‹ Lettres (volume 3)Chapitre 257 sur 351 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

[.a Sainle se réjouit de l'union de son fils avec mademoiselle de Coulanjes.

VIVE 7 JKSl's!

[Annecy] 13 niai [1623].

Madame,

Je ne saurais jamais vous témoigner le ressentiment que j'ai de l'honneur que vous faites à mon fils de le recevoir pour vôtre, par l'entremise d'un si digne et vertueux sujet comme est mademoiselle votre fille. Je sais, madame, l'affection que vous avez contribuée en particulier pour ce mariage, ce qui m'oblige à l'égal de l'estime que j'en fais pour le bonheur de mon fils, et ne souhaite meshui autre chose sinon qu'il plaise à la divine Bonté d'en donner à M. de Coulanges et à vous un parfait contentement. Oh Dieu ! avec quel soin veux-je continuellement répandre mon cœur et mes petites prières devant la douce miséricorde de Notre-Seigneur, afin qu'il Lui plaise de bénir ces chers mariés de ses plus saintes grâces et faveurs, en sorte qu'ils n'aient qu'un cœur et une seule âme, et qu'ils vivent longuement et heureusement en la sainte crainte de Noire-Seigneur! Voilà mon désir, madame, et de vous honorer, chérir et respecter à jamais de toute l'affection de mon cœur, bénissant Dieu derechef de votre honorable alliance , de laquelle, avec tant de raison, j'ai un parfait contentement. Je demeure de toute mon affection, madame, votre trèsiiumble sœur, s'il plaît à Dieu , et servante en Noire-Seigneur.

Conforme à une copie de l'original gardé au premier monastère de la Visitation de Paris.

LETTRE CDLVIII (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LVOV

Envoi et correction des Directoires. — Bulle à obtenir du Saint-Siège en faveur de l'Institut. — Difficultés au sujet du petit Office.

VIVE f JÉSUS.'

Annecy, 22 mai 1623.

Ma chère fille,

[Les premières lignes manquent .] Nos pauvres Sœurs qui les ont écrits [les Directoires] y avaient tant fait de fautes, que j'ai été contrainte de les revoir; et encore plus à loisir, à cause des difficultés que vous y trouvez, et par ce moyen, je les ai mieux considérés; mais n'y ayant rien trouvé qui ne soit de l'esprit de Monseigneur, je n'ai pas su remarquer sur quoi l'on fait ces difficultés, et je serais bien aise que vous m'en envoyassiez un mémoire. J'approuve fort que nous différions à les envoyer à nos derniers monastères jusqu'à ce que nos anciennes Mères les aient considérés, et que ces bons Pères [Jésuites] en aient donné leur avis, puisque vous leur en avez parlé. Ce que nous avons jugé être considérable, nous l'avons fait considérer par Mgr l'évêque d'ici, et par M. le prévôt, qui a fort l'esprit de notre Bienheureux Père; au moins, il se servait de lui pour dresser nos Règles , et c'est un vrai cœur apostolique. Ils ont trouvé tout cela fort bien.

Voyez ce que j'écris à notre chère Sœur de Dijon ; car je vous fais la même demande et prière. Enfin il ne se faut point hâter, mais prendre le loisir convenable de bien considérer.

Mgr l'évêque d'ici est à Turin; il prétend nous obtenir du Pape une Bulle par laquelle le Saint-Père nous confirmera sous l'autorité des évoques, avec recommandation et ordonnance aux prélats de nous maintenir dans les observances des choses de notre Institut établies par notre Bienheureux Père, sans

y rien changer ni innover , que ce ne fût du consentement de tous les monastères ou avec licence du Pape; il me semble que voilà les mêmes paroles du mémoire. Or, j'avais bien envie d'avoir l'avis des Révérends Pères sur ce sujet-là; mais il me dit qu'il le prendrait du Père Monnot, confesseur de Madame, et des Pères Barnabites de Turin, et il croit que la chose est plausible et facile à obtenir. C'est sur ce sujet que je voudrais bien avoir l'avis des Pères comme il faudrait faire pour bien arrêler que les prélats ne nous changeassent rien, et que notre Institut fût confirmé, comme il est, sous leur autorité; car s'ils donnaient quelques bons avis bien digérés, je l'écrirais à Mgr l'évêque. Certes, ma très-chère fille, il faut bien faire prier Dieu pour tout ceci; j'attendrai votre réponse.

