A DIJON
Conseils maternels et témoignages d'affectueux souvenirs.
vive -J- JÉSUS !
[Lyon, décembre 1622.]
Je vois bien que ma chère fille désire un billet de sa Mère qui l'assure qu'elle est et sera toujours très-chèrement aimée. Oui, certes, ma fille, et me croyez, vous m'êtes plus présente que jamais selon l'esprit. Oh! vivons ainsi que la très-sainte volonté de Dieu le veut, ma très-chère fille, vivons, dis-je, en une parfaite et amoureuse soumission de son bon plaisir, afin
1 Sœur Anne-Marie Tisserand (la présidente Le Grand).
s « Madame de Vigny, veuve sans enfants, qui avait fort contrarié l'établissement, changea tellement cette répugnance en une véritable affection, qu'elle prétait et donnait plusieurs choses, et enfin, trois mois après, elle donna sa chère personne à l'Institut, se rendant bienfaitrice du monastère de Dijon, où elle a demeuré depuis avec tant de vertu et d'affection pour nos maisons, que partout où sa peine et ses biens ont été requis, elle s'y est employée comme vrai membre de l'Institut. » {Fondation, inédite de Dijon, par la Mère de Chaugij.)
3 Voir la note de la lettre XXIII.
que la très-sainte humilité , la douce charité et la parfaite observance reluisent en toutes nos actions : c'est ce que je vous désire, et à nos chères Sœurs, que j'aime tendrement. Nos bonnes Sœurs Françoise-Augustine [Brung] , Claire-Marie [Parise] et les deux chères prétendantes, ou nouvelles novices, car je ne sais encore leurs noms, embrassez-les pour moi, et toute la petite troupe que j'aime tant. Dieu vous bénisse, mes chères filles.
Extraite de la fondation manuscrite de Dijon.
LETTRE CDXV {Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE REAUMONT
SUPÉRIF.unii AU PREMIER MOXASTÈllli DU P.Ï1US
Affaires temporelles. — Décision pour la réception de plusieurs prétendantes*
vive -j- JÉSUS.'
Lyon, 11 décembre 1622,
Dieu conduise l'affaire de madame de Dampien e M Je la salue de tout mon cœur, je vous en prie, ma très-chère fille , et ces autres dames, nos chères amies. Je présenterai le rochet quand nous serons à Nessy, à Monseigneur, lequel dit qu'il n'est point besoin entre nous de ces quittances, il suffit que ce qui s'est fait l'ait été au su des Supérieurs, et l'écrire simplement sur le livre. Il dit aussi que si vous laissez notre Sœur M. -Denise [Langlois] à Nevers, que vous devez y donner sa dotation, nonobstant qu'elle soit en la place d'une autre.
A propos, ma très-chère fille, je crois qu'il faut bien sonder le cœur de notre Sœur M.-Agathe2, car je le crains un peu ; j'ai ce sentiment et vous le dis tout simplement, comme aussi que si cette fille de madame de Port-Royal est bonne, qu'il la faut
1 L'établissement d'un second monastère de la Visitation à Paris*
2 Celte novice ne persévéra point.
arrêter pour une fondation, et que Monseigneur m'a dit que l'on devait suivre l'intention que j'ai eue devant Dieu, de loger la cousine de notre Sœur Marie-Elisabeth, à Moulins ; puisque l'affaire est faite, mandez-le-leur, et puis, que l'on fasse ce que l'on voudra. Ma fille, Dieu vous fortifie de cœur et de corps, et vous rende toujours parfaitement sienne. Je suis en lui plus v vôtre que vous ne sauriez penser.
Je salue amoureusement le cœur de votre Angélique [Lhuillier].
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visilation de Toulouse.
LETTRE CDXVI [Inédite)
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX
SlTlilUIU'ItE A MOULINS
On ne peut acquérir la perfection sans peine. — La partie supérieure de l'âme doit dominer comme une reine sur tous les mouvements naturels.
vive f jésus!
[Lyon, décembre 1 Gti2. ]
J'ai clé un peu longue à vous répondre, ma très-chère fille, mais vous me le pardonnerez bien , s'il vous plaît. Je vois toujours votre cœur, qui confesse ses fautes avec désir et courage de son avancement : voilà comme il faut faire ; car, ma chère fille, il faut avouer franchement et fidèlement nos défauts, s'en humilier doucement et tranquillement, et surtout s'en amender fortement et généreusement. Eaites ainsi, ma très-chère fille, je vous en supplie, afin que Dieu soit glorifié en nous, car ce bon Sauveur veut des effets et des actions de vraie vertu : nul bien sans peine. Vous avez vos passions puissantes, c'est pourquoi Vous ne devez point vous flatter, ni penser acquérir la perfection que vous désirez, sans peine. Il faut donc travaillera la parfaite mortification, et à faire jouer la partie supérieure, la
tenant au-dessus de tout ressentiment et aversion , comme une reine qui régente et gouverne absolument son royaume.
