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LETTRE XXIV

A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET

A AXXECÏ '

Tendre affection pour la Sœur Rosset. — L'obéissance est préférable aux austérités volontaires. — Il faut suivre simplement la direction des Supérieurs.

VIVE -j- JÉSUS !

[Lyon, 1615 ]

Certes, ma très-chère fille, si, fais-je bien, moi aussi; je prends beaucoup de contentement à recevoir de vos lettres et de celles de toutes nos chères Sœurs, parce que je les vois pleines d'une bonne et sainte affection de leur avancement, dont je loue Dieu de toute mon àme, avec laquelle, ma très-chère fille, vous êtes assurée que je vous chéris très-amoureusement et tendrement en ce divin Sauveur. J'ai bien remarqué tout ce que vous me

1 La Mère Anne-Marie Rosset, native de Saint-Claude, en Franche-Comté, treizième Religieuse de la Visitation, fut privilégiée dès le berceau. Bénie dans son enfance par saint François de Sales, elle entra au monastère d'Annecy en l'année 1612, et parut comme un séraphin au milieu de ses ferventes compagnes. Vers la fin de 1614, elle fut gratifiée d'un privilège insigne : « Notre Sœur Anne-Marie (disent les anciens Mémoires) fut la première fille de la Visitation à qui le divin Maître découvrit les trésors de son Coelr adorable. Un jour, passant devant l'oratoire du noviciat, comme elle s'arrêtait à baiser les pieds d'un grand crucifix, il lui sembla que le Christ se baissait de lui-même , et elle se trouva les lèvres collées sur la plaie du sacré côté, avec un tel transport de son cœur dans le Coeur de Jésus qu'elle tomba en défaillance, et dans un ravissement des plus élevés qu'elle ait eus en sa vie : « Il me serait impossible de dire, » (assura-t-elle plus tard par obéissance), ce qui se passa en moi dans cet

dites par votre lettre, de voire cœur. Oh! ma très-chère fille, il faut doucement travailler pour l'affranchir de cette si grande tendreté qu'il a à ressentir les contradictions; car c'est trop, ma fille, pleurer tout un jour pour une légère correction; mais ce n'était pas la correction que vous ressentiez tant, oui bien la suite du retranchement de l'abstinence et de la lecture. Eh! mon enfant, encore que ce soient de bonnes actions, et une grande consolation de les faire, néanmoins la sainte soumission et l'amoureuse obéissance valent mieux que tout cela. Ne vous souvenez-vous pas, ma fille, de ce que notre très-digne Seigneur nous en dit au dernier entretien qu'il nous fit pendant que nous étions encore là? N'ayez donc rien en si grande affection que la sainte obéissance.

Non, ma fille, ne vous mettez point en peine de tout ce que vous entendez dire de l'oraison; cela ne se dit pas pour vous. Demeurez ferme en l'état où notre bon Dieu vous a mise, et suivez simplement ce que notre très-cher Père vous dit en cela et en toute autre chose. Demandez hardiment à lui parler quand il vous surviendra quelque peine ou quelque chose de nouveau, et, quand vous le verrez, suppliez-le de vous donner sa sainte et bénite main, et la lui baisez révéremment et très-

» emportement de mon cœur et de mon esprit dans le Coeur de mon Jésus. » Il me semblait que ce Coeur divin disait au mien cbétif : Xous ne nous » séparerons jamais ; nous nous aimerons éternellement Coeur à cœur ; je » te reçois pour ma fille et pour mon épouse, j'aurai toujours soin de toi.» (Archives de la Visitation d'Annecy.)

Celte vénérable Mère Anne-Marie eut toujours un grand attrait pour la vie humble, cachée et crucifiée: assistante à Annecy, Supérieure à Bourges, directrice à Dijon, de nouveau Supérieure à Condrieu, partout elle récolta la myrrhe de l'humiliation, qu'elle sut unir à l'encens d'une oraison continuelle et a l'or de la plus pure charité.

Sa longue carrière, qui ne se termina qu'en 1667, fut la réalisation de la parole prophétique de saint François de Sales : « Notre Sœur Anne-Marie » Rosset est une véritable épouse de Jésus-Christ, qui fera en toutes ses » actions la perfection de sa profession. »

iv. 3*

amoureusement de ma part, l'assurant que je le fais en esprit d'une affection nonpareille.

Faites-moi le bien, ma fille, de saluer souvent Notre-Dame de ma part.

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy ■

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