AU PREMIER WONASTÈBE DE TARIS
L'acquiescement au bon plaisir de Dieu dans les souffrances spirituelles et corporelles est une très-profitable oraison. — Se contenter pour l'ordinaire de la direction de la Supérieure.
VIVE -j- JÉSUS !
i [Chambéry, 1621.]
Ma chère pille,
Les médecines sont toujours un peu amères au goût, mais on ne laisse de les prendre de bon cœur pour l'espérance qu'elles nous profiteront. Faites ainsi des mortifications que l'on vous présente, car enfin, ma chère fille, nous y sommes contraintes et obligées en conscience pour le bien des âmes en particulier et en général. Mais je suis bien contente et en loue Dieu, de voir que vous prenez bon courage pour votre amendement et pour l'amour de notre bon Dieu; ma chère fille, persévérez et croissez, vous en recevrez mille consolations, et c'est le meilleur remède que vous puissiez donner à vos maux spirituels et corporels, outre le grand et principal motif que vous devez avoir de plaire à Notre-Seigneur, que je supplie vous fortifier en celte sainte entreprise. Ne vous travaillez point la tète pour faire des actes et exercices de l'entendement; c'est une très-profitable oraison et très-agréable à Dieu que d'acquiescer pleinement à son bon plaisir en nos douleurs et incommodités corporelles ou spirituelles.
Je ne suis pas d'avis que vous parliez toujours à une même Sœur. Je manderai à votre chère Mère que les fêtes elle vous en baille une pour demi-heure ou trois quarls d'heure, avec laquelle vous puissiez vous encourager au bien. Quand vous aurez une vraie nécessité, je ne trouve pas mauvais qu'on appelle quelque Père pour vous soulager; mais hors de là, ma
chère fille, si vous me croyez, vous n'en désirerez point, et irez avec toute la confiance qui vous sera possible à votre bonne Mère, vous rendant courte à cause de ses affaires et encore de son infirmité. Pour la licence de m'écrire deux fois l'an, je la vous donne de bon cœur, ma très-chère fille, vous conjurant de demeurer avec fidélité et humilité devant Dieu et les créatures, et vous assurez que je prierai de bon cœur pour vous, qui suis toute vôtre en Notre-Seigneur.
Dieu soit béni !
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.