‹ Lettres (volume 3)Chapitre 260 sur 351 · A LA MÈRE FRANÇOISE-GABRIELLE BALLY · texte numérisé non relu

A LA MÈRE FRANÇOISE-GABRIELLE BALLY

SUPÉRIEURE A BOURGES

II faut espérer contre toute espérance. — Bonheur d'être martyre de la pauvreté.

vive -J- JÉSUS.'

[Annecy, 1623.]

Oh 1 mon Dieu ! ma fille très-chère, que vos lettres me donnent de consolation ! leur style ressent du tout l'esprit de notre vénérable Fondateur et Père. Persévérez en cette voie et cette confiance j ne sortez jamais de cet esprit, qui est celui de Jésus souffrant et s'offrant à la volonté de son Père : c'est lui qui conduit votre cœur, laissez-le faire.

Eu quelque extrémité que vous puissiez tomber pour le tem> porel, je vous conjure de demeurer ferme en la foi de la parole de Dieu. Imitez Abraham dans son délaissement, qui crut en l'espérance contre l'espérance. Si Dieu semble tarder un peu à vous assister, ce n'est que pour vous rendre plus affermie en votre fidélité et pour vous donner son secours plus à propos. Regardez toujours à Lui et à son éternité. Consolez-vous en la douce pensée qu'il est votre Père et que vous êtes sa fille, sa servante, sa créature et son épouse. Attendez son secours en patience, et tenez pour certain qu'il ne vous manquera pas.

Oui, quand pour sa plus grande gloire en nous, il Lui plairait retirer de nous tout secours temporel, ne serions-nous pas

trop heureuses de mourir de faim, de soif et de nudité, pour révérer la faim qu'il endura pour nous dans le désert, et la soif et la nudité du Calvaire? Quel bonheur de pouvoir être martyres de la sainte pauvreté, puisque les tyrans ne nous donnent plus d'occasion de pouvoir l'être de la foi! Courage donc, ma fille ; la pauvreté est la première fille de l'Évangile, et la première béatitude que la foi nous enseigne.

Demeurez dans celte confiance, et sachez que le Sauveur convertira tout à sa gloire et à l'avantage spirituel de votre cher monastère. Nous devons nous réjouir que cette fondation ait commencé avec tant de marques de pauvreté , puisque le Fils de Dieu a voulu commencer sa vie temporelle et souffrante dans une pauvre étable, dans une pauvre crèche et sur de la paille.

LETTRE CDXC {Inédite)

A LA MÈRE MARIE- AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LVOX

Euvoi et correction des Directoires.

vive -f- jésus!

[Annecy, 1623.]

Enfin, ma très-chère fille, il faut glorifier Dieu. Notre Bref de la continuation de notre Office ne nous sera point inutile, mais assuré, et nous espérons encore d'en obtenir la perpétuité, afin que pour jamais nos maisons soient en repos de ce côté-là. Vous verrez ce que j'en écris aux autres; il suffira pour vous et pour nos Sœurs de Dijon auxquelles je ne puis écrire. Voilà le Coutumier séparé comme il faut. Voyez -le, et le considérez; il est recueilli fidèlement, mais je ne l'envoie qu'à vous et à la Mère de Grenoble, à laquelle vous l'enverrez le plus tôt que vous pourrez, et lui manderez que l'ayant vu, elle me le renvoie

au plus tôt. Voyez si je n'ai rien oublié et qu'elle fasse de même. J'y penserai aussi encore.

Ce que vous nous aviez mandé de la visite, j'en parlai hier à Mgr l'évêque, qui me dit que j'avais raison, de sorte que je n'ai plus rien de nos petites coutumes qui me fâche. Nous ferons le Directoire de l'Office sitôt que Mgr l'évêque aura le loisir. Dieu nous fera la grâce, ma très-chère fille, de demeurer paisibles en notre simplicité.

L'on m'a dit que les coches de Grenoble sont maintenant ordinaires à Lyon, et qu'ils viennent toutes les semaines, c'est pourquoi je vous adresse le Coutumier, lequel vous ne mettrez qu'en mains bien assurées, et manderez à notre Sœur de Grenoble de faire de même. Fermez toutes nos lettres, et les renvoyez promptement, s'il vous plaît, à celui qui vous les donnera. Je n'ose le charger du Coutumier. Dieu vous bénisse, et notre Sœur de Vigny, et toute la chère troupe.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visi'alion d'Annecy.

LETTRE CDXCI (Inédile)

A LA MÊME

Conseils pour l'établissement du monastère d'Aix. — De quelle condescendance user à l'égard des âmes faibles. — Remarques sur le Coutumier et sur les Directoires. — Liberté pour le choix des confesseurs extraordinaires. — Réception des personnes infirmes et pénitentes. — On fait solliciter à Rome la permission de dire à perpétuité le petit Office.

VIVE J JESUS

[Annecy], 2 octobre IG'23.

