‹ Lettres (volume 3)Chapitre 252 sur 351 · ARCHEVÈQCK DU BOURGES, SO\ FRÈRE · texte numérisé non relu

ARCHEVÈQCK DU BOURGES, SO\ FRÈRE

Même sujet.

VIVE f jésus!

[Belley, 1623.] MONSEIGXEUR,

Vous voulez savoir ce que fait mon cœur en cette occasion. Hélas! il a, ce me semble, adoré Dieu au profond silence de sa

très-dure angoisse! Certes, il n'avait jamais ressenti amertume si grande, ni mon pauvre esprit reçu une secousse si pesante; ma douleur est plus grande que je ne saurais jamais dire, et il me semble que toutes choses servent pour accroître mes ennuis, et me porter au regret. Il me reste pour toute consolation de savoir que c'est mon Dieu qui a fait, ou permis que ce coup ait été fait; mais, hélas! que mon cœur est faible pour supporter ce pesant fardeau, et qu'il a besoin de force! Oui, mon Dieu, vous aviez prêté cette belle âme au monde, maintenant vous l'avez retirée, votre saint Nom soit béni! Je ne sais point d'autre cantique que celui-là : « Le Nom de mon Seigneur soit béni! »

Mon très-cher frère et mon très-cher Père , mon âme est pleine d'amertume, mais aussi pleine de paix à la volonté de mon Dieu , à laquelle je ne voudrais pas contredire d'un seul clin d'œil; non, je vous assure, mon très-cher Père, dont il lui a plu de nous ôter ce grand flambeau de ce misérable monde, pour le faire luire en son royaume, comme nous croyons assurément, son saint Nom soit béni! Il m'a châtiée comme je méritais; car vraiment je suis trop misérable pour jouir d'un si grand bien, et d'un contentement tel qu'était celui que j'avais de voir mon âme entre les mains d'un si grand homme, vraiment homme de Dieu.

Je pense que celte bonté suprême ne veut plus que j'aie de plaisir sur la terre, et je n'y en veux plus avoir aussi, que celui d'aspirer après le bonheur de voir mon très-cher Père dans le sein de son éternelle bonté. Je veux bien pourtant demeurer dans cet exil; oui, mon très-cher frère, oui véritablement, ce m'est un exil bien dur, l'exil de cette misérable vie; mais j'y veux demeurer, dis-je, autant que la souveraine Providence le voudra, lui remettant le soin de disposer de moi selon son bon plaisir. Je me recommande à vos saints sacrifices, et cette petite famille qui est tout en douleur, laquelle fait son petit

gémissement avec tant de douceur et résignation que j'en suis toute consolée. Nous en partirons bientôt, pour retourner en notre pauvre petite demeure d'Annecy, là où ma douleur se renouvellera en voyant nos très-chères Sœurs. Dieu soit béni de tout! Vive sa volonté ! Vive son bon plaisir!

Je soulage bien mon pauvre cœur de vous parler de la sorte, et béni soit mon Dieu qui me donne encore cette consolation! Je vous remercie de votre charitable lettre; croyez que vous avez bien gagné les œuvres de miséricorde, car elle m'a fait grand bien, et à nos chères filles, de recevoir de vos nouvelles. Continuez-nous cette sainte affection, s'il vous plait, et vous assurez, mon très-cher Père, que nous vous porterons toujours en notre souvenir devant Dieu; car c'est de cœur que nous sommes vos petites filles; et moi spécialement, qui, comme la plus nécessiteuse de toutes, me confie en votre paternelle affection.

Je suis, en l'amour du Sauveur, Monseigneur, Votre trèshumble , etc.

LETTRE CDXXII

A LA MÛRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX

SUPÉRIEURE A M0UL1VS

Enlier abandon aux dispositions de la Providence. — Avoir un fdial recours aux Pères de Ta Compagnie de Jésus dans toules les difficultés. — Les Sœurs ne doivent pas demander de congés particuliers au Supérieur ni donner le nom de Mère à la Sœur déposée.

VIVE j JÉSUS !

[Annecy], 31 janvier 1623.

Qu'à jamais ce très-saint nom soit béni et loué en nos tribulations , afin que l'extrémité de nos douleurs soit un parfum agréable à sa divine Majesté! Ma fille, que le coup est grand et pesant, mais que la main qui l'a donné est douce et paternelle!

c'est pourquoi je la baise et la chéris de tout mon cœur, baissant la tête et pliant tout mon cœur sous sa très-sainte volonté que j'adore et révère de toutes mes faibles puissances. Il ne me reste en cette vie que le désir ardent de voir nos monastères en la parfaite et très-amoureuse observance des choses que ce très-heureux et très-saint Père nous a laissées. Il faut entreprendre cela, ma très-chère fille, et y porter toutes nos chères Sœurs, mais doucement et suavement; car surtout il faut que cet esprit de suavité éclate parmi nous; je vous le recommande de tout mon cœur.

La conduite de voire visite [régulière] et toute cette action a été très-bien. Il faut toujours faire ainsi. Le Père recteur est un digne homme que je salue révéremment; nous sommes très-heureuses d'avoir l'affection et l'assistance de cette Compagnie-là. Notre Bienheureux Père me dit à Lyon qu'il la fallait chèrement conserver , et prendre là notre conseil et secours en nos besoins. Il faut tolérer doucement ML le doyen et l'honorer, mais les Sœurs ont grand tort de s'adresser à lui pour avoir des congés; je les conjure de ne plus faire cela, et d'aller simplement à la Supérieure, et en la sainte observance, tant qu'il leur sera possible; elles savent bien que ce bon seigneur n'a pas été dressé aux choses de religion; qu'elles aillent courageusement et cherchent Dieu, faisant son bon plaisir.

Il faut que ma chère Sœur Marie-Aimée [de Morville] se contente de jouir des choses qui sont marquées dans ses privilèges; et je crois qu'elle le fera, car elle a son cœur très-bon, et je l'en supplie, sans passer outre, puisque c'est assez à une servante de Dieu. Tous ces congés ne la découlperaient pas devant Dieu. Oh! je m'assure de sa bonté, et que, plus que jamais, elle prendra bon courage. Je la supplie de ne point lire la Bible ; je sais très-assurément que notre Bienheureux Père ne le lui eût pas permis; il y a tant de bons livres, et puis nous avons tant besoin de nous appliquer à faire plutôt

qu'à étudier. Les Sœurs, en façon quelconque, ne doivent demander aucun congé qu'avec l'avis de la Supérieure. Seigneur Jésus ! qu'elles ne se laissent point emporter à cette fantaisie ! Malheur à celles qui, sans nécessité, voudront être dispensées! et, pour la nécessité, la Mère ne doit jamais refuser. Mais nos Sœurs sont, grâces à Dieu, bien éloignées de cela; elles ont le cœur trop bon; je les connais bien. Il faut que vous donniez vous-même les lettres du Père spirituel ; la Règle est claire, et ces petits commandements faits sans discrétion ne sont rien , sinon qu'il faut bien faire, en cela, ce que la charité requiert.

