LETTRE DXX
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LYON
Difficultés que rencontrent les Sœurs d'Avignon. — Invitation de se rendre à Annecy pour l'assemblée des premières Mères. — Conseils au sujet de la fondation de Màcon.
VIVE -J- JÉSUS.'
Chambéry, 13 fésrier 1624.
Vous avez très-prudemment et charitablement fait d'envoyer secourir ces pauvres filles ', desquelles l'affliction m'entre bien avant dans le cœur. Une seule faute avez-vous faite, ma trèschère fille, c'est d'avoir arrêté l'exécution de ce qui sera jugé à propos jusqu'à ce qu'on ait de mes nouvelles; car, en telle occasion, ma très-chère fille, ni certes en aucune autre, vous
1 Les Sœurs de Lyon envoyées à la fondation d'Avignon ; elles y éprouvaient de grandes difficultés.
ne devez attendre cela, ains vous servir de votre propre conseil qui est très-bon, surtout pouvant vous résoudre avec l'avis des Pères [Jésuites] et de M. de Saint-Nizier. Mandez donc, et promptement , que l'on exécute ce qui sera là jugé expédient, surtout puisqu'on a le Révérend Père provincial. Certes, il faut savoir si l'on veut établir ou non, et encore, si on nous établit, qu'est-ce qu'on fera de ces filles si éloignées de notre esprit. Véritablement, il me semble qu'il y a de l'impossibilité à joindre les nôtres avec elles, ainsi que je le vois être dans les lettres de nos Sœurs. Vous verrez que peut-être on jugera que le mieux sera de les séparer. L'état de cette maison et l'extrême répugnance de Mgr l'archevêque à donner l'établissement sont de puissantes raisons pour nous faire retirer humblement et doucement, et [je] pense que la pauvre Supérieure en serait soulagée et que le mal d'esprit accroît fort celui de son corps. Je prie Dieu qu'il nous la conserve. Celle de Paris a aussi un mal fort dangereux; priez pour elle. Oh I ma fille, qu'il faut avoir les dents bonnes pour mâcher tous les morceaux de cette vie ! Si nos Sœurs arrêtent là, et que les Pères jugent que je puisse servir Dieu et la maison, je ne refuserai pas [d'y aller], pourvu que Mgr de Genève le veuille ; mais ce ne pourrait être si promptement.
J'ai un désir extrême de vous voir avec la Supérieure -de Dijon et Grenoble, à Nessy, après Pâques, pour quinze ou vingt jours. Je crois que Dieu en serait glorifié à l'utilité de notre Compagnie. J'en écrirai à M. de Saint-Nizier quand vous me le manderez, et nos Sœurs devront désirer cela et vous laisser venir librement sans rien appréhender. La Supérieure de Dijon vous prendrait en passant. Mon Dieu me donne cette consolation, si c'est pour son honneur 1 Vous pouvez vous servir de cette occasion pour ôter votre Sœur N**# de sa charge de directrice, soit en l'amenant pour compagne, ou la laissant en charge de Supérieure pendant votre absence ; mais Dieu vous
donnera lumière et quelque occasion. Il est bon d'employer les filles pour être assuré de leur capacité.
Je vous ai répondu pour la fondation de Mâcon. Prenez deux ou trois Pères Jésuites et leur proposez le tout, puis concluez, car il faut faire ou défaire. Cette bonne dame veut trop de choses; mais elle est si bonne que l'on peut espérer d'en obtenir le retranchement. Si l'on va à Mâcon, il faudra au moins obtenir qu'elle laisse encore pour quelque temps notre Sœur M. E. à Saint-Etienne; et, certes, quand elle aura connu nos Sœurs, elle les trouvera si bonnes qu'elle s'en contentera. Sur un si bon jugement que celui du Révérend Père provincial, l'on ne peut faillir, puisqu'en effet il ne manque à notre Sœur C. C. que l'âge et l'expérience. Dieu [les] lui donnera, car en forgeant on devient orfèvre; c'est une vraie bonne fille.
Je n'ai point reçu la lettre du Père provincial. Nous parlerons de son sujet à Nessy; ni si vous avez reçu l'argent de madame de Vigny. — J'aime de tout mon cœur la petite Sœur du Peloux; si j'avais loisir, je lui écrirais, mais je viens de recevoir vos lettres auxquelles je réponds, et aux autres pour ne perdre l'occasion première du courrier qui va partir. — Dieu sait combien je souhaiterais de contenter M. Pernet pour votre consolation et la sienne. Je ne vois pas qu'il se puisse, au moins si tôt. Si nous nous voyons à Nessy, comme j'espère, nous parlerons de tout.
N'avez-vous pas reçu deux plans pour votre bâtiment ? — Dieu soit loué de la réduction de notre Sœur N*** ; je serai bien aise d'en savoir l'histoire. — Vous avez bien fait de donner le prix fait de votre bâtiment. Il n'y aura moyen de recevoir si tôt les parentes de M. Gaudeville ici, parce que aussi nous y sommes pauvres. Le temps amènera tout. Je fais brûler et brûle moi-même les lettres de nos Sœurs. Depuis huit jours, voici la troisième fois que je vous écris. Dieu soit béni! On attend celte lettre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DXXI (Inédite)