Vous exercez fidèlement la bonté de votre cœur sur moi; Dieu soit béni qui m'a donné une telle fille; c'est assez. Nous n'avons jamais vu votre Bulle : Mgr de Lyon l'a; vous ferez bien de lui en parler, mais ceux d'Aix n'ont pas besoin de la voir; ne leur doit-il pas suffire [de savoir] que nous sommes établies à Paris v. 14

et en tant d'autres villes de la France? Je vois que ces gens-là s'adressent à vous et font le même à nos Sœurs de Grenoble, c'est pourquoi il faut bien savoir comme vous traiterez; M. votre bon Père spirituel vous conseillera bien. Il faudra là des filles bien ferrées, s'entend surtout une Supérieure. Certes, puisque votre pauvre Sœur l'assistante est si pesante, je la retarderais, et [vous] ferez bien d'envoyer votre autre Sœur qui est certes pour mieux réussir. Puisque madame de Chevrières va là, elle vous aidera à vous déterminer pour les filles, car il lui faut un peu condescendre et lui en donner qui puissent manier son cœur.

Je vois que vous avez quelques filles qui vous exercent; ma fille, il est impossible autrement; mais, grâce à Dieu, vous en avez tant de bonnes, qu'il y a grand sujet de louer sa bonté. Certes, notre pauvre Sœur N*** me fait pitié avec cet esprit humain et discourant; elle a bonne volonté et me témoigne un très-grand amour et estime de vous et de votre gouvernement. Elle est un peu tentée de croire que vous pensez qu'elle agréerait plus une autre Supérieure que vous. Or enfin, si je ne me trompe, je pense que vous feriez bien d'essayer pour un temps de l'employer selon ses inclinations; car, à mon avis, elie n'avancera pas en humilité et simplicité tandis qu'elle y sera poussée. Si je ne me trompe, son esprit se roidit au lieu de se plier, à cause de l'impression qu'elle a qu'on la veut humilier, et elle n'a pas la force d'employer ces aides-là à son utilité; c'est dommage, car c'est un bon cœur; essayez, je vous prie, l'autre biais. — Je lis fort bien votre lettre, et je suis bien aise que vous m'écriviez de votre main.

Voilà les Directoires des officières et le Coutumier qui doit être gardé par la Supérieure : je fais recopier l'autre, qui est fort court; peut-être ne sera-t-il pas achevé pour ce soir; vous verrez si j'y ai oublié quelque chose. Les coutumes es occasions qui ne sont pas ordinaires s'oublient facilement; mais

j'espère que Dieu nous fera ressouvenir de tout. Je voudrais que nos monastères vissent celle copie [et] que vous fissiez qu'ils se l'envoyassent de main en main, s'entend Moulins, Nevers, Bourges, Orléans et Paris, sans toutefois les copier jusqu'à ce que je l'aie fait voir au Père Fourier, ou au Père Antoine Suffren que j'espère voir environ la Toussaint. Pour vous, si vous voulez, vous pouvez faire accommoder vos Directoires des officières dessus cette copie ici, et faire copier les deux Cou fumiers afin de les faire voir au Père Fourier, lequel me dit qu'il serait à Lyon environ la Toussaint, mais je ne vois pas qu'il y ait rien à dire sinon pour la visite, car tout y est de noire Bienheureux Père ou approuvé de lui.

Surtout, je pense qu'il ne faudra pas montrer à N. l'article qui parle des Pères N***, car il me dit à Cliambéry que, puisque nous nous voulions servir d'eux, nous ne nous devions pas confesser aux Pères de N***, ni conférer particulièrement, ni aux autres Religieux. Cependant notre Bienheureux Père m'a dit ce que j'ai mis dans le Coutumier, et nous l'avons toujours pratiqué ainsi, et c'est notre bien que d'avoir cette liberté; je voudrais donc qu'il ne vît pas cet article-là. De même ce que j'ai mis dans le Coulumier de la Supérieure pour la réception des filles infirmes et pénitentes; tout le monde combat cela et des plus grands serviteurs de Dieu. C'est fout à fait contre la prudence humaine ; mais nous devons être invariables à le garder; car vous voyez comme noire Bienheureux Père l'inculque, et afin qu'il soit mieux gardé j'en ferai mettre quelque chose dans sa vie. Il faut que nous souffrions d'être combattues en cela, et que nous ne résistions pas par paroles, mais que nous demeurions fermes en ce fait. Si vous faites copier ces Coutumiers, vous enverrez noire copie à Dijon, pour la faire voir seulement, et où vous voudrez de nos monastères; mais faites-vous-la rapporter afin d'en parler au Père Fourier, car je lui [ai] dit que vous le feriez.