Pour Dieu ! suivez votre Règle en ce qui regarde les lettres, et qu'il suffise à ma Sœur M. -A. de vous donner fermées celles qui lui sont permises; il la faut conduire en cela doucement; et enfin que les paquets ne sortent de la maison sans passer par vos mains, cela discrètement, car il faut manier délicatement son esprit. J'espère qu'elle fera bien, Dieu aidant. Monseigneur haïssait ces miroirs; petit à petit, tout sortira. La disposition des officières est bien, et je vois qu'elles ont toutes bon courage, amour et estime de vous et de votre gouvernement; je ne leur puis écrire; je les supplie de m'en excuser pour ce coup. Je suis surchargée d'affaires; mais, Dieu aidant, je ne manquerai pas au besoin. Ayez un grand courage; Dieu vous aidera, je vous en assure, et vous rendez douce et suave surtout.

J'écris pour achever l'affaire de Nevers; Monseigneur l'avait à cœur. Au nom de Dieu, ma fille, contentez-vous et ne recherchez de glose en ce traité. Quand vous aurez ce que nous avons dit , jamais il n'en sera plus parlé. Je vous conjure derechef que le tout se passe doucement, sans conteste; accommodez-vous à tous, afin que le débat finisse. Monseigneur de Nevers ne veut pas que l'on paye la moitié des intérêts, ainsi que j'ai dit, mais on ne laissera pas de les payer, je vous eu donne parole et m'y oblige. Mais gardez-vous bien qu'on le

sache, car cela gâterait tout vers ce bon prélat qui est heurté à cela. Je suis marrie de ce que l'on contrevient pour une vanité à la Règle, puisqu'elle dit que la seule Supérieure sera appelée Mère; je voudrais qu'on ne l'eût appelée que ma Sœur J .-Charlotte, Certes , cela n'est pas bien ; vous diriez que nous avons peur de pratiquer et faire pratiquer la sainte humilité , qui était la chère vertu de notre Père.

Je n'en puis plus; je finis avec mille saintes salutations à nos chères Sœurs, et à vous, à qui je suis entièrement.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXXIII

A LA MERE PAULE-JÉRONYME DE MOXTHOUX

SUPÉRIEURE A NEVER8

Exhortation à suivre en tout les intentions du saint Fondateur. — Conserver la liberté du Chapitre. — Egards dus à la communauté de Moulins. — Les Sœurs fondatrices doivent demeurer au monastère qu'elles ont fondé.

vive j jésus!

[Annecy], 31 janvier 1623.

11 est vrai, ma très-chère fille, je le confesse, que mon Dieu est très-aimable et très-adorable au décret de sa divine Providence, laquelle je révère de toutes mes forces en cet événement si incomparablement douloureux; et je vous conjure de faire le même, et de prendre un nouveau courage pour faire que les choses que ce très-saint Père nous a laissées soient fidèlement observées, afin que nous puissions parvenir à Celui duquel il jouit pleinement. 0 ma fille, il ne faut plus avoir de pensées que pour celle bienheureuse éternité; ces moments ne nous sont donnés que pour cela; acheminons-y nos cœurs et ceux de nos très-chères Sœurs tant qu'il nous sera possible. Retranchez

de voire esprit ces peines que vous prenez, ma fille; mettez tout entre les mains de Dieu, et vous verrez que tout ira bien. Il se faut tenir avec le devoir qu'on doit au prélat, mais il faut conserver son autorité et celle du Chapitre, et suivre ponctuellement la Règle, ne se rendant pas esclave; je m'assure que les prélats nous laisseront toujours notre liberté.

Il me tarde, ma chère fille, que l'affaire de Moulins soit finie. Dieu y mette sa main, et veuille parfaitement unir ces deux communautés. Travaillez à cela et oubliez toutes ces petites tricheries; jetez tout cela dans la fournaise de la divine charité. Je suis tellement lasse de celte affaire et désireuse de la voir achevée, que je voudrais avoir donné de mon sang, et que c'en fut fait. Au nom de Dieu, ma fille, sorlez-en et avec l'esprit de notre Bienheureux Père, qui avait conçu tant d'aversion de ces petites contestes de N. Je connais bien votre cœur et je lui dis bien comme je vous avais toujours vue fort souple à tout ce que nous voudrions en cela. 0 mon enfant, il le faut achever ainsi et demeurer en paix. Je suis vôtre, ma fille, d'une sorte toute spéciale.

[P. S.] Courage, je vous prie; embrassez amoureusement toutes les rencontres de pauvreté, d'humilité, de mortification et tout ce qui se présentera, coopérant aux desseins de Dieu qui veut que votre maison soit fondée sur l'humilité, sur la bassesse et la confiance absolue en sa Providence. Soyez donc toutes très-petites et Irès-conlenles de l'être, et Dieu sera glorifié; je l'en supplie de tout mon cœur. Amen.

Les deux filles qui sont à \evers y doivent demeurer; car, Seigneur Jésus! où est-ce qu'on a coutume de ne pas vouloir garder les filles qui ont été envoyées pour fondement? Vous savez ce que je vous ai écrit autrefois sur ce sujet : la raison, la justice et la charité veulent cela. On ne les doit renvoyer, on peut bien les retirer (ceux qui les donnent^, ouïes employer ailleurs; mais que la maison où elles ont servi les en chasse, serait chose

indigne qui ne s'est jamais vue. Mon enfant, faites jouer tous vos ressoiis afin que tout s'apaise, et enfin témoignez toujours que vous ne voulez aucun débat contre vos Sœurs, et suppliez humblement que l'on ne demande nul consentement de vous pour cela; car c'est chose que vous ne pouvez ni devez. J'écris selon les sentiments que' je crois que Dieu me donne. Mon enfant, je suis vôtre sans réserve.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.

LETTRE CDXXIV (Inédite)

A LA S OE U R ANNE-MARIEROSSEÎ

ASSISTANTE ET MAITRLSSE DES NOVICES A DIJON

L'espérance de revoir au ciel son Bienheureux Père console la Sainte dans sa douleur. — Ne pas juger les actions de la Supérieure el demander avec confiance les soulagements nécessaires à la santé.

VIVE •{- JÉSUS

[Annecy, 1623.]

