A LA MÈRE FRANÇOISE GABRIELLE BALLY
SUPÉRIEURE A BOURGES
Comment témoigner sa reconnaissance pour deux guérisons miraculeuses obtenues par l'intercession de saint François de Sales. Il continue de visiter le monastère d'Annecy par des odeurs célestes.
V1VK f JÉSUS !
[Annecy, 16-23.]
Dieu soit béni éternellement, ma chère fille. Seigneur Jésus f Ah ! ne devrions-nous pas nous fondre en actions de grâces envers la divine Majesté, et la douceur de cet aimable Père qui, par la bonté de son tendre cœur, a obtenu à ces deux filles leur gué-
rison1 ! Notre action de grâces envers sa bonté doit être spécialement par l'œuvre d'une parfaite observance des choses que nous avons reçues de Dieu, par le moyen de cette bienheureuse âme. Oh ! que cela doit donner un grand courage [aux noires] pour vivre doucement ensemble, n'ayant qu'un cœur et une âme en Dieu; c'est la grâce que notre saint Père nous a surtout désirée.
Envoyez-nous au plus tôt une attestation de ces deux miracles. Prenez bon conseil afin de la bien faire dresser, car ils sont vraiment singuliers. Il s'en fait ici continuellement; les odeurs se font toujours sentir dans notre maison. Dieu en soit glorifié. Demandons-lui la grâce d'en profiter.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDLXII
A LA AIÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX
SUPÉRIEURE A MOULIXS
Difficultés pour la fondation de Riom. — Gomment faire respecter la clôture. — La Supérieure peut avoir un meuble qui ferme à clef. — Que les Sœurs soient courtes au parloir et n'y demeurent pas au temps des Offices. — Le corps du Bienheureux Eondateur vient d'être mis dans le sépulcre ; désir que son esprit vive et rèone en l'Institut.
vive v jésus!
[Annecy], jour de l'octave de noire fêle très-sainte, 1623.
Je vous assure, ma très-chère fille, que voilà une affaire conduite d'une sorte bien contraire à l'esprit de notre Bienheu-
1 Ces deux guérisons miraculeuses ne furent que le prélude des prodiges nombreux opérés à Bourges par l'intercession du Bienheureux Evèque de Genève. « Ne semble-t-il pas (est-il écrit à ce sujet dans Y Histoire de la fondation de Bourges) que l'église de Saint-Erançois de Sales est cette piscine probatique où les infirmes et les malades attendent l'Ange du Seigneur pour remuer l'eau? car noire Saint est l'Angs qui donne au nom de Dieu la santé ou le soulagement à tous. »
reux Père. Ce que vous avez fait avec conseil, j'espère que Dieu le bénira; mais j'avoue que j'eusse mieux aimé faire retourner nos Sœurs; certes, elles méritaient bien cette mortification, et pour moi, j'en eusse été consolée. Oh Dieu ! est-il possible et qu'avons-nous à faire de maisons? est-il possible qu'entre nous, il se trouve des Sœurs qui biaisent et quittent le train de la vraie simplicité et droiture pour chose quelconque? Or bien, je crois qu'il y a plus de faute d'entendement que de volonté; mais je crains toutefois, et mon cœur en est blessé; je prie Dieu qu'il les redresse '.
Si les jeunes filles ne sont bien à votre gré et avec inclination d'être Religieuses, excusez-vous-en; car enfin c'est une liberté que notre Bienheureux Père nous a voulu donner pour les bonnes occasions, mais non pas que nous soyons obligées à en recevoir. Il faut tout doucement procurer la sortie de cette fille, quoiqu'il faille plutôt patienter que de les importuner.
Et sur quel fondement notre chère Sœur M. -Aimée [de Mordille] veut-elle que tant de gens entrent dans votre monastère, puisqu'on n'a jamais concédé cela qu'à mesdames ses mère, sœurs et nièces? Certes , si j'étais àla place desautres , je me garderais fort bien de le faire, car elles encourraient l'excommunication. Et de votre part, ma très-chère fille, vous ne devez pas le permettre en conscience ; demandez-le au Révérend Père recteur, cela n'appartient qu'aux Reines et Filles de France, encore feu notre Bienheureux Père disait qu'elles faisaient mal. C'est seulement dans le logis de notre Sœur Marie-Aimée que ses enfants doivent entrer. Certes, il serait à désirer que ces dames ne mangeassent point au monastère et encore moins y coucher; toutefois, si on vous témoigne de le désirer, faites-le pour les parentes nommées ci-dessus, et vous servez sur les occasions de l'avis du Révérend Père.
' Il s'agit do la fondation de Riom.
Je pensais vous avoir mandé qu'il ne fallait point pratiquer les Directoires que je ne les eusse revus, à cause de la multitude de fautes qu'il y a. L'article du parloir ne doit pas être si sévère que je le vois dans votre lettre, quoique notre Bienheureux Père me témoignât bien à Lyon qu'il désirait qu'on y fût courte, et que l'on ne quittât point les Oflices, et dit qu'il fallait prier les amis de s'accommoder à cela; mais ne remuez rien et faites à l'accoutumée et ne les envoyez pas à Riom, car les choses n'y sont pas écrites selon mon désir en tout plein d'endroits. Ma fille, je ne veux rien faire de nouveau, ni y mettre aucune chose que celles que nous avons reçues de notre Bienheureux Père et selon son intention; et même plusieurs choses qu'on lui a fait dire sur des demandes, je les ai adoucies, selon que je sens qu'il l'eût fait quand je lui en aurais dit mes petites raisons. A mon avis, ma fille, quand nous aurons ramassé tout ce que nous faisons, ce sera chose suave et aimable à pratiquer !
C'est chose dangereuse que de prendre des filles tarées de lèpre; Dieu vous assiste à vous en défaire. Il est vrai, les Religieux aiment votre maison et eu disent beaucoup de bien; cela m'est à consolation d'entendre que l'odeur qui en sort est toujours meilleure; gloire en soit à Dieu ! et vos Sœurs vous aiment et estiment. Soyez-leur fort cordiale, et bénissez Dieu avec humilité; car vous en avez sujet. — Il est nécessaire que la Supérieure ait quelque chose qui ferme [à clef].
Je n'ai point de nouvelles de nos Sœurs de Riom; ne témoignez point au Père recteur ce que je vous ai dit ci-devant, et ne craignez pas que j'écrive rien à Riom qui gale. J'espère que Dieu bénira votre bonne foi à les aider, et la condescendance que vous avez eue aux conseils. Demeurez-en donc en paix, et tâchez de tout votre pouvoir de tenir le cœur de vos Sœurs joyeux, paisible et content de vous; une Supérieure qui a un zèle cordial, suave et vigilant, est un trésor dans le monastère.
