieuse d'examiner les actions de la Supérieure.

vive f jésus!

Dijon, 25 octobre 1622.

Ma très- chère fille,

Ce n'est que pour vous dire adieu par la foule de ceux qu'il faut faire ici. Nous partons donc demain 2, s'il plaît à Dieu ; j'emporte soigneusement vos trois lettres dernières pour y répondre à loisir par les chemins, n'en ayant eu aucun moyen ici. Hélas! ma très-chère fille, que cette vie serait amère, si l'espérance de l'éternité ne nous l'adoucissait, et si la très-sainte

1 Madame de Toulonjon.

' La Vénérable Mère de Chantai quitta Dijon le 28 octobre 1622, au milieu des regrets et des larmes de ses filles. Son départ causa une vive émotion non-seulement dans la ville, mais dans tout le diocèse, où elle était estimée et vénérée comme une Sainte. Par un ordre exprès de son Bienheureux Père, elle passa de nouveau à Alonne , y bénit sa petite-fille Gabrielle, et confirma madame de Toulonjon dans les bonnes résolutions qu'elle lui avait inspirées six mois auparavant.

volonté [de Dieu] n'était regardée dans les événements; mais qu'arec cela tout est aimable !

Mon Dieu, que ces chuchotements à l'oreille me déplaisent; parlez-leur-en franchement, car elles sont capables de souffrir ce retranchement; quelle misère ! Si vous l'approuvez, je leur en dirai mon sentiment ; grâce à Dieu, elles ont sujet d'approuver et d'imiter, et non de censurer; mais au bout de là, ma fille, patience, et que ces occasions vous sont, je m'assure, précieuses! Mais je plains votre santé, car elle souffre là-dessous ; or, sans considération de cette tricherie, je vous prie, je vous conjure, voire, autant qu'il m'est loisible, je vous ordonne de prendre vos soulagements, mais cela exactement.

Notre bon Père est tout malade d'un flux d'hémorroïdes, cela me tient en peine, mais j'espère en Dieu, au reste.

Si M. de Bérulle a vu notre Sœur N***, mandez-moi, tout au long que vous pourrez, ce qui se sera passé.

Je salue votre cœur de toute l'affection du mien, qui est tout vôtre, et celui de nos Sœurs, et surtout de mon Angélique [Lhuillier].

Conforme à une copie de l'original gardé à la Violation de Toulouse.

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