A MONSEIGNEUR JEAN-FRANÇOIS
FRÈRE ET SUCCESSEUR DE SAINT FRANÇOIS DE SALIS A l'ÉVÈCHR DE GENEVE
Sentiments héroïques de résignation sur la mort de saint François de Sales, — Déférence et soumission envers le nouvel Evêque.
vive f jésus!
[Belley, 7 janvier 1623.]
Oui, Monseigneur, j'adore de tout mon cœur la divine volonté en la mort de cet incomparable Père , et m'y soumets sans réserve; mais, 6 Dieu! non pas sans une extrême douleur, dans laquelle je veux ainsi aimer et révérer les décrets de son éternelle Providence sur moi qui mérite bien ce châtiment. Dieu nous fera miséricorde et vous conservera, s'il lui plaît, mon très-cher Seigneur, pour le service de sa gloire, en la place de ce grand homme de Dieu, qui nous a laissées si comblées de douleur, mais pleines de résolution de lui obéir toujours fidèlement et humblement en votre personne. Je vous supplie trèshumblement de m'adresser un mot chez M. N. pour me faire savoir si vous désirez que je me hâte, et aussi ce me sera consolation en ma douleur d'être en notre pauvre petit monastère d'Annecy lorsque le précieux corps de celte sainte âme y sera apporté. Oh! mon bon et cher Seigneur, ce sera désormais et plus que jamais que je ne chercherai rien en la terre, sinon mon Dieu dans lequel je me veux abîmer sans réserve, et, comme vous dites, adorer Dieu en silence et faire tout ce que nous pourrons pour parvenir à la participation de la gloire que nous espérons et que possède ce grand vaisseau d'élection.
LETTRE CDXIX A LA MÈRE MAR1E-AIMÉE DE BLONA-Y
SUPÉRIEURE A I.YOX
Acquiescement à la volonté de Dieu. — Le testament de saint François de Sales indique le lieu de sa sépulture. — Il faut surmonter les difficultés qu'opposent les magistrats de Lyon an départ de sa dépouille mortelle.
vivra -j- jésus!
[Bolley, 7 janvier 1623.]
Ma vraie et bien-aimée fille,
C'est de tout mon cœur que j'acquiesce à la très-sainte et très-adorable volonté de mon Dieu en cet événement si douloureux, et incomparablement sensible à mon chélif cœur. Je n'ai point de paroles; il faut désormais se taire et adorer par un profond sijence celte sagesse éternelle, qui m'a retirée tant de fois de la mort, pour me faire souffrir ces douleurs si prégnanles de me voir si promptement privée de la seule consolation qui me restait en cette vie. Bénie soit-elle à jamais cette douce volonté de mon Dieu, nonobstant l'amertume répandue en toutes les parties de mon àme, excepté en la fine pointe où elle ne peut vouloir ni aimer que les effets de son bon plaisir !
J'entends que messieurs de Lyon font difficulté de nous donner ce saint corps; je sais bon gré à leur dévotion; mais nous mourrons à la poursuite de ce trésor; car, de sa bouebe propre, il me dit qu'il voulait être enterré en notre monastère d'Annecy, proche de notre treille | grille); et, outre ce, il a déclaré cette sienne volonté par son testament. Donc, ma fille, qu'il ne vous reste ni force ni courage que vous ne l'employiez pour nous le faire venir; mais cela sans différer, je vous en conjure; et, si je l'ose, je vous le commande, selon le pouvoir que Dieu m'a donné sur vous, et qu'il soit conduit le plus honorablement qu'il se pourra l.
1 La dévotion des Lyonnais envers le R Evèque de Genève éclata avpc enthousiasme au moment même de son trépas. Ils accoururent eu
Mon Dieu, quelle douleur! 0 bon Jésus! ma fille, priez-le pour moi, à ce qu'il me fasse miséricorde, et la grâce de vivre désormais toute à Lui en la parfaite nudité et détachement de toutes choses, puisqu'il Lui a plu d'écorcher ainsi mon chétif cœur. Certes, je désire que ce grand et incomparable Serviteur de Dieu soit plus parfaitement parmi nous et plus ponctuellement obéi qu'il n'a jamais été.
Ce m'est une particulière douleur d'être partie de Lyon; toutefois l'ayant fait, comme vous savez, pour obéira son intention, j'acquiesce en tout. .
Ma fille, ne vous êtes-vous point avisée de lui demander ses derniers commandements pour moi qui n'en puis plus? Mais j'espère toutefois que je pourrai tout en Celui qui me conforte, la volonté duquel j'aime et confesse; je l'adore et m'y soumets pleinement, sans réserve. Qu'à jamais elle vive et règne en nous ! Votre , etc.
foule vénérer ses précieuses dépouilles et réclamer sa protection. Quand il fut question de transporter le saint corps en Savoie, on vit un soulèvement général ; les magistrats et le peuple s'opposèrent d'un commun accord à ce départ. Il fallut que les principaux de la ville d'Annecy, forts du testament de l'illustre défunt, recourussent au prince de Piémont et celui-ci au roi de Fiance, qui donna ordre de restituer le précieux dépôt. Aussi, lorsque la Mère de Chantai, à son tour, réclama l'intervention de Yictor-Amédée, ses désirs avaient été prévenus, et le 22 janvier, la petite cité illustrée par l'épiscopat de saint François de Sales recevait avec des transports de vénération les reliques bénies de son incomparable Pasteur.
LETTRE CDXX
A LA SOEUR FRANÇOISE-MARGUERITE FAVROT
ASSISTANT!'; A 1WECY
La parfaite adhérence au bon plaisir divin n'empêche pas de ressentir vivement la
douleur.
VIVE f JÉSUS !
[lielley, 7 janvier 1623,]
Oh Dieu! qu'il est raisonnable, ma très-chère Sœur, d'acquiescer au très-saint et adorable décret de la divine Providence! mais d'empêcher la douleur, il n'y a que Celui qui a fait la plaie qui puisse la guérir! Il faut toutefois prendre courage. Il ne faut pas craindre nos Sœurs de Lyon; elles sont filles d'obéissance. J'espère que bientôt nous aurons ce bienheureux corps. Hélas! ma très-chère fille, quelle rencontre pour ma bienvenue! Mais, ô mon [Dieu, vous le voulez, et je le veux aussi de tout mon cœur, quoiqu'avec des douleurs incomparables. Nous partirons lundi ou mardi, au plus tard; il me tarde plus d'être en cette bénite maison que vous ne sauriez penser; mais il faut ici servir Dieu sans réserve, en la façon qu'il lui plaira. Dieu soit notre unique consolation! il n'y en a plus que là; mais c'est assez. Qu'il soit béni éternellement! Votre, etc.
LETTRE CDXXI
A MONSEIGNEUR AX'DRÉ FRÉMYOT