Nous venons de voir mettre le saint corps de notre Bienheureux Père dans son sépulcre; je prie Dieu que son esprit vive et règne à jamais dans nos maisons '.
Vous savez bien que je suis entièrement toute vôtre, et il est vrai, je vous en assure, ma très-chère Sœur. Je salue toutes nos chères Sœurs, et particulièrement celle qui a reçu la grâce de mieux ouïr. Je souhaite que ce Bienheureux nous obtienne les grâces intérieures et non point les extérieures, car il me semble qu'il importe peu que nous soyons sourdes ou clairvoyantes du corps, pourvu que l'oreille de notre cœur soit attentive aux volontés de Dieu pour les exécuter fidèlement. Je salue encore les amis.
[P. S.] Notre chère Sœur M .-Jean ne nous presse de sa nièce. Pour la petitesse de sa dot, je vous prie, ne reconduisez pas puisqu'il y a si longtemps qu'elle persévère; mais prenez garde à la tare; un médecin vous pourra dire cela. Et la petite que vous avez reçue, n'est-elle pas de même race ?
Ma fille, je vous prie, ne tenez point votre âme contrainte ni restreinte; faites avec une grande et sainte liberté d'esprit ce que vous jugerez le mieux, car il faut qu'une Supérieure ait cela : Dieu vous le donnera, ma fille; tenez votre âme au large et contente en toute rencontre.
[De la main d'une secrétaire]. Voilà du sang de notre Bien-
1 A son arrivée à Annecy, le corps du Bienheureux Évêque de Genève fut provisoirement dépose dans l'église de la Visitation, proche la grille du chœur des Religieuses. « Il demeura ainsi jusqu'au 10 juin 1623, que ce précieux dépôt fut placé dans une châsse de plomb, et celle-ci dans une de bois, laquelle fut posée dans un tombeau érigé contre la muraille de l'église, du côté de l'épître, élevé sur un soubassement d'un pied et demi environ sur lequel est une table d'attente, où, au lieu d'épilaphe, on a posé un grand tableau de ce fidèle Pasteur, entouré de ses chères brebis de la Visitation, lesquelles sont agenouillées, et comme recevant de sa main les Constitutions qu'il a prescrites, pour dresser leurs pas en la voie du ciel. « (Fondation du premier monastère d'Annecy.)
heureux Père que noire très-chère Mère vous envoie pour vous et ma Sœur Marie-Aimée (et que vous en donniez un petit grain à notre Sœur M.-Avoye), et aussi du linge trempé dans son sang, et de la chemise dans laquelle il fut ensépulturé, et du coton dans lequel il fut embaumé.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDLXIII
A LA MÈRE PÉRONXE-MARIE DE CHATEL
SUPÉRIEURE A GREXOISEB
Au milieu des ténèbres intérieures, se reposer en Dieu, dans un esprit de parfaite
confiance.
[Annecy. 1623.]
Ma très-chère Clle, que vous dirai-je de plus sur la continuation de vos peines, sinon qu'aussi il faut persévérer à faire ce que vous avez accoutumé; car je sais bien qu'il faut ainsi aller, et s'il est possible, ne recevoir aucune sorte de désir d'aller autrement, ni aucun étonnement ni chagrin d'aller ainsi; puisqu'en vérité ce chemin est très-bon, et voire même le plus assuré, et agréable à Dieu, quoique les sens ne l'agréent pas. Mais voyez-vous, ma fille, si Dieu avait permis que vous vissiez ce que je vois en cela, vous seriez guérie ou trop glorieuse, et perdriez plus qu'il ne se peut dire. Il faut donc demeurer dans ce saint aveuglement, contente de savoir en la raison, que Dieu est notre lumière, notre unique prétention, et parlant demeurer en un parfait abandonnement de tout votre être entre ses mains, et en esprit de parfaite confiance, sans toutefois vouloir sentir toutes ces choses. Gardez-vous de faire le mal volontairement : faites à la bonne foi tout le bien que vous pourrez, sans vous troubler quand il vous semblera de man-
quër à l'un ou à l'autre; mais aimez-en doucement votre abjection. Enfin, c'est Dieu qui par une miséricorde infinie vous tient ainsi. Assurez-vous et marchez donc le plus gaiement et courageusement que vous pourrez.
Vous faites toujours un peu trop de réflexions sur vos incapacités; retranchez cela, mais absolument. Non, ma fille, ne vous alarmez point de la peine que j'ai de vous voir ainsi misérable; cela ne m'en donne point, je vous assure, et voudrais que toutes nos Sœurs m'en donnassent aussi peu. Elles sont toutes fort bonnes; mais c'est pour vous dire, que je n'ai peine que de voir que vous en avez; et sitôt que je verrai que vous les chérirez, ce me sera une grande consolation; et je vous assure que ce m'en est une chère de vous voir aller par ce chemin et d'ouïr un peu les paroles de votre cœur.
LETTRE CDLXIV (Inédite)
SlTKRIKl'RE A LYON
Des actes capitulaires. — Il faut donner brièvement son avis pour la réception des sujets. — Plusieurs Religieux se proposent d'écrire la vie de saint François de Sales.
vive f jésus!
[Annecy], 21 juin 1623.
Il n'est que trop certain, ma très-chère Sœur, que celles qui ont écrit les Directoires y ont fait plusieurs fautes; mais, Dieu aidant, je les écrirai moi-même quand j'en aurai le loisir. Les actes capitulaires ne sont autre chose, sinon ce qui se résout au Chapitre, ainsi comme on a accoutumé : par exemple, les voix étant tirées pour la réception ou profession d'une fille, si elles lui sont favorables, la Supérieure écrit dans un livre qu'à tel jour et an, une telle a été reçue pour la profession par la pluralité des voix; elle signe cela elle seule, et puis serre son livre dans une armoire ; car personne ne le manie
qu'elle1. Si une prétendante n'a pas les voix pour l'habit, on ne l'écrit pas; mais si une novice ne les a pas pour la profession, on l'écrit simplement.
Au reste, vous faites excellemment de ne point tant laisser parler les Sœurs sur les défauts des filles; car encore que l'Entretien dit qu'on en conférera, ce n'était pas, je m'assure, l'intention de Monseigneur [!e Bienheureux] que l'on s'entretînt une heure et deux heures au Chapitre pour cela, comme on faisait souvent. Oh ! certes, je tranche court à cela, quoique, à la vérité, la Supérieure (à laquelle les Sœurs doivent dire en particulier les choses importantes qu'elles sauront) doit dire simplement au Chapitre et sagement ce qu'elle pense de la prétendante. Dieu est le grand conseiller.