L'on nous a dit que M. le comte de Sacconnex s'était rendu Capucin à Lyon. Si cela est, je vous prie, ma chère fille, de lui faire dire s'il a donné ordre au payement de la dot de notre Sœur. Je crois qu'il faut qu'il mette ordre à ses affaires, afin d'être en repos. — Nous nous résolvons de faire faire la sainte profession à notre Sœur Claude -Agnès, pourvu que madame Daloz donne une bonne et sûre caution à Lyon de ce qu'elle lui a promis; mais avant que de lui proposer cela, parlez-lui encore s'il y aurait moyen de tirer l'argent; que si vous voyez que non, aidez-nous, je vous prie, à faire quelque traité avec elle qui nous assure qu'au moins avec le temps nous serons payées, et cependant qu'elle paye sa pension.

Nous ne vous envoyons pas ce que vous nous avez fourni pour nos bonnes Sœurs de Marseille, car nous sommes courtes d'argent et avons quantité d'ouvriers, mais nous le ferons, Dieu aidant.

Je viens de recevoir votre lettre du 15 mai; j'y vois que votre difficulté est sur l'Office; j'y en eus beaucoup aussi; mais comme celui que nous disions es grandes fêtes était combattu à Paris et que notre Bienheureux Père s'était résolu de nous le

faire quitter, sans toutefois résoudre du reste, Mgr l'évêque d'ici avec M. le prévôt ont jugé et assuré qu'à ces grandes solennités il nous eût fait prendre l'Office de l'Église, puisque toujours il s'était accommodé aux difficultés, et que de cela, il n'en fallait nullement douter. Ils me l'ont assuré plusieurs fois, parce que plusieurs fois je leur en ai témoigné de la répugnance : ce changement arrive si peu souvent qu'il n'y paraîtra point, sinon à mesure que nous nous en empresserons, surtout si l'on ne fait pas les octaves comme il est dans la lettre ci-jointe1. Puisque M. de Sacconnex se retire, faites-lui parler et aux Pères Capucins. Dieu soit béni.

Si voilà un cahier du Directoire pour envoyer à Paris; mais vous accommoderez le vôtre dessus premièrement. A la première commodité, nous vous enverrons les autres pour y accommoder les vôtres aussi. Bonsoir, ma très- chère fille, Dieu soit béni, et bénisse toutes nos chères Sœurs.

[P. S.] Puisque je ne peux vous envoyer les Directoires pour raccommoder les vôtres, je n'écrirai pas encore à notre Sœur la Supérieure de Dijon ; mais voyez ce papier qui s'adresse à

1 Le 1$. Fondateur n'avait jamais permis à ses filles de réciter l'Office canonial, mais il avait introduit pour les grandes solennités quelques additions de cet Office à celui de la Sainte Vierge ; voici le texte de la réponse dont parle la Vénérable Mère de Chantai : « Quant à l'Office, on » m'a dit qu'on trouvait à redire de quoi es fêtes principales on mettait les » Psaumes de \otre-Dame avec le Chapitre, les Versets et l'Oraison du » jour; mon Dieu ! que cette plainte est délicate ! Les Pères de l'Oratoire » font bien plus, et en Italie plusieurs évèques ont composé tout enlière- » ment les Offices des Saints de leurs Eglises. Mais il n'y a remède, il faut » souffrir que chacun parle à son gré, et pour adoucir tout, tant que nous » pourrons, il faudra donc dire tout à fait l'Office de Noire-Dame, et à la » fin ajouter une commémoration du jour ; car à cela on n'aurait rien à » dire. » Cette dernière pensée du B. Evêque a été adoptée au Coulumier, et les Religieuses de la Visitation ne récitent l'Office canonial qu'aux trois derniers jours de la semaine sainte ; dans toutes les autres solennités elles conservent l'Office de la Sainte Vierge.

celle de Paris. Dieu soit béni ! Je n'ai point encore reçu le paquet envoyé par Belley, oui bien une lettre de notre Sœur la Supérieure de Nevers qui s'adresse à notre Sœur M.-Gasparde [d'Avisé]. Je crois qu'il y en devait avoir pour moi; mais il ne s'en est point trouvé.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDLIX {Inédite)

A LA MÊME

Éclaircissement de quelques points des Directoires. — Crainte qu'on n'oblige la communauté de Paris à réciter l'Office canonial. — La Sainte raconte comment elle s'est déposée à Annecy.

VIVE -j- JÉSUS !

Annecy, mai 16 3-

Ma chère mère,

[De la main d'une secrétaire. ] Notre très-chère Mère vous prie que vous voyiez la lettre qu'elle écrit à Mgr de Bourges et que si vous ne trouvez pas qu'elle réponde bien comme il faut, que vous lui renvoyiez la lettre, et, si elle est bien, que vous la fermiez et la mettiez avec celle de Paris. Si celles qu'elle a écrites aujourd'hui ne sont pas parties, elle vous prie de les joindre toutes ensemble, que si vous ne les trouvez pas bien, vous lui envoyiez comme il faut répondre. Voilà le plan qu'elle vous envoie, lequel se peut accroître ou diminuer d'une arcade.