Voyez ce que j'ai écrit à la Supérieure de Bourges pour l'Office : cela va bien et ne faut plus qu'en obtenir la perpétuité; or c'est à quoi l'on travaille maintenant, et encore faudra-t-il une autre Bulle pour le sujet que le Père Fourier vous dira, car je lui ai donné celle de notre établissement, afin qu'il nous dressât les mémoires, car c'est une pièce absolument nécessaire pour le repos de tous les monastères. Notre Bienheureux Père l'avait déjà fait poursuivre; nous espérons que Dieu nous aidera, et faut beaucoup prier pour cela, et engager la bonne volonté de M. Denay et de M. de Maussac pour nous aider de leur faveur lorsqu'ils en seront requis. Or sus, mon enfant, je vous dis tout afin que vous teniez la main, vers le bon Père Fourier quand il sera arrivé, pour avoir nos mémoires, et des lettres encore de faveur à leur Père. Je crois que notre bon Père dom Juste ira lui-même faire celte poursuite, car c'est une chose tout à fait nécessaire pour empêcher que l'on ne nous brouille rien en notre cher Institut, et que l'on nous laisse vivre en paix en nos petites observances.

Je vous remercie, ma très-chère fille, de vos belles bougies. Voilà la lettre. Dieu vous bénisse , ma toute très-chère et bienaimée fille, et toutes vos chères filles que j'aime de tout mon cœur, et me recommande à leurs prières, surlout la semaine prochaine que je pense faire ma solitude, afin que Dieu me fasse la grâce de le servir en vérité.

Conforme à l'original gardé aux. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXCII

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉGHARD

A RIOM

Elle la prie d'abandonner la fondation de Riom et de se retirer à Annecy; joie que causerait ce retour. — Nouveau Bref au sujet de l'Office.

VIVE -J- JÉSUS

[Annecy], 5 octobre [1623].

Ma pauvre très- chère Soeur,

Qui n'aurait du mal de cœur de vous savoir parmi les assauts et combats où vous êtes? Je les ai représentés assez simplement à Mgr l'évêque [J. F. de Sales], lequel eût bien voulu que la chose n'en fût pas venue si avant, puisque vous y deviez être si indignement traitée; car, certes, il est bon de prévenir (elles intrigues et scandales. Il est impossible que ces bons messieurs les consuls n'en aient des remords de conscience tôt ou tard. Dieu leur pardonne par sa bonté, et vous donne la grâce et le courage de vous retirer de cette fâcheuse affaire avec la douceur et l'humilité que notre Bienheureux Père eût pratiquées en telles occasions. Et je vous prie, ma pauvre très-chère Sœur, de l'avoir toujours devant vos yeux en celte action; car je m'imagine bien la difficulté qu'il y aura en tout cela et la peine qu'il y a de se retirer d'une bonne entreprise ; mais c'est aussi le vrai moyen de couronner tous les travaux que vous avez pris en cette poursuite, et faire voir que, tandis que vous avez cru de faire la volonté divine, vous l'avez poursuivie courageusement; qu'aussi voyant le bon plaisir de Dieu en votre retraite, vous la faites simplement.

Mais, ma pauvre très-chère Sœur, je vous conjure de faire cette action en l'esprit de notre Bienheureux Père, et de notre vocation. Enfin il ne voulait point ces violences, ni que l'on entrât dans les villes qu'avec la bonne amitié du peuple; c'est pourquoi, ma très-chère fille, je pense qu'il sera très à propos de vous retirer doucement, comme je vous l'ai déjà écrit.

Je m'assure que notre chère Sœur madame de Dalet vous ramènera de bon cœur jusqu'à Lyon, et delà peut-être jusqu'ici, sinon notre chère Sœur la Supérieure de là prendrait une charrette et vous amènerait ici. Les filles de Moulins, vous les renverriez à Moulins; car, mon Dieu, ma pauvre très-chère Sœur, quelle apparence d'aller entreprendre un procès, ni même pour avoir vos dommages et intérêts? Laissez tout pour l'amour de Dieu et vous retirez en paix, sans lâcher une seule parole de ressentiment contre ceux qui vous ont traversée, et surtout contre ces bons seigneurs d'Eglise. Toutes nos Sœurs se réjouissent de vous revoir, et moi par-dessus toutes, qui serai extrêmement consolée d'avoir le bonheur de vous avoir auprès de moi, et [ce] me sera un grand soulagement.

Par la grâce de Noire-Seigneur, notre dernier Bref nous est assuré ; c'a été avec une extrême peine qu'on l'a obtenu franc sans charge du grand Office; car on voulait que nous le dissions toutes les fêtes; on poursuit la perpétuité, car il n'est que pour dix ans. Quand on l'aura, on en donnera des copies aux monastères. Cependant, nous dirons le petit en paix, à l'accoutumée, excepté que nous ne prendrons rien du grand, ains nous ferons seulement les commémoraisons. Ma très-chère fille, Dieu sait de quel cœur je vous attends. Nous dirons toutes : Dieu soit béni !

