A DIJON
Combattre courageusement la tentation et attendre en patience le secours de Dieu.
vive -j- jésus!
[Annecy, 1623.]
Ma très-chère fille,
Ne vous étonnez pas de vous voir environnée de vos ennemis : gardez seulement de leur donner congé d'entrer dans votre cœur; mais je sais que vous mourriez mille fois plutôt. Demeu-
rez Jonc en paix et en patience, attendant que notre bon Sauveur vous délivre, et il le fera plus tôt que vous ne pensez. Ma très-chère fille, cette affliction est fâcheuse; mais, croyez-moi, si vous en aviez une autre, vous la trouveriez aussi pesante. Cette vie ne nous est donnée que pour combattre ; chacun a sa croix. Oh Dieu ! que mon extrême misère et infidélité m'en est une pesante ! Le bon Dieu me veuille délivrer de moi-même ! Ma très-chère fille, ayez bon courage : qui ne vaincra ne sera couronné. Je supplie la divine Bonté de vous donner sa force pour cela ; priez-la pour votre humble et indigne Mère.
Extraite de la fondation manuscrite de Dijon
LETTRE CDXLÏII
A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET
ASSISTANT!: ET MAITRESSE DUS NOVICES A DIJON
L'assistante doit porter les Sœurs au respect et à la confiance envers la Supérieure.
vive -J- jésus!
Ce n'est que pour saluer votre cœur et me recommander à vos prières, afin que Dieu me fasse la grâce de demeurer coite et paisible sous sa sainte volonté. Gouvernez-vous selon que Dieu vous inspirera et selon la Règle, et portez les Sœurs au respect et confiance qu'elles doivent à la Supérieure, laquelle a tant bien réussi en ses autres gouvernements, que j'espère en Dieu qu'elle fera toujours mieux. Il lui faut montrer de la franchise et confiance, et lui parler franchement et bonnement. Je la vois toute pleine d'un extrême désir d'observance, en quoi consiste tout notre bien. Vous pouvez parler aux Sœurs' ; mais,
1 La grande vertu de la Sœur Anne-Marie Rosset parut sans doute une raison suffisante à la Sainte pour accorder cette permission , qu'elle refusa en tout autre cas.
une fois pour toutes, dites à la Mère si elle l'aura agréable, ne lui nommant que de petites occasions , et ne souffrez point aux filles de se rendre pointilleuses autour des actions des Supérieures, mais encouragez-les à l'aimer et à bien faire leur devoir. Voilà, ma fille, ce que je vous dis tout en courant, et que de tout mon cœur je suis entièrement vôtre en Notre-Seigneur. Je salue, mais de tout mon cœur, noscbères Sœurs novices, toutes en particulier et en général ; écrivez-moi comme elles font.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Kosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDXLIV (Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE REAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
Recherche des lettres de saint François de Sales. — Sollicitude pour la pauvreté des Sœurs de Rourges. — On doit chanter l'Office sur un tou doux et médiocre.
Annecy, avril 1623.
Hélas! ma très-chère fille, que je serais bien un peu mortifiée, si la lettre que j'écrivais à Mgr l'archevêque est égarée I Notre paquet n'était pas fermé , comme quoi cela s'est-il pu faire, car je l'envoyais ouverte, afin que vous la vissiez, d'autant que je lui disais beaucoup de choses [qu'il] me coûtait de vous dire par le menu; elle était de trois grandes pages. Or sus, si Dieu l'a permis, je le veux de tout mon cœur; voilà que je lui fais un mot pour réparer un peu. Il y en avait pour mon neveu, pour mon fils et beau-fils ; patience, il n'y a pas de péché en cela.
Or je vous prie, ma fille, que nous ayons ces lettres de la bonne madame de Fodreit, elle a sans doute la copie, et comme
je crois l'original de celle de noire pauvre Sœur de Gouffier, car j'ai bien souvenance qu'elle me la demanda pour la copier, et je n'ai aucune mémoire qu'elle l'ait rendue ; peut-être la donna-t-elle à la bonne madame Cotet ; quoi que ce soit, nous nous contenterons de la copie, car c'est une lettre excellente.