Hélas! ma très-chère Sœur, il est vrai, le seul bon plaisir de Dieu et la gloire que possède ce Bienheureux Père sont ma seule consolation en celte incomparable perte. Or bien, nous irons un jour le voir, moyennant la douce miséricorde de Dieu, laquelle je vous conjure de m'impétrer. [// manque plusieurs lignes.)

Nos Sœurs ont très-grand tort de s'amuser à regarder qu'elle [la Supérieure,] n'est pas assez infirme pour prendre les soulagements qu'elle prend. Certes, en cela je ne les puis excuser, et dis encore qu'elles ont très-grand tort : leur appartient-il d'aller éplucher sur cela? Si elle faisait des choses apparemment contraires à la Règle, il lui faudrait remontrer humblement; mais aller peser si elle est assez malade pour s'aller coucher

ou non, cela me déplaît bien, et je sais, certes, qu'elle est infirme et sujette à beaucoup d'incommodités; que si nos Sœurs les avaient, elles chercheraient bien leur soulagement. Voilà une mauvaise tentation; je prie Dieu qu'il y remédie, car sitôt que l'estime que l'on doit à la Supérieure est levée, adieu, tout se dissipe.

Or, je vous prie, ma très-chère Sœur, faites tout ce que vous pourrez afin que la cordialité règne par là. Demeurez ferme en votre étal; Dieu ne veut de vous autre chose. Mais, je vous supplie, obéissez à la Règle qui dit que l'on demande en simplicité les soulagements dont l'on a besoin; vous ferez chose agréable à Dieu, car en obéissant vous vaincrez votre cœur qui est attaché à ces choses extérieures.

Rendez-vous toujours plus cordiale, ouverte et familière avec la Mère, voire même aux novices, que je salue de toute la force de mon cœur. A part, notre Sœur M. -A. et la petite N***. A cause de sa tendreté, soyez-lui une bonne nourrice, je vous prie. Dieu fasse tirer profit à notre Sœur N*** de son retardement; je crois qu'elle ferait plus par l'encouragement et cordialité que par les mortifications : essayez-le, je vous prie, c'est mon sentiment.

Conforme à une copie faile sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitalion d'Annecy.

LETTRE CDXXV

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE REAIMONT

SUPÉRIEURE AL' PREMIER MONASTERE DE PARIS

Misérable est le cœur à qui Dieu ne suffit pas. — Saint François de Sales visite le monastère d'Annecy par des odeurs célestes. — Ne plus aspirer qu'à l'éternité.

[Annecy, 1623.]

Ma très-chère Soeur,

11 est vrai, c'est l'extrémité des douleurs que je puis recevoir dans cette vie que la privation de la chère présence de mon Bienheureux Père, laquelle était mon unique trésor et ma seule joie en ce monde. Mais, puisqu'il a plu à mon Dieu de m'en priver, j'acquiesce de tout mon cœur à son bon plaisir, me consolant, en ce que je puis dire avec vérité, qu'il est maintenant mon unique et seule consolation; mais aussi, ma très-chère fille, n'est-ce pas assez et même tout? Certes, le cœur est trop avare à qui Dieu ne suffit, et le cœur est misérable qui se contente de moins que de Dieu.

Ma très-chère Sœur, ne faut-il pas que je vous dise et à ma très-chère Sœur Hélène-Angélique [Lhuillier] , puisque, par la bonté de Noire-Seigneur, vous êtes parfaitement unies, je vous veux donc dire que cette très-sainte âme, qui nous a donné tant de parfums de vertus, nous en donne encore à présent des extérieurs \ La plupart des Sœurs d'ici ont senti une infinité de fois, et en divers lieux, des odeurs si suaves et exlraordi-

1 On lit dans l'Histoire de la fondation du premier monastère d'Annecy: u Aussitôt que le béni corps [de saint François de Sales] eut été apporté dans l'église de ce premier monastère, on sentit par toute la maison des odeurs célestes, ce qui fut cause que notre digne Mère commanda absolument à la sacristine qui, seule, pouvait avoir des pastilles et eaux de senteur pour sa charge, de n'en user en façon quelconque, donnant la même obédience à

naires, que nous croyons probablement que c'est le Bienheureux qui nous visite et nous fait entendre, par ces odeurs célestes, qu'il prie pour nous. Que cela touche le cœur, ma trèschère fille. J'en fus dimanche tout attendrie; car, par trois diverses fois, je les sentis.

De vous dire comme Dieu manifeste son très-humble Serviteur , ce sera M une chose trop longue. Bref, il y a de quoi grandement glorifier et remercier Noire-Seigneur. Faisons-le donc, mes très-chères filles , que mon âme chérit uniquement , mais faisons-le par une fidèle observance des choses que nous savons. Oh ! quel honneur et quel bonheur que de servir, par une trèshumble et absolue soumission, la sainte volonté de noire bon Dieu! Mes très-chères filles, il ne faut plus penser ni aspirer qu'à celte glorieuse éternité; là est noire Souverain Bien duquel nous jouirons éternellement, dont il soit béni ! Votre, etc.

LETTRE CDXXVI

A LA MÈRE FItAXÇOISE-GABRIELLE BALLY

SUPÉRIEURE A BOURGES

Pratiquer fidèlement l'humilité, la douce charité et la confiance en Dieu. — 11 ne faut priver aucune Religieuse du bienfait de la correction. — Rien au monde ne doit altérer la paix du cœur.

VIVE -J- JÉSUS.'

Annecy, 20 février 1023.

Ma TRÈS-CHÈRE FILLE,

Vous savez, il y a longtemps je m'assure, l'incomparable

toutes les Sœurs de ne manier, ni mettre chose odorante par le monastère; mais toutes ces précautions ne servirent qu'à mieux faire connaître la grâce deNotre-Seigneur, car les cloîtres , allées, chœur, oratoires et autres lieux du couvent étaient souvent parfumés d'une très-douce odeur, laquelle, comme une onction céleste, répandait plusieurs bénédictions intérieures sur cette communauté. »

perte que nous avons faite eu cette vie. Hélas ! j'espère en la bonté de Notre-Seigneur qu'elle nous sera récompensée dès le ciel, par celui qui maintenant jouit si à souhait de la félicité à laquelle il a tant aspiré, et qu'il nous obtiendra toutes les grâces nécessaires pour bien et fidèlement accomplir ce qu'il nous a si saintement ordonné. Ma très-chère fille, il n'a recommandé que cette ponctuelle observance. Au nom de Dieu , soyons-lui fidèles, et à conserver l'esprit d'une véritable humilité et douce charité; surtout, surtout, je vous conjure, et toutes nos Sœurs pour ce point, de demeurer en paix avec une entière confiance en Dieu, car c'est où notre Bienheureux Père nous a toujours renvoyées.