Voyez ce que j'écris au Père Augustin. Si nos Sœurs de Grenoble peuvent faire cette fondation, j'en serai bien aise; mais, mon Dieu, ma tille, je crains tant de maisons s'il n'y a de bons fondements. On a demande notre Sœur la Supérieure de Dijon pour Màcon. J'ai mandé qu'il fallait prendre les filles à Lyon et traiter avec vous, autrement Mgr l'archevêque en pourrait recevoir mécontentement. On tortille trop, mais il le faut laisser faire.
Nous ne savons point que Mgr de Belley écrive la vie de notre Bienheureux Père, oui bien un autre digne personnage 2. Or
1 Le Coutumier modifia plus tard cette décision de la Sainte.
2 Jalouse de conserver le double héritage d'admirables exemples et de précieux enseignements que son Bienheureux Père avait légués à la postérité, la Mère de Chantai s'occupa dès 1623 a recueillir ses écrits et à préparer des matériaux pour l'histoire de sa vie.
Plusieurs auteurs se mirent à l'œuvre, entre autres l'abbé de Longuelerre, le Père Dom Jean de Saint-François, général des Feuillants, le Père Philibert de Bonneville, provincial des Capucins de Savoie, et le Père de la Rivière, Minime. C'est auprès de la grande Fondalrice, dont la belle finie semblait refléter celle de l'illustre défunt, que tous vinrent s'inspirer; c'est à l'école d'une Sainte qu'ils apprirent à retracer les vertus d'un Saint.
ANNÉE KÏ23. 167
si le Père Supérieur de Lyon s'appelle Père Pierre, c'est celui que j'ai toujours désiré qui écrivît cette sainte vie. Le Révérend Père général des Feuillants a demandé des Mémoires pour l'écrire; quand Mgr l'évêque sera de retour, qui sera bientôt, Dieu aidant, je lui dirai ; s'il ne revient, je lui écrirai. Tenez, voilà quelques miracles que j'ai fait extraire pour envoyer à Mgr de Bourges, mais je n'ai loisir d'écrire. Gardez-les et les voyez cependant. Je suis étonnée de M. Michel qui se fait tant attendre. II faut laisserfaire. Oh! monDieu, ma très-chère fille, que je désirerais que nous vécussions toutes nues de tout ce qui n'est point Dieu !
Il n'y a guère d'argent céans. Faites voir savoir de M. de Sacconnex et. de M. Daloz si nos droits payent ce que nous devons là, sinon on l'enverra; mais mandez ce mémoire, et qu'au moins ils disent leur volonté. Matines vont finir. Bonsoir, ma très-chère fille.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDLXV
A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD
A MOMTFERRAXD
Tendre sollicitude pour la Mère de Bréchard. — Eloge de la Supérieure de Marseille. — Dire sa pensée au sujet des Directoires.
vive f JÉSUS.'
[Annecy, 1G'23.]
Ma tkès-chère Soeur,
Vous voilà donc encore avec nos vraiment bonnes Sœurs de Montferrand; je m'assure que vous y serez consolée, car ce sont des âmes fort aimables, surtout la Supérieure qui est toute bonne et sage à mon gré. mais vous voilà aussi dans les diffi-
cultes de voire établissement. Notre bon Dieu y fasse régner son bon plaisir, car nous n'avons à désirer que cela. Hélas ! je vous plains pourtant, ma très-chère Sœur, craignant que vous ne soyez attaquée d'inquiétudes parmi ces contradictions. Je prie Dieu qu'il vous conserve sa sainte paix.
Vous aurez bientôt les Directoires, s'il plaît à Dieu. Vous considérerez l'écrit que j'ai envoyé aux Supérieures, afin que chacune considère et que l'on arrête dans quelque temps. Notre Sœur l'assistante vous écrit nos nouvelles, je n'en ai pas le loisir, moi, ma pauvre très-chère Sœur, car je vous assure que nous ne manquons pas de besogne; tout soit à la seule gloire de Dieu !
Notre Sœur Françoise-Marguerite Favrot est Supérieure à Marseille; notre Sœur Claude-Catherine de Vallon, son assistante; les autres, vous ne les connaissez pas. Elles sont allées six; mais, certes, ce sont des âmes solides en vertu et propres à ce fondement. Elles ont été grandement bien reçues; mais elles ne manquent pas d'autres difficultés; les esprits y sont ardents, fins et pointilleux, mais grands catholiques. Vous ne sauriez croire comme la Supérieure est habile femme , prudente, douce, et grande servante de Dieu; mais il ne la fallait pas moindre.
Ma pauvre très-chère, vous savez et il est vrai que mon cœur est invariable en son affection pour votre cher cœur.
Dieu soit béni!
[P. S.] Considérez bien, à part vous, tous les Directoires, et m'en mandez votre avis, afin que nous y mettions la dernière main, avant qu'on les montre aux Sœurs, au moins celui des choses spirituelles, car il y a bien des fautes.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDLXVI
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX
SUPÉRIEURE A MOULINS
On ne doit ouvrir la porte de clôture que pour de grandes occasions. — Conseils pour la Sœur de Mor ville. — Introduire doucement la pratique du Directoire.
VIVE -J- JÉSUS
[Annecy, 1623.]
Ma très-chère Soeur,
Je vous ai déjà répondu pour ces jeunes filles ; il faut demeurer inviolable dans l'observance des choses reçues de Dieu
par notre Bienheureux Père; mais toujours faites vos refus et tous vos traités avec singulière douceur et respect, car c'est l'esprit de notre Bienheureux Père. Voilà ce que j'écris à Mgrd'Aulun; je m'assure que cette lettre sera utile, moyennant la grâce de Dieu. Si vous aviez déjà reçu quelque commandement , il faut différer l'exécution, et, en toutes telles occasions, prendre le temps pour dire vos raisons. Accompagnez ma lettre d'une des vôtres, car il se faut accoutumer d'écrire aux prélats et leur demander ce qu'ils nous peuvent donner.
11 ne faut point ouvrir la porte du couvent que pour quelque grande occasion comme vous verrez à l'Entretien, avec le temps. — Vous faites extrêmement bien de montrer grande confiance à notre Sœur M. A. [deMorville]. C'est le grand moyen de luiôter maintesfantaisies.OliDieu! queje désirequecetteàme-làse rende toute à Dieu, et je J'espère, car elle a le cœur bon. N'y a-t-il moyen que ce Père Minime auquel elle se confie lui puisse ôter tous ces commerces qu'elle a au inonde? c'est ce qui l'alentit en la dévotion. Donnez-lui ce billet si vous le trouvez bon, sinon dilférez, ce n'est que pour l'encourager.
