A LA SOEUR MARIE-ÉLISABETH JOLY
AU PREMIER MO.VASTKRE DE PAHIS.
Comment combattre les scrupules.
vive 7 JÉSUS !
[Dijon, 1G22]
Ma chère fille,
J'ai toujours affectionné la consolation de vos cousines et [je] voudrais les pouvoir consoler.
L'affaire de Moulins n'est pas encore faite, et si ce monastère est si plein qu'elles ne peuvent plus en recevoir pour maintenant, je leur en écrirai toutefois.
Ma fille, les réflexions vous gâtent tout à fait, et vous faites d'une mouche un éléphant. Vous seriez bienheureuse si vous vous soumettiez à croire ce que l'on vous dit, et que vous
missiez toute voire confiance en Dieu, lequel n'est pas si cruel que de vouloir vous damner pour les fautes que vous faites. Otez-vous cela de la tête, ma chère fille, et tenez votre esprit en paix; car, par la grâce de Dieu , vous en avez sujet, d'autant que vos inclinations, sentiments et mouvements ne sont pas des péchés, et que je sais fort bien que vous avez une très-bonne âme qui fait le mieux qu'elle peut. Laissez-la donc paisible, ma fille, et croyez entièrement M. Guichard ' et votre bonne Mère ; et par ce moyen vos peines et tentations vous seront profitables.
Conforme ù l'original gardé à la Visitation du Mans.
■LETTRE CDVIII
A LA MÈRE PËROXXE-MARIE DE GHATEL
SUPÉRIBL'RB A GRUXOIILE
Promesse d'aller la visiter.
VIVE y jiSsùs !
[Lyon, novembre 1622.]
Hélas! ma pauvre très-chère fille, eh! pourriez-vous bien croire que ce fût faute d'affection que nous ne sommes pas allées passer vers vous? Certes, mon enfant, j'en ai eu ma part de la douleur, et en ai ressenti beaucoup lorsque la chose était en doute, car Monseigneur m'écrivit, par M. Michel, que nous remissions à vous voir lorsque nous irions fonder à Chambéry; mais, Dieu soit béni, ma très-chère fille, car ce bon Seigneur passant ici 2, je lui dis votre douleur et qu'il était expédient que
1 Confesseur du premier monastère de Paris.
3 Sainte Jeanne-Françoise de Chantai, en revenant de Dijon, passa à. Lyon au commencement de novembre; elle y trouva son Bienheureux Père qui traversait celle ville à la suite du prince-cardinal de Savoie : « Ce fut une chose digne d'admiration (lisons-nous dans l'histoire de la fonda-
je vous visse; alors il nous accorda d'aller passer d'ici à Valence,
et de là, à vous, ce que nous ferons de tout notre cœur.
Nous sommes ici retenues par faute de ne pouvoir trouver équipage pour aller à Montferrand ; si la chose continue, nous en serons bien marries, car nos Sœurs de là le désirent fort, mais il faut bénir Dieu de tout. Nous nous embarquerons d'ici sur le Rhône pour aller à Valence, [encore] ne sais-je si nous pourrons trouver là de l'équipage pour nous mener vers vous. Notre-Seigneur nous aidera.
0 ma fille, croyez-moi, que ma joie de vous voir ne sera pas moindre que la vôtre de nous voir. Dieu soit béni ! Sans loisir.
Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Anuecy.
LETTRE CDÏX
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CIÏASTELLUX
SUPÉRIEURE A MOULINS '
Remettre ses sollicitudes au soin de la divine Providence et demeurer en paix parmi toutes sortes d'événements. — Difficultés pour la réception d'une prétendante.
VIVE -j- JÉSUS !
[Lyon], 19 novembre [1622].