Ce m'est un grand contentement de savoir que Mgr l'archevêque vous soit si affectionné ; c'est un très-vertueux prélat ; faites-lui très-humble révérence de ma part. Je crois que vous ne devez pas refuser des filles de huit cents écus avec leurs meubles, si elles ont de bonnes dispositions. Ayez grand courage; croyez que Dieu ne vous délaissera point.

Je salue chèrement M. P. , je le chéris et honore grandement comme un bon serviteur de Dieu et très-affectionné à notre Institut. 0 ma fille ! la Sœur assistante est votre fille comme les autres; il la faut corriger, redresser et perfectionner; elle est jeune, elle a bon zèle; mais il la faut plier, quoique doucement, en la prenant par raison, cordialement, lui faisant voir ses défauts, et ne lui souffrir nullement qu'elle exerce sa charge impérieusement; cela est tout contraire à son devoir et à l'esprit de Monseigneur notre Bienheureux Père; mais en cela elle agit selon son naturel, lequel elle doit adoucir, modérer et humilier; qu'elle voie les Entretiens. Enfin, il la faut aider et ne souffrir nullement que l'esprit d'aigreur entre chez nous sous nul prétexte; il n'y aura point de danger de l'ôter de charge, si elle ne se change. Au moins, l'année prochaine, il faudra mettre une autre assistante: ma Sœur Anne-Marie est une

brave fille qui pourrait y être employée. Ma très-chère fille, je vous conjure de ne vous point laisser abattre l'esprit pour toutes les croix que vous avez. Croyez-moi, c'est un grand présage de sainteté que tout cela, et aimez, je vous prie, votre pauvreté. Hélas ! que notre unique Père l'aimait !

Ma fille, ma fille très-chère, la grande douleur que mon chélif cœur ressent pour celte privation ! mais je vous dirai que, grâce à mon Dieu, c'est avec paix. Oh ! qu'il aimait cette paix, et combien de fois nous l'a-t-il recommandée ! Non, jamais, disait ce saint homme, pour chose que ce soit, il ne faut perdre sa tranquillité. Je vous dis le même, ma très-chère fille, ne perdez point votre paix pour chose quelconque; confiez-vous en Dieu; remettez entre ses mains bénies toute voire charge, ayez soin qu'il soit glorifié, et vous verrez qu'il accourra à votre secours.

Je n'écrirai point à nos Sœurs, pour ce coup, je n'en puis plus. Certes, je sais bon gré à noire pauvre Sœur Marie- Hélène [Le Blanc] de vous soulager; c'est un bon cœur; mais qu'elle se décharge de ses soins, de ses crainles et désirs superflus, et se délaisse tout à l'obéissance. Voilà un billet pour celte petite Anne-Catherine qui me fait si grande pitié. Il y a trois mois que je n'avais reçu de vos nouvelles, le temps m'en était long. Je ne manquerai jamais de vous écrire et de vous répondre, ni de vous servir tant que je pourrai, ma très-chère fille, car je vous aime comme mon propre cœur. Notre Sœur Marie-Gasparde [d'Avisé] vous écrit nos nouvelles, car je ne le puis. A Dieu, ma fille très-chère, je supplie cette infinie Bonté de vous tenir sous sa sainte protection et pourvoir de tout ce qui vous est nécessaire. Je salue le Révérend Père recteur précédent. Je suis entièrement toute vôtre, ma très-chère fille.

Dieu soit béni! Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives île la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXXVII

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A DIJO

Exposé de l'état de paix et de résignation dans lequel elle reçut la nouvelle du décès de son Bienheureux Père.

VIVE f JÉSUS !

[Annecy], 20 février 1623.

Ma très-chère fille,

Il est vrai que mon àme ne fut jamais si sensiblement touchée qu'elle l'a été et est encore sur la privation d'une si sainfe et utile présence que celle de notre Bienheureux Père; mais il est vrai aussi que, par |a grâce de Dieu, elle ne fut jamais moins troublée. Voici comme je reçus ce coup, lequel en vérité m'eût fait mourir, si une autre main que celle de mon Dieu me l'eût donné : nous étions à Belley ; et , le jour des Rois , les Révérends Pères Capucins et autres vinrent au parloir. Après avoir parlé d'affaires, je demandai : Mais, mon Dieu ! n'a-t-on point de nouvelles de Monseigneur ? On me dit tout froidement que oui, qu'il était malade à Lyon. Je dis incontinent qu'étant voyagère j'y voulais aller. Alors, ils me donnèrent une lettre de Mgr d'aujourd'hui, qui est son très-digne frère. Avant que de la lire, je me relirai intérieurement en Dieu, et ainsi j'ouvris cette lettre où je trouvai que notre Bienheureux était au ciel; mon cœur fut saisi nonpareillement. Je me mis à genoux, et adorai la divine Providence, embrassant le mieux qu'il me fut possible la très-sainte volonté de Dieu et mon incomparable affliction en icelle. Je pleurai abondamment le reste du jour, toute la nuit et jusqu'après la sainte communion du jour suivant, mais fort doucement et avec une très-grande paix et tranquillité dans cette divine volonté et en la gloire dont jouit ce Bienheureux , car Dieu m'en donna beaucoup de sentiment avec des lumières fort claires des dons et grâces que la

divine Majesté lui avait conférés, et de grands désirs de vivre désormais selon ce que j'ai reçu de cette sainte àme. Après la sainte communion, je continuai ce que j'avais à faire; mais j'avoue à votre cœur que je n'ai encore passé qu'un jour ou demi-jour sans larmes et en abondance; car mon cœur est fort touché, quoique en paix, et ne laisse à faire aucune chose de ce que je dois. Mes attendrissements se font en écrivant, ou parlant à ceux que ce Bienheureux aimait.

Vous vous êtes excellemment bien comportée, et votre chère troupe, en cette affliction. Hélas ! il faut que je vous dise encore que je ne parlai à ce Bienheureux, étant à Lyon, que de nos maisons et de nos petites remarques pour notre Coutumier et pas un mot de mon intérieur. Dieu soit béni qui m'a encore voulu priver de cette consolation et profit ! Je reçois une grande satisfaction de voir comme Dieu manifeste son très -humble Serviteur par tant de miracles, que c'est chose digne de bénédictions! 0 ma fille, prions, humilions-nous et soyons fidèles à Dieu, en reconnaissance de ses miséricordes. Je salue votre cher cœur, et suis de tout le mien, votre, etc.