Je salue notre Sœur M. -Catherine [Chariel]. Nous ferons la prière qu'elle désire pour son cousin; mais d'écrire ce n'est temps. A notre chère madame de Dalet mille saints, car je n'ai le loisir de lui écrire.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visilalion d'Annecy.

AXXEE 1623. 215

LETTRE CDXCIII {Inédite)

A LA MÈRE MAR1E-AIMÉE DE BLOXAY

siPi::nn;i:i:r: a lvo.v

Ardent désir de la gloire de Dieu. — Choisir pour Avignon une Supérieure prudente et ferme, — Revoir les Directoires avant de les communiquer aux autres monastères.

vive -J- JÉSUS.'

[Annecy], 9 octobre 1623.

Votre bon Père spirituel ne m'écrit point; il n'est pas homme à me communiquer par lettre ces affaires-là; c'est à Moulins qu'il y a bien de la besogne, car cette pauvre fondatrice nous y [donne] de l'exercice... îe bon Dieu y mettra sa bonne main. Je suis bien aise que les Ursulines s'établissent à Roanne; je suis indifférente pour ces fondations, grâce à Dieu, et n'y veux servir que la seule volonté de Dieu.

Nos Sœurs de Moulins m'avaient écrit qu'on les y demandait; enfin, ma très-chère fille, pourvu que Dieu soit servi, c'est assez. Le Révérend Père Maillan nous avait aussi demandé des filles, mais je suis fort aise qu'il se soit adressé chez vous, car, ma fille, nous irons là en la personne de nos chères Sœurs, et elles demeureront ici en la nôtre. Mon Dieu, notre très-cher M. de Saint-Xizier ne nous connaît pas bien encore !

Or je suis d'avis qu'avec son conseil, vous choisissiez pour Avignon les meilleures et plus solides filles que vous ayez, tant parce que la ville est de très-grande importance et cet établissement très-favorable pour tout l'Ordre, à cause que c'est dans l'État de l'Eglise, que parce qu'il y a déjà quantité de filles assemblées et de tout âge, et ne faut pas douter qu'il n'y faille une Mère fort adroite et bien ferme l. Xe craignez pas de

1 « Ces filles assemblées et de tout âge » , attirées par l'éminente sainteté de madame de Capelis, s'étaient groupées autour d'elle, sans autre loi que ses conseils et ses exemples ; mais à la mort de cette admirable veuve, dont

préférer celte fondation-là à celle de Mâcon, car elle est bien plus importante. Notre Sœur de la Grange sera bonne seconde, mais je la trouve bien jeune pour être Supérieure en cetle grande ville ; je la mettrais plutôt à Màcon, où il y aura moins à faire. Envoyez des filles graves et solides à l'observance. Vous avez extrêmement bien répondu à ces bonnes filles d'Avignon; vous verrez comme Dieu nous bénira, ne cherchant que Lui seul. Il faudra avoir rétablissement du prélat en bonne forme; pourvu qu'il soit dit que l'on vous recevra selon l'institution de l'Ordre de la Visitation établi par Monseigneur notre Bienheureux Père, et c'est assez. Mais quand M. le prévôt sera ici, je vous enverrai une copie de l'établissement, car c'est une chose de grande importance qu'il soit bien fait, à cause que nous sommes sous l'autorité des prélats.

Notre M. Michel a trouvé bon que j'envoyasse une copie de cet écrit à nos Supérieures. Il [mots illisibles] de vous dire ce qu'il contient, car je désire que vous n'ignoriez rien de toutes les affaires de notre Compagnie [de la Visitation]. Or quand le Révérend Père provincial sera à Lyon, qui doit être bientôt, vous lui direz comme je vous le fais savoir son sentiment sur l'Office, et qu'il m'a promis de communiquer avec vous sur toutes nos affaires, notamment sur la principale qui regarde

les austérités rappelaient celles des anciens solitaires de la Tliébaïde, et que le vénérable César de Bus, son confesseur, disait être la plus sainte âme qu'il eût connue, le petit troupeau fut dispersé. Il ne resta que neuf de ses pieuses filles, qui résolurent de vivre en communauté sous la règle de Sainte-Ursule. Le but de cet Institut ne secondant pas leur attrait pour la vie contemplative, par le conseil des révérends Pères Jésuites, elles tournèrent leurs regards vers la Visitation, et s'adressèrent à la Mère de Blonay pour obtenir l'établissement d'un monastère de cet Ordre à Avignon. Le 24 octobre 1G23, la Mère Marie-Claire de la Balme, avec les Sœurs Jeanne-Marie Compain, Anne-Claude Colin, Marie-Lucrèce Coursant, Marie- Pierrette Perrault et Claude-Eléonore Leurat, partirent pour commencer la nouvelle fondation.