Ma fille, je vous dis ce que vous devez faire; je vous conjure de l'entreprendre joyeusement et courageusement. Dieu sera avec vous, n'en doutez point. Humiliez-vous profondément, mais confiez-vous en sa divine Providence tout entièrement, et je supplie sa divine Ronfé de vous conduire comme sa plus chère brebis, et toute cette chère troupe de nos Sœurs, que je salue cordialement avec vous, les conjurant, par les entrailles sacrées de notre bon Sauveur, de marcher fidèlement en l'observance de nos Règles. Que si elles le font en simplicité, quel saint état d'àme, suivi de très-grandes récompenses! Je leur conseille toutefois de le faire purement pour Dieu, et de prier pour moi qui les chéris avec une dileclion toute cordiale, vous étant à toutes bien humble sœur et servante en Xotre- Seigneur.
Conforme à une copie de l'original gardé a la Visitation de Nancy.
LETTRE CDXVII
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SDPKRIBURB A LYON
Elle réclame des nouvelles de saint François de Sales. — Détails sur le monastère
de Valence.
VIVE y JÉSUS !
Grenoble, [décembre] 1622.
Ma très-chère fille, je pensais que j'aurais ici quelques nouvelles de vous, et de ce qui s'est passé avec Monseigneur, tant pour ma consolation que pour les affaires de notre Institut, mais vous n'y avez pas pensé '.
1 Les nouvelles demandées par la Vénérable Fondatrice ne lardèrent pas à lui être transmises, mais bien différentes de ce qu'elle attendait. Le saint Kvèquede (lenève qui se trouvait à Lyon, fut frappé d'apoplexie dans l' après-
Nous avons reçu aujourd'hui le paquet de Dijon que M. Lambert a apporté. Nous allons partir pour Belley, après avoir arrêté ici neuf ou dix jours. Grâce à Dieu, il y a sujet de le bénir en celte maison, tant pour le spirituel que pour le temporel. Nous laissâmes nos bonnes Sœurs de Valence toutes pleines de bons désirs ; nous examinâmes toutes les officières. La Mère est bonne, sage et zélée plus que je ne pensais, grâce à Dieu ; mais ses maladies et la grande jeunesse de ses compagnes ont un peu nui. Ce sont pourtant de bonnes âmes ; sur toutes, je trouve à mon gré ma Sœur Hélène-Marie, et je reconnus clairement que ma Sœur M. -M. était un peu déchue de ce que vous m'en aviez dit : elle était trop jeune pour être en cette charge. Si la disposition que vous en faites là ne réussit pas, il faudra que vous la retiriez et envoyiez notre Sœur N***, qui était portière, pour être assistante et directrice. Elles rendent bonne odeur, mais il les faut aider si elles en ont besoin. Je vous prie de mander à la Supérieure de cette ville le devis de notre plan que je vous ai laissé pour le Père Feuillant, mais je vous prie de ne point tarder, car il est important.
Adieu, ma très-chère fille , je salue toutes vos Sœurs, je les aime très-chèrement.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Valence.
midi du 27 décembre. A celte nouvelle, la désolation devint générale : des princes, des prélats, des religieux accoururent pour contempler un Saint dans la lutte suprême et recevoir sa dernière bénédiction. Ils le virent aussi calme, aussi serein, aussi doux qu'il l'avait été durant sa vie; c'était l'ami, le disciple, l'imitateur du Coeur de Jésus qui s'élançait dans le lieu de son éternel repos. Cet heureux passage arriva le 28 décembre, jour de la fête des Saints Innocents. « Or, le même jour, la Vénérable Mère de Chantai étant le soir en oraison, elle entendit une voix lui dire distinctement : Il x'est plus, et fut en même temps avertie que ces paroles concernaient son Bienheureux Père; mais comme nous ne voulons pas nous persuader les choses que nous redoutons beaucoup (dit la Mère de Chaugy), elle ne voulut aucunement admettre cette pensée. »
LETTRE CUXVÏIÏ