Pour notre Sœur N***, si elle ne cbauge, prenez solide conseil pour y mettre ordre. Et moi aussi, ma fille, je n'ai su le voir clairement, comme j'eusse désiré, l'esprit de notre Sœur M. -Agathe. Oh ! Dieu soit notre force et nous fasse la grâce d'être dignes de souffrir et de faire tout ce qui Lui plaira. Je ne laisse d'être un peu en souci de votre mal.
Envoyez-moi, je vous supplie, ma fille, un diurnal tout ainsi fait que le vôtre; c'est pour M. le prévôt, cousin- germain de Mgr, et me mandez ce qu'il aura coûté.
Nous n'avons céans que les deux Directoires de la profession que j'envoie à Mgr, je vous prie de nous en envoyer des exemplaires. Voilà le Directoire de l'Office et celui de toutes les cérémonies du monastère ; bientôt je vous enverrai celui des choses spirituelles avec les Directoires ; mais cependant, ma fille, faites promptemeut copier celui-là, afin de l'envoyer à nos Sœurs d'Orléans, avec recommandation de promptement aussi le copier pour nos pauvres Sœurs de Bourges, qui sont tant pauvres que j'en ai grande pitié. Si vous faites maison nouvelle, il faudra un peu les décharger, et si vous leur pouvez envoyer quelque fille, ce serait grande charité. J'ai demandé à noire Bienheureux Père pour les dots de nos Sœurs que nous menâmes à Bourges et àNevers, il me dit qu'il fallait que nous les donnassions assurément ; il faudra donc voir comme l'on fera pour notre Sœur M. -Denise : je ne sais si elle demeurera en ce pays où elle est, je lui ai écrit. Quand vous pourrez, conférez avec la Mère de Nevers, afin de vous accommoder ensemble.
Ma fille très-chère, il faut que vous me fassiez la charité de m'envoyer un diurnal qui soit de gros caractères, comme sont
les livres de la semaine sainte, voire, plus gros s'il se peut, et que les rubriques soient en français; car, ma fille, ma vue s'est si fort affaiblie, que j'ai peine à voir clans le nôtre et à discerner; cependant, il sert assez bien dans notre chœur, où je fais observer tant qu'il m'est possible toules les circonstances marquées dans le Directoire. On chante fort doucement, sur un ton médiocre ; notre Bienheureux Père l'ordonna ainsi, et chacun en est édifié, et les Sœurs soulagées et consolées. Quand vous enverrez le Directoire, recommandez fort cela, et que les Supérieures et assistantes y tiennent fidèlement la main. Envoyez-moi aussi, je vous prie, ma fille, un bon et juste poudrier de demiheure, qui soit dans une boîte de cuivre, et mandez-moi tout ce que le tout coûtera, afin que nous vous le renvoyions ; autrement nous n'oserions pas tout franchement vous demander. Il faut que les diurnaux soient reliés de maroquin noir, tout simples comme était le vôtre, avec de fermes dossiers, et le tournefeuillets blanc et noir, comme était le voire.
Nos Sœurs vont bientôt partir pour Marseille ; une autre fois vous aurez des nouvelles. Je salue tous ceux qu'il vous plaira, mais nos pauvres Sœurs de tout mon cœur, et la chère petite Angélique, et votre chère àme par-dessus toutes. Que Dieu la comble de grâces et de sainteté. Amen.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.
LETTRE CDXLV
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Sentiments d'amour pour Dieu et pour l'Institut. — Charité que doit avoir la Supérieure pour les âmes imparfaites. — Comment recevoir les consolations spirituelles.
VIVE -J- JÉSUS
[Annecy, 1623.]