LETTRE CDXXVIII (Inédite)

A LA MÈRE MARIE- AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LYON

Prière de lui envojer des reliques de saint François de Sales et de lui communiquer ses dernières intentions. — Xe pas s'absenter de l'Office pour travailler à quelque ouvrage, fût-ce même pour la sacristie.

VIVE f jksis!

Annecy, 2 mars IGûi.

[De la main de la Sœur Marie-Gasparde d'Avisé.] Ma trèschère Mère, notre très-digne Mèro m'a commandé de dire à Votre Charité qu'elle ne vous peut écrire j mais elle dit aussi qu'elle vous a déjà prou écrit sans avoir aucune réponse, ni

d'effet, ni de lettre. Elle vous prie de lui envoyer des reliques de notre Bienheureux Père; toutes nos maisons s'adressent ici pour en avoir, et tant de monde qui s'adresse à Mgr l'évêque, lequel n'en a pas aussi. Ils vous prient tous deux de leur en envoyer de toutes celles que vous avez et en quantité ' ; et , s'il y a moyen , que vous fassiez tant vers le jardinier qu'il rende la chemise qu'il a eue de feu Monseigneur.

Certes, notre très-chère Mère dit qu'elle voudrait bien avoir quelque réponse de tout ce qu'elle vous a demandé. Elle désire encore que Votre Charité lui envoie si Monseigneur ne vous a point dit ce qu'il faudrait faire, s'il se présentait une occasion comme celle de notre Sœur F. -Jéronyme, si par hasard un évoque voulait faire la même chose, et que vous lui envoyiez ce qu'il vous en a dit, et aussi s'il ne vous parla point de ce qui regarde l'union de nos maisons depuis son départ, si l'assemblée fut faite avec les Pères Jésuites et ce qui fut résolu. Elle vous prie de vous en informer bien particulièrement vers le Père Michàëlis [Jésuite].

Elle dit que pour la nièce de notre Sœur Marie-Catherine de Villars, nous ne la pouvons pas recevoir à cet âge, mais que quand elle aura l'âge, si elle est jugée propre, nous la recevrons.

[De la main de la Sainte. ] Ma chère fille , je ne suis pas si sèche que cette Sœur M.-Gasparde. Oh! non, je ne me fâche point, j'attends en patience la réponse à toutes mes petites demandes. C'est pour les Directoires", car si je peux, je n'y veux

1 La Mère de Blonay avait recueilli avec un soin filial lotit ce qui servit au Bienheureux Evêque, pendant sa maladie et après sa mort. Mais le plus riche trésor conservé au monastère de Lyon fut le cœur de saint François de Sales, qui y demeura l'objet d'un culte spécial jusqu'à la Révolution de 1793; les Religieuses, forcées de quitter la France, emportèrent cette relique comme la plus douce consolation de leur exil, Le cœur de saint François de Sales est actuellement vénéré à la Visitation de Venise.

i La Sainte lédigeait alors les Directoires des olficières, lesquels font partie du Coutuniier,

rien mettre que de l'esprit de notre Bienheureux Père et selon son intention. Votre paquet où étaient les Règles n'est point venu, et, partant, il faut que vous me récriviez longuement et bien. Voilà votre Entrelien puisque vous en êtes si pressée; si vous l'envoyez à Paris ou à Orléans, ils le pourront accommoder, si mieux vous ne voulez prendre la patience de le faire vous-même. Faites-y ajouter de la même main ce que Monseigneur a dit : qu'il ne fallait nullement quitter les Offices pour avancer les ouvrages, quoiqu'ils fussent pour l'église; de faire la lecture aux Sœurs quelquefois, il le tolérait, mais il faut excepter les absolues nécessités.

Je répondrai à toutes vos lettres. Je vous prie de faire presser M. de Sacconnex par M, Brun, qui nous fera bien cette charité, et je le salue, et [de presser] aussi madame Daloz, car il n'y a plus moyen de tant différer. Je salue s mais chèrement, M. de Saint-Nizier et toutes nos chères Sœurs, et votre cher cœur, ma fille, Je me suis avisée de faire copier l'Entretien avant que de vous l'envoyer, mais sans le corriger, car je n'en ai pas le loisir fant je suis après nos Directoires. Je voudrais bien que vous sussiez du Père Michaëlis, sans parler de moi, les petits moyens pour conserver l'union en nos maisons. Nous en avons déjà quelqu'un de notre Bienheureux. Mais n'avez-vous pas reçu de Dijon les lettres de madame la première [présidente Brûlait] que Monseigneur lui avait écrites? Bonsoir, ma fille.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy

LETTRE CDXXIX (Inédite)

A LA MÊME

Importance du bon choix des sujets.

VIVK J JÉSUS !

Annecy, 9 mars 1623.

Je ne sais ce qu'il vous faut, ma chère petite, je vous écris si souvent et toujours vous vous plaignez de moi; aussi n'aurezvous rien de moi, pour le coup, que ce billet, car je viens de tant écrire que la tête m'en fait mal; puis noire messe et le messager me pressent, Je n'ai pas loisir de chercher votre lettre, ni de la lire, mais c'est aussi que je n'ai pas souvenance qu'il y ait rien à quoi je n'aie répondu. Je vous dirai toujours : Choisissez bien les filles et n'épargnez point votre cœur pour recevoir les mortifications qu'il faudra souffrir pour cela. Communiez hardiment et humblement, selon le désir de votre très-bon Père spirituel, que j'honore plus que je ne saurais dire; et toutes nos chères Sœurs, je les aime tendrement et leur sais très-bon gré de vous bien aimer, et encore plus de ce qu'elles sont si bonnes filles. Certes, la gloire en soit à Dieu ! Celles d'ici font bien.

Saluez le bon confesseur de Monseigneur.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aus Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXXX

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

A MOULINS

Paix et résignation au milieu des plus sensibles regrets. — Il ne faut pas être ardente à procurer de nouvelles fondations. — Prudence dans le choix des directeurs. — Recueillir avec soin les lettres et les paroles de saint François de Sales.

VIVE -J- JÉSUS

Annecy [1623].

Ma très-chère Soeur,

Vous savez, il y a longtemps, les choses qui sont arrivées; je ne puis sans larmes en parler; c'est pourquoi je nie tais, pour adorer en profond silence la très-sainte volonté de mon Dieu. Je n'avais rien à perdre ni à gagner en cette vie que cela ; béni soit Celui qui m'a mise toute nue! Sa bonté me revêtira de Lui-même, ainsi [que] je l'en supplie, et que mesbui je vive à Lui seul, en sorte que je parvienne à cette bienheureuse gloire que possède maintenant celte âme bénite et très-sainte, [de laquelle] nous possédons douloureusement, mais très-révéremment et chèrement, le saint corps. Tout le désir de mon âme, c'est de voir observer fidèlement en nos monastères les saintes Règles et instructions qu'il nous a laissées. Hélas! quelle douleur d'en savoir la moindre négligée sous de chétifs prétextes! Ce saint homme disait qu'il n'avait plus rien à nous dire, que tout était compris en ce qu'il nous avait donné, qu'il ne fallait sinon l'observer. Oh! Dieu nous en fasse la grâce, et que nous préférions cela à toutes nos sagesses et inclinations humaines.

