LETTRE DXXX
A MONSEIGNEUR ANDRÉ FRÉMYOT
ANCIEN ARCHEVEQUE DE BOURGES
Miracles opérés par l'intercession de saint François de Sales. — Exigences de madame de Chevrières.
vive f jésus!
[Chambéry, 1624.]
Monseigneur , C'est la vérité que je ressens une extrême consolation et soulagement du bonheur de notre fils. La gloire en soit à Dieu,
et à vous la récompense , mon très-cher seigneur, qui lui êtes vrai père ; j'espère que plus que jamais vous aurez tout pouvoir sur lui, et que M. son beau-père pourra grandement le retenir et sa chère petite femme. Je ne peux leur écrire pour cette fois, car j'ai la tête toute mal faite. Je crois que le laquais leur sera arrivé maintenant; j'écrivais à tous et à vous, mon cher seigneur. Je mettrai ici un mémoire de quelques miracles que Dieu fait par les prières de son très-humble serviteur [François de Sales]. Journellement on obtient des grâces, et cela en si grand nombre, qu'elles ne se peuvent écrire. On espère sa béatification; on écrit sa vie, et plusieurs grands serviteurs de Dieu demandent des mémoires pour cela. Oh! certes, il fait bon servir un si puissant et si miséricordieux Seigneur qu'est ce grand Dieu. Ces merveilles qui nous sont des témoignages de la gloire que possède ce Bienheureux au ciel, nous servent de grande consolation. Béni soit Dieu!
J'ai toujours bien pensé que madame de Chevrières ne ferait pas une fondation entière; mais aussi n'avons-nous pas accoutumé d'être fort riches en ces commencements. On ne laissera pas d'accepter sa bonne volonté, et lui donner les privilèges de fondatrice, et l'entrée à celle qui lui succédera, et le cierge blanc le jour de la Présentation; quoique, pour vous dire simplement, Monseigneur, je trouve qu'elle requiert là des marques d'une plus ample fondation que celle qu'elle veut faire; mais passe pour cela. Quant aux six filles qu'elle propose de faire recevoir pour rien, oh! certes, elle est admirable; car, quand ce ne serait pour une seule fois, nous lui donnerions bien autant qu'elle nous donnerait : où irait donc cela, si on le faisait à perpétuité? Vraiment, je ne pense pas que, quand nous serions les plus affamées du monde, de faire des monastères (ce que nous ne sommes nullement) , nous acceptassions cette condition, sinon qu'elle fit une entière fondation de rentes et de bâtiments. Voilà donc mon sentiment
conforme au vôtre, Monseigneur, que je vous dis tout franchement. Je prie Dieu qu'il nous tienne toujours de sa sainte main ; qu'il vous protège et conserve dans le sein de sa miséricorde, et vous comble enfin de sa seule très-désirable éternité. Je ne manque point aux communions du mercredi et samedi, ainsi que je vous l'ai promis, afin que le mérite de ce divin Sauveur vous soit à salut éternel. Croyez, mon très-cher seigneur, que du fond de mon àme, je vous souhaite ce comble de tout bonheur, étant de cœur comme de fait votre très-humble et très-obéissante Sœur, fille et servante en Notre-Seigneur.
LETTRE DXXXI (Inédite)
A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTON
a 1ÎVIAM
Projet d'une fondation à Evian.
VIVE f JESUS
[Chambéry], 14 mars 1624.
Mon cher frère,
J'emprunte la main de ma Sœur, parce que je n'ai su celte occasion qu'après souper. Le Père recteur a grand désir que le Père Dufour vienne pour Pâques. Je ne sais si vous serez de la troupe; mais le bon M. le chevalier Balbian en aurait quasi envie; au moins m'a-t-il déjà demandé deux ou trois fois si vous ne viendrez pas pour Pâques; car, pour eux, je pense qu'ils s'en iront incontinent après. Or, je vous supplie, mon très-cher frère, que vous me mandiez bien amplement Ce que vous pensez de cette prétendue fondation d'Évian , et ce que, de notre part, nous y devrons faire, et encore dans quel temps il faudrait envoyer des Religieuses, afin que je puisse donner parole aux filles qui sont reçues pour cela, pour le temps de leur entrée parmi nous.
L'on fait courir [ici] le bruit que vous ne reviendrez plus en ce pays, je voudrais bien savoir s'il est vrai; car nous vous voudrions bien ici et là pour quelque temps. Toute notre petite communauté vous salue très-chèrement. Notre [Sœur] Claude-Marie vous souhaite bien pour son paradis [reposoir]; notre Sœur l'économe et notre Sœur l'assistante veulent dire chacune son petit mot. Bref, vous êtes bien le très-cher frère de toutes, surtout de moi, qui suis, mon très-cher frère,
Voire plus humble et affectionnée Sœur et servante en Notre-Seigneur.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.