Ma très-chère fille,
Je travaille à nos petites besognes pour notre Institut, et encore à ramasser les saintes paroles et lettres de notre Bienheureux Père. Ma fille, que de douleur, mais que de douceur de le savoir en cette éternité très-désirable, jouissant à son souhait de Celui auquel seul il aspirait ! 0 ma tille ! que mes forces sont faibles en comparaison de mes désirs ! Aimons et poussons à ce très-saint amour tous nos cœurs et ce^ux de ces chères âmes qu'il nous a commises. Je voudrais, ma fille, que nous fussions toutes converties en ce saint amour. Priez et faites prier pour moi. Il me tarde que j'aie des nouvelles de toutes nos maisons ; je sens un tel accroissement d'amour pour toutes nos chères Sœurs, que je voudrais me fondre pour elles et pour leur obtenir la grâce d'une parfaite observance. Pour ce que vous me dites de notre Sœur N***, je ne vous dirai autre chose que les paroles du Bienheureux : « Quand l'humilité et la soumission manquent » aux filles, il ne faut pas pourtant que nous leur manquions » de charité. »
L'état où vous êtes est surnaturel, et partant il vous est donné de Dieu comme un don précieux. Jouissez-en en paix, ma trèschère fille, et y demeurez tant qu'il plaira à la divine Bonté de vous y laisser, lui montrant quelquefois votre cœur prêt à se dépouiller de cette grâce pour entrer dans l'obscurité et pressure de cœur. Priez pour moi, ma fille, que Dieu me fasse miséricorde et la grâce de me consommer en sou service." Votre, etc.
LETTRE CDXLVI
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SDPKHIBURE A LYOX
Départ des fondatrices de Marseille.
vive -j- nisusl
[Annecy, avril 1623.]
Ma très-chère fille,
Voilà nos pauvres chères Sœurs qui s'en vont de bon cœur, sous la protection de la divine Providence1. Si l'on trouve à propos que vous leur joigniez une de vos Sœurs de Lyon , j'en serai très-aise; pour cela nous n'en envoyons que cinq. Il me semble, ma fille, qu'il ira bien ainsi, pour la consolation de tous. Notre Sœur la Supérieure est un peu craintive, elle a besoin d'avoir avec elle des Sœurs qu'elle connaisse. Enfin j'ai fort regardé à sa consolation et satisfaction, car Dieu le veut ainsi, mêmement puisqu'elles vont si loin, et en lieu où elles n'ont nulle connaissance. Je serais bien aise que vous lui donniez une Sœur selon son gré, ce que je vous dis avec confiance et simplement. Nous leur avons donné cinq cents florins; mais si, étant là, on prévoyait que cela ne fut suffisant pour leurs dépenses d'ici à Lyon et le retour de M. Michel [Favre], je vous prie, ma fille, de leuren faire donner, et nous vous le rendrons. Ce sont de très-bonnes âmes, surtout la Supérieure; certes, je ressentirais fort son départ, n'était que Dieu le veut; mais en tout, sans exception, sa sainte volonté soit faite : elle vous dira le reste.
Madame de Chevrières envoya la semaine passée ici un
1 Les Religieuses destinées à la fondalion du monastère de Marseille quittèrent Annecy le 12 avril 1G23. Ce furent les Sœurs Françoise-Marguerite Favrot , Claude-Catherine Joly de Vallon, Marguerite-Scholastique Favrot, Marguerite-Agnès de Rajat, Marie-Ftiennette Devillers, du voile blanc, auxquelles on adjoignit une professe de Lyon, Sœur Marie-Eléonore Gontal. (Premier livre du Chapitre du monastère d'Annecy.)
homme exprès pour sa fondation, elle nous demande fermement; mais nous ne pouvons y aller. Elle veut traiter avec nous, et je désire qu'elle traite avec vous. Je mande ce qui est requis pour les places, et que je vous avertirai pour lui tenir des filles prêtes. Il la faut bien contenter, et, s'il se peut, il lui faut envoyer son petit ange, mais vous saurez bien disposer de cela à propos. J'écris à Mgr l'archevêque : faites-lui tenir [cette lettre] promptement et sûrement, je vous prie, car il faut qu'il la reçoive devant d'autres que je lui dois encore écrire bientôt pour nos affaires. Ma Sœur vous dira le reste, et saura si je vous ai envoyé le premier paquet pour Paris ouvert, parce qu'il s'y est trouvé de manquer une lettre d'importance, qui était pour Mgr de Bourges. Bonsoir, ma très-chère fille; au nom de Dieu , impétrez-moi sa miséricorde.
Couforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDXLVII
A LA MEME
Modérer son ardeur naturelle, même lorsqu'elle se mêle à la piété. — De quelle discrétion user dans la conduite des âmes.
VIVE y JÉSUS !
Annecy, 25 avril 1623.
Ma très-chère fille,
Certes, il me semble que je regarde seulement la plus grande gloire de Dieu en la disposition des Sœurs que nous avons destinées pour Marseille, c'est pourquoi je demeure en repos sur la satisfaction que je désire que nous donnions aux Supérieurs de4 Lyon , espérant que Notre-Seigneur , à qui j'ai tout remis, les fera contenter, et leur fera connaître qu'encore que nous soyons de Savoie, nous ne regardons que Dieu. Or sus, il faut demeurer en paix et la donner, toujours plus douce,
plus tranquille et reposée à votre chère àme, laquelle, sans doute, mêle un peu de sa condition naturellement ardente parmi les ardeurs que la grâce lui donne, et, pour cela, je ne désire nullement le vœu que vous me proposez. Faites fidèlement ce que vous connaissez devoir être fait, mais sans empressement ni ardeur intérieure, s'il vous est possible, et les adoucissez, tant qu'il vous sera possible. Au reste, ma trèschère fille, pensez, je vous prie, comme le laboureur cultive patiemment et soigneusement la terre qu'il sait être froide et de petit rapport; il ne s'étonne nullement, ni ne se fâche contre elle pour cela, parce qu'il sait qu'elle est froide de sa nature. Ma fille, faites ainsi autour de votre pauvre assistante et l'attendez doucement; sa condition vous aidera à pratiquer mille bonnes petites vertus intérieurement et extérieurement.
Si nos Sœurs sont encore là, hélas ! que de consolation pour toutes, car certes elles sont bonnes! Voilà un mot pour ma très-chère Sœur l'assistante. Adieu, ma fille, allons doucement notre petit train. Dieu soit béni !
Ma fille, ne saurai-je point des nouvelles de la lettre que j'écrivis à Mgr de Bourges ? Nous n'avons reçu les vôtres du mercredi saint qu'après le départ de nos Sœurs.
Conforme à l'original garde aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDXLVIII (Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAl'MOXT
SUPKRIBURE âO PliliMIEIt HONASTBRB DU PARIS
Lire attentivement les Directoires. — On ne fait pas la procession le jour de la
Fête-Dieu.
VIVE f JÉSUS !
Annecy, 25 avril 1623.
Ce n'est pas pour vous écrire, ma très-chère fille, ains seulement pour vous envoyer ce Directoire, afin d'en faire faire
toujours des copies, s'il vous plaît, pour nos trois monastères voisins: Orléans, Nevers et Bourges, lesquel les communiqueront à Moulins; ce qui le suit, nous l'enverrons bientôt; ce sont quelques chapitres de tout plein d'observances qui se gardent au monastère, les Directoires des officières, et la façon des livres, clôtures et meubles. Si ou lit bien les Directoires, il m'est avis qu'on les entendra bien. Si vous y trouvez des difficultés, écrivez-les hors de vos lettres, et j'y ferai répondre, car j'ai fort peu de loisir, et mandez cela à nos autres monastères, s'il vous plaît, ma très-chère fille.
Jamais je ne sus goûter l'esprit de notre Sœur Marie-Agathe1 ; il n'est point naïf ni simple, ce me semble, grandement réfléchissant, et plein de prudence humaine; bref, je crains que la vraie vertu ne soit pas en son fonds et j'en ai un dissentiment; mais suivez conseil , après avoir bien prié.
C'est par équivoque que M. Michel [Favre] a mis que l'on ferait la procession le jour de la Fête-Dieu. Je n'ai pas bien vu votre lettre tout du long ni pas une autre, n'ayant loisir de répondre. Portez-vous bien, je me porte fort bien, moi; mais obtenez-moi la grâce de ne viser qu'à Dieu cl de parvenir à la sainte éternité. Amen. Plus vôtre que vous ne sauriez penser.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.