Je réponds à notre Sœur Marie-Avoye [HumbertJ sur les demandes qu'elle m'écrit que vous lui avez fait faire. Notre Bieuheu-
reux Père me dit ce que je vous ai déjà écrit pour la réception de la fille de Paris en cas que notre affaire réussisse, et qu'il fallait que la dot de notre Sœur M. -Marguerite demeurât à la maison qui a la charge d'elle; cela est de justice. Ma très-chère Sœur, demeurez en paix, je vous prie, parmi toutes vos affaires ; ne perdez votre tranquillité pour chose que ce soit; recevez tout de la main de Dieu, et vous verrez comme il vous bénira et votre maison ; n'est-ce pas une grande consolation de la voir cheminer comme elle fait? Bénissez-en Dieu et leur recommandez la sainte modestie et tranquillité religieuses. Je suis vôtre, ma fille, de tout mon cœur. Dieu soit béni.
[P. S.] Je vous ai déjà mandé que vous auriez bientôt les Directoires; mettez-vous sirnplemenlet insensiblement à la pratique de ceux qui regardent l'ordre; mais, avant que de montrer celui des choses spirituelles et sa suite, considérez-le bien à part vous, et m'en mandez votre sentiment, car, avant que de le conclure, je désire entendre l'avis de nos Supérieures. Il y a beaucoup de choses qu'il faudra retrancher après que les Sœurs en auront pris l'habitude. Enfin, considérez bien avant de le montrer, voire, ne le communiquez pas que je ne l'aie revu , après avoir ouï nos Supérieures, car il y a plusieurs fautes, mais nous les raccommoderons à loisir, si Dieu plaît.
Je suis surchargée de lettres, je ne puis écrire à M. le doyen, cela est inutile.
Conforme à l'original garde aux Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE CDLXVII
A LA SOEUR MAKIE-AVOYE HUMBERT
a MOULINS
Le parloir intérieur ne doit point avoir vue au dehors — Éviter l'empressement pour les ouvrages. — Ne pas parler à la grille du chœur; il faut que le châssis ferme à clef.
VIVE f JÉSUS.'
[Annecy. 1623.]
Ma très-chère Soeur,
Si vous êtes fidèle à cette pratique de ne rien demander et rien refuser, Dieu vous bénira.
Cela serait bien indécent que ceux de la rue vissent les Sœurs au parloir et qu'elles les saluassent. — Il ne faut pas faire rendre compte des ouvrages, si n'était quelquefois à quelqu'une qui s'y rendrait négligente. C'est assez qu'il soit dit au Directoire de l'économe, et il faudrait retrancher ces empressements-là: rien ne doit être préféré à la tranquillité. — Vous ne savez pas les raisons de la Mère à se consulter à notre SœurMarie-Aimée; elle le fait sagement, n'épluchez point cela. — On ne doit point parler à la treille du chœur; le silence y est. Puis il faudra que le châssis ferme à clef. Certes, nos Sœurs sont heureuses d'avoir rencontré une si bonne Mère, elle est fort avant dans mon cœur.
Nous ferons la communion pour votre pauvre mère, et de tout mon cœur j'offre le vôtre à Dieu. Faites de même pour moi qui suis toujours et serai à jamais vôtre en ce divin Sauveur. Mille saluts à toutes nos Sœurs que j'aime chèrement.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.
LETTRE CDLXVIII
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
Le Directoire spirituel guide les esprits sans les contraindre. — Parler plus aux Anges qu'aux hommes, et laisser à Dieu le soin de sa réputation. — Il n'y a jamais de vraie perfection intérieure, où manque le parfait amour du prochain. — On retrouve dans les papiers de saint François de Sales deux cahiers du Coutumier écrits de sa main, outre les Directoires.
vive -j- jiîsus!
Annecy, 29 juin 1623,
Ma biex-aimée Fille,
De quelque côté que l'on se tourne en ce monde, il y a de l'affliction , et le monde trouve toujours, je ne sais quoi, à redire aux serviteurs et servantes de Dieu. Que ferait-on là, sinon d'avoir patience?
Le Directoire spirituel donne toute liberté de suivre l'attrait intérieur l. J'admire que ces bons Pères disent que nous soyons contraintes en notre spiritualité. Hélas ! en quoi, si ce n'est qu'on nous montre le vrai bien, lequel ne se peut acquérir qu'en contraignant et mortifiant nos passions, et faisant mourir le vieil homme. Ma fille, il ne faudrait pas être en ce monde, pour n'être pas censurée. Condescendons en ce que nous pourrons légitimement; pour le reste, disons nos raisons, eu peu de paroles fort suaves et respectueuses.
Attachons-nous bien à Dieu; suivons notre Institut; choisis-
1 Le Directoire spirituel, rédigé presque en entier par saint François de Sales à l'usage de ses filles, n'est qu'un exposé des vues surnaturelles dont il vivifiait toutes ses œuvres. Attention continuelle à la divine présence, fidélité à la grâce, totale indifférence au bon plaisir de Dieu, soin constant de mortifier toutes les inclinations humaines, afin de conformer son cœur au Coeur de Jésus : tels sont les moyens par lesquels les Religieuses de la Visitation peuvent, à l'exemple de leur Bienheureux Père, dans une vie commune en apparence, s'élever à la plus haute sainteté.
sons bien les filles; soyons très-considérées pour les fondations, cordiales et franches à les faire, quand nous le pourrons, selon nos règlements. Parlons plus aux Anges qu'aux hommes ; et si nous sommes la fable et la risée du peuple, bénissons Dieu qui nous donne ce moyen d'aimer noire abjection , et lui laissons le soin de notre réputation; souffrons aimablement les censures; Dieu est notre Père. Nous espérons en sa grâce d'obtenir du Saint-Siège la confirmation de notre Institut sous l'autorité de Messeigneurs les évêques et la perpétuité de notre cher petit Office. J'avoue de tout mon cœur que cette misérable vie serait insupportable, si la sainte volonté de Dieu n'y était regardée.
