LETTRE CDX
A LA SOEUR MARIE-AVOYE HUMBËRT
A MOULINS
Le désir de changer de monastère ruine la paix de l'âme. — Dieu bénit l'humble
simplicité.
vive -j- Jiisus!
[Lyon, 16-2-2 ]
Encore ce billet, ma très-chère fille, pour vous conjurer de ne point laisser entrer dans votre cœur le désir de changer de lieu,
car il vous ruinerait voire paix. Attendez que la divine Providence l'inspire à vos Supérieurs, et n'y peusez point; mandez cela simplement à mesdemoiselles vos sœurs.
Ne prenez jamais du scrupule de ce que vous m'écrivez ; non, ma fille, et tenez votre cœur ouvert à votre Supérieure, car elle est bonne et sage. Elle vous a dit vrai, ma chère fille, vous ferez fort bien de tenir votre esprit en paix ; mais si vous saviez comme la promesse que vous me faites, de vous amender de ce défaut, m'a consolée, et vous a, ce me semble, poussée encore plus avant dans mon cœur ; car, ma chère fille, j'aime parfaitement les esprits qui ne font point les suffisants et qui se rangent simplement et humblement au conseil. Faites toujours ainsi, ma fille, Dieu vous bénira; recommandez-moi à sa miséricorde et vous assurez de mon cœur, car il vous est tout dédié.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitalion de Kcvcrs.
LETTRE CDXI
A UNK SUPÉRIEURE DU LA VISITATION
La Sainte se réjouit du bon état des maisons qu'elle a visitées. — On demande
des fondations à Besançon et à Chambéry. — La ferveur des Sœurs doit s'ajuster
à la Rèjjle.
vive -j- JiSsus!
Lyon, 3 décembre 1622.
Je suis ravie de voir comme Dieu départ ses grâces en abondance sur nos maisons, et combien de faveurs intérieures II fait à plusieurs de nos Sœurs.
Nous avons laissé Dijon en bon état, grâce à Dieu, et avons vu nos Sœurs de Montferrand et de Saint-Etienne. Nous voici à Lyon, tout va bien en ces chères maisons, mais très-singulièrement ici. Madame la duchesse de Chevrières et madame de
Courtambeau veulent faire chacune une fondation de notre Institut. Je vous prie, préparez de bonnes et de braves filles. Cultivez et exercez celles qui seront propres au gouvernement ; mais surtout fondez-les bien en humilité et dévotion. L'on nous demande à Besançon et à Chambéry ; il semble que Dieu veuille beaucoup employer ce petit Institut pour le salut de plusieurs âmes, mais il faut donner des pierres bien solides pour les fondements.
Je vous supplie, réglez vos Sœurs pour leurs pénitences et mortifications; que leur ferveur s'ajuste à la Règle. Eprouvez bien soigneusement et discrètement cette petite fille qui a des choses extraordinaires; un petit esprit faible et tendre sur soimême se trompe souvent dans les ravissements et visions.
Envoyez, je vous prie, quelque aumône au monastère de Saint-Bernard, afin que notre Institut témoigne à ce Saiut sa spéciale dévotion ; je désire que nos Sœurs aient une particulière affection à le réclamer.
Priez-le pour moi, qui suis de cœur toute vôtre, etc.
Conforme à une copie gardée aui Archives delà Visitaliou d'Auuecy.
LETTRE CDXII {Inédite)
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SL'FÉRIEIRE A DIJON
Nouvelles des monastères de Alontferrand et de Saint-Etienne. — L'Office doit être cbanté sur un ton doux et modéré. — Séjour de saint François de Sales à Lyon; son estime pour les Révérends Pères Jésuites. — Eloge de Sœur ilarie de Valence. — Gomment se comporter à l'égard de diverses personnes.
* VIVE -j- jksus!
[Lyon], 8 décembre [1622].
Ma très-unique très-chère fille, Nous voilà de retour de votre petit Alontferrand, où, certes, j'ai trouvé de fort bonnes âmes et de bons esprits, pleins du
désir de s'avancer en la perfection de l'observance. La pauvre Supérieure1 était à moitié abattue sous l'effort des appréhensions de sa charge , comme vous avez appris par celle qu'elle m'a dit vous avoir écrite ; je la laisse tout encouragée, et vraiment elle me plaît fort ; elle a bon jugement, bon désir et un fort bon extérieur [plusieurs Lignes illisibles].
L'Office, je vous prie, ma fille, laites-le à l'accoutumée ; les fantaisies passeront. Monseigneur désire qu'on le die sur un ton qui ne soit point haut, ains médiocre et fort doucement, voire, bassement ; et pour les autres défauts, je ne les ai pas connus, sinon quelques manquements de bonne prononciation ; je désirerais grandement que l'on conservât une même façon partout. J'ai trouvé qu'il se glissait quelque chose de différent; or, Monseigneur fera derechef marquer tout ce qui sera possible pour cela, puis il ne faudra que suivre fidèlement. — A Saint- Etienne, l'on traîne insupportablement 2. A propos, la Supérieure de là est admirée ; elle fait sa charge avec grande retenue : vous savez combien elle est exacte. Elle se porte fort bien ; je lui dis qu'elle était dans son centre. Certes, cette maison va bien ; il y a de bonnes professes et six ou sept novices de bon espoir et de bon cœur, elles me plurent fort; aussi, je n'ai pas encore parlé de la fontaine ; mais l'on m'a dit qu'on l'avait faite sans profit.