1 Novice qui ne persévéra pas.
LETTRE CDXLIX
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOMAY
SITÉIUI'URE A LVO\
L'examen des Directoires est confié aux Pères Fourier et Suffren. — Défense d'aller au parloir pendant l'Avent et le Carême. — Communion des mardis de l'Aient. — Nécessité de régler au plus tôt tout ce qui est de l'Institut.
vive f JÉSUS !
[Annecy, 1623 ]
Ma très-chère fille,
Je serai fort consolée que le Révérend Père Fourier1 voie les Directoires, cela veut dire les points qui sont douteux ; car ce lui serait trop de peine de voir tout ce qui est de l'Office, et tant de cérémonies lesquelles sont de coutume, ou bien approuvées de Monseigneur. Il ne m'a pas semblé qu'au reste non plus j'y aie rien mis du mien, m'étant essayée seulement de réduire par écrit tout ce qui se fait en ce monastère, en celui de Paris et aux autres, ayant ajouté les choses que Monseigneur a dites ou écrites, et même je me suis tenue dans ses propres paroles tant qu'il m'a été possible.
Je n'ai souvenance d'aucune chose sinon de n'aller [pas] au parloir le Carême et l'Avent et autres temps, ce qui se pratique déjà en tous nos autres monastères, surtout à Paris, et [je] pense bien encore que ce n'a pas été sans en savoir sa volonté; toutefois, je ne m'en souviens pas, mais c'est chose pratiquée en toutes les Religions réformées. La communion du mardi de
4 Le Père Jean Fourier, Jésuite, cousin germain du vénérable curé de Mattaincourt, fut nommé en 1576 recteur de l'Université de Pont-à-Mousson, plus tard recteur du collège d'Avignon, puis de Chambéry, et enfin Provincial. C'est à cette époque de sa vie qu'il eut l'honneur de diriger saint François de Sales durant la retraite préparatoire a son sacre ; vers 1608, il l'engagea à publier Y Introduction à la vie dévote, et en 1622 eut la consolation de l'assister à la mort.
l'Avent, c'est à la persuasion de la plupart de nos monastères.
Quand toutes les maisons les auront vus, et connu par la pratique ce qu'il faudra retrancher ou ajouter, on les fera après accommoder et polir par quelque personne capable; car, de moi, je me suis contentée de mettre toutes les coutumes par écrit, et ce que notre Bienheureux a dit; mais de demeurer cinquante ans sans les clore, il ne me semble pas que cela fût expédient pour nous autres qui n'avons point de Provincial et à qui la constante coutume et fidèle observance des choses que nous avons reçues doit servir de Général; autrement , bientôt on verrait de la disparité entre nos monastères et force lois nouvelles que chaque Supérieur y mettrait. Je sais bien qu'il peut survenir des occasions qui contraindront à quelques ordonnances nouvelles; mais cela n'empêchera pas l'uniformité et l'union, si l'on se tient fermement et inviolables en l'observance des choses reçues. Hélas ! ma très-chère fille, je parle de tout ceci selon qu'il me vient en vue, car véritablement je ne suis nullement capable des choses de telle importance.
Si le Révérend Père Suffren est là, je serai bien aise qu'on lui communiqué aussi [les Directoires], Je pensais que Monseigneur leur avait parlé sur le sujet de l'union depuis notre départ, mais j'ai su que non, et il m'en dit plus qu'à nulle autre; car deux ou trois jours avant que nous partissions, il m'en parla longuement et de tout ce que le Père Antoine Suffren lui avait dit sur ce sujet, mais il m'ajouta qu'il les assemblerait encore, et c'est ce qu'il ne fit pas, à ce que j'ai appris. Or bien, nous attendrons les avis des Pères auxquels vous pourrez dire ce que je vous écris, et cependant il ne sera que bon de différer d'envoyer les Directoires à nos nouvelles maisons; mais, pour nos anciennes Mères, il faut qu'elles les voient afin d'en dire leurs sentiments, quoique, pour ce qui est de l'Office et cérémonies, je ne pense pas que l'on n'y change
rien. Mgr l'évêque d'ici et M. le prévôt les ayant accommodés selon l'esprit de Monseigneur- c'est pourquoi il importera pour ceux-là de les envoyer partout.
[La Jin de la lettre mangue.]
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.