Ma pauvre très-chère fille, je vous conjure d'égayer votre chère âme, tant qu'il vous sera possible; cela est tout à fait nécessaire aux Supérieures et à leurs Religieuses. Je voudrais que vous me vissiez en nos récréations, et quand je parle à nos Sœurs en particulier, je tâche de me rendre la plus suave et cordiale qu'il m'est possible, et je ne les reprends que de cet air-là; parce que tous les jours l'expérience m'enseigne qu'il faut faire rarement les corrections fortes et sévères, et qu'elles profitent incomparablement davantage, étant faites avec une douceur vive, cordiale, sérieuse et aimante; car celte façon dilate le cœur de celle qui parle et de celle qui écoute, et la renvoie toute gaie et encouragée au bien, et toute détrempée en la suave force qu'elle a trouvée en celle que Dieu lui a donnée pour Mère. Il faut quejevous dise en confiance que nos Sœurs de céans font très-bien; elles vivent avec une sainte joie cordiale, dans une grande douceur et correspondance d'amour les unes pour les autres, ce qui leur est une source de bénédictions spirituelles. Je n'ai jamais remarqué qu'il y ait de la perfection intérieure où le parfait amour du prochain n'est pas.
Au reste, ma très-chère fille, nous avons trouvé deux des premiers cahiers de notre Coutumier que notre Bienheureux
Père avait rangés, outre les Directoires et plusieurs Mémoires qu'il a laissés à M. Michel [Favre] notre confesseur. Nous nous prosternons devant Dieu, et réclamons sa sainte assistance et lumière pour ranger le tout selon les intentions de notre Bienheureux Père. Je crois que c'était son cher désir qu'on laissât beaucoup de choses à la discrétion des Supérieures, car il ne voulait point qu'elles fussent gênées, et avait une aversion incroyable qu'on les contrôlât en leur conduite ; il me l'a dit plusieurs fois et si fermement que rien plus, ajoutant que, « s'il était Religieux, ce serait la chose dont il se ferait le plus de scrupule ». Je vous dis ses mêmes paroles.
Mais, mon Dieu! ma pauvre chère fille, dispensez-moi de vous envoyer mon portrait. 11 est vrai, ce que vous dites, notre Bienheureux Père dit à Lyon qu'il voulait me faire peindre ici; mais, hélas! faut-il que l'image d'une si misérable créature soit en parade? Non, je vous prîe, ma fille, ne désirez point cela de moi; ce serait m' obliger à une condescendance trop pénible. Que voulez-vous voir en l'image d'une si mauvaise Religieuse ? Regardez celle de noire saint Fondateur qui était un Saint, et vous verrez en ce visage certaine sainte sérénité qui touche le cœur de dévotion.
J'ai recommandé à ce Bienheureux l'affaire de voire seconde maison. Je suis certaine qu'il aurait fait ce que vous avez fait. Pour ce contrat, n'en entrez point en scrupule; tenez votre âme en paix, et croyez que je suis de cœur toute vôtre, etc.
LETTRE CDLXIX
A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET
ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES, A DIJ05J
Estime due à la Mère Favre. — Conduire les uovices chacune selon son âge et sa capacité. — Avec quelle sagesse on doit procéder, lorsqu'il s'agit de donner sa voix au Chapitre.
Vive f jésus!
[Annecy, 1623]
Dieu sait la douleur que je porte dans mon cœur pour le malentendu qui est dans votre maison, je prie Dieu qu'il y mette sa bonne main. Enfin, si l'on ne s'accommode, il faudra trouver moyen d'en ôter cette personne qui en est la cause. Jamais il n'est arrivé que tout mal quand les inférieures veulent contrôler les Supérieures ; s'il y avait de l'humilité et de la soumission, tout irait bien. Eufin, ma très-chère Sœur, celle qui préside là a fait si heureusement ailleurs que cela doit tenir les inférieures en repos; faites-leur entendre, afin que l'humble et cordiale soumission y puisse régner. Aidez à cela, tant qu'il vous sera possible, et faites que la Sœur N. soit parfaitement unie à la Supérieure, et qu'elle s'ouvre cordialement à elle. Oh Dieu ! est-ce là l'honneur que l'on porte à la mémoire de celui qui leur a tant recommandé la paix et l'union ! Voilà une dangereuse tentation. Dieu, par sa bonté, y mette ordre! nous nous emploierons pour l'y mettre, à l'aide de Dieu.
Il faut revenir à vous; pour moi, je ne ferais nulle difficulté de donner la profession à notre Sœur A. M., car elle a bonne volonté, et ne manque que par manque de mémoire. J'admire comme cette Sœur ose entreprendre de la tracasser; il y a bien de la témérité et immortification. Je pense que dorénavant les filles ne seront appelées à donner leur voix qu'elles ne soient hors du noviciat.
Certes, je tiens assuré, et l'expérience me l'a appris, que
rien ne gagne tant les esprits que la douceur et cordialité; je vous prie, ma très-chère fille, prenez cette méthode, car c'est l'esprit de notre Bienheureux Père. Les sécheresses de paroles ou d'actions ne servent qu'à dessécher les cœurs et à les abattre, et la douceur les anime et dilate au bien. Je pense qu'il ne faut nullement se détraquer de son train pour la réception des jeunes filles; il faut encore laisser couler une année et plus à la petite nièce de notre Sœur de Vigny ', et cependant, on tâchera de l'instruire doucement, mais nous la verrons, et je la tiens si raisonnable qu'elle s'y accommodera.
Je reviens à notre Sœur N***. Je n'entends pas qu'on la caresse, mais seulement qu'on la traite cordialement et doucement, je veux dire qu'on ne lui soit pas sèche de paroles et d'actions. Je vous dis le même pour notre Sœur N***, et encore plus; car il ne faut traiter cette petite-là qu'en se jouant; c'est encore une enfant qui n'a pas l'estomac fort pour manger des viandes solides; qui lui en voudra donner la ruinera. Il la faut donc conduire bien doucement cl tendrement, la dresser à l'observance du silence et des autres obéissances, mais non encore à des pénitences et mortifications. Enfin, ma très-chère fille, il faut donner à ces jeunes petites âmes-là beaucoup de vigueur, d'allégresse et de joie, et leur faire, par ce moyen, désirer les choses que par d'autres voies on leur ferait craindre et appréhender.
Si faut, ma très-chère fille, il faut gagner ce point sur vous, de demander des soulagements, et de vous rendre plus franche, familière, ouverte et cordiale avec la Mère , lui parlant à cœur ouvert de tout, au large. Donc, ma très-chère fille, et pour Dieu , donnez à notre Bienheureux Père cette gloire accidentelle de vous voir vivre selon son esprit de suavité et confiance
1 Religieuse plus lard, sous le nom de Sœur Anne-Françoise de Montrambault.
cordiale, et portez toutes les autres à cela. Priez pour moi et soulagez mon cœur par la nouvelle d'une parfaite cordialité entre vous; car c'est en ces occasions où il faut témoigner notre pur amour, servant Dieu selon son goût par la pratique des vertus qui tendent à sa gloire et non à notre satisfaction. Vous savez que je suis vôtre sans réserve.