Nous avons ici Monseigneur3 que nous voyons un peu. Il ne
1 La Mère Marie-Jacqueline Compaih.
2 La fondation de Saint-Etienne avait été faite le premier dimanche d'octobre de cette année 1622 : la Mère Françoise -Jéronyme de Villette en fut nommée Supérieure : elle eut pour coopératrices les Sœurs Marie-Elisabeth Chevalier, Marie-Philiherte Aysement, Marie-Françoise Raton, toutes professes de Lyon, et Sœur Jeanne-Françoise Coste , novice pour le rang des Sœurs domestiques.
3 Le 8 décembre 16-2, le roi Louis XIII fit son entrée solennelle à Lyon , pour laquelle les deux cours de France et de Savoie déployèrent toutes leurs splendeurs. « Saint François de Sales (est-il dit dans l histoire
veut pas que nous parlions encore d'ici : je crois que c'est pour condescendre à Mgr de Bourges. — Nous avons ici la Sœur Marie de Valence, qui est, certes, une àme vraiment simple et humble, sans que l'on y voie aucune contrainte et singularité, et sa petite fille de même.
Je vous prie, mon enfant, s'il y a moyen , tirez les lettres de madame de Puy-d'Orbe ; je voudrais que vous la pussiez aider, car elle en a grand besoin. Monseigneur veut sérieusement penser au moyen de tenir les maisons unies ; il en parlera avec les grands Pères Jésuites. Il veut fort aussi que l'on s'assiste toujours d'eux, car il dit qu'il n'y a rien de tel. Je suis bien aise que le Père recteur vous aime bien ; il l'a toujours fait ; faites-le saluer de ma part très-chèrement , et le bon Père Gentil ; je les honore parfaitement. Mais surtout, certes, j'honore
de la fondation de Lyon), voulant demeurer seul au parloir avec ses filles, comme un père avec ses enfants, laissa aller tous ses gens voir cette pompe magnifique, sans se soucier de ce grand faste et appareil du monde, et il nous entretint sur la différence de la fête que l'Eglise célébrait en ce jour, et sur la fête politique de la ville pour l'entrée du Roi. Notre digne Mère de Chantai eut une joie nonpareille à relrouver ce Bienheureux Père de son àme; mais elle n'en put jouir comme elle l'eût désiré. La ville était remplie de personnages de distinction, et tous affluaient à la Visitation pour y voir le soleil des prélats, ainsi qu'on appelait saint François de Sales : l'archevêque de Bourges et son neveu, M. l'abbé de iVeuchèze, la dévote Sœur Marie de Valence et le Père Cotton, Jésuite, se trouvèrent réunis un jour au parloir du monastère. On eût dit que notre maison était le rendez-vous des plus saintes personnes et fût devenue comme une cour céleste, tandis que les cours des princes souverains remplissaient la ville. Cependant un jour le Bienheureux, pouvant disposer de quelques heures, vint au parloir pour conférer avec la Vénérable Fondatrice; mais, quel que fût le désir de celle-ci de lui parler de son intérieur, il ne le voulut point permettre, la remettant pour cela à leur retour à Annecy, et lui ordonna d'aller visiler les monastères de Valence, Grenoble et Bellcy, avant de rentrer en Savoie. Sainte de Chantai partit promplement, sans se douter qu'elle ne devait plus revoir ici-bas son Bienheureux Père. »
avec singulier respect et dilection Mgr de Langres, assurez-l'en, mon enfant : quand il sera à Dijon , et que je le saurai, je lui écrirai.
Voilà M. Gariot qui vous importunera pour des recommandations. Je crois qu'il n'est besoin de suivre toutes ses inclinations ; au moins je ne le fais pas, surtout au parloir où je tranche court ; néanmoins, je vous prie, ma mie, de faire recommander son affaire à M. le conseiller Berbisey par l'entremise du père ou de la mère de notre cousine Berbisey; il me presse, car il veut partir; mais si, faut-il vous dire que mon bon cousin est en admiration de vous [trois lignes illisibles] : c'est un vrai bon cœur; traitez vraiment à la bonne foi avec lui et avec la bonne Sœur de Vigny, qui vous aime tant aussi, et certes, tout le reste. Adieu, mon enfant, ma vraie très-aimable et très-chère fille. Dieu soit béni. Jour de Notre-Dame.
Faites prier pour notre affaire et faites saluer nos parents, les amis, et ceux que vous voudrez.
Conforme à une copie de l'original yardé à la Visitation de Chambéry.
LETTRE CDXIII (Inédite)
LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET
MAITRESSE DES KOÏICES .1 DIJOM
Il faut agrandir le courage des novices. vive f jésus!
Lyon, décembre [1622],
Ma très-chère Soeur ,
Je n'avais jamais senti une si grande dilection pour votre chère âme que je fais maintenant. Vivez toujours toute en Dieu, ma mie, sans recevoir aucune crainte sur le sujet de voire chemin, lequel assurément est de Dieu. Ayez grand soin d'agrandir le courage à nos pauvres Sœurs novices, et les faire
cheminer très-simplement en l'observance, et gaiement. Je les chéris toutes d'un amour plus que maternel, et surtout notre pauvre vieille ' et ma Sœur Claire-Marie [Parise], laquelle Dieu appelle à une grande perfection. Toutes, certes, sont au milieu de mon cœur; ma Sœur J. -M. et N***, Dieu les fasse saintes ! Je vous recommande, et à toutes nos Sœurs, ma pauvre Sœur de Vigny 2, et ma chère fille, mademoiselle de Villars. . Dieu soit béni ; je suis toute à vous.
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rossel elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDXIV
A LA SOEUR MARIE-MARGUERITE MILLETOT