Vous n'aurez point de lettre pour Mgr de Clermont, ni n'en eussiez point eue, car notre Bienheureux Père m'avait dit qu'il ne trouvait nullement bon que nous lissions des poursuites pour nous établir nulle part; qu'il fallait laisser cela à [la] divine Providence (ce fut à propos de la lettre que vous demandiez de Ja Reine). Puisque la maison est achetée à Riom, il ne faut pas la

changer. Dieu conduise cette affaire selon son bon plaisir! Il faudra, quand la chose sera arrêtée, demander votre obéissance à Mgr qui est maintenant en charge, parce que vous êtes de ce couvent.

Il faut, ma très-chère fille, que vous soulagiez votre pauvre Mère le mieux qu'il vous sera possible. Tout plein de filles m'ont écrit qu'elle donnait satisfaction et que tout allait bien. Nos Sœurs qui écrivent et parlent au bon M, le doyen ont grand tort, car elles savent bien que ce n'est pas un homme à cela. J'espère qu'elles ne le feront plus, je les en conjure. Dites-le-leur, ma très-chère Sœur, et qu'elles s'attachent invariables à leurs observances; elles ont les Pères Jésuites, gens solides. 0 Dieu! faut-il voir ces enfances-là! ce n'est qu'amourpropre. Je prie Dieu qu'il les en délivre, et qu'il leur donne l'esprit de leur saint Père; il était bien éloigné de tout cela. Je n'ai point reçu votre cantique , renvoyez-le-moi, ma très-chère fille, et ce que Dieu vous donnera pour l'autre. Faites-[le] sur le chant que vous voudrez, et m'envoyez celui que vous me fîtes allant à Paris.

L'on veut faire la vie de Monseigneur et imprimer ses lettres; c'est pourquoi on ramasse partout, et je vous supplie, ma trèschère fille, de nous envoyer des copies de toutes celles que vous pourrez reconnaître et avoir. Et des belles paroles qu'il vous a dites autrefois de lui, tâchez de vous en ressouvenir et me les envoyez, comme aussi les réponses à des demandes.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXXXI

A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET

ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES, A DIJON

Quand Dieu impose le joug , il aide à le porter. — Combattre la jalousie et chercher la perfection dans la pratique de la Règle et non dans les austérités de son choix.

Annecy, 29 mars 16"23.

Ma très- chère Soeur,

Ne recevez jamais, sous aucun prétexte que ce soit, aucun doute que Dieu ne vous ait mise lui-même en la charge où vous êtes. Cette croyance doit être un fondement de confiance que Celui qui vous emploie se mettra avec vous sous le joug, pour vous rendre celle charge légère, si vous lui donnez votre consentement. Si vous êtes attaquée de la défiance de vous-même, ne vous en étonnez point, jetez-vous à l'aveugle entre les bras de la divine Providence. Ma fille, dès qu'une fois nos cœurs ne cherchent que Dieu et son bon plaisir, le divin Sauveur les remplit d'une si grande abondance de son esprit, que l'on n'y voit plus que bénédiction et perfection.

11 est vrai, c'est un trésor à votre maison, et, certes, atout notre Institut , que cette chère Sœur [madame de Vigny]. Que la bonne femme ne s'étonne point; cela est assez ordinaire que les grandes affections causent toujours un peu de jalousie, surtout dans les âmes encore immorlifiées et attachées à elles-mêmes; caries cœurs généreux attachés à Dieu et détachés de leur propre intérêt méprisent telles faiblesses. C'en était une dans cette chère àme qui lui a causé tout cela, et encore un peu de mélancolie et désir d'emploi. Elle me 1 a dit naïvement, car elle est toute bonne. Or, j'espère que désormais nous laisserons là nos répugnances et sentiments, et nous mettrons tout de bon à courir en la voie de la perfection. Ne croyez pas, ma fille, de l'acqué-

rir par des austérités contre la Règle. Dieu veut que nous édifiions nos Sœurs par humilité, douceur, vraie dévotion et oubli de nous-mêmes, et non par les macérations du corps : l'un profite plus que l'autre en toute façon.

Nos Sœurs NN. ne vous écrivent pas; elles sont allées à Rumilly par l'ordre de Mgr notre prélat pour dresser es pratiques religieuses des parfaitement bonnes âmes qui se sont retirées du monastère ouvert [sans clôture] pour se réformer sous la règle de Saint-Bernard1. Je les recommande à vos prières et les misères de mon cœur qui est tout vôtre, etc.

Conforme à une copie gardée aus Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXXXII {Inédite) A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS JOLY DE LA ROCHE

SUPÉRIEURE A ORLÉANS

11 ne faut recevoir qu'une ou deux filles au plus, qui pour des maux de tête ne pourraient s'appliquer à l'oraisou. — Ne pas permettre inutilement l'entrée du monastère, même aux personnes qui aspirent à la vie religieuse. — Projet d'établir une maison de la Visitation à Marseille.

vive -\ JESUS !

[Annecy], 31 mars 1623.

Il est vrai, ma très-chère fille, je le confesse, c'est l'extrémité de douleur pour mon chélif cœur; mais quoi! mon Dieu le veut et mon Bienheureux Père jouit de la félicité éternelle, n'est-ce pas assez pour me confondre en mes tendresses et me

1 L'abbaye de Sainte-Catherine (de l'Ordre de Saint-Bernard, située aune demi-lieue d'Annecy) étant tombée dans un déplorable relâchement, saint François de Sales mit tout en œuvre pour lui rendre son ancienne splendeur. Voyant l'inutilité de ses efforts, quelques-unes des Religieuses les plus ferventes, ayant à leur tète la Mère Louise-Blanche-Thérèse de Ballon, résolurent de se retirer pour fonder ensemble un nouveau monastère, où elles feraient refleurir la primitive observance. Soutenues par la protection du Bienheureux Prélat et aidées de ses conseils, elles purent venir à bout

faire tenir coite? Oui, certes, béni soit Dieu ! Ne parlez plus que de vivre en telle sorte que nous puissions un jour parvenir en ses tabernacles éternels. Je connais votre cœur, sa bonté, sa franchise et son amour pour moi, Dieu me fasse la grâce de vous correspondre; je le veux de toute mon affection, et ne vivre un moment que pour vous servir toutes sans réserve; mais, hélas! que j'en ai peu de capacité! Conseillez-vous à nos Règles et aux Pères Jésuites, pour les petites occasions douteuses qui vous arrivent avec les prélats. Il faut ralentir doucement cette grande affection qu'ils ont aux biens [temporels].