Dieu soit béni!
[P. S.] J'ajoute que si une Sœur céans avait dit qu'elle ne donnerait pas sa voix, je la ferais dire vrai, ne lui permettant de la donner. Dites donc à ma Sœur N*** qu'elle ne tienne plus ce langage. Les trois qu'elle dit sont fort bonnes âmes, et je ferais grande conscience de les éconduire. Pour Dieu , que les passions cessent, et ayez soin de votre faible corps, le soulageant tant que vous pourrez.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère llosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy. '
LETTRE CDLXX
A MONSIEUR L'ABBÉ ROUSSIEK'
A SAIXT-ÉTIEXXE
1.11e le remercie de son dévouement à la nouvelle maison de Saint-Etienne.
vive -J- JÉSUS !
[Annecy, 1623.]
Oh Dieu ! mon très-bon et cher Père, que le récit que vous me failes de l'état de notre chère petite maison de Saint-Etienne m'est à grande consolation, et sujet de bénédictions envers Dieu que j'en loue etremercie très-humblement, et de ce qu'il plaît à
1 Très- vertu eux ecclésiastique, dont le zèle avait contribué a. l'établisse» ment du monastère de celle ville.
178 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.
sa bonté leur continuer le bonheur de votre chère assistance ! Certes, mon très- cher Père, ce m'est une spéciale consolation de savoir que vous aidez toujours à cultiver cette petite vigne, et j'espère que Xotre-Seigneur vous en saura bon gré, et vous le fera sentir par quelque spéciale assistance de grâces particulières, ainsi que de tout mon cœur j'en supplie sa bonté, et vous, mon cher Père, de me tenir toujours en la mémoire de vos saintes prières, puisque avec tant d'affection je suis et veux être à jamais votre très-humble fille et servante en Xotre-Seigneur.
[P. S.) Toutes nos chères Sœurs, qui sont certes trèsbonnes, saluent avec autant d'affection Votre Révérence, et moi je salue toute votre chère famille.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Lisbonne.
LETTRE CDLXXI (Inédite)
A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS JÛLV DE LA ROCHE
SUPÉRIEURE A ORLÉANS
Combien doivent durer les Offices et l'action de grâces après la communion. ■ — Des processions. — Ne point se surcharger de prières extraordinaires. — Conseils relatifs au médecin. — De quelle étoffe faire les rideaux de l'infirmerie. — Procès-verbal sur deux miracles opérés par saint François de Sales. — Sollicitude pour la santé de la Mère de la Roche.
vive v JÉSUS !
[Annecy 22 juillet 1623.]
Ma très-chère fille,
[De la main d'une secrétaire.] Ainsi que vous me mandez, vous tenez votre Office trop long. Or, bien, j'ai eu grand tort ; car, en envoyant les Directoires, je devais dire ce qu'il fallait pour les Offices des grandes fêtes ; mais avant que Noël vienne ou la Toussaint, on verra à quoi l'on en sera, Dieu aidant; et faites bien prier pour ce sujet, et cependant allez
votre train, car aussi bien il n'y a point de grandes fêtes avant la Toussaint.
L'on emploie [pour l'action de grâces de la communion] grand demi-quart d'heure après None. Il faut sans doute que vous traîniez trop votre Office, car ici Tierce, Sexie [la messe] et None ne durent que cinq quarts d'heure, et les fêtes, une heure et demie, de sorte que nos Sœurs ont toujours le loisir d'ouïr une messe et faire l'oraison demi-heure les jours de fête. Vêpres, demi-heure, et trois quarts d'heure quand on les chante; Compiles, un quart d'heure [sans y comprendre les Litanies], Il me semble que le Directoire ue dit point que l'on fasse des processions le matin, sinon à certains jours de l'année, que l'Eglise l'ordonne, au moins nous les faisons après Vêpres , quand il n'y a point de sermon. Vous voulez être trop bonne ménagère; il ne faut point doubler l'oraison après dîner, on ne peut pas tout dire, il faut que la discrétion de la Supérieure supplée à ce qui n'est pas écrit; et quand elle jugera à propos de les faire dire [Compiles] après Vêpres ■> qu'elle le fasse, mais d'en faire un ordinaire, il me semble qu'il ue le faut pas, sinon quand après les Vêpres on a le sermon, que l'on dit CompUes et l'on chante les Litanies, quoique l'on sait qu'il ne soit pas cinq heures. C'est un oubli de ce qu'on ne vous a pas envoyé la note de ce que nous chantons.
Notre Bienheureux Père désirait que l'on dit l'Office sur un ton médiocre et pas trop haut, je vous supplie de vous y accoutumer, car je vous assure que céans le chant était tout à fait changé à cause de cela. Vous verrez distinctement ce qu'il faudra faire pour l'Office dans quelque temps, car de nous charger de dire tout ce que le monde voudra, et à leur fantaisie, nous renverserions l'intention de notre Bienheureux Père. Il faut laisser dire, et bien prier Dieu afin qu'il lui plaise de nous continuer notre privilège et la grâce de conserver la manière que notre Bienheureux Père a trouvée bonne : vous
verrez tout ce qu'il faudra, Dieu aidant, après un peu de patience, et cependant, ma très-chère fille, allez votre train, car je revois les Directoires qui sont pleins de mille fautes; on mettra à part ce qu'il faut que les Sœurs voient, et ce qu'il faut que la Supérieure garde.
Nous n'avons point la coutume que les malades soient voilées devant les médecins, il faut que la discrétion de la Supérieure gouverne ces entrées; dans le Coutumier, nous mettrons comme on le pratique ici. Dans l'infirmerie l'on n'a point d'autre lit que ceux de futaine, que l'on peut doubler en hiver. — Le Directoire et le Coutumier répondront à une partie de vos questions , le reste sera laissé à la discrétion de la Supérieure. — Je ne sais que dire si les professes du noviciat donneront toujours leur voix tandis qu'elles seront au noviciat, parce que je n'en ai rien appris de notre Bienheureux : je vous en demande votre sentiment, comme aussi celui de toutes nos autres Supérieures que je leur demanderai.