C'a été Notre-Seigneur, ma très-chère fille, et non pas moi, qui vous ai mise en la charge où vous êtes. Que si vous répondez
iion de Lyon) que le premier abord de ces deux saintes personnes qui ne s'étaient pas vues depuis quelques années; néanmoins, l'entrevue fut courte. » Saint François de Sales dut s'éloigner aussitôt pour suivre la cour à Avignon, et la Vénérable Mère de Cbantal alla, par son ordre, visiter les monastères de Montferrand et de Saint-Etienne, après quoi elle revint à Lyon vers les premiers jours de décembre. C'est alors qu'elle vit son incomparable Guide pour la dernière fois.
1 D'après le livre du Chapitre du monastère de Moulins, la Mère Marie- Hélène avait été élue Supérieure le A novembre.
fidèlement à cette vocation , et jetez votre entière confiance et votre fardeau entre les bras de sa bonté, assurez-vous qu'il en tirera sa gloire et votre profit. Soyez donc déterminée, ma trèschère fille, à ne vous laisser surprendre d'aucun ennui, appréhension, ni crainte et aversion, pour chose que ce soit; ne vous étonnez d'aucune contradiction, ni rencontre, ni de la diversité des états de l'esprit de vos filles. Faites cordialement et suavement ce que vous pourrez. S'il profite, bénissez Dieu ; s'il ne profite pas, bénissez Dieu encore, sans vous laisser nullement abattre, et remettez le tout entre les mains de sa divine bonté, demeurant en paix parmi toutes sortes d'événements. Mais, ma Irès-chère fille, il faut faire ainsi, s'il vous plaît, et devenir uGuCe comme une brebis ; car c'est le seul moyen de gagner tout, et faire ce que 1km veut des cœurs.
Vous avez bien choisi votre assistante à mon gré, et c'est mon avis qu'elle fera très-bien ; elle est sage et bonne. Dieu vous assistera en tout, ma très-chère fille, ayez seulemeut bon courage et soyez joyeuse ; vous voyez déjà comme Dieu bénit vos affaires temporelles.
L'affaire de Paris est heureusement terminée, la Supérieure de là sera marrie de ce que l'on ne recevra pas la fille que j'avais destinée ; mais je laisse cela entre vous et elle. Pourvu que je sois dégagée envers Dieu, ce m'est assez. Je vous dis seulement que mon intention était sur une fort bonne et sage fille qui n'a rien du tout; mais l'on m'a pressée de changer mon intention, à ce que l'on m'a écrit; car je ne m'en souviens pas, et que je promis de faire recevoir la nièce de notre Sœur M. -Jeanne. Or, bien soit, si l'on veut, car je ne désire point de contestes; mais, je vous dis derechef, que je me décharge devant Dieu de cela, et vous remets le tout et à la Supérieure de Paris ; faites ensemble ce que vous trouverez le mieux selon Dieu et l'intention que je vous ai déclarée, et je vous supplie, ma très-chère fille, que l'on ne m'en écrive plus.
Je mandai l'autre jour la résolution de l'affaire de Neuers à ma Sœur Jeanne-Charlotte [de BréchardJ ; ma fille , tenez main que cela s'achève doucement, je vous en conjure, et de croire que je suis entièrement vôtre et que de tout mon cœur je vous servirai, et votre chère troupe, en tout ce que vous m'emploierez. Je salue toutes nos Sœurs très-chèrement. Dieu soit béni. Amen.
[P. S.] Ma très-chère fille, MgrdeNevers, la Mère Supérieure et les plus anciennes professes de ce monastère-là, s'obligeront de garder les deux filles. J'en viens de recevoir des lettres, et que vous recevrez à Noël la moitié de vos mille écus, et la moitié de tous les arrérages dus. Il ne faut pas requérir que notre Sœur Marie-Péronne [de Gerbes] ni Marie-Marthe [Bachelier] signent ce contrat; vous connaissez ces esprits-là, qui se cabreraient : il ne leur en faut donc rien dire; car aussi bien n'a-t-on que faire de leur consentement. Je vous prie, ma trèschère fille, que celte affaire se passe tout doucement, et que le monde n'y cause plus de brouilleries, je vous en conjure.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visilalion d'Anncsy.