ANNKE 1623. 217

l'union des autres monastères avec celui d'ici, en ce qui regarde seulement l'observance des Constitutions, car c'est sans aucune prétention d'autorité. Or, notre Bienheureux Père avait grand désir de cela et en avait dressé les mémoires pour faire la poursuite. Le Révérend Père provincial a notre Bref pour l'établissement de notre Congrégation sous la Règle; il vous le donnera avec ses avis, car il me l'a promis. Faites-lui voir ce que vous trouverez bon de notre Coutumier et Directoire, surtout qu'il donne son avis sur la forme de la visite, laquelle je fais mettre en une feuille à part, afin que, quand elle sera bien examinée, on l'écrive en son lieu, — Voilà donc le Coutumier et les Directoires des officières. Si vous y trouvez quelque chose à faire, pour Dieu, faites-le librement, car moi je n'y vois rien, l'ayant fait simplement, ainsi que je l'assure. Si vous trouvez à propos de différer de les envoyer jusqu'à ce que vous ayez conféré avec le Père, faites-le, car tout simplement, ma très-chère, je remets le tout à votre prudence et à la correction de tous. Considérez aussi s'il est à propos d'envoyer tout cet écrit en nos maisons, et me soulagez d'y ajouter et retrancher ce qu'il faudra. J'écris l'histoire à [ mois illisibles ]. Cela fait quelquefois grand bien. Dites-moi auquel nous nous tiendrons, car vous voyez le sentiment commun et celui de notre Bienheureux Père, duquel j'ai la lettre. Considérez aussi s'il sera bon que vous en parliez à notre M. de Saint-Nizier, ou, comme il sera mieux, de s'introduire tout simplement; au cas que vous lui en parliez, il ne faudra lui rien dire de la faute que l'on a faite d'avoir dit le grand Office. Voilà une lettre de grâce que je lui écris, donnez-lui ou la retenez, comme vous le trouverez meilleur.

J'avais écris ce billet ci-joint avant la réception des deux vôtres dernières. Vous m'avez singulièrement plu en l'assistance que vous avez fait donner à ce bonhomme malade de celte ville; cela donne une bonne odeur [de charité]. Notre chasuble

de Paris n'est point neuve. Ma fille, je n'en puis plus... [mots illisibles] pas ici pour bien commencer ma retraite. Dieu soit béni et nous fasse vivre parfaitement selon son seul bon plaisir. Amen. 9 octobre.

Envoyez les letlres de Bourges à Orléans, à Nevers, mais fermez-les et y mettez l'une de ces copies, si vous le trouvez bon. Je vous envoie la lettre tout entière à vous qui êtes capable de tout, parce qu'il y a je ne sais quoi de bon , mais gardez-la, si vous envoyez l'autre à Nevers. Aussi les lettres de Bourges et Orléans, mandez que l'on leur envoie aussi, s'il vous plaît. Mon Dieu, que je suis lasse de tant dire! Dieu soit béni. Si vous envoyez ces Coutumiers à Paris, envoyez-y une copie de cet écrit.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Turin.

LETTRE CDXCIV

A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET

ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES. A DIJON

Eloge de lanière Favre. — Quelles maximes graverai! cœur des novices. vive -J- jésus!

[Annecy, 1623.]

Vous savez et ne pouvez douter combien vous êtes, ma trèschère fille. Soyez-le de plus en plus par la charité que vous exercerez à prier pour moi. Il est vrai, ma fille, cette chère Mère [Favre] est une àme de vraie vertu, toute à Dieu, toute à sa Règle et toute à moi. J'espère que vous expérimenterez toujours plus que c'est une fidèle amie; et que si nos Sœurs pénètrent sans ombre d'amour-propre, et préoccupations des misérables affections humaines qui détruisent l'esprit de la Religion et la Religion même, la conduite de Dieu sur cette àme, et par elle sur les autres, elles s'établiront en une solide vertu. Animez fort vos novices, et gravez en leurs cœurs cette maxime,

qu'il ne faut qu'un seul amour, qui est celui du divin Sauveur, auquel seul il faut aimer le prochain, selon l'ordre de notre devoir et de la vraie charité. 0 Dieu ! que devons-nous chercher en terre, et prétendre au ciel, sinon vous qui êtes notre partage et héritage éternellement? Ma fille, laReligieuse de laVisitation qui s'attacheraà autre chose qu'à son Dieu se rendra indigne de sa vocation; faites-le donc hien comprendre à nos Sœurs.

C'est une vérité solide, chacun doit avoir un saint zèle d'arriver à l'éternité par le chemin que Dieu lui a marqué. Si nos Sœurs aiment bien leur saint Fondateur, elles le témoigneront non-seulement par le soin et plaisir qu'elles auront de lire ses écrits, car presque tout le monde s'y délecte, mais par la trèsfidèle et continuelle pratique de ses maximes, surtout de cet amour et douceur incomparables pour tous les prochains, de cette humilité profonde qui le rendait si ennemi de l'éclat et si amoureux de l'humiliation et abjection, et de ce grand don de dévotion et d'application à Dieu.