[De la main de sainte de Chantai.] Vous prendrez la copie du devis [des bâtiments] que j'envoie à nos Sœurs d'Orléans et leur ferez tenir celui-ci avec leur plan le plus tôt que vous pourrez. Je pense que l'envoyant à Nevers on le pourra faire tenir de là.

C'est une faute au Directoire; car ce n'a pas été mon intention que la Supérieure ne puisse pas lire ce qu'elle voudra et

la Règle le dit. C'a toujours été la coutume, et même il a toujours été marqué dans le Directoire , que les anciennes professes assistent la Supérieure quand elle fait l'Office. — On avait pris cette coutume que l'économe parlât seule à la grille couverte; néanmoins, je trouve qu'il sera mieux de suivre la Règle; je n'y avais pas fait attention. Notre Bienheureux Père a luimême montré d'écrire le décès des Sœurs comme il est au Directoire. On éclaircira le Directoire pour l'Office des Morts , afin que vous l'entendiez.

Pour les actes capitulaires, ils ne se doivent pas retrancher, AI. le prévôt me le dit encore hier; c'est une chose qui se fait si simplement qu'il n'y a rien à craindre : nous reverrons l'article pour l'éclaircir. Pour les coulpes, c'est bien mon sentiment que personne ne les voie, sinon les professes, et même les anciennes; mais où les mettra-t-on, quand on les fera imprimer? car ce qui ne sera pas imprimé ne se conservera pas : considérez-le. — C'est la coutume de faire des tuniques de frise d'Angleterre ; si elles ne sont couvertes , elles ne sont pas assez chaudes, au moins on le dit ainsi et l'expérience l'enseigne; pour une ou deux qui ne sont pas frileuses, s'il s'en trouve, il y en a vingt qui le sont. Il faut regarder en cela comme au manger, que nous sommes établies pour recevoir les infirmes, et qu'enfin c'était l'intention de Monseigneur. Pour la qualité de l'étoffe, il importe peu, pourvu qu'elle soit bonne ; mais nos Sœurs disent que, par expérience, elles savent que si elle coûte un peu plus, elle dure aussi plus, et elle est plus chaude.

Notre Bienheureux Père ordonna que les Sœurs s'entretinssent tous les mois, et c'est le Concile qui ordonne la lampe \ à ce qu'on dit, et par tous les monastères réformés cela s'observe; la dépense n'est que de quatre pots d'huile. Vous m'avez fait un très-grand plaisir de m'envoyer toutes vos remarques;

1 Pour éclairer le dorloir pendant la nuit.

faites-le encore, comme je vous ai mandé tout simplement. Je serai bien aise de savoir tous vos sentiments pour, par après, me résoudre, et les dresFcr selon vos intentions. Mais pensez bien ce coup; car après je ferai comme mon Bienheureux Père fît des Constitutions, je n'y repenserai plus; car enfin il faut conclure.

Voyez celte copie du billet que j'ai ajouté à la lettre de notre Sœur Supérieure de Paris. Nous avons toujours été fort tracassées à Paris, surtout sur l'Office. Elles sont sur les appréhensions que Mgr de Paris faisant la visite [canonique] ne les charge du grand Office, ce qu'il ne fera pas, à mon avis. Enfin il faut que les monastères demeurent unis pour le petit [Office]. C'a été par mon imprudence que, dès le commencement, je n'envoyai pas ces petits articles pour mieux éclaircir de la volonté de Monseigneur notre Bienheureux Père, et faire les considérations auxquelles on se rangerait. Je n'y pensai pas, et me laissai aller à l'avis des Supérieurs d'ici, qui choisirent comme il est écrit, ce qui est le mieux aussi.

Je voudrais avoir le loisir de vous dire la surprise que je fis à nos Sœurs pour me déposer '. Je ne leur en avais rien dit, et elles croyaient qu'on voulût procéder à l'élection seulement. Jamais il ne s'est vu un tel étonnement , ni émotion, à quoi je ne m'arrêtai point, mais suivis ma Règle. Elles tinrent conseil entre elles sans m'en rien dire, où elles conclurent qu'elles avaient fait une grande faute, et qu'à l'élection elles déclareraient qu'elles ne recevaient point ma déposition et m'éliraient pour

1 Selon les Constitutions de la Visitation, la Supérieure ne doit demeurer en charge que trois ans, après lesquels elle dépose en présence du Chapitre le gouvernement de la maison. Jusque-là, d'après l'ordre formel de saint François de Sales, la Yénérahle Mère de Chantai avait toujours été Supérieure à Annecy; mais l'année qui suivit la mort du Saint, elle voulut donner l'exemple de la fidélité à l'ohservance en un point si essentiel, et qu'elle pressentait devoir être vivement combattu.