Il n'y a point de mal de prendre une fille qui ne peut s'appliquer à l'oraison, et notre Bienheureux Père disait qu'il n'en fallait qu'une ou deux en chaque monastère, au plus.

Quand les Sœurs vous demandent congé de parler en particulier, elles doivent dire pourquoi, s'entend le sujet en général, pour ce qui les regarde, de même de ceux qui leur parlent, la Règle nous instruit assez pour cela. Pour Dieu, que votre Sœur F. M. suive la communauté, et ne se couvre en son inclination du prétexte et conseil de notre Bienheureux Père; il aimait souverainement que l'on allât toutes d'un pas. Certes, si celte dame ne peut quitter encore le monde et se rendre Religieuse, elle doit avoir patience, car ces entrées ne se permettent non pas même aux filles prétendantes. Ma toute chère fille, messieurs vos père et mère se portent bien ; je ne les ai point vus pourtant.

Bientôt on envoie à Marseille, je pense que ce sera notre

de leur difficile entreprise, el le 8 septembre 1622, la première maison de la réforme était solennellement établie à Ilumilly. D'après la promesse du saint Évèque, promesse que la mort ne lui laissa pas le temps d'effectuer, la Mère de Chantai envoya deux de ses filles chez les Dames Bernardines pour initier celles-ci aux usages monastiques, Dieu bénit la nouvelle famille religieuse, qui se propagea rapidement; la Mère de Ballon avait établi six maisons de son Institut en Savoie et un plus grand nombre en France, quand elle fut conviée au repos éternel, le 14 décembre 1(368.

Sœur Françoise-Marguerite [Favrot], ce que je ressens un peu, car c'est une vraie bonne femme qui me soulage fort; mais Dieu soit béni! Ma très-chère fille, je suis plus vôtre que vous ne sauriez imaginer. PourDieu, soulagez-vous. J'espère que ces sueurs vous guériront, si Dieu plaît; je l'en prie de tout mon cœur. Je vous écrivis un billet il y a quelque temps, n'ayant reçu aucune nouvelle de vous, il y avait trois mois et demi.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Rennes.

LETTRE CDX XXIII (Inédite)

SUPÉRIEUIlli A LYOX,'

Dispositions concernant la fondation de Marseille. — La Mère de Blonay est autorisée à corriger les Directoires.

vive •{• jésus!

Annecy, 31 mars 16'J3.

\De la main d'une secrétaire.] Ma très-chère Mère, notre très-chère Mère vous supplie d'envoyer ces lettres de Paris à la poste, et de mettre un bon port dessus le paquet, et la date du jour qu'elles auront été données à Lyon , disant que, s'ils les remettent promptement, on leur donne tant. Elle vous prie aussi de voir la lettre qu'elle écrit au Père Le Jeune, et vous mande que Mgr veut que l'on prenne ici toutes les Religieuses qu'il faut pour Marseille, puisque la Supérieure s'y prend, et qu'aussi elle a considéré devant Dieu qu'en vraie vérité vous n'en pourriez fournir, puisqu'il vous faut faire la fondation de Màcon; qu'après avoir tiré celles qui conviendraient, elle ne voit aucune des vôtres qu'on vous puisse lever sans intéresser votre maison ; mais qu'il faut que Votre Charité conduise si prudemment que l'on ne sache pas où on les aura prises, n'en étant pas besoin, et que vous fassiez réponse au Révérend Père, sur toutes

ses demandes; que nous portons du linge, et mangeons de viande, et le reste. Vous n'aurez pas encore le Directoire, notre très-chère Mère le veut encore voir.

[De la main de la Sainte.] Ma très-chère fille, croyez que je ressentirai très-bien le dépouillement de notre bonne Sœur Françoise-Marguerite; c'était ici tout mon soulagement; mais je me trouve consolée que rien ne me demeure que Dieu, que je souhaite de tout mon cœur être mon seul appui et secours.

Vous pouvez envoyer l'Entretien dans nos maisons après que vous l'aurez raccommodé. J'écris à madame de Chevrières, selon votre commandement. Vous verrez nos pénitences; ma Sœur vous portera tout, et je vous prie, ma fille, de le bien considérer et d'y ajouter ou diminuer ce que vous jugerez à propos. 0 ma fille, agrandissons fort notre courage pour servir Dieu avec toujours une plus grande piété, sincérité et vaillance spirituelle. Dieu soit béni !

S'il ne faut pas que nos Sœurs partent qu'on n'ait réponse de Marseille, mandez-le-nous, ma fille, au plus tôt, par les marchands qui sont partis. L'on a donné de l'argent à votre homme pour son retour. Vous manderez au Père qu'il envoie un homme, ainsi qu'il l'a écrit, pour conduire nos Sœurs, qui ait soin du voyage dès Lyon. Dieu soit béni! Bonjour, ma très-chère fille.

Conforme à l'oriyiual gardé aus Archives de la Visitation d'Annecy

LETTRE CDXXXIV

A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX

SUPÉRIEURE A MOULINS

Les Filles de la Visitation doivent aimer la sainte pauvreté. — Ne pas garder dans le monastère des jeunes personnes sans vocation. — Conseils pour la direction de quelques Religieuses. — Il ne faut pas faire du dortoir une infirmerie.

VIVE f JÉSUS !

[Annecy, 16-23.]

Dieu soit béni, ma -très-chère fille, de votre accommodement avec nos Sœurs de Nevers; je le savais, il y a longtemps. Je vous conjure, que dorénavant vous viviez ensemble avec une parfaite union et douceur vraiment cordiale : c'était le désir de notre Bienheureux Père. J'écrirai à notre Sœur la Supérieure de Paris, si elle peut vous laisser la dot de notre Sœur M. -Marguerite; elle le fera, car elle n'est nullement avare; mais il y faut suivre l'équité.