Procurez, ma fille, que les exercices spirituels soient en grande estime entre vos novices; car l'oraison, le recueillement et les fréquentes oraisons jaculatoires sont l'huile de bénédiction dans les monastères. Faites lire de bons livres à ces chères novices; donnez-leur à ruminer de bonnes considérations qui détrompent leur esprit des fausses maximes du monde; faites qu'elles prisent grandement les actes et exercices de leur Directoire. Leur mémoire étant ainsi bien attachée aux choses spirituelles et leur entendement bien éclairé , j'espère que notre divin Maître échauffera bientôt leurs volontés en son saint amour.

Votre, etc.

Conformée une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXCV (Inédite)

A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTON >

A CHAMBÈRY

Comment disposer la maison provisoire que doivent habiter les Sœurs de la fondation de Chambéry.

vive -j- JÉSUS !

[Annecy] 23 octobre 1623.

Monsieur,

Excusez-nous si nous avons un peu lardé à vous envoyer de l'argent; ces maisons ici n'en sont pas toujours bien fournies, outre que nous n'avions pas commodité assurée. Voilà quatre cents florins en pistoles. Il me semble que vous aviez proposé de faire la montée de la chapelle en dedans, et ainsi le chemin n'en eût pas été incommodé, et si l'on ne met les Sœurs tourières dans la boutique dessous (ce qui est quasi nécessaire à cause qu'il faut répondre à tout propos à ceux qui viennent), elle sera inutile, et le plancher de la chapelle excessivement haut, si vous l'avez déjà fait rehausser, et avec tout cela bien de la dépense; ce que je dis parce que nous avons une incroyable peine de recouvrer de l'argent, et il en faut encore beaucoup pour se meubler et faire des provisions. Mais toutefois pourvu que l'on fasse le mieux que l'on pourra, comme je sais bien que de votre grâce vous faites, j'espère que la divine Providence y pourvoira. Certes, il se faut jeter de ce côté entièrement, elle ne nous a jamais manqué, c'est ma confiance. Le très-honoré et vertueux M. le chevalier [Balbian] le sait bien.

5 M. Pioton, avocat au souverain Sénat de Savoie, était ami et allié de la maison de Blonay. Fils spirituel de saint François de Sales, et plein de vénération pour la Vénérable Mère de Chantai , il la seconda de tout son pouvoir lors des fondations de Chambéry , Evian et Turin. Plus tard , M. Pioton embrassa la carrière ecclésiastique, fut confesseur du premier monastère d'Annecy, et mourut en odeur d'une très-grande piété.

Je le salue très-humblement avec M. d'Hôtel et les bons Pères, sans oublier nos bonnes amies.

Je vous supplie de savoir de Aï. de Quesnel ou de Rouen si les petites couvertes et la futaine à grain sont chères là, et nous le mander, s'il vous plaît, au plus tôt.

Dieu soit en tout votre conduite et votre récompense de tant de peines. Je suis en lui votre servante plus humble.

Conforme à uue copie de l'original gardé à la Visitation de Paray- le- Moulai.

LETTRE CDXCVI

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS

Il faut peu se regarder soi-même, et toutefois conserver précieusement le souvenir des grâces reçues. — L'humiliation est la grande gloire de l'âme religieuse. — Comment diriger une personne dont la spiritualité parait douteuse. — Marcher en esprit de confiance et de sainte liberté.

vive -f- JÉSUS !

Annecy, 29 octobre 1623.

Ma très-aimêe fille,

J'estime ce qui se passe en votre intérieur très-bon et de Dieu; mais regardez-le peu, crainte de la complaisance. N'examinez point curieusement si votre imagination y a part, ce regard lui en donnerait. Conservez les impressions des grâces au fond de votre âme ; oui même, marquez-en quelque chose sur le papier, afin que, quand les sentiments seront passés, vous revoyiez ce que Dieu vous a montré vouloir de vous; car, comme disait notre Bienheureux Père, Notre-Seigneur ne donne pas toujours les lumières et sentiments, et néanmoins II veut que la mémoire en soit gardée, et qu'une lumière qu'il n'aura donnée qu'une fois nous profite tout le temps de notre vie.