Supérieure à perpétuité. Moi qui ne savais rien de cela, fus étonnée quand le Supérieur le dit tout haut. J'acceptai la charge, non perpétuelle, mais selon la Règle. Après, je m'essayai de leur remontrer leur faute; il n'y eut moyen de leur persuader qu'il y en eût, qu'au contraire, elles étaient honteuses de ne s'être opposées sur-le-champ, [et disaient] que je n'étais [pas] comme les autres Supérieures, qu'elles me reconnaissaient pour ceci et pour cela... des belles lanternes ! Et que ce n'était pas l'intention de Monseigneur que je fusse déposée, oui bien élue ; que d'autres monastères me voudraient élire pour Supérieure , ce qu'elles ne permettraient jamais. Enfin si j'étais leur fondatrice ou quelque personne de valeur, elles n'en diraient pas plus.

Je vous prie, considérez voir si j'ai encore quelque chose à faire sur ce sujet, afin qu'on ne tire pas des mauvaises conséquences de ceci pour les autres monastères; car, pour rien du monde, il ne faut blesser notre Institut. Enfin je vous ai tout dit, et suis consolée de vous dire nos petites affaires. Je le ferais simplement, mais ordinairement je n'ai nul loisir.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDLX (Inédite)

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPERIEURE AU TliEMIER MONASTÈRE DE PARIS

Promesse de revoir les Directoires après avoir achevé les Mémoires pour la vie du Bienheureux et la collection de sas Lettres.

vive -j- jiôsus!

Annecy, 9 juin 1623.

Ma très-ciièhe Mère,

\De la main d'une secrétaire.] Notre très-chère Mère vous prie de l'excuser si elle ne vous écrit pas de sa main; sa fluxion la travaille, qui est la cause qu'elle ne vous peut pas écrire. Elle vous supplie que, si vous avez reçu les Directoires, vous ne les communiquiez à personne, pas même à nos Sœurs, parce qu'elle y remarque bien tant de fautes qu'il faudra qu'elle les revoie tous; ce ne peut être de si tôt; dans un mois, elle espère d'y pouvoir mettre la main. Véritablement, elle a eu tant d'accablements, et encore tant de travail pour faire les Mémoires pour la vie de notre Bienheureux Père, qu'elle n'a point de loisir.

Elle vous prie de bien considérer s'il ne serait pas mieux de dire en l'article qui parle du parloir, que la Supérieure n'y laissera aller les Sœurs que fort rarement, et le moins qu'il se pourra au temps qui est marqué; et pour le quart d'heure qu'elle a mis pour l'action de grâces, s'il ne faudrait ppint dire : un peu de temps qui n'excède pourtant pus demi-quart d'heure ou un quart d'heure, parce qu'il y a des Supérieures qui donnent des demi -heures, c'est pourquoi notre très-chère Mère nomme le temps. — Elle vous prie de considérer aussi s'il ne serait pas bien que les Sœurs qui ne peuvent pas assister au chœur ne fussent point obligées à dire le grand Office, sinon le petit comme nous le disons, et que Votre Charité lui envoie un peu bien clairement quelles sont ses difficultés de l'Office, parce qu'elle n'a pas bien entendu votre lettre; vé-

ritablement, elle a bien tant d'occupations, qu'elle n'a pas encore su prendre le temps de voir vos questions.

[De la main de la Sainte,] Cela est vrai, ma très-chère fille, mais je ne laisse d'être voire Mère et de vous aimer de tout mon cœur. Faites-moi avoir l'avis du Révérend Père Binet pour l'Office, bien mûrement, et lui diles fout comme nous le disons; notre Bienheureux Père me dit à Lyon que nous le pouvions dire ainsi en conscience, néanmoins, que puisque on le trouvait à dire... [plusieurs mots illisibles] je trouve le grand Office bien long pour être dit le long des Octaves [plusieurs mots effacés]. Parlez-en au Révérend Père Binet, auquel j'eusse écrit, mais certes je ne le puis.

Après qu'on aura achevé les Mémoires de la vie de Monseigneur [saint François de Sales] et [la collection de] ses Lettres, j'emploierai tout mon temps à revoir et mieux considérer les Directoires, et ferai écrire par quelqu'un qui n'y fera pas tant de

fautes.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.

LETTRE CDLXI

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