[Ce qui suit est de la main de la Sainte.] Si les Pères Jésuites, après AI. votre Père spirituel, jugent que les choses que vous nous écrivez de ces deux guérisons puissent être tenues pour miracles, il faudra, ma très-chère Sœur, s'il vous plaît, que vous en envoyiez des certificats bien faits par leur avis. Mon Dieu ! ma très-bonne et chère fille, que le miracle de la vie de ce grand saint homme est incomparable au-dessus de tous autres! Bénie soit la main toute-puissante de Celui qui s'est fait un tel Serviteur. 0 ma fille, quelle obligation avonsnous à celte incompréhensible Bonté de nous avoir donné un tel Père ! Je n'ose dire ce que j'en ressens; mais j'ai un grand désir que nous correspondions à cette grâce par une très-fidèle observance des choses qu'il nous a laissées, et que nous fassions reluire en nous cet esprit de très-humble douceur, simplicité, confiance, et totale dépendance de la divine volonté. 0 Seigneur Jésus ! que nous mourions, je vous supplie, si nous
ne vivons ainsi. Je suis, certes, en peinedela continuation de vos douleurs; je vous ai déjà priée desavoirdes médecins si ce mal vous procède de l'air du pays, et de prendre bon et solide conseil avec les Pères pour cela, afin qu'après quand vous saurez ce qui s'en dira, vous en puissiez parler au Supérieur, lequel, je m'assure, ne dira pas que non pour une telle occasion. Et, s'il faut quitter, il faut voir où l'on pourra trouver une Supérieure, car je ne sais si notre Sœur Marie-Michel [de Nouvelles] serait capable de cela; toutefois ayant fait un tel progrès à l'Auvergne, peut-être Dieu s'en voudra-t-il servir; mais vous prendrez avis et vous direz votre sentiment là-dessus. Enfin, ma très-chère fille, il faut être bien douce et bien courageuse sur votre croix; n'a pas de ces faveurs-là qui veut.
Vous vous trouvez pauvre, et moi je vous trouve riche pour le peu de temps qu'il y a que vous êtes établies. Mon Dieu ! quand sera-ce que nous aimerons la sainte pauvreté que notre Bienheureux Père chérissait tant, et que par une entière confiance nous nous reposerons entièrement entre les bras de la divine Providence? Il fautallerlà, ma très-chère fille. Je prie Dieu qu'il vous tienne toujours de sa sainte main, et répande sur vous et votre chère troupe ses très-saintes bénédictions; je vous salue toutes très-chèrement. Nos Sœurs font le même, toutes les nôtres se portent bien, je suis vôtre, ma très-chère fille, et de tout mon cœur, je vous en assure. Dieu soit béni.
Je revois nos Directoires. Je sépare ce qu'il faut que la. Supérieure garde d'entre les Directoires communs, que tout le corps doit observer, puis je mettrai à part les coutumes comme je trouve que notre Bienheureux Père nous les avait commandées; mais j'y veux donner le temps convenable, et ne les envoyer précipitamment et imparfaits comme la première fois. Faites bien fort prier pour notre Office; que Dieu nous le conserve, et pour le reste des affaires de l'Institut. Dieu soit béni.
[P. S.] Ma toute très-chère fille, je crois que celte lettre
repond suffisamment à la vôtre grande que je viens de recevoir; je l'ai parcourue, mais non lue. Pour Dieu, ma très-chère fille, tenez votre cœur en courage au-dessus de vos inclinations, et faites qu'il règne avec une douce et suave générosité. Bonsoir , ma très-chère fille , et à nos Sœurs.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Rennes.
LETTRE CDLXXII
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LYOV
Recommandation en faveur du président Favre.
VIVE -J- JÉSUS
[Annecy], 26 juillet 1623,
Ma très-chère Soeur ,
Monsieur le président Favre a su que vous aviez quelque argent à mettre à frais; il s'est trouvé avoir besoin de cinq mille francs pour payer partie d'une terre qu'il achète. Je vous puis assurer en toute sincérité que vous ne sauriez le loger en lieu du monde pius assuré; c'est pourquoi tout franchement je vous prie et vous conjure, si vous le pouvez, de l'accommoder de cette partie. C'est un seigneur que vous savez que notre Bienheureux Père aimait et honorait comme ses yeux; enfin c'était son cher ami. De vous dire ce que nous lui devons, et en quel respect il est à tout le monde et à nous en particulier, cela serait superflu, car vous le savez. Il suffit donc que c'est M. le président Favre qui vous requiert cette courtoisie, en laquelle je vous assure que j'aurai très-grande part. Or sus, je finis avec cette confiance que, si vous le pouvez, vous le ferez, et je demeure , ma très-chère Sœur, votre , etc.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDLXXIII (Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
Prière de lui donner de ses nouvelles et de dire sa pensée sur les Directoires.
vive -J- JÉSUS !
Annecy, 31 juillet 1623.
Je voulais attendre le bon M. Crichant pour vous écrire; mais ce bon et vertueux Père a désiré que je vous fisse ce mot pour lui donner entrée vers vous; car il aura quelquefois besoin de se consoler un peu avec vous : c'est un vrai bon dévot Religieux. Au reste, je suis en peine, certes, de ce que parmi les lettres que M. Crichant nous a envoyées, je n'y en ai trouvé aucune de vous, ni de nos Sœurs, sinon une de vous qui me semble qui s'adressait à Monseigneur, de sorte qu'il y a longtemps que nous n'en avons reçu des vôtres; cependant, il me tarde fort d'en recevoir, et d'entendre le sentiment de notre bon Père Binet sur l'Office, et le vôtre; car voilà les Directoires, excepté celui de l'Office; ce qui y manque, accommodez-le ; pour moi, je ne sais plus rien à y mettre. J'en ai séparé ce qu'il fout que la Supérieure ait à part, et ce qui convient au Coutumier; sitôt que Dieu me donnera le loisir, j'accommoderai le tout; mais je voudrais que vous me disiez s'il est nécessaire de laisser dans le chapitre des pénitences, les coulpes; s'il ne suffirait pas de marquer seulement les mortifications et pénitences; et aussi, s'il sera bon que les novices professes ne donnent pas leur voix , parce qu'il faut que la réception des filles se fasse par la pluralité, qui est une de plus. Dites-moi aussi sij'ai marqué dans le Coutumier ledemi-quarld'heure [d'actiondegràces] aprèsAbweJesjours (le communion ; cela est si peu de chose qu'il me semble que je ne voudrais pas l'écrire, mais nos Sœurs d'ici disent qu'il y a eu des Supérieures qui les tenaient
quelquefois si longtemps qu'elles en étaient importunées. 0 ma fille, vos remarques sont bonnes, elles me serviront.
Le livre pour écrire les actes capitulaires me semble superflu, puisque les novices ont un livre où elles écrivent leur réception, et les professes, le leur; considérez cela et me le mandez.
Bonsoir, ma très-cbère fille, Matines sont dites, il faut finir, car je ne sus gagner le temps de vous écrire plus tôt; ma trèschère fille, vous savez que d'un cœur entier je suis vôtre. Je salue nos Sœurs.
Dieu soit béni !