Oui, je vous assure, ma fille, la Supérieure peut faire dire la coulpe de l'assistante quand elle en donne sujet; il ne faut nul-

lement qu'elle soit exemple de l'humiliation, qui est la grande gloire des âmes religieuses. — Je m'assure que cette fille N*** n'entend pas ce qu'elle dit que Noire-Seigneur a souffert, mais non pas ressenti les douleurs; car quelle distinction met-elle entre le souffrir et le sentir? Que souffrirait-on si on n'avait point de douleur? et la douleur serait-elle douleur si on ne la sentait pas? Outre ce raisonnement humain, c'est un article de foi que Noire-Seigneur a souffert et senti les travaux de sa Passion. Que si bien, il est très-vrai que la douleur c'est la suite du péché, et que Notre-Seigneur n'a eu ni pu avoir aucun péché en Lui, il est vrai aussi que la charité éternelle et sa douceur incompréhensible l'a fait charger de nos offenses, pour en payer la dette au prix de ses travaux intérieurs et extérieurs, et de son sang précieux : amour inexplicable ! Ceci me vient en vue, et je vous le dis simplement. Je trouve encore un point fort douteux en la spiritualité de celle fille, mais je n'ai le loisir de l'éclaircir. Faites-la parler à quelque docte et spirituel serviteur de Dieu, qui ne soit pas rabrouant, car cette pauvre chère fille est bonne et vertueuse, et certes, je crois, précieuse à Dieu. J'ai toujours remarqué des signes de prédestination fort grands en cette âme-là.

Bon Dieu 1 ma chère fille, je ne sais de quels yeux on regarde la perfection spirituelle de .notre Institut, ni où l'on va chercher ces gênes d'esprit. Je ne vois rien de plus doux ni de plus aimable que le chemin que notre Bienheureux Père nous a tracé. Nous sommes quarante Religieuses céans sans les Sœurs tourières, mais pas une ne trouve son chemin difficile : toutes, grâce à Dieu , marchent gaiement avec une sainte latitude de cœur, en la voie de leurs observances, et avec une grande douceur et union, les unes envers les autres. Vous savez, ma fille, comme je suis ennemie des esprits rétrécis et comme j'en hais la contrainte. Je vois tous les jours plus clairement que la douceur cordiale et sainte joie fait et peut tout entre les filles.

Quant à noire Sœur [Claire-Marie Amaury], elle a toujours été si fidèle en l'observance que je ne doute point qu'à celte heure que Dieu a fait celte merveille de la délivrer par l'intercession de notre Bienheureux Père, on ne la voie croître en toutes les vertus; si elle le fait, Dieu ajoutera en elle grâces sur grâces.

Je vous remercie, ma chère fille, des nouvelles que vous me dites de mon fils, et de sa chère petite femme; quand ils se donneront l'honneur de vous voir, assurez-les que je ne leur souhaite rien tant que la crainte de Dieu et la fidélité à son divin service; exhorlez-Ies à l'estime du ciel, et au mépris de la terre.

Je suis bien de votre avis, qu'il est bon que nos maisons s'assistent charitablement, mais non pas que les premiers et seconds monastères d'une ville mêlent leur temporel, craignant qu'avec le temps cela offensât notre union et charité, par la faiblesse de cette misérable infirmité. Qu'il y a peu d'àmes parfaites et exemptes de l'intérêt du tien et du mien; quand je vois cela, et que je considère l'excellence de cette sainte âme de notre Bienheureux Père, qui a vécu avec une si parfaite nudité de toutes choses créées, je ne saurais m'empêcher d'avoir de la douleur, voyant combien nous sommes éloignées de cette perfection. Dieu nous fasse la grâce, au moins, de tirer et aimer notre abjection de notre propre misère. C'est un effet de la sagesse humaine, que le soin que chacun a de soi. Mon Dieu ! que notre saint Père avait une âme puissante et élevée audessus de tout cela! Pour être sa vraie fille, il faut avoir un grand courage pour se mortifier et abandonner totalement en Dieu.

Demandez-lui cette grâce, pour celle qui est toute vôtre, etc.

LETTRE CDXCVII

A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTON

A CBA.UBKRY

Arrangements pour la chapelle du futur monastère.

vive -f- jésus!

Annecy, 30 octobre [1623].

Monsieur,

Je crois que lebalustre pour clore l'autel se pourrait différer jusqu'à ce que nous soyons là, afin que nous donnions la façon pour le faire, en sorte qu'il puisse servir pour une plus grande église. Nous les faisons assez hauts; toutefois, si vous jugez qu'il soit nécessaire en ce commencement, il suffira de le faire faire légèrement de bois de sapin, mais toujours haut assez afin qu'on ne puisse passer par-dessus aisément. Si le sous-pied de notre chœur n'est plus haut que de deux marches que celui de l'église, il ne sera nul besoin de faire une tribune, et faudra seulement prendre la hauteur convenable du côté des séculiers pour poser la grille, car céans la nôtre est posée à un pied et demi de hauteur du côté du chœur des Religieuses, et de celui des séculiers il y a trois pieds ou trois et demi pour le moins. Il faut que les piliers du baluslre des grilles soient ronds tout d'une venue, sans façon, mais tournés et fort menus.

Pour le tableau, si vous le jugez nécessaire, nous vous en laisserons faire comme vous jugerez mieux. Puisque le prix de la maison est fait et qu'on est d'accord pour le payement, nous passerons le contrat quand il plaira à M. le chevalier [Balbian]; mais je pense qu'il sera temps quand nous serons là.