Pour Dieu , ma très-bonne et très-chère fille , tenez votre àme fort éloignée des désirs d'être bien accommodée. Aimez la pauvreté, et Dieu vous comblera de ses vraies richesses; c'est le vrai esprit de notre Bienheureux Père. Il ne pouvait supporter qu'on eût de l'ardeur aux commodités temporelles et que l'on s'en souciât, et il se plaisait quand il voyait des âmes estimer et aimer la pauvreté. Hélas! nous l'avons vouée, il est bien raisonnable que nous la chérissions plus que les richesses auxquelles nous avons renoncé, et c'est avec le grand Maître que ce contrat a été fait. 0 ma fille, ne vous fâchez pas de ce que je dis ceci : je ne vous accuse point de ce mal; mais c'est que j'ai un extrême amour à voir la sainte pauvreté aimée et caressée parmi nous, et je désire que cette affection soit en toutes les âmes de notre Institut. 0 Jésus ! ma très-chère fille, ne vous chargez point de filles qui n'aient pas la vocation religieuse et les dispositions pour notre manière de vie. Après

quelques mois que vous aurez exercé la charité envers cette demoiselle, si Dieu ne la touche vraiment, et que de bon cœur elle ne veuille pas être Religieuse, vous devez prier fort humblement messieurs ses parents de la retirer; car, quelle apparence, je vous prie, aller tenir dans le monastère des filles pensionnaires simplement, et faire là des tables à part? Certes, ma fille, il ne faut pas faire cela, et je m'assure tant au bon cœur de notre Sœur Marie-Aimée [de Morville] qu'elle aidera à s'en défaire, et à l'envoyer manger à la communauté tandis qu'elle sera là. Mon Dieu, ma fille, qu'il nous faut garder de ce misérable monde, et grandement être sur nos gardes, afin qu'il n'entre pas dans notre monastère ; Dieu l'en préserve par sa bonté !

J'ai si grande aversion à ce mot de Mère ancienne, parce que cela est contre la Règle et, par conséquent, contre l'esprit de notre Bienheureux Père. Vous verrez dans son dernier Entretien qu'il fit à Lyon, le petit mot qu'il en dit. Je voudrais donc, ma très-chère fille , que nos Sœurs rendissent ce respect à sa mémoire et à la Règle, de les préférer à une frivole inclination et imagination ; et je m'assure que notre très-chère Sœur Jeanne- Charlotte [de Bréchard] en sera bien contente, comme elle doit. Hélas ! est-ce en cela qu'il y a de l'honneur ? n'est-il pas en la parfaite observance? Je compatis beaucoup ànotre pauvre Sœur M. -Catherine [Chariel j ; mais elle doit demeurer ferme à faire toujours les exercices, au moins en ce qui dépend d'elle, qui sont les actes extérieurs, et refuser consentement à ces mauvaises cogitations, ce qu'elle peut toujours avec la fine pointe de son esprit, car cela Dieu l'a mis tellement en notre pouvoir que nous ne le saurions perdre que par notre propre vouloir. Dieu se contentera, si elle fait bien cela, mais il faut qu'elle se soumette absolument; je lui écrirai. — Il se faut bien garder de se refroidir des Pères Jésuites, ni leur donner sujet de se retirer de nous; ce n'était pas le sentiment de notre Bienheureux Père.

Vous verrez bientôt, Dieu aidant, dans le Directoire ce qu'il m'en dit à Lyon. Ma fille, rappelez-les tout doucement et vous remettez à voire ancienne confiance. Encore que le bon Père eût pris mal chez vous, ils sont trop sages et pieux pour s'en altérer. Il me semble que je connais le Père de Geney; c'est, de vrai, un très-bon Religieux; vous lui pouvez parler confidemment, et se faut entretenir avec tous, et leur témoigner à tous de la confiance; mais surtout aux Pères Jésuites et au recteur. Il vous a dit vrai : les filles se contentent et se disent mieux; mais, ma toute chère fille, je vous conjure de prendre toujours un plus grand courage et de faire voire gouvernement en esprit de parfaite douceur. Voyez quelquefois les avis que je donne aux Supérieures, et, encore que je ne vaille rien, Notre- Seigneur n'a pas laissé de parler par moi en cela; qu'il soit béni à jamais !

Si la Sœur M. -Charlotte [de Feu] a dix-huit ou vingt ans, qu'elle suive, au nom de Dieu, la communauté. Elle sera bien heureuse, si pour cela elle souffre quelque douleur; au moins, qu'elle ne juge pas de sa nécessité, et qu'elle s'en soumette à vous; faites-la fort travailler; et, au partir de là, inclinez du côté du support. H ne fallait pas laisser sortir la lettre que vous n'entendiez pas; il est vrai que s'adressant aux nôtres il y a moins de danger. Supportez, je vous prie, cette pauvre vieille, vous y gagnerez vers Dieu. J'aime mieux que vous écriviez pendant la récréation que le soir ; je fais ainsi, et au milieu de nos Sœurs. Faites-vous soulager en cela par noire Sœur Jeanne- Charlotte ou par quelque autre, et écrivez peu, sinon aux monastères; mais lisez un bon quart d'heure tous les soirs après Matines, car cela vous sera utile. Il se faut consumer au service du prochain, et bienheureuses serons-nous de le faire.

Certes, ma fille , il ne faut pas rendre le dortoir infirmerie, il n'y a remède. S'il y a un peu plus de peine pour les Sœurs, il y aura plus de mérite. Hélas! mon Dieu ! les pauvres en ont

bien davantage. La maxime de notre Bienheureux Père était de ne refuser aucune incommodité et de ne demander aucun soulagement, et il les prenait aussi quand on les lui donnait. Oh! ma fille, qu'il faut avoir un grand courage et ne chercher purement que Dieu, supportant tout pour son saint amour ! Je suis un peu étonnée de n'avoir aucune nouvelle de nos Sœurs J. -Charlotte et M. -Aimée; si j'avais le loisir, je leur eusse fait un billet pour les réveiller et les assurer que je suis toute à elles, et que mon cœur les chérit cordialement; mais dites-le-leur, pour cette fois; et puis je leur ai écrit la dernière fois que je le fis à Moulins, au moins à notre Sœur ancienne.

Ma fille, que Dieu, par sa bonté, vous tienne de sa sainte main ! Je suis vôtre plus que je ne saurais vous dire. Dieu soit béni !

Je salue toutes nos Sœurs, à part notre Sœur l'assistante que j'aime de tout mon cœur; mais je veux qu'elle m'écrive encore une fois, et puis je répondrai à tout; ma fille, c'est que j'ai peu de loisir. Dieu soit béni !

\P. S.] Ma très-chère fille, j'ai pensé que je devais vous envoyer la première feuille du Directoire, qui marque comme l'on doit faire l'Office aux grandes fêtes de Notre-Seigneur, attendant que le reste soit prêt. Enfin, Monseigneur trouva bon que l'on fit ainsi. Il le faut introduire doucement et insensiblement; nos Sœurs l'aiment fort.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

AXXEE 1623. 119

Page 1