‹ Lettres (volume 3)Chapitre 255 sur 351 · A BOURGES · texte numérisé non relu

A BOURGES

Le souverain bien de l'àme consiste à demeurer humblement contente de tout ce que Dieu veut faire d'elle.

VIVE 7 JÉSUS

[Annecy, 1623.]

Ma très-chère fille,

Véritablement je suis consolée de la candeur avec laquelle vous me rendez votre compte. Or, je vois que, par la grâce de Dieu , le désir de vivre toute à Dieu est toujours votre grand désir, et certes, ma très-chère fille, il fout faire en sorte qu'il soit aussi l'unique, et prendre pour votre exercice cordial ce sacré document que notre Bienheureux Père nous a laissé par testament, et avec lequel il a conclu et fini tous les enseignements qu'il nous a jamais donnés. Quand cela sera, ma fille, cette diversité de sentiments, de penser, tantôt que nous sommes inutiles, un peu après que nous sommes capables des grandes charges, se passera, et [nous] demeurerons humblement contentes de tout ce que Dieu voudra de nous, en quoi gît notre souverain bien. Conservez précieusement ce bon sentiment que vous eûtes en priant notre Bienheureux Père, car il le mérite.

Je réponds à notre Sœur ia Supérieure sur vos questions. Vivez toute paisible, ma très-chère fille. Dieu nous rassemblera pour sa gloire un jour, si ce n'est en ce monde, ce sera en

l'autre; mais croyez assurément que je vous chéris d'un cœur tout cordial, et que votre consolation me sera toujours chère. Je salue mille fois toutes nos Sœurs, que je souhaite toutes simples et paisibles dans la fidèle observance de leurs Règles et des volontés de leur Supérieure. Dieu soit béni ! Je suis vôtre, ma fille.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Poitiers.

LETTRE CDLI

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

A MOXTFERIUXD

Demeurer ferme dans les contradictions, et attendre le secours de la Providence, qui ne manque jamais à ceux qui se confient en elle.

[Annecy, 1623.]

Je suis fort consolée de la bonne hospitalité que vous font nos Sœurs de Montferrand ', ce sont de vertueuses filles. Je vous plains des longueurs où vous tiennent ces bons messieurs [de Riom], et surtout des coups de bec de AI. V. Mais patience, ma fille; souvenez-vous de la douceur d'esprit de notre Bienheureux Père qui, en telle occasion , avait toujours dans sa sainte bouche ces paroles de saint Paul : « Ne vous défendez point, mes bien-aimés, mais rendez témoignage de la foi, laissant le passage ci la passion. » Il se faut tenir bien ferme parmi ces tentations afin de ne pas lâcher une seule parole de revanche, ni qui ressente autre chose que la vraie humilité et charité de notre Bienheureux Père. J'espère qu'enfin Dieu

1 Arrivée à Riom avec ses ce-opératrices , la Mère de Bréchard fut en butte à tant de contradictions de la part des magistrats, qu'elle dut un instant céder à l'orage et accepter l'hospitalité que lui offrait la communauté de Montferrand, où elle demeura jusqu'à la fin de juillet de cette année 1623.

vous assistera. Sa bonté se plaît qu'on Lui remette entièrement les affaires les plus désespérées, et vous faites bien d'attendre en patience les secours de sa Providence, car II ne vous manquera point, pourvu que vous ayez en Lui votre confiance parfaite.

LETTRE CDLII

A LA MÈRE PAULE-JÛRONYME DE MONTHOUX

SUPÉRIEURE A XEVEI1S

Avis relatifs au gouvernement. — Courir avec allégresse dans la voie de l'observauce. — Les Filles de la Visitation doivent avoir une amoureuse confiance en la très-sainte Vierge.

VIVE f JÉSUS.'

[Annecy, 1623.]

Dieu soit béni, ma très-chère fille, j'espère que vous voilà toute renouvelée pour le servir avec plus de courage et de fidélité que jamais ; vous voilà en bon train avec le bon Père Lallemant. Je suis consolée de vous voir ce support et consolation. Demeurez ferme, ma fille, et vous tenez par humilité vraie audessous de tout le monde. J'aime de tout mon cœur votre petite troupe ; je sais bon gré à ces petites que l'on a retardées d'avoir reçu cela comme elles ont fait; j'espère qu'elles feront bien, Dieu aidant.

Faites tirer les voix pour la Sœur M***. Elle ne les aura pas, selon que vous m'écrivez ; mais c'est afin que tout simplement, à elle et aux autres, on puisse dire qu'on Fa renvoyée, parce qu'elle n'a pas eu les voix, sans rien dire davantage. Quoi que l'on dise, il n'y a remède ; il faut être ferme en cela. Je prie Dieu, mon enfant, qu'il vous conserve et fortifie toujours de plus en plus pour sa gloire, au service de ces petites âmes qu'il vous a confiées; vivez joyeuse et toute douce et suave.