Je prie Dieu qu'il soit votre récompense de tant de charité et de travail par lequel vous nous obligez si élroitement. Mille très-humbles saluts au bon Père et à tous les amis et amies, s'il vous plaît. Je demeure, M., votre très-humble servante en Noire-Seigneur.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXCVIII (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LYON

Allusion aux Iribulations de la communauté de Moulins.

vive •{• JÉSUS.'

Annecy, 1er novembre 1623.

Ma très-chère fille, adressez ces lettres de Moulins au Père recteur de Moulins, et en faites un paquet sans les fermer, mais oui bien le paquet. 0 mon Dieu! ma très-chère fille, quelle croix î mais Dieu qui l'impose soit éternellement béni. Nous n'avons encore reçu le paquet du départ de nos Sœurs. Je n'ai que ce peu de loisir, ma très-chère fille, je suis toute vôtre. Dieu soit béni !

Je salue en tout respect et très-cordialement madame de Chevrières. Jour de Toussaint.

Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.

LETTRE CDXCIX (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A D1JO.V

Départ pour Moulins. — Comment traiter avec madame de Vigny. — Encouragement à porter avec joie le fardeau de la supériorité. — Examen de la visite annuelle. — Conseils pour la distribution des emplois.

VIVE f JÉSUS !

Tarare, 8 novembre 1623.

Je vous écris a Tarare, ma très-chère fille, car je ne sus le faireàNessy, dès que je reçus lesvôlresdernières. Nous allons à Moulins. Quand Dieu nous aura fait la grâce d'y faire ce qu'il lui plaît, nous vous manderons tout.

Il est vrai que notre chère Sœur [de Vigny] a son cœur tout v. 15

pressé- toutefois, il me semblait qu'à son départ et quelque temps auparavant, elle me l'avait fort déchargé et par conséquent élargi; car la pauvre femme me l'avait tenu fermé longtemps, dont elle séchait, car je n'avais eu nulle commodité de lui parler. Enfin, sa douleur ne procède que de l'extrême amour

qu'elle vous porte Je me suis essayée de la guérir; mais,

ma très-chère fille, pour Dieu ne lui témoignez point que je vous ai dit son secret, et ne faites aucune chose [qui puisse faire comprendre] que vous connaissez cette maladie... Tâchez tout bellement de la regagner et lui donnez la confiance que vous l'aimez, ce qui ne vous sera pas difficile, car c'est un très-bon cœur. Si j'avais loisir, je vous en dirais davantage.

Il me semble, ma très-chère fille, qu'il y a quelque soupçon dans votre esprit que l'on m'écrit ceci et cela. Je vous proteste que non, et prie Dieu de vous lever cette opinion et toutes celles qui affligent votre pauvre bon cœur, que je suis extrêmement marrie de voir en la douleur que vous me le représentez. Ah! ma fille, votre sincérité m'a toujours été entière, je n'en puis douter. Ne douiez non plus de la mienne et de mon incomparable amour en votre endroit ; rien ne la saurait ébranler. Je vois que tout est si content en votre maison et que vous seule ne l'êtes pas. Pour Dieu, ma fille, prenez-en votre part, et me donnez la consolation de vous savoir contente.

Pour la visite [canonique], elle convient généralement aux prélats ; l'examen se pourra recevoir par un autre, quand ils ne seraient pas gens spirituels; et de dire les coulpes sans distinction, certes, il se pourrait trouver des visiteurs qui en riraient. 11 me semble qu'il est bien maintenant. Je n'ai point pensé à faire des Directoires pour les Supérieures ; il me semble que notre Règle suffit avec quelques avis que j'ai mis au Coutumier, de feu notre Bienheureux Père.

Je vous dis en sincérité que nous avons emprunté deux cents florins pour venir à Moulins; ce n'est pas qu'il ne soit assez dû à

notre maison, mais nous ne pouvons être payées. Ne laissez toutefois de donner à M. Vincent l'argent de mademoiselle d'Asy. Il nous viendra quelque autre somme avec le temps. Je pense que notre Sœur Franeoise-Augustine [Brung] réussirait à être directrice, et notre Sœur Paule-Jéronyme [Favrot] aussi ; mais votre prudence y emploiera celle qu'elle jugera plus propre. Pour noire Sœur M. -M., certes, je ne sais qu'en dire : la lingerie ou la roberie sont prou bonnes pour elle, et puis elle est conseillère, n'est-ce pas assez? — Bonsoir, ma trèschère et bonne fille; je vous prie de vous bien attacher à Dieu, et laissez passer tout le reste. Dieu soit béni !

[P S.] Nous garderons le parement de velours incarnat; si les dentelles que voire Sœur l'assistante faisait sont achevées et non employées, je crois qu'on ferait plaisir à Mgr de Genève de les lui envoyer pour un rochet.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitalion d'Annecy.

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE DRÉCHARD

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