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.
LETTTRE CDLXXIV
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX
SUPÉRIEURE A MOULINS
Les souffrances sont de riches occasions que Dieu nous envoie pour nous aider à acquérir l'humilité, la douceur et la patience. — Ne pas recevoir des filles épileptiqucs.
[Annecy] 2 août 1623.
Ma très-chère fille,
Vous voilà en un exercice tout propre à vous faire devenir sainte; certes, vous avez besoin d'un grand courage, mais j'espère que Dieu vous le fortifiera tous les jours davantage. Ne vous abattez point, je vous en conjure, ma très-chère fille, et faites profit de ces riches occasions que Dieu vous présente pour acquérir la vraie humilité, douceur, patience, et surtout cette grande leçon de notre Saint, qui est l'incomparable vertu du support des maussades et fâcheux prochains.
Mon Dieu! ma fille, regardez souvent notre bon Sauveur parmi les diverses souffrances de sa Passion; voyez comme on
ANNÉE lf>23. 185
le bafoue, méprise, et vilipende, et enfin : « Père, dit-il, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu ils font. » Ma très-chère fille, celte pauvre créature ne sait, certes, ce qu'elle fait; car sa passion la transporte ; mais patience, allez avec Notre-Seigneur, remettez-lui entièrement entre ses mains sacrées la charge qu'il vous a commise, et particulièrement celle de celte pauvre âme, et vous y confiez, et vous verrez le calme bientôt, et votre maison pleine de bénédictions, comme certes elle est, puisque la sainte union règne en toute la famille; cela n'est rien d'avoir une brebis qui s'écarte du troupeau. [D'ailleurs] l'expédient que ces messieurs prennent de faire changer de place à ce bon homme, y ajoutant qu'on procure une absolue défense de la part des Supérieurs qu'il n'écrive point, sera un remède entier, bien que cuisant. Or je crois que sur tous les préjugés que vous aviez pour douter du vain amusement, il était expédient et de votre devoir d'en procurer l'éclaircissement; que si Dieu a permis que cela ait causé un éclat, c'est pour un plus grand bien, comme j'espère de sa bonté, et je trouve que vous vous êtes fort bien conduile en tout cela, dont je loue Dieu. Certes, si elle continue, il faudra prendre solide conseil pour savoir comme on s'y comportera; cependant patientez, et l'adoucissez tant que vous pourrez.
Le Révérend Père recteur ne m'a pas écrit; si je puis, je lui écrirai, mais je suis accablée. Je vous prie au moins que vos deux chères Sœurs qui m'écrivent m'excusent; je les chéris très-parfaitement, et suis consolée de leur zèle et sainte affection envers vous.
Nous tenons nos parloirs fermés à clef et les chcàssis du chœur; et la porte du chœur aussi, dès le dîner jusqu'à deux heures. Notre Bienheureux Père a ordonné cela, vous le verrez dans le Couluniier, car nous avons séparé des Directoires ce qui doit être rière la Supérieure et dans le Coutumier. J'ai envoyé les Directoires comme il les faut, je pense qu'on vous les enverra.
Ayez un grand courage, ma très-chère fille, et Dieu vous aidera. Non, il ne faut point recevoir des filles qui aient le haut mal [épilepsie]. Nos Sœurs tourières et domestiques peuvent porter des couteaux sous leur robe.
Bonsoir, ma toute chère fille, portez votre croix patiemment, Dieu sera avec vous, n'en doutez point. Je suis sans fin vôtre et sans réserve. Voilà que je ne puis écrire au Révérend Père pour ce coup, mais je le salue très-humblement, et ne puis dire combien je ressens l'assistance qu'il vous donne. Je voudrais savoir son sentiment sur ce sujet et son avis. Mon Dieu! que nous lui sommes obligées! Dieu soit sa récompense.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CDLXXV
A LA SOEUR MARIE- AIMÉE DE MORVILLK
A MOULINS
Rien n'est plus dangereux que l'abus des grâces.
vive -j- jésus!
Ne voulez-vous pas bien que je vous dise tout à la bonne foi que si vous ne quittez absolument les pratiques et vaines affections mondaines, vous décherrez encore de vos bons propos et saintes résolutions ? car pensez-vous que Dieu vous veuille favoriser tous les jours de grâces extraordinaires quand vous persévérerez à le mécontenter et à préférer vos vaines inclinations à ses bénédictions, à votre devoir et à toute bonne raison? Pesez ceci, ma fille, je vous en supplie, et apprenez ce que dit saint Paul aux âmes qui négligent la grâce. Certes, si vous ne de-
AXXÉE 1623, 187
meurez ferme à conserver celle que vous avez reçue, je crains fort qu'elle ne retourne pas quand vous la voudrez; car c'est par la miséricorde divine que souvent la grâce est déniée aux âmes que sa Providence connaît qui n'en doivent pas faire leur profit, afin que leur condamnation n'en soit pas si grande : « A celui qui aura davantage reçu, on demandera davantage aussi. »
Ma très-chère fille , vous connaîtrez bien par ce discours que notre Sœur la Supérieure m'a écrit ce qui s'est passé de ces passants - et donneurs de lettres plus propres aux vaines dames du monde qu'à une Religieuse nouvellement affermie en des résolutions de vivre selon sa vocation. Si votre affection est solide en Dieu, vous serez consolée que ces choses ne me soient pas celées, et [vous] devez croire que jamais une sage Supérieure de la Visitation ne consentira à telles choses, ni ne me les cèlera; car enfin, ma très-chère fille, meshui, nous ne pouvons plus dissimuler tels tracassements et pratiques; elles sont trop préjudiciables à l'honneur de Dieu et de notre Compagnie.
J'espère que vous avez ce même sentiment que moi, et que partant vous serez bien aise que l'on éloigne de votre maison absolument telles sirènes. Noire très-heureux Père nous conseillait qu'en telles occasions l'on ne s'amusât point à dénouer, mais que l'on coupât et tranchât sans marchander. Suivez cet avis, ma très-chère fille, et Dieu vous bénira; non, ne pensez jamais vous déprendre sans vous faire violence. Faites-vous-la donc, ma très-chère fille, et vous serez bien heureuse, puisque la Sapience éternelle a dit que les violents raviraient le ciel.
Je supplie son infinie bonté vous tenir de sa sainte main, afin que vous ne choppiez point en votre chemin, et que vous parveniez à cette éternelle félicité que je vous souhaite de cœur comme à ma très-chère fille que j'aime de tout mon cœur, en
l'espérance de sa constance et fidélité envers Dieu. Qu'il soit à jamais béni! Amen.
Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE CDLXXVI (Inédite)