Si nous n'avions que les cent écus que vous nous demandez, nous les partagerions pour vous en donner la moitié, ma très-

chère fille ; or, vous les aurez donc, non de notre abondance, car nous n'en avons point, mais de la sincère charité que nous nous devons les unes aux autres. Faites-moi dire à qui nous les donnerons, afin qu'ils vous soient rendus sûrement, car nous autres d'ici n'avons nul moyen de le faire.

Et, pour Dieu, soyez ferme en la confiance que Dieu aura soin de votre famille. Ne vous empressez point pour des filles, vous en avez déjà tant. Ayez patience ; les autres maisons ne vont pas plus vite que vous : celle de Lyon , celle de Moulins sont allées à bien plus petit train deux ou trois ans durant ; patience donc, ma fille, n'ayez soin que de bien faire, et cultivez soigneusement les esprits que Dieu vous a commis ; mais avec une douceur, une bonté, une charité toute suave et pleine de support. Que vos filles soient tranquilles, joyeuses et sans chagrin, afin qu'elles courent avec allégresse en la voie de la sainte observance; mais je les en conjure et les en supplie de toute mon àme, au nom de noire bon Dieu et de sa très-sainte Mère. Qu'est-ce qu'il faut à des âmes qui vivent dans un Institut si doux , sous la protection de la glorieuse Mère de Dieu , sinon la fidélité et l'amoureuse confiance en son soin maternel?

Il est raisonnable de vous obliger des trois mille francs de Moulins. Courage, ma très-chère fille, je vous supplie, ne recevez point l'ennui que les contradictions vous apportent : nul bien sans peine. Vous aurez un jour bien du contentement d'avoir souffert en espérant, Eiifoncez-vous en la confiance en la divine Providence qu'elle ne vous abandonnera point; je la supplie de vous fortifier et protéger.

Bonjour, ma très-chère fille.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.

LETTRE CULÏII (Inédite)

A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET

ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES A DIJON'

La moitié des voix, plus une, suffit pour la réception des sujets. — Respecter la conduite de la Supérieure, et ne point la comparer avec celles qui l'ont précédée.

VIVE f JÉSUS !

Annecy, 1623.

Certes, ma très-chère fille, il y a bien de l'immorlificalion en notre Sœur N*** de parler si hautement qu'elle fait ; cette manière de procéder est fort éloignée de l'esprit de la Visitation. Bon Dieu! ma fille, faut-il que nous parlions si haut? Nous pouvons bien dire nos sentiments, mais il faut que ce soit si humblement et doucement que cela ne lie pas les mains à nos Supérieurs, auxquels enfin il est toujours mieux de déférer que de contester. Je suis étonnée de quoi ma Sœur n'a pas eu les voix; je ne sais si vous savez que la pluralité l'emporte, qui consiste à une de plus : notre Bienheureux Père l'a ainsi déclaré. Or, il est vrai ce que vous me dites; et ces bonnes professes si zélées veulent une perfection aux novices de laquelle elles auraient bien besoin.

Pour Dieu, traitez cordialement notre Sœur N***, et la relevez amiablement, lui donnant de la générosité et confiance en votre amour. L'on m'a dit qu'à tout propos on m'alléguait, et disait-on que je ne faisais pas ceci ou cela, ou que je le faisais autrement. Pour Dieu, ma fille, dites-leur que cela ne s'entende plus, et qu'elles se soumettent; et celles aussi qui disent qu'elles donneront ou qu'elles ne donneront pas leurs voix, que celle-ci est propre, que l'autre ne l'est pas, qu'elles se corrigent de celte faute, laquelle j'estime si grande, que si elle s'était faite ici , je la priverais de voix, et lui donnerais encore une bonne mortification. Au reste, on parle trop, et dedans et v. 10

dehors, de ce qui se fait à la maison, la bonne odeur en sera intéressée.

Oli Dieu ! ma fille, après avoir ouï tant de saintes instructions par cette bouche sacrée, avoir des règles et des écrits qui ne prêchent et inculquent que douceur, qu'humilité, que paix, qu'union avec les égaux, que soumission aux Supérieurs, que support, que charité envers le prochain, faut-il que nos langues parlent contre la faiblesse des pauvres Sœurs qui sont de bonne volonté ? Oh! misère intolérable que la nôtre! Oh! que nous avons de sujet de nous anéantir, de nous humilier! Faisons-le au moins véritablement, et me pardonnez, ma trèsbonne et chère fille, si je vous écris de cet air ; mon sentiment m'y porte, et le désir que nos pauvres Sœurs se remettent en cette vraie humilité et douceur.

Priez pour moi, et croyez que je suis vôtre de tout mon

cœur.

Conforme à une copie faite sur l'original parla Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDLIV

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